Pampuru Pimpuru Pam Pom Pum

Qu’est-ce qu’une Magical Girl ? Au sens strict, c’est une fille dotée de pouvoirs magiques, comme le nom l’indique. Évidemment, c’est plus compliqué que cela ; ce que nous appelons traditionnellement Magical Girl, ce sont des filles mineures dotées de pouvoirs magiques, et qui les utilisent pour faire le bien autour d’elles. Néanmoins, même cette définition n’a rien d’absolu. En effet, les années ont vu se multiplier les séries qui ont fait évoluer le genre, mais aussi des parodies, des réflexions autour de ces héroïnes, et ainsi de suite.

Pour bien comprendre le genre, il faut – comme souvent – se plonger dans son histoire. J’essayerai de passer sur la liste interminable de séries qui n’ont pas apporté grand chose à l’univers des Magical Girls, pour me concentrer sur les titres marquants ou qui furent bien accueillis sur le territoire français.

En 1962, le mangaka Fujio Akatsuka – ancien assistant de Osamu Tezuka – travaille pour le magazine Ribon, un célèbre mangashi shôjo ; il faut dire qu’à l’époque, la majorité des mangaka de shôjo étaient encore des hommes, dont beaucoup n’avaient pas réussi à percer dans le shônen. Pour ce magazine, il crée Himitsu no Akko-chan (Caroline), l’histoire d’une petite fille qui reçoit le pouvoir de changer d’apparence, et qui va utiliser ce pouvoir pour faire le bien autour d’elle. La première Magical Girl vient de naitre. Et il est intéressant de noter qu’elle vient d’un manga, tandis que les futures grandes heures des Magical Girls s’écriront surtout avec l’animation japonaise.

Quelques temps plus tard, deux phénomènes touchent le Japon : le début de la production d’animes pour la télévision – suite au succès de Tetsuwan Atom (Astro Boy) en 1963 – puis la diffusion à partir de 1964 de la série américaine Bewitched (Ma Sorcière bien-aimée), qui va particulièrement fonctionner auprès des jeunes filles. Pour profiter de cet engouement, le mangaka Mitsuteru Yokoyama – l’inventeur des robots géants avec Tetsujin 28-go – imagine un projet multi-support, donc prévu simultanément en manga et en anime : Mahôtsukai Sally (Sally la Petite Sorcière). La série commence en 1966 et va cartonner. L’animation ouvre ses portes aux Magical Girls.

Himitsu no Akko-chan est adapté à son tour en 1969. La série possède une grande différence avec Mahôtsukai Sally : là où Sally est une sorcière venue sur Terre pour apprendre la vie, Akko n’est qu’une petite fille banale qui reçoit un objet magique, en témoignage de sa gentillesse. La force de Himitsu no Akko-chan, c’est de partir du principe que n’importe quelle petite fille peut utiliser la magie, à condition qu’elle le mérite ; inutile d’appartenir à une famille hors-norme pour devenir une petite sorcière (et par extension une Magical Girl). A partir de là, il va y avoir deux écoles : les Magical Girls d’origine fantastique (Minky Momo) et celles humaines/ordinaires (Mahô no Tenshi Creamy Mami).

Les années 70 vont voir apparaitre des héroïnes parfois un peu plus âgées, parfois atypiques dans leur comportement – plus espiègles, moins altruistes – et même des trames plus profondes. Mahô no Mako-chan (Mako), en 1970, représente une variation autour du thème de La Petite Sirène, puisque Mako décide de perdre son apparence de sirène pour vivre sur la Terre à la recherche d’un garçon qu’elle a sauvé de la noyade, et dont elle est tombée amoureuse. Plus orientée science-fiction, en 1973, Miracle shôjô Limitto-chan est un robot capable de changer d’apparence, à qui son créateur a donné le corps de sa fille décédée ; le synopsis ressemble à celui de Cutie Honey (voir plus bas).
Dernière petite révolution de la décennie, en 1979, Hana no Ko Lun-Lun (Le Tour du Monde de Lydie) abandonne la Magical Girl évoluant dans un cadre familial – la famille fût-elle d’adoption – pour raconter l’histoire d’une adolescente aventureuse parcourant l’Europe à la recherche d’une fleur mystérieuse ; chaque épisode a beau s’achever par une morale – une constante de nombre de séries du genre – et l’anime être profondément ancré dans l’esthétique shôjo des années 70, le voyage initiatique lui permet de sortir des poncifs.

