Prends-moi par derrière, ou mes impressions sur mon premier yaoi

Voilà, j’ai franchi le pas : après une journée passée avec deux yaoistes forcenées dont une qui m’a trainé vers des fanzineuses bizarres, des réminiscences d’un article hyper élogieux, et une promotion Taifu, j’ai finalement acheté mon premier yaoi.

Vous m’avez cru ? Vous auriez tort de me faire entièrement confiance. Alors oui, il y a marqué « yaoi » sur la couverture, oui c’est la catégorie mise en avant par son éditeur, mais non : Love Pistols n’est pas un yaoi.
Comme je tiens un blog sur les shôjo – Alice au Pays des Shôjo, un blog qu’il est bien avec des gens bien dessus – j’ai été amené à faire des recherches sur le sujet, et par voie de conséquence sur les yaoi. A l’origine, la romance homosexuelle masculine – que je qualifierai de shônen aï – est apparue dans les manga pour filles car les mangaka des années 70 voulant montrer des relations entre deux personnes de statut égal avaient trouvé ce subterfuge, dans un Japon où les relations d’alors entre les hommes et les femmes tenaient plus du rapport dominant / dominée. Le yaoi est arrivé plus tard, comme une conséquence logique ; son nom correspond en réalité à l’anagramme de « YAma nashi, Ochi nashi, Imi nashi », qui signifie grossièrement : « aucun sens, aucun scénario, aucun climax ». Ne reste donc qu’un seul élément du shônen aï : le cul.
Alors les définitions varient selon les personnes, mais pour moi, la différence entre le shônen aï et le yaoi tient en une chose : le premier possède un scénario, l’autre non. Pour compléter ma définition, je rajouterai que le second contient forcément du cul, alors que le premier pas forcément.
Love Pistols, c’est un shônen aï avec du cul.
Si ce manga et ses semblables sortent en France sous le nom de yaoi, je suppose que cela vient d’un amalgame, et d’un terme plus facile à identifier et à retenir. Mais je ne les considère pas moi-même comme tel.

Les relations homosexuelles – masculines ou féminines – dans les manga, je connais. Après tout, je lis des shôjo. Et j’ai été servi en matière de réflexions tendancieuses et d’amours improbables avec Keiko Takemiya, Moto Hagio, Kaori Yuki, Mikiyo Tsuda et Setona Mizushiro. Mais rien n’avait pu me préparer à un manga qui commence par une éjaculation faciale, et encore moins à un manga comme Love Pistols (ou Sex Pistols en VO mais bon pour une histoire de droits d’auteur…)
Imaginez un peu : vous êtes un mâle de 16 ans, normalement constitué – enfin c’est ce que vous croyez – du genre un peu looser sur les bords, que personne ne remarque, bref vous ne servez à rien mais votre vie n’est pas si mal que ça. Jusqu’au jour où vous êtes victime d’un accident. Un coma plus tard, vous vous réveillez, et vos parents sont devenus des singes ! La perception de Norio – notre héros – vient de changer : il voit désormais l’âme des gens, et ceux-ci lui apparaissent sous la forme d’animaux. Et le plus étrange, c’est qu’après cet accident, tout le monde semble le trouver absolument irrésistible, hommes comme femmes.

En temps normal, je m’arrêterais là pour le scénario. Mais comme je suppose que vous n’avez pas dû comprendre grand chose, sinon qu’un gringalet risquait de devenir un objet sexuel malgré sa volonté, j’accepte d’apporter quelques explications.
Dans notre monde, il existerait des individus appelés thérianthropes : alors que la majorité des êtres humains descendent du singe, les thérianthropes – ou race mêlée – ont hérité du patrimoine génétique d’autres espèces animales ; ils ressemblent à n’importe quel autre humain, mais à quelques différences près, notamment le fait qu’eux soient capables de distinguer la véritable « identité » des gens (ce qui explique que Norio perçoive désormais la plupart des gens sous l’apparence de singes).
Norio, quant à lui, est un thérianthrope de type atavique : il a eu dans ses ancêtres un thérianthrope – ici un félin – dont le patrimoine génétique s’est révélé chez lui après plusieurs générations de singes parfaitement banaux (puisque les gênes des singes sont dominants). Et dans la race mêlée, l’individu atavique, c’est un peu le top du top, car il combine les atouts d’un thérianthrope – ses descendants seront eux-mêmes des thérianthropes – avec le potentiel reproducteur d’un singe, jugé bien supérieur.

