L’Histoire du Shôjo en France

Un sujet que je voulais traiter depuis quelques temps déjà : l’histoire du shôjo en France, et son évolution depuis quelques années. Pour ne pas inonder cet article de titres, je me limiterai à des séries qui me paraissent significatives (ou qui me plaisent particulièrement).

Comme indiqué dans un précédent article, nous ne savons pas avec exactitude quel fût le premier manga paru en France, en raison d’un manque d’archives sur le sujet et de publications longtemps illégales. Le plus vieux titre connu est apparu en 1969 dans les pages d’une revue consacrée aux arts martiaux, tandis que la première tentative légale d’importation de manga est associée au magazine Le Cri qui Tue, en Juin 1978. Mais rien ne dit qu’il n’existe pas d’autres publications qu’il nous resterait à découvrir. Car dans l’état actuel de nos connaissances, il apparait qu’aucun de ces pionniers n’était un Shôjo, même si je reviendrai plus tard sur Le Cri qui Tue.

Comme souvent, en France – et comme l’expliquait fort justement Osamu Tezuka en 1983 – c’est par l’animation que nous avons véritablement découvert les productions japonaises, et c’est par elle que viendra plus tard la popularité des manga.
Nous aurions tendance à penser que la première adaptation de shôjo arrivée en France fût Candy Candy, dont la diffusion commença le 18 Septembre 1978, et suivait celle de UFO Robo Grendizer (Goldorak) débutée le 3 Juillet de la même année. En réalité, elle n’arriva qu’en seconde position.
A tout seigneur, tout honneur, puisque Osamu Tezuka était déjà passé par là, d’abord avec Jungle Taitei (Le Roi Leo / Le Retour de Leo) en 1972 sur l’ORTF, puis surtout Ribon no Kishi (Prince Saphir / Princesse Saphir) en 1974, toujours sur l’ORTF. Ce-dernier est donc la première adaptation de shôjo diffusée en France.
Notons qu’au Canada francophone (même si ce n’est pas vraiment le sujet), la première série de Mahôtsukai Sally (Sally la Petite Sorcière), connue là-bas sous le nom de Minifée, fût proposée sur Radio Canada au début des années 70 (aucune date précise n’a pu être trouvée).

Revenons quelques instants sur les manga. Lancé en Juin 1978 – soit avant que UFO Robo Grendizer n’arrive sur Antenne 2 – Le Cri qui Tue proposait plusieurs séries simultanément, ainsi que des articles sur le sujet ; d’ailleurs, nous pouvons trouver une illustration du manga Ribon no Kishi dans le premier numéro. Toutefois, il ne proposait pas de shôjo, ce qui est parfaitement logique. En effet, vouloir vendre de la BD japonaise à la fin des années 70, ce serait comme vendre de la BD malgache aujourd’hui : son exotisme constitue son principal argument commercial – et non sa qualité – et ne peut par conséquent espérer toucher qu’un public adulte, curieux, et passionné. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que ses fondateurs – Rolf Kesselring et Motoichi « Atoss » Takemoto – n’aient pas jugé judicieux d’incorporer des titres initialement destinés aux jeunes Japonaises.
Par contre, nous remarquerons la présence de plusieurs mangaka ayant aussi écrits des shôjo : Osamu Tezuka bien sûr, Shôtaro Ishinomori, mais aussi Fujio Akatsuka, célèbre pour avoir écrit Himitsu no Akko-chan (Caroline) et inventé les Magical Girls par la même occasion, que nous retrouvons ici dans un style radicalement différent.

Avec les succès de UFO Robo Grendizer, Candy Candy, et Uchû Kaizoku Captain Harlock (Albator 78), un important marché de produits dérivés se met en place. Parmi eux des BD, mais élaborées en Europe selon des standards européens, et non des manga importés spécialement. Avec toutefois une exception notable, qui deviendra le premier shôjo publié en France : en effet, l’éditeur Téléguide lance en 1982 une série de 12 numéros intitulée Candy Candy Poche, qui correspond bien au manga d’origine de Yumiko Igarashi et Kyoko Mizuki. Mais colorisé pour l’occasion.
Le titre connaitra une réédition française dès 1993, plus respectueuse du matériau d’origine, par la branche française de Kôdansha. Candy Candy est donc non seulement le premier shôjo arrivé chez nous : c’est aussi le second.

