Au Nom de la Lune !

J’adore Sailor Moon. Vous étiez probablement déjà au courant. J’étais devant mon poste lorsque le Club Dorothée a diffusé le premier épisode, et j’étais aussi là lorsque l’émission a diffusé un épisode pour la dernière fois – et non pas le dernier épisode, subtile différence.
Entre les deux, les aléas de la vie – comprenez des cours de piano judicieusement mal placés, l’école, des vacances décalées par rapport aux Parisiens, ou mes parents – m’ont empêché de regarder absolument tous les épisodes. J’ai des trous, et je les comble petit à petit, bien aidé par des DVD sortis après des années d’attente.
Et donc, je viens de regarder les 38 épisodes de Sailor Moon S.

Petits rappels concernant Sailor Moon. En 1991, Naoko Takeuchi lance son manga Sailor V dans le magazine Nakayoshi. La série raconte les aventures de Minako, alias Sailor V, héroïne en uniforme marin combattant le mal. La Toei Animation va alors proposer à la mangaka de créer une œuvre multi-support dans la même veine, dont le manga et l’anime sortiraient simultanément. Ce sera Sailor Moon.
Cette fois, l’héroïne se nomme Usagi, collégienne pleurnicharde et maladroite, qui reçoit un jour les pouvoirs de Sailor Moon, la Guerrière de la Lune. Avec l’aide des autres Guerrières, elle a pour mission de retrouver le Cristal d’Argent et la Princesse de la Lune, pour lutter contre l’Empire des Ténèbres de la Reine Beryl.

Concrètement, la série se divise en cinq saisons de longueur variable pour un total de 200 épisodes (plus quelques films et épisodes spéciaux). Dans l’ordre, il s’agit de Sailor Moon (aussi appelée Sailor Moon Classic), Sailor Moon R, Sailor Moon S, Sailor Moon Super S, et Sailor Star. Il existe aussi Sailor Moon Crystal, plus récent et plus proche des manga dans son style graphique et son scénario.

Comme indiqué tantôt, je viens enfin de regarder Sailor Moon S dans son intégralité. Et si j’ai retardé le moment de me plonger dans la troisième saison pour de bon, c’est en partie à cause de Sailor Moon R, qui n’avait pas grand-chose à raconter, et où il fallait enchainer dix épisodes à base d’ennemi de la semaine (Sailor Moon s’inspire grandement des séries de sentai basées sur cette même formule) avant de voir l’intrigue progresser. Des épisodes qui n’avaient pas le mérite de nous faire découvrir les héroïnes et leurs interactions, dans la mesure où cela avait été déjà fait – et très bien fait – dans la première saison.
Fort de cette expérience, j’appréhendais Sailor Moon S. J’ai visionné les 38 épisodes en deux jours.

Je n’aurais jamais cru cela possible, dans la mesure où cette saison reste dans la lignée des précédentes avec chaque semaine son nouvel ennemi, ses mini-boss, et son boss final. Néanmoins, elle possède des qualités qui compensent largement son schéma répétitif.

A commencer par un scénario plus riche, puisqu’au combat contre les Conquérants de l’Abîme (l’antagoniste de la saison) s’ajoutent les mystères entourant de nouvelles guerrières, ainsi que la recherche de trois talismans puis d’un mystérieux messie. Pour autant l’histoire n’introduit pas ses différentes intrigues d’entrée de jeu. C’est d’ailleurs une des particularités de cette saison : elle dispose d’une finesse inédite dans l’écriture. Elle distille progressivement ses révélations et certains éléments, parfois pour ne les réutiliser que bien plus tard dans la série, ce qui fait que la majorité des épisodes apportent quelque chose au scénario, même s’il ne s’agit que d’un détail. De plus, les scénaristes ont le bon goût de ne pas souffrir d’amnésie, et par conséquent de prendre en compte ce qui a pu être fait et dit précédemment. Par exemple, dans la première partie de Sailor Moon S, les guerrières principales sont toutes prises pour cible par les Conquérants de l’Abîme. Toute sauf une. Cela aurait pu être un oubli, ou être laissé de côté une fois cette première partie terminée, mais non, cela aura de l’importance plus tard dans la série.

Si j’avais des remarques à faire, j’ai trouvé dommage de rajouter deux épisodes après le dénouement, alors qu’un seul aurait probablement suffi. De même, nous voyons à travers une analepse que Sailor Uranus et Sailor Neptune ont affronté des monstres différents des autres avant les événements de la saison, et si nous pouvons nous douter de leurs origines, celles-ci ne sont jamais explicitées ou même évoquées.
Je pourrais aussi reprocher aux personnages de ne toujours pas être physionomistes (Clark Kent a au moins pour lui de porter des lunettes pour dissimuler son identité), ou à Usagi de comprendre l’identité de Neptune et Uranus relativement tôt mais de l’oublier immédiatement.

