Vega, c’est plus fort que toi (?)

La nouvelle vient de tomber : l’éditeur Steinkis lance son « pôle manga », Vega, aux côtés de Stéphane Ferrand. Pourquoi est-ce une bonne nouvelle ?

Le marché français du manga possède son mercato : celui des responsables éditoriaux et directeurs de collection. Avec l’avènement des réseaux sociaux, ce sont souvent eux qui servent de têtes de gondole aux éditeurs. Ce sont surtout eux qui sont chargés de prospecter pour trouver au Japon les succès de demain.

Pendant longtemps, le secteur est resté stable. Du moins en apparence. Mais au début des années 2000, un changement majeur survint : la scission au sein de Tonkam, laquelle mènera à la création d’Akata, chargé de constituer le catalogue manga de Delcourt. Depuis une dizaine d’années, les mouvements se sont multipliés, à moins qu’ils ne soient simplement plus visibles. Le contrat liant Delcourt à Akata s’est terminé, poussant ce-dernier à devenir éditeur indépendant. Delcourt l’a remplacé par Pierre Valls, ancien de chez Pika qui est depuis passé chez Kaze Manga. Kaze Manga où il remplace Medhi Benrabah, qui lui-même avait succédé à Josselin Moneyron. Josselin Moneyron était quant à lui resté un an à ce poste après que son prédécesseur, Raphael Pennes, cofondateur d’Asuka, a changé de fonction au sein de la maison-mère de Kaze Manga. Du côté de chez Pika, c’est Kim Bedenne qui avait succédé à Pierre Valls, avant d’être engagée chez Ki-oon et d’être remplacée par Medhi Benrabah. Depuis 2013, Wladimir Labaere est en charge de la collection Sakka de Casterman, tandis que chez Glénat, Satoko Inaba devient responsable éditoriale en 2015 en remplacement de Stéphane Ferrand. Pendant ce temps, Kana et Kurokawa affichent une stabilité des plus suspectes. Vous avez tout suivi ?

Chacun d’entre eux a laissé une empreinte plus ou moins importante là où il est passé, évidemment dans la limite de ce que pouvait leur octroyer leurs employeurs. Ce qui permet parfois de dégager des affinités, des titres emblématiques, sans compter que tous n’ont pas la même façon de communiquer. Pour donner un exemple précis, Gokusen fût le dernier titre que Raphael Pennes signa en tant que responsable éditorial. Une apothéose, si vous me demandez mon avis !

Il n’existe à priori aucun responsable éditorial manga de formation. Un cursus trop spécialisé avec probablement très peu de débouchés. Certains sont issus de formations classiques des métiers de l’édition, mais nous trouverons aussi des libraires, journalistes – spécialisés ou non – diplômés d’écoles de commerce, traducteurs, et même un chimiste. Beaucoup ont appris sur le tas, et partant de ce constat, il n’est pas nécessairement absurde d’engager un débutant qui saura apporter un regard extérieur et des idées nouvelles. Surtout s’il parle Japonais.

Si vous avez bien suivi le résumé ci-dessus, vous avez dû remarquer qu’un responsable éditorial se trouve encore sur le marché : Stéphane Ferrand (je mets de côté Josselin Moneyron compte-tenu de son court passage chez Kaze Manga).
Ancien rédacteur-en-chef du Virus Manga, Stéphane Ferrand fût directeur éditorial chez Milan de 2005 à 2007, où il publia notamment les remarqués Survivant de Takao Saito et Avaler la Terre d’Osamu Tezuka. Puis en 2007, il passe chez Glénat, où il reste donc jusqu’en 2015. Porté par le succès historique de One Piece et la position dominante de son employeur sur le marché du manga, il va proposer une politique éditoriale ancrée à la fois dans l’héritage de l’éditeur, la découverte, et le patrimonial. Avec à la clé de nombreux succès, parfois inattendus (Tokyo Ghoul, Chi, Les Gouttes de Dieu), mais aussi des titres au destin plus compliqués mais dont la seule présence en version française suffit à (me) faire plaisir : Ashita no Joe, Moyasimon, 2001 – Nights stories, Le Voyage de Ryu, Jabberwocky, sans parler d’une anthologie Moto Hagio. Bon, il a aussi commis un Btooom! de sinistre mémoire, mais qui doit accuser de meilleures ventes.

