Yaoi Yuri Con : Dans la Peau d’un Fudanshi

Ce week-end, pendant que d’autres allaient s’enfermer à Japan Expo Centre, l’association lyonnaise Event Yaoi organisait la Yaoi Yuri Con, une convention dédiée comme son nom l’indique aux manga et anime mettant en scène des relations homosexuelles.

Je suis lyonnais, et entre les arnaques, les brouilles entre associations, et les projets avortés, nous ne pouvons pas dire que nous soyons bien lotis niveau convention. C’est pour cela que je suis toujours prêt à soutenir une initiative locale comme la Yaoi Yuri Con, même si je doute d’appartenir au premier public visé. L’année dernière, je n’avais pas pu m’y rendre ; pour cette seconde édition, je me devais d’être présent. C’était aussi l’occasion de participer à ma première convention de 2012, et bien entendu de retrouver mes connaissances du net ; plusieurs membres du forum Club Shôjo avaient fait le déplacement pour l’occasion.

La première chose qui impressionne avec la Yaoi Yuri Con, c’est que les organisateurs ont le chic pour trouver des endroits insolites. L’année dernière, elle envahissait les deux étages d’une péniche. Cette fois, l’association avait loué une salle de l’hippodrome de Vaulx-en-Velin ; endroit situé au terminus de la principale ligne de métro lyonnaise, donc parfaitement accessible.
La salle en question n’était pas immense, mais ils avaient tout-de-même réussi à y placer une vingtaine de stands, et pas moins de deux scènes parfaitement séparées ; une pour les jeux et le cosplay, l’autre pour les projections, les tables rondes, à le karaoké. A noter que, pour les séances de karaoké, ils avaient réussi à faire venir la Toyunda de l’association Epitanime ; une excellente initiative.
Par contre, ils avaient apparemment sous-estimé leur propre succès, et à notre arrivée le Samedi matin, les allées étaient bondées ; cela n’empêchaient pas pour autant de circuler, et de toute façon le nombre de visiteurs a diminué au fil de la journée. Le Dimanche a attiré un peu moins de monde, mais cela reste honorable compte-tenu des ambitions affichées.

Venons-en au vrai sujet : le contenu de la convention. Même si plusieurs visiteurs, comme moi, semblent avoir fait le déplacement plus pour le côté rassemblement et par curiosité, le sujet principal restait bel et bien le yaoi. Et avec lui le yuri et des dérivés comme le bara (du yaoi pour mec avec des gros poilus genre Freddy Mercury). D’ailleurs, le public était en large majorité féminin, et je m’y sentais parfois un peu seul…
La plupart des stands étaient tenus par des amateurs voire des micro-éditeurs, tous centrés autour des thèmes de la convention. Seules exceptions, les deux manga café lyonnais avaient fait le déplacement, et proposaient essentiellement des manga Asuka ou Taifu ; l’un des deux vendait aussi des produits dérivés dont je qualifierais l’origine de douteuse, le seul couac de cette convention.

Sur la scène principale, l’association Sohei animait divers jeux tournant autour de l’univers des fujoshi, dont un particulièrement déstabilisant demandant aux participantes de reproduire des positions sexuelles ; toujours dans la bonne humeur. Comme me l’a fait remarqué l’ami Lux, la seule façon de mettre plus d’ambiance aurait été d’appeler les associations catholiques, pour leur demander de venir manifester contre tant de débauches.
Malgré le nombre limité de visiteurs, nous trouvions de nombreux cosplays issus de séries variées : des classiques comme Sailor Moon, Saint Seiya, Kuroshitsuji, ou Naruto, mais aussi du Gundam Wing, du N°6, ou du Kuroko no Basket, bref nous restions majoritairement sur des séries qui parlent aux fujoshi. Cela valait aussi pour le karaoké, avec des génériques de Gintama, Loveless, ou Durarara. A la place des mecs qui aiment ces séries, je me poserais des questions…

Outre son ambiance chaleureuse et sa taille « humaine », le gros atout de la Yaoi Yuri Con fût ses tables rondes. A moyens limités, ils n’allaient évidemment pas faire venir Eiki Eiki, mais cela ne rendait pas pour autant ces conférences dispensables.
Samedi, elle avait pour thème l’édition ; dans les faits, il s’agissait plus de production amateur et de micro-édition. Chacun des trois intervenants apportait ses propres spécificités, ce qui la rendait riche et instructive. María Company Barceló est une illustratrice de yaoi du collectif Déjà Blue, venue spécialement d’Espagne ; elle nous a parlé de la scène espagnole de yaoi, mais aussi du monde de l’édition dans son pays, des difficultés pour les auteurs locaux de percer (beaucoup arrivent à être publiés en France avant d’être reconnus par leur propre pays), et de la survie des éditeurs de manga dans un pays où une « bonne vente » représente 5 à 10 fois moins d’exemplaires qu’en France. Akiko Murita, quant à lui, écrit des romans entre Boys Love, fantastique, et thriller, et est publié par un micro-éditeur présent à la convention ; de par son expérience, il apportait beaucoup de sensibilité à son intervention, et a évoqué notamment l’importance d’internet dans la diffusion de ce type d’œuvres, de leur distribution, et de la reconnaissance du public. Enfin, Hervé Brient, co-fondateur des Éditions H, s’est concentré sur le monde professionnel de l’édition, qu’il connait bien à force de le côtoyer ; il était par contre plus détaché concernant le yaoi, puisque – comme il l’a expliqué – il s’est surtout contenté de publier des titres sélectionnés par son associé Adrien de Bats.
Bref, trois intervenants très différents, mais qui avaient chacun quelque chose à donner. J’ai beaucoup apprécié.