L’autre atout de la saison, qui permet aux épisodes de se renouveler tout en gardant le même schéma, ce sont les antagonistes. Certains spectateurs les trouveront peut-être inutilement drôles, mais le décalage progressif qui s’installe entre leurs sombres desseins et leur comportement a quelque chose de vraiment plaisant. Le Dr Tomoe (chef des Conquérants de l’Abime) préparant le café ou jouant au twister, toujours un grand moment. Le jeu d’ombre sur son visage est aussi très réussi. Surtout, il y a une grande recherche dans les monstres, leurs origines, leurs comportements, et leurs attaques, avec quelques-uns étonnamment mémorables pour des adversaires à usage unique (l’aspirateur-éléphant et la joueuse restant mes favorites).

Ce qui leur permet de fonctionner aussi bien, c’est en grande partie la réalisation. Elle est souvent inventive et bourrée de trouvailles visuelles, d’éléments incongrus (les incroyables surveillants du stade), et de mimiques géniales, pour un résultat extrêmement plaisant. Pour une série hebdomadaire, je reste étonné par la qualité de la mise-en-scène et de l’animation – même si je suppose que certains détails ont pu être améliorés entre la diffusion et la commercialisation – ainsi que par la direction artistique. Elle s’appuie certes énormément sur ce qui avait déjà été produit pour la première saison (notamment à partir des travaux du directeur artistique d’origine), mais là encore, elle ne se contente pas de faire dans la facilité.
Ce qui s’explique probablement par la présence de Kinuhiko Ikuhara (Shôjo Kakumei Utena) en tant que réalisateur principal, en remplacement de Junichi Sato (Princess Tutu, Ojamajo Doremi), lequel demeure réalisateur sur quelques épisodes de Sailor Moon S. Ils disposent tous deux d’un style affirmé qui se ressent fortement.

Tout cela permet de créer une série prenante, avec de l’action, de l’humour, mais aussi de vrais instants dramatiques. J’y suis allé de ma petite larme, en particulier lors de l’apparition des deux premiers talismans.
Soit dit en passant, j’adore les nouvelles guerrières : Sailor Neptune et Sailor Uranus. Et par conséquent, j’en veux beaucoup à Philippe Ogouz.

Ayant regardé la série en VF jusqu’à présent, j’ai voulu continuer avec cette saison, ce que j’ai fait jusqu’au bout. Par contre, changements de voix obligent, je passerai en VO pour Sailor Moon Super S. Si je mets de côté les prénoms – même s’il y a une certaine cohérence par rapport à la VO – et quelques voix aléatoires inhérentes aux séries du Club Dorothée, celle-ci possède une traduction et des dialogues largement au-dessus de la moyenne de l’émission, et Emmanuelle Pailly incarne aussi bien la niaiserie d’Usagi que la solennité de Serenity. Par contre, pour Uranus, c’est le grand n’importe quoi.

Petit explication. Dans la série, Haruka – alias Sailor Uranus – forme un duo avec Michiru (Sailor Neptune). Or, les auteurs ont choisi de lui donner un style « garçonne » très prononcé, sans doute inspiré du Takarazuka. A tel point que, lors de sa première apparition en tant que Haruka, les personnages la prendront pour un homme. Or, Haruka et Michiru possèdent une relation très forte, à tel point que la nature de leurs sentiments fait peu de doute. Un aspect qui avait sans doute du mal à passer pour les traducteurs français.

Je suppose que l’idée était de ne pas trop présenter Uranus comme une fille, et ainsi éviter les questions gênantes concernant sa relation avec Neptune (ou tout autre personnage féminin clairement attiré par elle). Ce qui nous donne deux résultats concrets : l’utilisation de deux comédiens différents – l’un lorsqu’elle est en civile, l’autre lorsqu’elle est en guerrière – alors que le personnage est doublé par la même comédienne en VO, et des dialogues qui la considèrent comme un homme lorsque ses formes féminines sont suffisamment masquées par ses vêtements. Ce-dernier point donnant d’ailleurs un résultat absurde, puisqu’à un moment, une des héroïnes lui demande si elle a une petite amie (un petit ami en VO) alors que les personnages savent bien qu’il s’agit d’une fille. Ce qui est totalement contre-productif. Surtout, Philippe Ogouz traite le personnage avec la même désinvolture que Mamoru (et à priori pas mal de doublages qu’il a fait pour des séries japonaises à l’époque), et n’arrive par conséquent jamais à rendre son côté tragique et mélancolique. Je crois surtout qu’il n’en a rien à foutre. Il faudra donc que je me refasse la série en VO.
Mais bon, il y aurait tellement à dire sur les VF du Club Dorothée ou de La Cinq (coucou la traduction depuis la version italienne).

