Saint Seiya G, ou l’art de faire saigner des yeux

Masami Kurumada fait parti de ces auteurs copieusement détestés par une partie de leurs fans. Un paradoxe expliqué par le caractère parfois exaspérant du mangaka et quelques légendes persistantes à son sujet, comme par exemple sa préférence affichée pour son premier manga Ring ni Kakero, mis en parallèle de ce qui semble presque être un dégoût pour Saint Seiya, alors que ce-dernier lui a apporté fortune et gloire dans le monde entier et continue de remplir son compte en banque. Lui-même a bien compris où se trouvait son intérêt financier, et depuis quelques années profite du nouvel engouement pour sa série, provoquée par l’adaptation tardive de sa saga Hadès.

Quand il ne fait pas virer le réalisateur historique de Saint Seiya, ni n’oblige Toei Animation à poursuivre la production de l’anime de Ring ni Kakero, il arrive à Kurumada d’avoir quelques bonnes idées. C’est ainsi qu’il crée les personnages ultra-populaires des Chevaliers d’Or, ou encore qu’il glisse dans le dernier volume de son œuvre culte une phrase anodine qui doit lui permettre de créer d’autres titres autour de Saint Seiya, et ce alors qu’il compte mettre un terme à la série. En reprenant ses concepts, son univers, ses personnages, et sa petite phrase, il va créer 3 spin-offs. Bon, en réalité, il ne va pas tous les créer lui-même (mais son nom est bien indiqué sur les couvertures de tous ces manga) :
¤ Saint Seiya G de Megumu Okada se passe quelques années avant les événements de la série principale.
¤ Saint Seiya The Lost Canvas de Shiori Teshirogi narre la précédente Guerre Sainte en se basant sur la fameuse phrase évoquée dans le volume 28.
¤ Saint Seiya The Next Dimension de Masami Kurumada narre aussi la précédente Guerre Sainte, du moins quand son auteur daigne en sortir un nouveau chapitre.
Comme nous nous approchons lentement mais sûrement de la fin de l’épisode G, j’ai décidé de revenir dessus.

Le scénario est plutôt simple. Nous suivons la vie du jeune Aiolia du Lion, Chevalier d’Or qui souffre terriblement d’être considéré comme le frère du plus grand traitre de l’histoire du Sanctuaire : Aoilos du Sagittaire, coupable de tentative d’assassinat sur la personne d’Athéna, encore bébé. Mais il va avoir l’occasion de prouver sa valeur et de laver son honneur lorsque les Titans ressuscités attaquent le Sanctuaire.

Saint Seiya G, c’est juste du pur fan-service pour passionnés de Saint Seiya, un moyen de mettre sur le devant de la scène des Chevaliers d’Or considérés comme super trop forts et hyper classieux, mais qui jusque-là n’avaient pas particulièrement eu l’opportunité de briller. Dans la saga du Sanctuaire, il y avait ceux qui ne se battaient pas, et ceux qui devaient perdre contre une bande de minables car ces-derniers étaient du côté de la JUSTICE. Dans la saga de Poséidon, c’est à peine si nous avons le temps de voir Aldébaran du Taureau se prendre une raclée (sa grande spécialité), et pour le reste ils ne vont pas bouger le petit doigt, alors qu’ils sont censés sauver le monde. Ah si : ils s’ouvrent les veines pour donner leur sang aux armures des Chevaliers de Bronze. La saga d’Hadès, pour finir, leur octroie plus de liberté au début – les personnages principaux sont presque absents des premiers tomes d’Hadès – et une poignante scène finale ; mais comme le héros est quand même censé être Seiya, ils ne font pas trop de vagues et se laissent tranquillement massacrer.