Dimanche, je suis venu essentiellement car j’avais déjà mon billet, et pour la seconde table ronde.
Cette fois, ce sont deux authentiques mangaka qui avaient fait le déplacement depuis Londres, où elles sont installées depuis de nombreuses années : Chie et Inko du collectif Umisen-Yamasen. Chie est la seule des deux réellement professionnelle – elle semble aussi la plus active, puisqu’elle publie régulièrement pour le Comiket – mais elles animent des cours sur les manga et écrivent ensemble des doujinshi. Pendant plus d’une heure, elles ont évoqué leur parcours, les œuvres qu’elles prennent le plus de plaisir à détourner – je ne verrai plus jamais Bleach et Tiger & Bunny de la même façon – mais aussi et surtout l’histoire de ce média, la place des fujoshis dans la société japonaise, et leur traitement par les grands médias. Forcément, il était très intéressant de recevoir un tel témoignage de la part d’auteurs (et lectrices) nippones, même s’il est vrai que les hasards de la vie font qu’elles passent désormais plus de temps en Angleterre. En tout cas, je ne regrette pas d’avoir fait le déplacement pour cette table ronde.

Même si je n’y suis pas resté l’intégralité des deux journées – bon, j’avais la crève ce qui n’arrange rien, et parfois je me suis demandé ce que je faisais là – la Yaoi Yuri Con a parfaitement su répondre à mes attentes, malgré quelques détails perturbants (comme la fille en zentai tenue en laisse). J’ai trouvé cette convention conviviale, et bien organisée ; une gageure puisqu’elle n’en est qu’à sa seconde édition. Le thème premier n’était pas ma tasse de thé, mais j’y aurai appris des choses, et j’ai pris plaisir à voir ou revoir de nombreuses connaissances d’internet. Au passage, j’avoue ne pas être reparti les mains vides… Déjà, j’ai décidé de suivre les recommandations d’un fudanshi débutant en me procurant le premier tome de In the Walnut. Ensuite, j’ai profité d’une promotion pour acheter Tango aux Éditions H, qui semble bénéficier d’une bonne réputation. Pour finir, j’ai été faible : en apprenant de la bouche de mon amie Natth que Taishi Zaou et Eiki Eiki venaient de sortir un nouveau manga écrit de concert, plus exactement un yuri, je n’ai pas pu résister. Mais je crois que si cela avait été un yaoi, je l’aurais pris quand même.
Pour finir, je tiens à remercier l’association Event-Yaoi pour son excellent travail, et préciser que le gros atout de cette convention, c’est que quand tu étais un mec, tu n’avais pas besoin de faire la queue aux toilettes.

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5 commentaires pour Yaoi Yuri Con : Dans la Peau d’un Fudanshi

  1. Natth dit :

    Un excellent week-end pour ma part, où j’ai pu croiser de nombreux amis et connaissances, y compris des gens que je n’avais jamais vus ou pas vus depuis des années (même si on a souvent l’occasion de discuter sur le net).

    Les tables rondes m’ont beaucoup plus aussi, notamment celle sur l’édition. Cela confirme ce que j’avais entendu l’an dernier, à savoir que le BL ou la littérature gay n’est pas l’affaire des grands éditeurs. D’un autre côté, cela permet une certaine variété des thèmes (chronique sociale, mais aussi thriller pour Akiko Murita, fantasy, SF ou même roman historique…). J’ai aussi apprécié les explications d’Hervé Brient sur le rythme des Editions H. Je pense que beaucoup de lecteurs ignorent que son « personnel » travaille toujours sur son temps libre pour les Editions H, même s’il est évidemment payé pour ce travail. Chacun a sa propre activité professionnelle, ou ses études, qui sont prioritaires. Cela explique une élongation des délais plus ou moins régulière XD

    J’ai été surprise par le monde le samedi. L’an dernier, les locaux étaient plus petits, mais il y avait plus de place pourtant. Cependant, je suis ravie qu’il y ait eu autant de monde, car cette convention le mérite vraiment. Le staff est très à l’écoute, toujours prêt à lancer de nouvelles activités, à échanger avec les visiteurs ou les exposants (j’en suis témoin ^^). J’espère qu’ils pourront se développer à l’avenir, et pas seulement parce que le thème de cette convention me plait beaucoup.

    Et « Elles », tu l’as trouvé bien ? Et « In the Walnut » ?

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  3. Herbv dit :

    Compte-rendu très sympa à lire, Gemini, merci. Je n’ai pas encore eu le temps de faire le mien mais je vais m’y attaquer, promis.

    En tout cas, ça m’a fait plaisir de te revoir et surtout, j’ai été agréablement surpris par la qualité de la YYCon 2. Très bien organisée, avec une bonne affluence, une bonne ambiance, des animations sympas, je reviendrai en 2013 (et avec Taliesin qui regrettait de ne pas être venue, du coup).

    Je vais t’envoyer prochainement quelques photos et une vidéo de ton karaoké qui vont te faire regretter d’avoir participé 🙂

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  4. Ping : Les membres du club à la yaoi yuri con | Club Shojo

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