Sans surprise, les années 80 seront donc celles des séries d’animation japonaises. Seulement, il convient dès lors de nous mettre d’accord sur ce que nous appellerons ou non « shôjo ». Si la définition concernant les manga parait évidente – à savoir, une série pré-publiée dans un magazine ciblant les jeunes filles – il n’en va pas de même pour l’animation ; par commodité, nous considérerons comme shôjo toute adaptation d’un manga pré-publiée dans un magazine ciblant les jeunes filles. Ce qui exclue les projets multi-supports ainsi que les séries où l’anime est l’œuvre d’origine. Ne seront donc pas citées les Magical Girls du Studio Pierrot et les productions issues des World Masterpiece Theaters.
Ceci étant dit, il ne reste plus beaucoup d’animes purement shôjo diffusés en France pendant les années 80 puis 90, en plus de Candy Candy. Jusqu’à la fin du Club Dorothée en 1997, seulement 12 adaptations de shôjo apparaitront sur les écrans cathodiques français, et rarement dans leur intégralité. Ci-dessous la liste de ces séries avec la date et la chaîne de leur première diffusion.
¤ Versailles no Bara (Lady Oscar) – Septembre 1986 – Antenne 2
¤ Aishitte Knight (Lucile, Amour, et Rock’n Roll) – Janvier 1988 – La Cinq
¤ Georgie – Aout 1988 – TF1
¤ Attack n°1 (Les Attaquantes) – Septembre 1988 – La Cinq
¤ Hikari no Densetsu (Cynthia ou le Rythme de la Vie) – Septembre 1988 – La Cinq
¤ Glass no Kamen (Laura ou la Passion du Théâtre) – Octobre 1988 – La Cinq
¤ Ace wo Nerae (Jeu, Set, et Match) – Décembre 1988 – TF1
¤ Lady Lady (Gwendoline) – Septembre 1989 – La Cinq
¤ Himitsu no Akko-chan (Caroline) – Avril 1990 – TF1
¤ Mahôtsukai Sally (Sally la Petite Sorcière) – Décembre 1990 – TF1
¤ Onisama e… (Très Cher Frère) – Avril 1993 – TF1
¤ Bishôjo Senshi Sailor Moon (Sailor Moon) – Juin 1994 – TF1
L’apparition du Club Dorothée sur TF1 et la création de La Cinq par le groupe de Silvio Berlusconi – dont les chaines proposaient déjà de nombreux animes en Italie – ont provoqué une forte augmentation de l’offre en animation japonaise en France. Mais c’est surtout La Cinq qui, dans un premier temps, va importer nombre de shôjo populaires en Italie, dont certains seront par la suite rediffusés sur TF1. A partir de 1990, le nombre de nouveautés va radicalement chuter.

En 1997, Le Club Dorothée s’achève pendant la diffusion de la 4ème saison de Bishôjo Senshi Sailor Moon. Pour la suite, j’estime qu’il vaut mieux s’en tenir au réseau hertzien, ou du moins aux chaines auxquelles tout le monde avait accès.
Ce que nous observons à partir de 1997, c’est évidemment une très forte diminution de la visibilité des animes à la télévision, et cela implique les shôjo. M6 va tout-de-même programmer une série qui deviendra très populaire à l’époque, et nous noterons aussi que France 5 proposera plusieurs rediffusions de classiques des années 80.
¤ Card Captor Sakura (Sakura la Chasseuse de Cartes) – Janvier 2001 – M6
¤ Waga Mama Fairy : Mirmo de Pon (Mirmo) – Avril 2004 – M6
¤ Fruits Basket – Octobre 2006 – France 4
¤ Tokyo Mew Mew (Mew Mew Power) – ? 2006 – France 3
Parmi elles, certaines furent dans un premier temps programmées sur des chaines du satellite. Malgré tout, cela fait très peu.