C’est bon, vous avez à peu près compris le concept ? Alors laissez-moi juste rajouter que Norio balance des phéromones à tout-va, et qu’un félidé de son lycée nommé Kunimasa Madarame a décidé qu’il le voulait afin de se reproduire avec lui. Car dans la race mêlée, les hommes peuvent se reproduire entre eux. Et dans tout ça, Norio ne semble pas franchement avoir son mot à dire, surtout que Kunisama décide de marquer son territoire dès leur première rencontre dans les toilettes des hommes à l’aide de son gros engin.

Vous en conviendrez : Love Pistols possède bel et bien un scénario. Mais franchement, la scénariste utilise des substances illicites, ce n’est pas possible autrement. C’est assez déconcertant… La base est à la fois complexe et intéressante, alors qu’elle ne sert qu’à introduire (oh oui !) une histoire axée surtout sur les relations amoureuses des personnages, et à justifier que Norio devienne très vite le petit animal soumis de Kunimasa. En terme de développement, nous nous rapprochons plus d’un shôjo – d’un autre côté, le shônen aï dérive effectivement du shôjo – mais avec plus d’hommes qui aiment les hommes, plus de beaux éphèbes qui se caressent dans tous les sens (ce premier volume reste relativement « gentil »), et un scénario totalement WTF écrit par une mangaka cinglée qui carbure à des herbes sur lesquels ont uriné les coureurs du Tour de France, en d’autres termes un scénario de type CA ATTAQUE TROP CE TRUC.

Une fois ce premier tome refermé, j’étais totalement circonspect. J’éprouvais un mélange ambigu de fascination malsaine, de peur, et probablement aussi un fond de plaisir. Je ne sais pas, je n’ai pas réussi à identifier de quoi il pouvait bien s’agir… Une seule certitude : j’ai envie de lire la suite, juste histoire de vérifier si c’est aussi inexplicable et dérangé. En plus, il parait que c’est encore pire.

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13 commentaires pour Prends-moi par derrière, ou mes impressions sur mon premier yaoi

  1. Patchouli dit :

    Gemini veut attirer de la fujosh’ sur son blog~

    Nice article sinon, tu as déjà écrit sur le yuri ?

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  2. Ileca dit :

    « J’éprouvais un mélange ambigu de fascination malsaine, de peur, et probablement aussi un fond de plaisir. Je ne sais pas, je n’ai pas réussi à identifier de quoi il pouvait bien s’agir… Une seule certitude : »

    Si ton zizi s’est mis au garde-à-vous, je sais de quoi il s’agit…

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  3. Natth dit :

    Ben c’est pas trop tôt ! Mais je comprends que 9€ le manga, ça arrête les plus réticents… Sinon, Love Pistols n’est évidemment pas un yaoi, puisque yaoi est synonyme de doujinshi (ou comment dégager la question de la définition facilement). Pour la suite, je crois que le volume 6 se concentre sur le yuri et que la série n’est pas très longue pour l’instant (8 actuellement, même si plutôt explicite). Sinon, vu que que tu apprécies Moto Hagio, tu devrais peut-être essayer Marginal. C’est plutôt soft et il y a un côté futuriste dedans (et ce n’est pas licencié en France malheureusement ^^; ). Ou Animal X (ce n’est pas du Moto Hagio, mais c’est officiellement shôjo).

