Elles

Après mon premier yaoi l’année dernière (qui était en réalité le second vu que j’avais oublié Playback), j’ai enfin acheté mon premier yuri. Ce n’est pas un simple hasard, car j’avais très envie de lire ce que les deux auteurs de Elles avaient à dire sur le sujet.

Quelques mots sur les auteurs, Taishi Zaou et Eiki Eiki, avant d’aller plus loin. Comme le soulignaient les deux membres du collectif Umisen-Yamasen à la Yaoi Yuri Con, de plus en plus de femmes mangaka utilisent différents pseudonymes pour travailler sur plusieurs catégories distinctes de manga ; certaines vont même jusqu’à prendre des noms masculins lorsqu’elles écrivent du shônen ou du bara. Taishi Zaou s’inscrit parfaitement dans cette tradition moderne, sauf qu’elle ne fait aucun secret de ses nombreuses identités ; chez elle, cela sert surtout à bien différencier ses deux univers de prédilection : Mikiyo Tsuda écrit des shôjo, et Taishi Zaou des yaoi voire du yuri. Je suis un grand admirateur de la première – Princess Princess est un de mes shôjo favoris – mais je n’avais encore jamais osé franchir le pas concernant la seconde ; voilà qui est fait.
Eiki Eiki, je la connais surtout de nom dans la mesure où elles travaillent souvent ensemble, et que Mikiyo Tsuda la cite très régulièrement dans ses manga ; cette-dernière a même écrit une courte histoire mettant ses personnages face à ceux de Train☆Train, un des titres de Eiki Eiki.
Elles est né d’une volonté de Eiki Eiki d’écrire du yuri et de Taishi Zaou de dessiner des poitrines. Tout un programme. Surtout que la scénariste a effectué toute sa scolarité dans des écoles pour filles ; autant dire qu’elle maitrise le sujet.

Elles est un manga relativement court – un seul volume et pas spécialement épais – narrant des histoires prenant comme toile de fond le lycée pour filles Sainte Thérèse. Je sais, entre le qualificatif « pour filles » et le symbole chrétien à la Maria-sama ga Miteru, nous frôlons le cliché. Mais passons. Et puis, quoi de mieux qu’un jardin de fleurs pour faire naitre l’amour ?
Nous suivons le quotidien de plusieurs filles éprouvant des sentiments « contre-nature », et je n’en dirai pas plus pour garder la surprise. Ce manga commence comme un simple concentré de fan-service, entre les pages couleurs montrant des personnages féminins entièrement dénudés, et une lycéenne dont la grande passion consiste à toucher les poitrines de toutes ses camarades de classe, sous prétexte qu’elle adore la sensation d’un sein bien ferme dans la main, et qu’elle n’est pas équipée pour se satisfaire de ses propres attributs.
C’est un reproche que je fais après coup à ce manga : deux des principaux personnages féminins sont trop surréalistes pour être crédibles – entre l’obsédée des seins et la lesbienne extravertie qui drague ouvertement tout ce qui porte une jupette – et cela nuit à l’histoire.
Vous me direz sans doute qu’il fallait bien un certain quota de fesses et de nichons pour justifier la publication de ce manga dans un magazine yuri, et ne pas le confondre avec un shôjo. Mais à mon sens, les scènes dans l’intimité des personnages auraient suffi, sans qu’il soit utile de proposer deux excitées à la limite de la caricature.

Ce manga joue sur plusieurs registres. Le premier, vous l’aurez compris, c’est son côté aguicheur ; et je confirme que Taishi Zaou dessine très bien les poitrines, moins outrancières que celles d’un Oh!Great donc plus réalistes et agréables à l’œil. Le second, c’est la comédie, puisque les comportements exubérants de certains protagonistes servent aussi à apporter de l’humour au titre ; l’une d’elle a quand même une mentalité de vieux pervers, ce qui tranche radicalement avec ses allures d’idole et la rend immédiatement irrésistible. Enfin, Elles ne se contente pas de présenter des filles homosexuelles juste pour le plaisir de les faire s’embrasser et plus si affinités ; à la façon de Takako Shimura sur Fleurs Bleues, ce manga nous parle d’évolution, d’adolescence, de sentiments naissants difficiles à comprendre et à assumer, et dans un sens presque de choix de vie : faut-il se fondre dans la masse ou vivre nos sentiments comme nous l’entendons ?
C’est dans ce dernier aspect que je reconnais bien Taishi Zaou, et je suppose que si elles s’entendent aussi bien, c’est que Eiki Eiki doit avoir des thèmes de prédilection similaires. L’histoire n’est pas aussi superficielle qu’elle peut paraitre au premier abord, avec ses filles qui se tripotent dans tous les sens. Nous y trouvons effectivement du sexe et de l’extravagance, mais aussi une vraie romance et une vraie tendresse, qui personnellement me touchent.

Elles combine des codes propres au yuri à un ton résolument porté sur la comédie romantique. Et le mélange prend parfaitement. J’ai ri, j’ai parfois eu envie de verser une petite larme, et j’en ai profité pour me rincer l’œil. Ben oui, soyons honnête.
Autant dire que j’ai grandement apprécié cette lecture, et ce n’est pas peu dire. Souvenez-vous : il n’y a pas si longtemps, je constatais que la majorité des manga qui m’ont réellement marqué depuis l’an dernier avaient plus d’une dizaine d’années ; mais Elles m’a marqué au moins autant que les « vieux » titres en question, ce qui est je pense un sacré compliment. Ce manga m’a touché, j’ai passé un excellent moment en sa compagnie.
Maintenant que j’ai gouté à la fois aux yaoi et aux yuri, je pense pouvoir dire que je préfère ces-derniers. D’une part pour la présence féminine, mais surtout pour le dessin ; dans les yaoi, les hommes font trop efféminés, trop androgynes, il s’agit d’une esthétique qui ne me convient pas spécialement. Après, c’est difficile de juger seulement avec Elles, dont le trait reste celui d’une mangaka que j’appréciais déjà avant d’entamer ma lecture ; il faudrait que j’essaye d’autres ouvrages dans cette veine – des suggestions ? – pour vraiment me faire une idée, mais des filles efféminées, cela me paraît crédible.

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4 commentaires pour Elles

  1. seima dit :

    Mon dieu le dessin, on dirait des mecs de yaoi avec des seins… Au niveau des visages, c’est juste exactement ça o_o.

    Je te recommande Girlfriends (5 tomes, chez Taifu) de Milk Morinaga, qui est juste une magnifique série de Yuri 🙂

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  2. Trit’ dit :

    Est-ce que quelqu’un qui a aimé Gokujō Drops va apprécier Elles ? Parce que ton article me donne plutôt envie de l’acquérir.

    Sinon, j’ai récemment fait pour Fant’Asie une liste de titres yuri que je connais et que j’ai plutôt bien appréciés (même si je les ai pas tous finis) ou qui m’intéressent. C’est le premier commentaire de cet article (espérons que les commentaires avec des liens ne sont pas modérés) : http://www.fant-asie.com/yuri-hanjuku-joshi-tome-1/

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