Maintenant que l’animation a été entièrement couverte, nous pouvons revenir aux manga.
Comme vu précédemment, après plusieurs tentatives infructueuses dans les années 70/80, c’est finalement Glénat qui, le premier, arrive à transformer un manga en succès commercial, avec Akira. L’éditeur gagne par la suite une autre dimension avec Dragon Ball, en 1993. Le phénomène fait des envieux, et nombre de concurrents se découvrent un intérêt pour la BD japonaise. Ainsi, toujours en 1993, Kôdansha France réédite Candy Candy. La même année nait Tonkam, qui deviendra un acteur majeur du marché.
A partir de là, cela devient compliqué, donc nous allons procéder éditeur par éditeur, jusqu’à arriver à une année fatidique : 2003, c’est-à-dire au moment où tout éditeur qui se respecte commence à composer un catalogue shôjo. Et puis, c’est l’année de sortie de mon shôjo favori.

Et nous allons commencer par Tonkam, puisqu’ils seront non seulement les premiers à publier un shôjo autre que Candy Candy, mais ce seront aussi les premiers à utiliser le mot « shôjo » comme nom de collection, introduisant ainsi le terme en France. Pendant que nous y sommes, ils seront les premiers à proposer une œuvre des CLAMP. Il s’agit de RG Veda, dont le tome 1 sortira en Juin 1995. Dès l’année suivante, Tonkam propose un autre titre des auteurs avec Tokyo Babylon (Février 1996), puis Wish (Aout 1999) et bien entendu X (Juin 2000), sans oublier Celui que j’aime (Septembre 2001) et Lawful Drug (Octobre 2003). Il faut attendre 1998 pour que l’éditeur choisisse de publier un shôjo d’un autre mangaka avec Fushigi Yugi (Avril 1998) de Yuu Watase, que nous retrouverons avec Ayashi no Ceres (Juillet 2000), Imadoki (Aout 2002), et Appare Jipangu! (Septembre 2003). Ils lancent aussi Please Save My Earth (Septembre 1999), de Saki Hiwatari, qui reviendra plus tard dans leur catalogue avec Le Jeu du Hasard (Juin 2003). L’année 2000 voit l’arrivée d’une de leurs futurs auteurs fétiches, Kaori Yuki, avec Angel Sanctuary (Juin 2000), qui sera suivi de Neji (Janvier 2002) et Comte Cain (Octobre 2003).
Le catalogue de Tonkam apparait comme parfaitement cohérent ; à l’exception de Imadoki – proposé sans doute en raison de leurs liens avec l’artiste – tous ces titres jouent la carte du fantastique ou de la science-fiction, ou proposent un univers très sombre. Par rapport aux standards actuels du shôjo en France, la plupart ne seraient plus considérés comme tels car ne recourant pas à la comédie romantique, ou très peu.

Glénat, notre pionnier en terme de manga à succès, se lance à son tour dans les shôjo en Novembre 1995, sans surprise avec le manga de Sailor Moon, dont l’adaptation cartonne à la télévision. Une prise de risque minime. Il faut attendre Janvier 1998 pour qu’ils reviennent avec un second titre, Sailor V, mais là encore avec une prise de risque limitée.
En 2001, ils vont tout-de-même tenter une série bien différente : Marmalade Boy (Octobre 2001), de Wataru Yoshizumi, qui deviendra une habituée de leur catalogue. Avec le recul, ce titre représente une étape importante de l’histoire du shôjo en France : il s’agit de la première comédie romantique en milieu scolaire traduite en Français. Il fonctionnera suffisamment pour que Glénat décide de publier un seconde titre de l’auteur : Mint na Bokura (Février 2003). Le début de l’année 2003 est d’ailleurs faste en terme de shôjo chez l’éditeur, puisqu’ils lancent aussi Hana Yori Dango (Janvier 2003) et Gals! (Mars 2003).
Nous pouvons donc séparer clairement deux époques jusqu’en 2003 : celle de Sailor Moon, qui doit permettre d’exploiter les audiences de l’anime, et celle de shôjo ancrés dans le quotidien, représentatifs de ce que nous trouvons actuellement (si ce n’est pas au niveau graphique). Seule exception : Alice 19th (Juin 2003), qui contient des éléments fantastiques.