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  4. Toro dit :

    Le truc qui m’a toujours rebuté dans les yaoi, ce n’est pas le thème après tout pourquoi pas, mais l’usage des codes bishounen poussés jusqu’à l’absurde. Je veux bien que ces messieurs débordent de virilité et soient grands, beaux, ténébreux avec des épaules larges et puissantes pour faire mouiller les fujoshi, mais ça en devient totalement ridicule. Je veux dire, regardez la couverture qui introduit l’article: le personnage a les mains plus grandes que la tête, et ses épaules sont cinq fois plus large que sa tête! Même les super-sayans ont des proportions plus réalistes! A la limite on pourrait mettre ça en parallèle avec les boobs montgolfière anti-gravitationnelle des ecchi/harems les plus dépourvus de scrupules, mais ce n’est pas vraiment une comparaison flatteuse.

    Et l’autre truc pénible, c’est que souvent quand on ouvre un manga yaoi, on entre dans un monde parallèle, où tout le monde est gay et les uke ont des poussées d’œstrogènes toutes les cinq minutes, et va y que je m’évanouis ou que je défaille dans les bras de mon seme ténébreux à la sexualité agressive (bon, en l’occurrence ici cette BD assume son pitch WTF donc on pardonne).

    Bref, si il existe des mangas qui parlerait d’homosexualité (masculine en tout cas, les yuri sont déjà un peu moins systématiquement caricaturaux), en exploitant les thèmes intéressants associés (regard de la société, acceptation de sa propre sexualité, amours impossibles) et sans transposer des fantasmes féminins en plaquant des schémas hétérosexuels sur deux hommes, ça m’intéresserais de connaitre le titre.

    C’est aussi dommage que le manga en général, hors yaoi, ne propose quasi jamais de personnage pédé en dehors des stéréotypes grande folle ou pervers vicieux (encore une fois ce n’est pas le cas pour les filles, mais la plupart du temps c’est du simple fan service).

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  5. Gemini dit :

    Patchouli >> Simoun, ça compte ?

    Ilcea >> Non, pas de réactions physiologiques étranges.

    Natth >> Quand je me suis approché du stand Taifu pour voir Love Pistols de plus près, le vendeur m’a dit qu’ils proposaient le premier tome en offre découverte à 4€. Donc j’en ai profité. Sûr qu’à 9€ j’aurais continué d’hésiter…

    Toro >> Et encore, tu n’as pas vu la taille de son mandrin.
    Les manga qui traitent de l’homosexualité avec plus de romantisme ou de réalisme, il y en a bien évidemment, mais ce ne sont pas forcément les plus connus et les plus présents en France ; parfois, ce n’est jamais qu’un aspect d’un manga plus vaste.
    Pour l’homosexualité féminine, tu as l’excellent Fleurs Bleues, chez Asuka.
    Pour l’homosexualité masculine, tu as les classiques comme Thomas no Shinzo de Moto Hagio, Kaze to Ki no Uta de Keiko Takemiya, en d’autres termes les manga qui ont ouvert la voie aux shônen aï tout en restant des shôjo ; mais ils n’ont pas été publiés en France.
    Dans un autre registre, tu as Family Compo et Hourou Musuko, mais tu ne trouveras que le premier en France (je croise les doigts pour l’autre).

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  6. Tetho dit :

    (le shônen-ai ça n’existe que dans la tête des fangirlz occidentales)

    Le synopsis a juste aucun sens, on dirait un prétexte pour permettre à l’auteur de déverser ses fantasmes dans son œuvre, un Twilight version Boy’s Love quoi.
    Mais surtout, pour l’amour de Cthulhu et de tout ce qui est sacré en ce bas monde, le kemonomimi devrait rester sur les personnages féminin et nul part ailleurs.