La décennie suivante sera décidément celle des Magical Girls. Il faut dire qu’elle s’ouvre par un futur classique du genre, en 1980 : Mahô no Princess Minky Momo (Gigi). Cette série se distingue car elle va présenter une fillette se transformant en une femme presque adulte ; une idée inédite puisque les personnages restaient jusque-là dans leur tranche d’âge lors de leurs transformations, à l’exception d’une série de Osamu Tezuka (voir plus bas) mais qui se situait sur un créneau différent, pas forcément celui des Magical Girls traditionnels. Le concept sera largement repris par la suite.

Les titres qui vont suivre compteront parmi les plus connus du genre, en particulier ceux produits par le Studio Pierrot, le spécialiste des Magical Girls dans les années 80, même si Toei Animation tentera de le concurrencer sur ce secteur dont il fût le pionnier.
Ces séries possèdent plusieurs points communs. Il s’agit essentiellement d’animes originaux, dont certains seront ensuite adaptés en manga ; à noter qu’ils seront aussi parmi les premiers à exploiter le format OAV.
Les héroïnes possèdent des mascottes, des petits animaux mignons ; mais il s’agit d’un poncif du genre, qui se retrouvait déjà auparavant et qui va devenir une sorte de constante.
Même si ce n’est pas toujours explicite, ils visent non seulement les petites filles – la cible traditionnel du genre – mais aussi un public d’hommes adultes, souvent passionnés d’animation ; ce qui peut expliquer quelques éléments plus tendancieux, comme des transformations déshabillées ou des plans culottes.
Surtout, les producteurs comptent énormément sur les ventes de produits dérivés ; les Magical Girls ayant toujours disposé d’accessoires – pour effectuer leurs transformations – certains font appel à des créateurs de jouets pour dessiner les produits destinés à être commercialisés par la suite, comme cela se fait déjà depuis les années 70 pour les animes de robots géants. Un des animes qui symbolisera le mieux l’importance des produits dérivés sera probablement Ultra Maniac, en 2003 : adapté d’un manga de Wataru Yoshizumi loin de se revendiquer de la mouvance Magical Girl, les créateurs de l’anime vont s’acharner à imaginer moult gadgets employés par son héroïne pour utiliser ses pouvoirs, gadgets qui seront évidemment disponibles dans le commerce.

Le Studio Pierrot va rapidement enchainer les succès, en commençant par Mahô no Tenshi Creamy Mami (Creamy Merveilleuse Creamy) en 1983, Mahô no Fairy Pelsia (Vanessa et la Magie des Rêves) en 1984, Mahô no Star Magical Emi (Emi Magique) en 1985, et Magical Idol Pastel Yumi (Suzy aux Fleurs Magiques) en 1986. Un peu comme le fait aujourd’hui Toei Animation avec sa licence Pretty Cure, ces Magical Girls évoluent dans le même monde et peuvent se rencontrer lors de films produits spécialement pour l’occasion. Le dernier gros coup du Studio Pierrot en matière de Magical Girls sera Mahô no Stage Fancy Lala, en 1998, une nouvelle idole dans la lignée de Creamy ou Emi.