En 1996, un autre acteur débarque sur le secteur du shôjo, ou du moins sur celui des CLAMP : j’ai nommé Manga Player. Ils publient – ou du moins, commencent à publier – deux titres : Magic Knight Rayearth (Décembre 1996) puis Card Captor Sakura (Aout 1999), soit des récits à priori plus enfantins que ceux privilégiés par Tonkam.
Pika prend ensuite le relais de Manga Player, poursuit la publication de Card Captor Sakura et enchaine avec Clamp School Detectives (Décembre 2000), J’aime ce que j’aime (Juillet 2001), et Trèfle (Décembre 2001).
Un seul titre viendra perturber cette belle série : Utena, la Fillette Révolutionnaire (Février 2003), peut-être car l’anime a connu un joli petit succès en VHS puis en DVD. Mais dans l’ensemble, plus que du shôjo, Pika s’est surtout spécialisé dans les titres des CLAMP. Notons toutefois que l’éditeur ne s’est pas arrêté à leurs shôjo, mais a aussi proposé à l’époque des shônen (Deukalyon et Angelic Layer) et un seinen (Chobits). Mais en matière de shôjo, ils sont restés sur une production plutôt jeune public, pour leur collection Kohai.

Je passerai rapidement sur Kana, qui pendant plusieurs années va se concentrer sur du shônen (à rallonge) avant d’inaugurer leur collection shôjo avec Basara (Janvier 2001). Mais en terme d’action, d’aventure, et de longueur, ce titre en particulier ne se distingue pas du reste de leur catalogue. Seul son dessin change de ce qu’ils proposaient jusque-là.
Quant au choix de le publier, il faut sans doute y voir la même raison que pour la sortie de Hana Yori Dango : la série a cartonné au Japon, avec 15 millions d’exemplaires en circulation au Pays du Soleil Levant (contre 54 millions pour le titre de Glénat). Sur un marché du manga encore jeune, il ne faut pas s’étonner que les éditeurs français aient pensé qu’un succès au Japon pouvaient aussi fonctionner chez nous. Une politique qui, malheureusement, provoquera bien des désillusions, en particulier en matière de shôjo.

Ce qui me fournit une transition parfaite pour aborder Panini Comics, qui me parait beaucoup plus intéressant à étudier. Les chiffres de vente au Japon, ce fût probablement le critère déterminant pour que Panini Comics choisisse ses séries, après des débuts timides ; l’éditeur a les moyens de ses ambitions, et lance coup sur coup Peach Girl (Février 2002) et Banana Fish (Septembre 2002). Pour des fortunes diverses : le premier sera un succès commercial, le second un succès d’estime. Dans la foulée, Panini Comics sort Mars (Janvier 2003), Caramel Diary (Avril 2003), et Alichino (Septembre 2003).
Comme cet éditeur s’est lancé sur le tard dans les manga, il ne faut pas s’étonner de les voir tâtonner, au-delà de toute notion de politique éditoriale, même s’ils vont rapidement s’investir dans le secteur du shôjo. Ce qui explique le lancement début 2004 d’un Princesse Kaguya très difficile à vendre en France, déjà à l’époque. Comme leurs concurrents, ils vont progressivement se positionner sur un schéma proche de celui de Peach Girl, à savoir la comédie romantique en milieu scolaire.

Reste un acteur majeur : Delcourt. Enfin, dans son cas, c’est compliqué. L’éditeur s’est essayé tôt au manga, en 1996, à travers sa collection Contrebande, mais pour un succès mitigé… Puis, lorsque plusieurs responsables de Tonkam quittent le navire pour créer Akata, les deux sociétés s’associent pour publier du manga, secteur alors en vogue. Akata s’occupera de choisir les titres et de gérer le catalogue. D’entrée, ils font du shôjo une de leurs priorités, avec Fruits Basket (Juillet 2002) et Nana (Octobre 2002). Et c’est un triomphe, les deux séries bénéficient non seulement d’une excellente presse, mais aussi de ventes qui restent encore aujourd’hui les plus élevées pour des shôjo en France (même si je serais curieux de voir les chiffres de Sailor Moon). Dans le cas de Fruits Basket, j’estime que ce succès vient notamment de la synergie avec l’anime, dont le coffret DVD était alors le moins cher qu’il soit possible de trouver en magasin. Plus anecdotique, ils publient l’année suivante Magie Intérieure (Septembre 2003).
Nous noterons donc deux choses : que Akata est le premier éditeur à s’être lancé avec du shôjo, et qu’ils ont définitivement imposé leur crédibilité financière.