    > YAma nashi, Ochi nashi, Imi nashi », qui signifie grossièrement :
    >« aucun sens, aucun scénario, aucun climax ».
    C’est « Pas de climax, pas de chute, pas de sens ».

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    • Natth dit :

      (D’après ce que j’ai compris, l’expression shônen ai a justement existé pour désigner les mangas tels que Kaze to ki no uta ou Thomas no Shinzo.)

      Il y a quelques titres sortis en France qui parlent d’homosexualité avec des côtés plus réalistes. Dans le shôjo/josei (selon le mag de prépub), il y a Le jeu du chat et de la souris ou New-York New-York (si on oublie le côté très pathos de Mel). Pour le BL, il y a Challengers et The tyrant who fall(s) in love pour la comédie, Après l’orage, Yebisu Celebrities 2 (juste le 2, qui peut se lire indépendamment des autres) ou Tango par exemple.

      Maintenant, tous les titres intéressants ne centrent pas leur scénario sur le regard de la société vis à vis de l’homosexualité. In the Walnut, qui va bientôt sortir, parle du rapport à l’art des clients du couple principal (ils travaillent dans la vente de tableaux). Le syndrome du tournesol est plutôt une histoire d’espionnage, mais il tient en un volume, là où il en aurait fallu deux ou trois pour que tout soit clair. Pour ma part, les BL que j’apprécie le plus sont plutôt de style fantasy… Bref, ce n’est pas parce que les persos sont gays que le genre se limite au fan-service ou à la chronique sociale (pour les plus sérieux).

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      • Tetho dit :

        C’est pas tant la crédibilité de la romance qui est le problème ni même le fait que ça parle d’homosexualité, mais bel et bien le postulat de base. A la seconde où j’ai lu l’histoire des mecs qui peuvent se reproduire entre eux je sais que j’ai affaire à un déchet qui ne mérite pas mon temps. Il y a qq années on m’a linké for the lulz une fanfiction Gundam Wing avec Zechs qui tombait enceint de Treize, c’était naze au possible mais ça m’a bien montré à quel extrémités certain(e)s sont capables d’aller pour matérialiser leurs fantasmes de déviant(s)s et le retrouver là me pousse à ranger Sex Pistol dans le même vide-ordure.

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      • Natth dit :

        J’ai donc le regret de t’annoncer que tu fais une grosse erreur. Comme il a été dit plus haut, Sex Pistols assume totalement son côté WTF (y compris le M-Pregn). Je pense d’ailleurs que son style graphique « disproportionné » renforce cette impression. Evidemment, tous les BL ne sont pas dessinés ainsi, mais je trouve que cela convient bien à ce titre.

        Le second manga que je connais reprenant le thème de M-Pregn est Animal X, un shôjo avec pas mal d’éléments présents dans le BL. Mais c’est loin de se limiter à cela, vu qu’il contient aussi de l’aventure, de la SF, des yakuzas, du sang, des dinosaures… Je dirais que l’un des rares rapports avec Sex Pistols est la construction d’un univers à part, où le M-Pregn est logique. Et ce n’est pas le cas de la majorité (totalité ?) des fanfics M-Pregn.

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      • Gemini dit :

        Oh mon dieu, il y a un nom pour ça ! o_O

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  7. Plumy dit :

    @Toro : Lis le jeu du chat et de la sourie. Vu le ton, on ne peut pas qualifier ce manga de « yaoi », mais tu y trouveras plus ce que tu cherche.

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  8. Natth dit :

    Eh oui, M-Pregn pour Male-Pregnancy. C’est paraît-il le summum de l’horreur en matière de fanfic yaoi, mais je ne pourrai pas t’en dire plus car je n’en ai jamais lu. En plus, ça fait un moment que j’ai laissé de côté l’univers de la fanfic. Peut-être que ça s’est développé ces dernières années… Je crois qu’il y avait aussi un film de Schwarzenegger avec des morceaux de M-Pregn dedans.

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