Qu’est-ce que le fanservice ?

Depuis que je discute animation et manga avec d’autres passionnés sur la toile, il est un terme qui revient régulièrement : celui de « fanservice ». Mais sommes-nous réellement d’accord sur sa signification ?

Selon Wikipedia – qui est, comme chacun sait, une référence – le « fan service (ou fanservice, abrev. fanserv) est une pratique des médias qui consiste à alimenter la passion des fans et leurs fantasmes avec des contenus digressifs ou superflus qui leur sont spécialement destinées, généralement par le biais de situations à forte connotation sexuelle ou érotique » (les fautes d’orthographe sont d’origine).
Je vous l’accorde, il s’agit de l’impression que cette pratique peut donner de prime abord. Bien souvent, le fait de voir apparaitre la culotte d’un personnage semble à ce point gratuit, que cette notion de fanservice s’impose comme la seule explication logique : cette culotte ne présente aucun autre intérêt que de faire plaisir aux fans, et ainsi – effectivement – à alimenter leur passion pour l’œuvre. Quant à ceux que le procédé réprouve, il ne s’agissait sans doute pas du public visé.

Il y a toutefois au moins deux points qui me gênent dans cette définition. Le premier, c’est la notion de contenu superflu. Ce n’est pas parce qu’un élément ne sert pas le récit qu’il est forcément inutile. Prenez Love Hina de Ken Akamatsu : est-il rempli de fanservice, ou bien son omniprésence de filles en petites tenues fait-elle partie de son identité même ? Vaste question à laquelle je me garderai bien de répondre.
Le second point qui me parait largement soumis à caution, c’est la connotation sexuelle. Cela peut nous sembler évident, car c’est généralement ce que nous allons remarquer le plus aisément. Pourtant, si nous nous en tenons à cette même définition, le fanservice « consiste à alimenter la passion des fans ». Pourquoi cela devrait-il se limiter à la sexualité ? Le fan est-il forcément perçu comme un pervers en puissance ?

Le fanservice, ce n’est jamais que brosser le fan dans le sens du poil, effectivement afin d’alimenter sa passion. Cela signifie simplement répondre à ses attentes, voire les devancer. Si les attentes en question concernent des jeunes filles à oreilles de chat vêtues de maillots de bain scolaires un peu rétro, faire apparaitre des jeunes filles à oreilles de chat vêtues de maillots de bain scolaires un peu rétro sera du fanservice.
Mais imaginons une comédie scolaire. Le héros est entouré de plusieurs jeunes filles, et il s’avère qu’auprès du lectorat, une semble beaucoup plus populaire que les autres. Ici, le fanservice reviendra à s’arranger pour que le héros en question termine en couple avec le personnage préféré du public (que ce fût ou non l’intention de l’auteur au début), parce que c’est ce qu’il attend, et parce qu’il sera déçu si cela n’arrive pas. Or, un lecteur déçu est un lecteur qui risque de se détourner de l’œuvre.

Je vais prendre un exemple concret : le film d’animation Rainbow Rocks. Oui, je sais, encore des poneys.
Pour ceux qui ne les connaitraient pas, Equestria Girls et Rainbow Rocks sont deux long-métrages adaptés de la série My Little Pony : Friendship is Magic, laquelle a accompli l’exploit de fédérer une importante communauté de fans via internet. La principale particularité de ces films, c’est qu’ils mettent en scène les personnages sous des formes humaines. Autre particularité : ils sont bourrés à ras-bord de fanservice !
N’allez rien voir de sexuel ou de dépravé là-dedans, le public cible reste officiellement les petites filles. Ici, cela revient à reprendre – à l’identique ou en les détournant – les dialogues favoris des spectateurs, ou encore à faire apparaitre – parfois dans des rôles anormalement importants – des personnages secondaires dans la série, mais étonnamment populaires auprès de cette communauté.
Quand Vinyl Scratch, qui n’est jusque-là apparue qu’en arrière-plan sans aucune ligne de texte, devient une alliée indispensable des héroïnes, c’est clairement du fanservice. Et ce n’est même pas discret. Le pire, c’est que j’attendais justement qu’elle ait droit à un rôle plus étoffé.

Nous pouvons donc dire qu’il existe fanservice et fanservice : celui bien visible que tout le monde remarque, et celui parfois plus subtil, plus insidieux, qui sert à conforter le consommateur dans ses espoirs, qu’il en ait conscience ou non. Les culottes entrent dans la première catégorie, mais celui d’Equestria Girls et Rainbow Rocks aussi : nous ne pouvons pas dire qu’il ait été spécialement effacé. Il englobe des possibilités beaucoup plus variées que la simple vision sexuelle et érotique : tout dépend de ce que les auteurs imaginent quant aux attentes de leur public.
Pour ma part, je vous dirai voir le fanservice comme une technique racoleuse pour attirer ou maintenir l’intérêt du consommateur. Mais, en même temps, je ne suis qu’un homme, et vous avouerai bien volontiers que souvent – trop à mon goût – cela fonctionne sur ma personne.

Avant de refermer ce billet, j’aimerais revenir sur l’aspect ambivalent du fanservice. Car si je vous ai dit que le fanservice ne se limitait pas aux culottes (et qu’il pouvait servir le récit), les culottes ne sont pas nécessairement du fanservice, ou alors de manière plus ambiguë.
Vous avez dû remarquer les magnifiques images de cet article, tirées de la série d’animation Asobi ni iku yo!. Or, s’il serait possible de la considérer comme une débauche de fanservice, nous pouvons aussi la voir comme une comédie utilisant son aspect culotte ouvertement outrancier comme un ressort humoristique. Ressort qui, en l’occurrence, fonctionne parfaitement. A l’instar de Wingman, la finalité est moins de jouer sur la sexualisation des personnages que de rire des situations qui en découlent. Ce qui n’interdit pas de se faire plaisir.

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3 commentaires pour Qu’est-ce que le fanservice ?

  1. Natth dit :

    Je crois connaître la discussion qui t’a poussé vers cet article… Mais il est possible que je me trompe. Le fan-service a ce petit côté piégeux où l’on croit avoir saisi les goûts du voisin et où l’on se rend finalement compte qu’il y a un décalage au niveau des références. Je pense que c’est l’une des caractéristiques du fan-service : quand on s’adresse à un public précis, il faut accepter l’idée que les références soient ignorées, voire rejetées, par le public général. C’est un risque économique à prendre : vais-je viser la majorité, vais-je choisir le fanserv pas trop visible mais rentable (figs et compagnie), vais-je faire mine que le fan-service n’existe que pour toucher un public plus large ?

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  2. Gemini dit :

    Tu ne te trompes sans doute pas quant à l’origine de cet article.

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  3. Ping : Chronique manga : Love Hina

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