Comme vous pouvez le constater, à partir de 2003, cela devient ingérable. Selon Bruno Pham, d’Akata : « Les succès de Fruits Basket et de Nana, mais aussi de Clamp d’une certaine manière, ont attiré les requins du capitalisme ». Ces deux titres en particulier ont sans doute eu un effet, mais nous constatons que c’est vraiment à partir de 2003 que le marché s’emballe, alors qu’il ne s’est écoulé qu’un an depuis leurs débuts. Pour les éditeurs, les shôjo représentaient forcément un atout, car ils leur permettaient de s’ouvrir vers un immense lectorat potentiel, jusque-là rarement touché par les BD : les filles.
Par contre, là où Nana et Fruits Basket ont marqué la concurrence, c’est dans la recette. A partir de là, ils ont compris que ce qui pouvait le mieux fonctionner, ce sont les histoires d’amour, les collégiens/lycéens, et la réalité du quotidien ; car oui, dans Fruits Basket, le côté fantastique apporte plus d’humour (et un peu de drame), mais cela reste un élément anecdotique.

Je ne l’ai pas encore cité, mais en Décembre 2003, Tonkam lance Magnolia, son magazine de prépublication de shôjo. Je ne reviendrai pas sur les raisons de son échec, mais nous pouvons constater que sa politique éditoriale s’éloigne fortement de celle jusque-là en vigueur chez l’éditeur, en terme de shôjo. En effet, si nous y retrouvons bien Kaori Yuki à travers God Child, il permet aux lecteurs de découvrir deux titres qui accuseront plus tard de très bonnes ventes : Parmi eux et Elle et Lui. Soit deux histoires d’amour en milieu scolaire, sans aucun élément fantastique, et dans une atmosphère positive (même si Elle et Lui possède une légère noirceur). Des choix radicalement différents de tout ce que l’éditeur avait pu proposer jusqu’à présent, et une preuve que le marché est définitivement en train d’évoluer.

Au début des années 2000, les shôjo s’imposent donc comme des titres viables sur le marché français, et les meilleures ventes amèneront les éditeurs à privilégier des types d’histoire au détriment d’autres.
Pendant longtemps, si les shôjo étaient présentés comme des BD pour filles, ceux publiés en France avaient une image plus unisexe, recouraient souvent à des éléments qui n’auraient pas dépareillé dans des shônen, et arrivaient à toucher aussi bien les filles que les garçons. C’est sans doute Glénat qui a commencé à changer la donne, avec des récits focalisés sur les relations amoureuses, et une utilisation importante de rose bonbon sur la couverture pour montrer qu’ils ciblaient un public féminin. Avec Magnolia, Tonkam allait dans le même sens, utilisant en guise de couverture la photo d’un couple de collégiens en train de se bécoter, et proposant à l’intérieur des fiches de cuisine.
En dehors de quelques titres spécifiques, les shôjo retrouvaient donc leur lectorat supposé, et perdaient leur côté unisexe. A ma connaissance, Trinity Blood (Octobre 2008) fût le premier titre délibérément publié dans une collection non shôjo alors que son éditeur en possédait une. A partir de là, nous sommes plus que jamais dans une politique de collection, les éditeurs associant à leur collection shôjo les titres qui correspondent au genre auquel le nom est désormais associés – à savoir la comédie romantique – tandis que les autres ne sont plus présentés comme des shôjo, la classification japonaise ne possédant pas la même signification en France.