L’aventure s’arrête en 2015, mais sa patte, Stéphane Ferrand l’a définitivement laissé sur Glénat Manga. Hasard ou coïncidence, le catalogue de l’éditeur m’intéresse beaucoup moins depuis son départ. Il me tardait donc de le retrouver à ce poste, avec espérons-le les moyens de ses ambitions.

Pour tout vous avouer, je ne connaissais pas Steinkis avant d’apprendre cette nouvelle. Ou du moins, je connaissais sans le savoir. Une recherche rapide m’apprit en effet qu’il s’agit de l’éditeur des comics Simpsons en France, à travers leur filiale Jungle. Fondé en 2011 par Moïse Kissous, le groupe possède ainsi plusieurs filiales aux spécialités diverses, auxquelles vient donc s’ajouter Vega. D’après les échos que j’ai pu avoir dessus, l’éditeur aurait la réputation de laisser une certaine marge de manœuvre à ses responsables éditoriaux, ce qui est rassurant quant à la liberté dont pourrait profiter Stéphane Ferrand. D’autant plus que, de mémoire, les comics Simpsons restent encore aujourd’hui les plus vendus en France, de quoi assoir la santé financière du groupe.

Car il s’agit bien là des principales inconnues : les ambitions de Steinkis sur le secteur du manga, les moyens mis-en-œuvre, et évidemment le degré de liberté laissé à Stéphane Ferrand. J’imagine mal l’éditeur faire un chèque en blanc et laisser le responsable éditorial publier du Kaze et du Cyborg 009 sans espoir de retour sur investissement. L’art pour l’art, c’est beau mais illusoire.
Sans compter que, sur un marché décrit comme saturé depuis maintenant une quinzaine d’années, de nombreux éditeurs se sont cassé les dents. Certains, comme Akata, Komikku, Black Box, et avant eux Ki-oon ou Le Lézard Noir ont semble-t-il réussi à s’installer durablement. Mais combien de Booken, de Clair de Lune, de 12bis, ou encore de SeeBD (et ses multiples réincarnations) ont renoncé, quand ils n’ont pas tout simplement mis la clé sous la porte, tuant par la même occasion les chances de voir leurs séries publiées dans leur intégralité. Même en cas d’échec, Vega réussira-t-il à aller au bout de ses engagements envers les lecteurs ?

Enfin, il existe aussi une véritable interrogation quant à la ligne que va suivre Vega : plutôt Lézard Noir ou plutôt Ki-oon ? Public de niche ou lecteurs habituels de manga ? Shôjo ou Shônen ? Slip ou caleçon ?
Les premières annonces devraient arriver au Printemps et nous donner de plus amples informations. Je ne sais pas vous, mais j’ai hâte !

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2 commentaires pour Vega, c’est plus fort que toi (?)

  1. a-yin dit :

    Haha je vois qu’on a pensé à la même chose pour VEGA! J’ai longtemps travaillé sur un projet portant ce nom et pour rigoler, je voulais changer le nom du site en « VEGA, c’est plus fort que toi » ce qui a été évidemment refusé par notre client 😉 .

    Sinon, à part le nom du label (qui me rappelle… bref), je suis très curieuse de voir ce qui nous sera proposé!!!! Je suis peut-être Motomaniaque (oui j’ai fini par trouver un nom pour cela), mais j’ose maintenant espérer un timide retour à du shôjo vintage (plus intéressant que ceux de Black Box). Bref… Je croise les doigts et tout ce que je peux croiser dans mon corps 😀 !!!

    Décidément, l’anthologie Moto Hagio étant un souvenir plus que génial pour moi, j’avais oublié tous les apports de Stéphane Ferrand chez Glénat. Chez Milan, je note surtout Chroniques d’Iblard et puis l’un des meilleurs josei de l’époque « Feel Young », Diamonds, en bunko, de Erica Sakurazawa…

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