Expendables : Unité Spéciale

Barney Ross mène une équipe de mercenaires prêts à accepter les contrats les plus dangereux. Le mystérieux Mr Church leur propose une mission grassement payée : tuer le chef d’une petite île d’Amérique du Sud.

Commencer à parler de The Expendables en évoquant son casting reviendrait à faire dans la facilité. Alors autant en profiter ! Car – il faut bien l’avouer – c’est tout de même sur lui que les spectateurs ont cristallisé toutes leurs attentes. Dès les premières annonces autour de ce projet, les amateurs de films d’action sévèrement burnés ont littéralement craqué leur slip.

Imaginez un peu : la crème du cinéma d’action (des années 80 à nos jours) associée à quelques combattants d’envergure désireux de percer dans le cinéma comme plusieurs de leurs ainés – dont certains ici présents – avant eux, cela ne pouvait que donner envie. Et si sur le papier cela ne suffit pas, il ne reste plus qu’à regarder les noms au générique (et les rôles qui leur sont associés) pour se laisser convaincre du côté astronomiquement bourrin du casting : Sylvester Stallone (Rocky, Rambo), Jason Statham (Le Transporteur, Hyper Tension), Jet Li (Le Baiser Mortel du Dragon, The Swordman), Dolph Lundgren (Rocky IV, Universal Soldier), Eric Roberts (Best of the Best, L’Expert), Mickey Rourke (Sin City, The Wrestler), Terry Crews (Les Balles de Feu, Idiocracy),… Pour ne citer qu’eux. Ils poussent le vice jusqu’à donner un petit rôle à Gary Daniels, acteur certes mineur ayant oeuvré dans nombre de productions douteuses (Ken le Survivant, Tekken), mais responsable d’une scène de combat absolument culte dans laquelle, habillé en Ken Masters, il affronte un Jackie Chan déguisé en Chun-Li.

Mais le point d’orgue, LE moment qui faisait trépigner d’impatience tout spectateur digne de ce nom, devait consister en une rencontre au sommet entre les 3 monstres sacrés : Sly, Bruce Willis (Die Hard, Colof of Night), et Arnold « Governator » Schwarzenegger (Terminator, Conan le Barbare). Comment refuser une offre aussi prodigieusement alléchante !? A la vue d’une telle débauche de moyens, façon « réunion de l’amicale des gros muscles anonymes », il en devient presque difficile de ne pas regretter l’absence d’acteurs – pourtant sollicités – comme JCVD, Steven Seagal, Kurt Russell, Jackie Chan, Danny Trejo, et surtout Chuck Norris. Ils avaient probablement leurs raisons – certains avaient des obligations de tournage – mais difficile à la vue du résultat de ne pas penser qu’ils ont bien fait de ne pas y participer. L’ampleur du casting – du jamais vu ou presque depuis Le Jour le Plus Long – nous a malheureusement empêché de remarquer que certains détails clochaient. En premier lieu : le casting lui-même. Comment faire pour concilier autant de premiers rôles dans un seul scénario ? Réponse : si c’est possible, l’Etalon Italien l’ignore…

Sylvester Stallone n’est pas le premier venu dans l’univers du cinéma. Il s’agit tout de même de sa 8ème réalisation, et il convient de rappeler qu’il a lancé sa carrière grâce à Rocky, oeuvre pour laquelle il a été nomminé aux Oscars à la fois en tant qu’acteur et scénariste ; seuls deux autres artistes ont réussi cette performance avant lui, et ils s’appellent Charlie Chaplin et Orson Welles. Seulement voilà : s’il nous a prouvé qu’il savait se mettre en valeur dans ses films (du moins ceux où il tient le premier rôle), il nous le démontre de nouveau dans The Expendables, au détriment des grands noms qu’il a entrainé dans l’aventure. Durant 105 minutes, le spectateur ne voit pour ainsi presque que le Demolition Man. Un peu de Jason Statham quand il partage ses scènes avec Jason Statham. Un peu de Jet Li quand il partage ses scènes avec Jet Li. Un peu de Mickey Rourke quand il partage ses scènes avec Mickey Rourke. Statham a bien droit à deux séquences indépendantes, mais pour le bien d’une histoire d’amour totalement inutile entre lui et Charisma Carpenter, preuve vivante que le destin a de l’humour puisqu’il lui a refilé un prénom qu’elle ne pouvait pas plus mal porter. Le reste du casting se retrouve sous-exploité, voire pas exploité du tout, à l’exception d’Eric Roberts (le frère de Julia) qui en tant que méchant a le droit d’évoluer un peu à part.