Depuis Nana et Fruits Basket, les meilleures ventes shôjo furent réalisées par Parmi Eux, Switch Girl, Vampire Knight, et les autres titres de Natsuki Takaya ayant suivi la publication de Fruits Basket.
Actuellement, ce sont surtout Love Mission, la série des Alice, Wolf Girl and Black Prince, Aphrodisiac, et Blue Spring Ride qui semblent susciter l’intérêt du public français, mais loin derrière Amour Sucré qui n’est d’ailleurs pas un manga (source Fnac).
Néanmoins, si ces dernières années ont vu une prédominance de certains schémas narratifs chez les shôjo, les éditeurs français continuent à nous proposer de la diversité, même si sans doute plus difficiles à identifier en raison du nombre de publications, des maisons comme Panini Comics, Delcourt, ou plus récemment Soleil Manga s’étant spécialisé sur ce secteur en particulier.

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6 commentaires pour L’Histoire du Shôjo en France

  1. a-yin dit :

    Chouette histoire du shôjo en France 🙂 . J’ignorais que Candy Candy fut édité par deux fois! Lors de la soirée dédicace de Yumiko Igarashi organisée par Pika et Isan, une fan avait ramené des objets vraiment précieux et collector de l’auteure. Je n’ai jamais vu ni feuilleté un volume de Candy Candy et visionnaire la personne qui a gardé ses exemplaires aujourd’hui ^^ .

    Ce panorama de sorties ne me rajeunit décidément pas. Surtout, je suis étonnée par Please Save My Earth (1999)! J’ignore pourquoi je pensais que c’était bien plus vieux. Cela est peut-être dû à l’adaptation animée, sortie en VHS chez nous. Je me souviens comment les pub dans Animeland me donnaient envie, surtout jadis quand j’aimais beaucoup le fantastique: lune, réincarnations, ESP … hum.

    Je trouve qu’il y a décidément eu un raté dans le paysage manga français. Alors qu’il y a eu de la volonté de présenter du Tezuka depuis un bon moment, personne n’a creusé le sillon du shôjo. Pourtant, ça aurait pu être possible, surtout vu nos années de retard par rapport au Japon, donc, retard graphique. Enfin, sauf pour CLAMP, mais elles détonnaient vraiment graphiquement par rapport aux autres shôjo. Je me souviens que je trouvais le graphisme souvent approximatif dans ces manga, sauf chez elles, dont le trait est extrêmement précis. C’est vraiment dommage, on aurait pu avoir du Moto Hagio, un peu comme ça a été le cas aux Etats-Unis. Et surtout, alors que le shôjo d’aventure cartonnait, les éditeurs auraient dû sortir des trucs comme Princesse Kaguya. Il y a clairement eu des ratés.

    Quant aux shôjo romantiques se déroulant dans notre quotidien, j’avais complètement oublié Marmelade Boy! Mais je me souvenais effectivement de la sortie qui fut une sorte de mini événement. En fait, la grande erreur de la BD ici, c’est d’avoir complètement occulté ce lectorat féminin. C’est clairement un milieu qui a été longtemps phallocentré, alors tu m’étonnes… Si les shôjo ont marché, qu’ils soient fantastiques ou romantiques, c’est bien parce qu’il y avait des filles qui voulaient vraiment lire de la bande dessinée. Curieusement, alors que l’on tape souvent sur les doigts des Japonais en matière de sexisme, c’est malgré tout par cette « apartheid » des productions filles/garçons que l’on a pu avoir autant de mangaka femmes. Et aussi un public féminin.

    Le paysage a encore changé, je dirais que les années 2008-2009 ont achevé ce temps du « chacun son shôjo qui va cartonner, on licencie en masse la romance ». Ca se calme ces temps-ci, la mode étant au seinen grand public. Il y a toujours de bons titres aujourd’hui, mais il faut les repérer. Il y a souvent eu des différences de goûts entre les publics français et japonais (et même asiatique), mais je trouve cela très vrai pour les shôjo. Et tout n’est pas dans une collection dédiée comme tu le dis si bien 🙂 . Je suis curieuse de voir l’évolution de tout ça. En tout cas, je suis surprise par la sortie d’un Setonaka Machiko chez Black Box.