Pour regagner sa souveraineté sur ce secteur, Toei Animation décide de miser sur des reprises de ses classiques : Himitsu no Akko-chan en 1988, puis Mahôtsukai Sally en 1989 ; ce sont les versions par lesquelles nous connaissons ces licences en France. Les deux séries auront droit à une reprise supplémentaire à la fin des années 90.
Mais la grande trouvaille du studio, en 1992, sera le concept de la Magical Girl combattante avec Bishôjo Senshi Sailor Moon (Sailor Moon). Des Magical Girls, elles héritent des transformations magiques et des accessoires, mais elles tiennent aussi énormément des sentai ; elles sont plusieurs, chacune symbolisée par une couleur et un élément (ce-dernier aspect disparaitra avec l’apparition de nouveaux personnages), et surtout elles se battent contre les forces du mal. Cette fois, pas de doute, les petites filles ne sont plus les seules visées, cette série ne s’en cache absolument pas.

Toei Animation essayera de surfer sur le succès de Bishôjo Senshi Sailor Moon en produisant à sa suite Cutie Honey Flash en 1997, série plus enfantine que sa version d’origine avec plusieurs Honey de couleurs différentes. L’accueil sera moins chaleureux. Mais le studio retrouve la bonne recette en 1999, en revenant à certaines bases des Magical Girls – de jeunes personnages, la volonté d’utiliser la magie pour faire le bonheur de ses proches au quotidien – tout en retenant quelques éléments de Bishôjo Senshi Sailor Moon, en particulier la présence simultanée de plusieurs Magical Girls et d’un code couleur. C’est Ojamajo Doremi (Dorémi Magique).
Le studio va pourtant revenir aux combattantes en 2004 avec Futari wa Pretty Cure, licence qui depuis accouche chaque année d’une nouvelle série, et qui réutilise le système mis en place dans les années 80 par le Studio Pierrot pour faire agir ses héroïnes de concert.

Mais il y a aussi une vie en dehors de Toei Animation dans les années 90 et 2000. Un des principaux phénomènes du genre reste certainement Cardcaptor Sakura (Sakura la Chasseuse de Cartes), produit en 1998 par Madhouse. Quelques années auparavant, en 1995, Nurse Angel Ririka SOS s’englobait d’une ambiance plus tragique qu’à l’accoutumée, avec des personnages qui mourraient et une héroïne perdant une partie de ses capacités vers le milieu de l’anime. Full Moon wo Sagashite va aussi faire le pari d’une composante tragique, en 2002, puisque son héroïne souffre d’un cancer, et que ses deux mascottes sont des shinigamis chargés de réclamer son âme quand le temps sera venu. La même année, Princess Tutu se démarque en sortant radicalement des histoires du quotidien, avec un univers fantastique issu des contes, et pour héroïne un canard rêvant de devenir humaine par amour pour un garçon. Toujours en 2002, les Magical Girls combattantes font leur retour sur les écrans grâce à Tokyo Mew Mew. Depuis, le principal succès pour cette veine classique, destinée en premier lieu aux jeunes filles, fût probablement Shugo Chara! en 2007.

J’ai jusque-là sciemment laissé de côté des titres plus atypiques, sortant des canons du genre, destinés à d’autres publics, ou qui font plus office de réflexion sur le genre. Ils apparaissent pourtant rapidement.
Et ce n’est pas le premier venu qui va lancer la première série « déviante » autour des Magical Girls, mais bien Osamu Tezuka en personne. En 1970, il crée Fushigi na Melmo, une petite fille capable de changer d’apparence au moyen de bonbons qui font rajeunir et vieillir ; sans aucun recul sur l’utilisation parfois dangereuse qu’elle fait de ses pouvoirs, son manga et surtout son anime peuvent être considérés comme des guides d’initiation sexuelle à destination du jeune public ; l’auteur va notamment y utiliser la dimension érotique de la métamorphose (comme chez l’auteur romain Ovide).
Toujours avec une composante sexuelle marquée, Go Nagai imagine en 1973 la série Cutie Honey. Si le principe de base est bien celui des Magical Girls, puisque notre héroïne dispose d’un objet – le AI System – pour changer d’apparence, Honey s’avère plus volontiers violente – préfigurant au passage les héroïnes combattantes des années 90 – et surtout beaucoup plus libertine. Pour ne rien arranger, elle évolue dans un lycée ou le sadisme, la torture, et les relations entre filles sont la norme.