Et la fameuse rencontre du trio infernal ? Elle n’a pas eu lieu. Ou, plus exactement, nous sentons bien que les échanges Sly/Governator et Sly/Willis ont été tournés séparément, la faute probablement à leurs emplois du temps chargés, l’un devant sauver la Californie (et demain : le monde), et l’autre se compromettre dans un buddy-movie réalisé par Kevin Smith. Avec un montage ou un cadrage réussis, cela pouvait ne pas (trop) se voir. Sauf que cela se voit. Et pas qu’un peu. Quant à l’auto-dérision tant attendue – nécessaire, même, compte-tenu du passif chargé de ces acteurs – elle tombe à plat lorsqu’elle fait son apparition, c’est-à-dire pas souvent. En un mot comme en cent : les dialogues sont totalement ratés !

Vous vous attendiez à des piques bien sentis, à de futurs répliques cultes, à des mots qui frappent là où ça fait mal ? Vous l’avez dans l’os. A part une réplique sur les ambitions politique de Schwarzy – prophétique à l’époque de Demolition Man, aujourd’hui désuette – quelques-unes sur l’âge de Sly, Lundgren, et Rourke, et deux sur la taille de Jet Li, cela ne va pas chercher tellement plus loin. A travers la platitude des dialogues apparaissent tous les défauts de The Expendables : si le casting fait rêver, le reste nous rappelle à la dure réalité, et le réveil s’avère horriblement brutal. Ecriture indigeste – le pire étant atteint par une tirade laborieuse et hautement soporifique de Rourke – scénario qui assure difficilement le service minimum, effets spéciaux dignes d’une production japonaise, réactions des personnages sans queue ni tête, histoires d’amour inutiles, longueurs,… Ce film peine à convaincre. D’autant que Stallone nous montre clairement les limites de son talent de réalisateur, au travers de scènes d’action terriblement brouillonnes, ce qui pose un léger problème pour un film d’action. Par la même occasion, il s’avère incapable de filmer les scènes de combats rapprochés, un peu dommage quand on décide de faire s’affronter l’expert du cinéma de kung-fu et un ancien champion de karaté aux physiques diamétralement opposés.

Pour en revenir spécifiquement aux dialogues, ils sont au moins symptomatiques d’une chose : le film ne s’assume absolument pas. Seules quelques rares remarques ou références confirment les dires du réalisateur, selon lesquels il devait d’agir d’un profond délire entre les acteurs phares du genre, un concentré d’action empreintant allégrement aux séries B et aux monuments des années 80. Car au final, s’il y a bien une chose à reprocher à ce long-métrage, c’est de se prendre trop au sérieux, avec sa romance à deux sous et son complot sous-jacent. Un comble, vous ne trouvez pas ? Sly semble vouloir désamorcer le côté exagéré qu’il a lui-même mis en place en convoquant autant d’acteurs prestigieux. Quelques passages font rire, mais cela donne l’impression de ne pas être voulu et de plus résulter des erreurs du tournage. Terriblement dommage…

The Expendables est un énorme paradoxe. Il n’y avait que Stallone pour réussir à réunir un casting aussi exceptionnel, sauf qu’un casting aussi exceptionnel mérite bien mieux qu’un Stallone au scénario et à la réalisation. Surtout quand le Stallone en question monopolise l’écran. Tout laisse à penser que nous allons avoir un gros film d’action décomplexé et bourrin à souhait, mais il se prend trop souvent au sérieux et laisse peu de place à la dérision.
Heureusement, il reste quelques bons points à souligner. Déjà, certains acteurs tirent les épingles du jeu, et il ne s’agit pas des têtes d’affiches. Terry Crews, qui reprend son habituel rôle de costaud légèrement déjanté avec un plaisir communicatif ; dommage qu’il n’ait que deux lignes de dialogue et autant de scènes pour nous montrer son talent. Eric Roberts, impérial en cerveau malhonnête et charismatique ; sa prestation brille d’autant plus qu’il partage la plupart de ses apparitions avec David Zayas, qui lui brille par la platitude de son personnage pathétique et son absence totale de talent. Enfin, il y a Dolph Lundgren. Ah… Dolph… Lui, il a compris. Lui, il se lâche. Chacune de ses apparitions est un délice, et son physique de nazi communiste géant l’avantage grandement. Comme quoi, on peut avoir été admis au MIT et jouer les barbares sanguinaires au cinéma.

Pour finir dans la case « paradoxe », la réalisation a beau posséder des défauts visibles et les dialogues manquer de saveur, comme par miracle, certaines scènes valent vraiment le coup. C’est probablement l’aspect le plus dingue du film : il recèle quelques moments de très grande qualité, peut-être pas de futurs scènes cultes mais peu s’en faut. Peut-être qu’une sorte de magie a opéré sur le tournage, mais malgré plusieurs longueurs, The Expendables reste globalement efficace et prenant.

Plus dur sera la chute. En nous faisant miroiter un casting de folie et l’esprit des films d’action des années 80, The Expendables avait réussi à générer une véritable attente de la part du public. Le résultat final dispose bien de quelques atouts, mais reste à des années-lumières de tout ce que la brochette d’acteurs laissait présager.

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