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  2. Gemini dit :

    Merci pour ton retour.
    Je ne crois pas que les shôjo d’aventure aient vraiment cartonné. PSME, RG Veda, je considère que tous ces titres ont fonctionné en tant que manga d’aventure et non en tant que shôjo, ou du moins, l’association public féminin – shôjo ne se faisait sans doute pas encore. J’ai croisé des mecs qui ont commencé à douter de leur virilité le jour où ils ont appris que X était écrit pour des filles. J’estime que c’est à partir du moment où Glénat est entré dans la danse du shôjo – je mets les Sailor de côté – que le côté féminin est vraiment ressorti, avec des couvertures roses bonbon et blanches calquées sur celles de la Shueisha (je me souviens du mal que j’ai eu pour acheter Mint na Bokura à cause de ça). Et Glénat, s’ils ont choisi Marmalade Boy et Hana Yori Dango, c’est pour une raison toute bête : chaque tome de ces deux séries s’est écoulé à plus d’un million d’exemplaires au Japon, ça laisse rêveur.

    Princesse Kaguya est sorti en 2004, mais apparemment, c’était déjà trop tard.

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  3. a-yin dit :

    Moi aussi j’ai croisé des mecs comme ça. Qui affirmaient haut et fort que non, leur bien aimé X n’était PAS un shôjo. Oh la naïveté… la mauvaise foi et que sais-je 🙂 , cette hiérarchie culturel du masculin sur le féminin.

    Princesse Kaguya, sorti à l’époque où CLAMP cartonnait ça aurait vraiment pu le faire. Car son dessin est aussi très précis et sophistiqué à sa manière. Et puis ce scénario hyper mystérieux quoi… 2004 c’était déjà trop tard. Et le marché était déjà orienté romance. C’est un grand regret. Maintenant que j’ai lu quelques manga SF de Moto Hagio, je pense que quelques titres auraient pu marcher dans les années 90. Ou même To Terra… de Takemiya.

    Je pense qu’il y avait peut-être un truc à faire pour les shôjo oldies dans les années 90. On était tellement en demande qu’on aurait mangé. Je me souviens des Tezuka de Glénat (et Tonkam ensuite?) les fans de manga en achetaient quand même. Parce que Dieu du manga, tout ça, et qu’on voulait en savoir plus. Si à cette époque, on avait un peu creusé sur le shôjo et donné des info (genre Animeland par ex? Je connais peu le mag) aux passionné-e-s alors ça aurait pu le faire « éduquer le lectorat » comme disait un certain Bruno. Et il n’a pas tout à fait tort pour le coup.

    Je me souviens que j’étais super contente de lire les choses autour du manga au Japon, d’en savoir plus, par le biais de Mangavoraces (qui était gratuit). C’est beaucoup là que j’ai vu le mot « shôjo ». Quoiqu’il arrive, je me souviens que Mangavoraces suscitait de la curiosité.

    Oui, je sais bien pour les raisons de Glénat. Je connaissais ces séries de nom, et je me souviens que même si ça ne m’intéressait pas (love story), c’était en soi un petit événement de les voir sortir. Basara aussi fut un événement, je n’achetais pas le titre, mais j’en avais souvent entendu parler dans Mangavoraces, et ça paraissait un peu en même temps que Kenshin (je crois qu’il y avait une rubrique sur les manga VO).

    Il y a quand même eu, même dans les années 90, pas mal de filles lisant des manga. En tout cas, j’en ai pas mal croisées. C’est pour ça que je parle d’une BD franco-belge (et même le comics) phallocentrée. Avant les couvertures rose bonbon déjà, pas mal de nanas fans de CLAMP, de Angel Sanctuary, Fushigi Yûgi, Réincarnations.

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  4. Gemini dit :

    Je ne dis pas que beaucoup de filles ne lisaient pas des manga dans les années 90, mais plus que des titres comme Angel Sanctuary possédaient un lectorat mixte ; comme au Japon, d’ailleurs.

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  5. a-yin dit :

    Justement, dans les années 90, il y avait déjà des lectrices, faut pas exagérer 🙂 . J’en ai rencontrées pas mal, j’ai même vu plus de nanas que de mecs lisant des manga autour de moi au lycée (dans les gens qui en lisaient, évidemment).

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  6. Gemini dit :

    Je ne dis pas qu’il n’y en avait pas, hein ! La première personne que j’ai rencontré lisant un manga en sens de lecture nippon, c’était une fille. Mais je connais autant que de lecteurs que de lectrices d’un Angel Sanctuary, c’est ce que je voulais dire.

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