Finissent par apparaitre des séries de Magical Girls destinées cette fois uniquement aux adolescents et aux adultes. Il y a plusieurs écoles : des séries s’appuyant essentiellement sur la composante moe / érotique – Lingerie Senshi Papillon Rose en 2003, Magical Canan en 2005 – d’autres plus violentes, dramatiques, et/ou profondes qu’à l’accoutumée – Mahô Shôjo Lyrical Nanoha en 2004, Puella Magi Madoka Magica en 2011 – et d’autres, enfin, qui vont tout simplement essayer de proposer une variation autour du genre ou tenter de l’analyser – Okusama wa Mahô Shôjo en 2005. Il existe même des séries parlant de Magical Girls mais sans Magical Girls, comme peut l’être Nanaka 6/17, anime de 2003 où une adolescente amnésique est persuadée d’avoir grandi à cause d’une formule magique utilisée par son héroïne favorite. Pire, il se trouve en manga des garçons qui se transformant en Magical Girl…

Nous avons parlé de la Magical Girl combattante, de l’idole avec une double vie, de la petite sorcière, de celle pour otaku, et même de celle qui utilise une science tellement poussée que cela passe pour de la magie – j’ai fait l’impasse sur celle qui se transforme en cochon justicier et celle de Hayao Miyazaki, parce que j’avais la flemme – mais à bien y réfléchir, si nous décidons de nous en tenir à une définition stricte de « fille à pouvoirs magiques », cela englobe des montagnes de séries diverses et variées. Nous pourrions facilement y inclure Kamichu! ou, plus extrême, Mawaru Penguindrum et Shôjo Kakumei Utena ; ce qui n’est pas un hasard, puisque leur créateur fût un des principaux réalisateurs de Bishôjo Senshi Sailor Moon. Magical Girls ou pas, toute la question est là.

Nous pourrions donc nous demander où commence le genre Magical Girl et où il s’arrête. La mascotte parlante est-elle indispensable (sachant que Akko n’en possède pas) ? Y a-t-il un âge limite pour l’héroïne ? Et ainsi de suite.
Je pense que le genre est avant tout incarné par des séries représentatives, comme celles des années 80 par Studio Pierrot et Toei Animation. Ensuite, tout dépend à quel point nous voulons étendre la définition ; il y a des titres pour lesquels le doute n’est pas permis, et d’autres… plus ambigus.

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3 commentaires pour Pampuru Pimpuru Pam Pom Pum

  1. Trit’ dit :

    C’est un complément au dernier numéro du Joueur du grenier ou c’est le hasard de la programmation qui veut cette sortie simultanée ?

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    • Gemini dit :

      Un complément, définitivement. J’avais déjà travaillé un peu le sujet, j’ai vu la vidéo hier soir, ça m’a donné un coup de pied au derrière pour écrire ce machin…

      Et j’en profite pour préciser que 4 Magical Girls poursuivies par des tentacules dans une OAV, c’est normal.

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  2. inico dit :

    A la suite de ton billet, j’ai regardé les deux films Akko-Chan.
    Bien sympas et gentils sans tomber dans la niaiserie infantile. Même si j’ai dû me retenir de penser aux pubs Galak à la fin du 2nd épisode ^^.

    Plus sérieusement, c’est amusement de constater l’évolution ou au contraire la non-évolution du genre au cours du temps.
    Et de voir que finalement, il est difficile de parler de genre, puisque malgré certaines constantes, il y a des œuvres d’une très grande disparité.
    A l’instar des étiquettes Shojo, Shonen, Seinen, Josei et autres, l’étiquette Magical Girl n’en est qu’une parmi d’autres.

    Qui ne permet que de donner une indication quand aux codes utilisées mais reste bien maigre pour se faire une idée du contenue.

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