Le Livre d’Eli

Dans le désert post-apocalyptique, un homme poursuit son chemin en direction de l’ouest.

Bon, je ne me foule pas trop sur le résumé, mais d’un autre côté, c’est pour mieux vous laisser la surprise.
Entre nous, je sais trop quoi penser du Livre d’Eli. D’un côté, je l’ai trouvé excellent (pour des raisons sur lesquelles je reviendrai), et d’un autre, je ne peux certainement pas le cautionner (là encore pour des raisons sur lesquelles je vais revenir).

La première chose qui m’a frappé dans ce film, c’est la réalisation. Ou, plus exactement, les influences qui transpirent par tous ses pores. Cela pourrait être du Quentin Tarentino, à ce détail près que là il ne s’agit pas de reproduire des scènes (et de réutiliser des musiques de Ennio Morricone et Luis Bacalov), mais bien de fondre dans le style des réalisateurs – car ils sont deux – les oeuvres cinématographiques qui les ont marqué. Résultat : outre le léger aspect série B propre à tout bon film post-apocalyptique (avec les inévitables cannibales), Le Livre d’Eli tient beaucoup des westerns spaghettis et du cinéma d’arts martiaux asiatique, notamment celui de Hong-Kong ; cela se traduit par l’atmosphère que dégagent certaines scènes (en particulier celles en ville), la chorégraphie des scènes d’action (même s’il serait plus juste de parler de scènes de combat), ou encore des personnages qui se mettent à siffloter des airs tirés des films de Sergio Leone, sans parler de l’affiche du film Apocalypse 2024 qui fait une apparition discrète. Je me souviens m’être dit que le réalisateur était sûrement un gros geek ; c’est lors du générique de fin que j’ai aperçu les noms des frères Hughes, ce qui a confirmé cette impression. Enfin, je suppose qu’ils sont geek… Disons que, dans la mesure où ils ont transposé From Hell au cinéma, il y a de bonnes chances qu’ils le soient. Bref, tout cela pour dire que ce petit côté western/HK est fort agréable (en tout cas plus que le western sukiyaki de Takashii Miike), d’autant que cela donne un excellent rendu à l’écran. D’un point de vue purement technique/cinématographique, je considère ce film comme une réussite : l’ambiance est pesante, les quelques scènes d’action nerveuses tout en restant parfaitement claires, c’est superbement filmé et l’affrontement dans la ville fait penser aux meilleurs représentants du western spaghetti. Nous sentons qu’il y a un budget par derrière, et qu’ils ont eu la possibilité de réaliser un long-métrage de qualité. Et niveau acteur, l’opposition Denzel Washington / Gary Oldman fonctionne à merveille, les deux nous offrant d’excellentes prestations. Non, vraiment, rien a redire sur tous ces points.

Là où le bas blesse, c’est au niveau du placement produit. Je ne parle pas des publicités furtives pour des marques de téléphones portables (dans le désert post-apocalyptique ?) ou de chaines de restaurants (?), mais du prosélytisme marqué en faveur de la Bible. Mais alors vraiment très marqué, le prosélytisme. Le message est à ce point exagéré et biblique qu’il en perd toute crédibilité ; rien qui ne devrait défriser un catho intégriste, malheureusement je ne suis ni catho ni intégriste… Si ce sont des groupes évangéliques qui ont financé ce film, je comprends mieux d’où viennent ses moyens techniques. Toujours est-il que, dépassé le stade du « un homme seul dans un désert post-apocalyptique », le scénario se rattache entièrement à cet aspect religieux exacerbé, dont le but est de nous faire comprendre que la Bible c’est bien, même si certains détails laissent à penser que c’est un peu à cause d’elle que le monde est dans la merde… Il y a bien une tirade nous ventant ses effets sur les simples d’esprit, mais à part ça, elle n’a que des qualités. J’ignore si ce sont les considérations personnelles des réalisateurs ou celles de leurs sponsors, mais cela devient vite saoulant, d’autant que je ne regarde pas un film pour voir ça. Le résultat en perd une bonne part de crédibilité, tant le message devient exagéré à l’extrême. Dommage. Très dommage.
Je pense que Le Livre d’Eli mérite d’être vu – pour ses qualités techniques, le jeu de ses acteurs, et sa réalisation efficace – mais en ayant conscience de son contenu, lequel ne plaira pas à tout le monde.

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