Au passage, j’indique précédemment qu’il existe une cohérence entre la VO et la VF concernant les prénoms. Celui de l’héroïne signifie « lapin » en Japonais, donc sa traduction en Bunny fait sens. Les autres guerrières ont un prénom commençant par le même son ou la même lettre : Rei devient Raya, Makoto : Marcy, Minako : Mathilda, Hotaru : Olivia (sic), Setsuna : Sylvana, Chibi-Usa : Camille, et Michiru : Mylène.
Reste Amy, qui devient Molly pour des raisons inconnues (M comme Mercure ?). Surtout, Haruka se transforme en Frédérique. Et pour le coup, cela n’a rien à voir, même de loin. Il s’agit juste d’utiliser un prénom unisexe et s’orthographiant de la même manière pour un garçon et pour une fille.

Petite anecdote personnelle. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas Sailor Moon, l’histoire parle de réincarnations (un sujet à la mode à l’époque de sa production). Les guerrières vivaient autrefois dans un royaume lunaire avant de se réincarner sur Terre. Or, en raison de sa version française considérant Haruka tantôt comme un garçon (alors que la VO ne laisse aucun doute sur son genre), tantôt comme une fille, j’ai longtemps cru que Sailor Uranus s’était réincarnée dans un corps masculin ! Et pour en avoir parlé récemment avec d’autres spectateurs ayant découvert la série en VF, je n’étais pas le seul à le penser (le prénom français n’aide pas).
Le premier épisode où elle apparait en civile ne fait pourtant preuve d’aucune ambiguïté à ce sujet, même en VF. Mais comme je ne l’avais pas vu, je me suis retrouvé avec une série parlant de transidentité au lieu de suggérer l’homosexualité de deux personnages. Quand je vous disais que le travail des traducteurs avait été contre-productif !

Nous arrivons à la fin de ce billet. Normalement, c’est là que je donne un ressenti global – excellent, en l’occurrence – et que je recommande ou non l’œuvre en question.
Or, je ne la recommande pas. Disons que c’est simple : soit vous n’avez jamais vu Sailor Moon, et dans ce cas il faut commencer par le début – contrairement à d’autres séries, il n’existe pas plusieurs portes d’entrée à différents moments – ce que pour le coup je vous conseille. Soit vous connaissez et savez déjà si vous souhaitez voir cette saison, si ce n’est déjà fait.
Tout au plus, si comme moi, vous avez pu être un peu échaudés par le côté redondant de certaines parties de Sailor Moon R, je vous encourage à vous pencher sur un Sailor Moon S qui corrige formidablement les problèmes de rythme de la saison précédente.

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2 commentaires pour Au Nom de la Lune !

  1. Tama dit :

    Enfant je n’aimais pas Sailor Moon, je trouvais ça niais et pas d’une grande finesse…de plus il me semble que les personnages m’agaçaient. J’ai redécouvert la série à l’adolescence sur TMC entre midi et deux. Du coup j’ai revu/redécouvert les 3 premières série (sailor moon, R et S) plus un ou deux films. Je n’ai pas souvenir des soucis de rythme, sans doute parce que c’était justement diffusé par épisode et pas tout d’un coup. Moi qui ne suis pas fan des épisodes avec des schémas répétitif ici ça passait -surtout à cause de l’humour et du ridicule je pense-. Par contre je n’ai jamais vu au delà de sailor moon S (il me semble que TMC n’a jamais diffusé la suite).
    J’avoue que c’est plus le doublage de Frédérique homme qui me gênait que le fait que son genre soit parfois ambiguë. De souvenir, j’avais lu quelque part qu’il y avait 5 doubleuses et 1 (2?) homme(s) pour l’ensemble du casting, ce qui se sentait pas mal…Par contre je devais être une vrai oie blanche, l’homosexualité des personnages (sailor ou autre) même travestie par le doublage ne m’a jamais effleuré l’esprit. Pourtant quand je regarde maintenant, il y a quand même des attitudes qui ne trompent pas !

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  2. zecle dit :

    enfin quelqu’un qui remarque que les noms sont cohérents, surtout celui du perso principal.

    du coup le usagi de crystal ça passe plus du tout. avant meme si t’y connais rien en culture jap ni en japonais meme si tu connais pas la légende du lapin qui vit sur la lune, tu te dis quand meme que ça a un rapport. et t’es pas obligé de comprendre une langue étrangère pour capter le jeu de mot. le jour ou tu apprends l’histoire tu souris car tu comprends tout seul.

    mais là si tu parles pas jap couramment, usagi tsukino c’est juste un nom de perso d’anime comme un autre…

    comme quoi les vf d’époque y’avait quand meme un minimum de recherche et c’était pas que du Théodule XD

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