Donc les Chevaliers les plus forts de la Chevalerie, franchement, ils ne servent pas à grand chose. D’où les Titans, des adversaires bien méchants, bien puissants et tout et tout. Dont nous n’avions jamais entendu parler dans l’œuvre d’origine, mais ce n’est pas grave ; Saint Seiya n’en est pas à une incohérence près. C’est d’ailleurs à cela que nous reconnaissons cette série : sa multitude d’incohérences et de boulettes (et c’est un fan qui vous parle). Rien qu’au niveau de l’âge des personnages, il y a de quoi rire : Marine est censée avoir 16 lors de la saga du Sanctuaire, donc elle a commencé à entraîner Seiya lorsqu’elle avait 10 ans (puisque l’entraînement dure 6 ans) mais elle avait l’air déjà adulte ! Sachant que la saga du Sanctuaire se déroule en 1986, et que l’épisode G se passe en 1979, Marine devrait avoir 9 ans. Sauf que non seulement elle a déjà son armure, mais elle a un sacré corps pour une gamine !
Saint Seiya sans ses incohérences, ce n’est plus vraiment Saint Seiya.

Donc niveau scénario, franchement, il ne faut pas trop chercher la petite bête : l’auteur se contente de nous sortir de nouveaux ennemis, et une bonne excuse pour les envoyer au casse-pipe les uns derrière les autres sans trop sortir de l’univers d’origine. Tout au plus nous introduit-il quelques nouveaux Chevaliers – deux pour être précis – ainsi que deux serviteurs d’Aiolia, et tente-t-il de nous expliquer pourquoi Shura il est gentil mais en fait méchant mais en fait gentil (une subtilité que seuls les fans de Saint Seiya peuvent comprendre). Les Chevaliers d’Or, quant à eux, font dans la caricature : Aldébaran du Taureau est un brave type qui ne sert à rien, Shaka de la Vierge se la raconte grave avec ses « je suis la réincarnation de Bouddha », Deathmask du Cancer frappe ses propres alliés dans le dos, et Milo du Scorpion est inexistant. Seul Aiolia du Lion se démarque par un comportement de tête brûlé décérébré, tel un Seiya avant l’heure.

Sauf qu’il faut bien l’avouer : cela fait plaisir de voir tous ces braves combattants se battre ensemble contre un ennemi commun, et chacun aura le droit à sa minute de gloire, même Deathmask du Cancer et Aphrodite des Poissons.
Encore faut-il comprendre qu’il s’agit d’un moment de gloire. Voire tout simplement comprendre que nous sommes en train de suivre un combat. Parce que Saint Seiya G a un gros point faible : son dessin (je vous renvoie au titre de l’article).
Megumu Okada est un mangaka spécialisé dans le dessin par ordinateur, technique qui lui permet apparemment de bien s’arrêter sur les détails et la colorisation. Un peu trop. En d’autres termes : le dessin est tellement surchargé et sombre que cela peut devenir incompréhensible, insupportable, voire carrément illisible. J’en suis à plusieurs reprises venu à me dire « mais il se passe quoi !? » et autres « c’est une jambe ici !? » tant le dessin peut devenir gênant dans la lecture. C’est un handicap. Franchement, cela pourrait aisément passer pour de l’art moderne si le propos n’était pas de nous faire suivre une histoire. Alors j’exagère peut-être un tantinet, mais le graphisme est vraiment très particulier (sans parler du design en lui-même), très chargé, rendant la compréhension parfois délicate, en particulier lors des nombreuses phases de combat ; je connais pas mal de lecteurs qui ont été rebuté par le style de Okada, et je les comprends. Évidemment, s’il était totalement impossible de lire ce manga, j’aurais moi-même arrêté depuis des lustres, mais cela fait tout de même mal aux yeux de se pencher trop longtemps dessus.
Point positif : les pages couleurs qui sont vraiment superbes, proposées dans l’édition de Panini Comics sous forme de pages dépliantes complètement démentes. Mais cela rattrape-t-il vraiment le coup ?

Saint Seiya G ne plaira qu’aux fans absolus de la licence, prêts à passer sur le graphisme parfois agaçant de Megumu Okada pendant plus de 17 volumes. Il n’innove en rien, se contentant essentiellement de combats entre des adversaires redoutables et des Chevaliers d’Or incroyables, infiniment plus puissants que lorsqu’ils combattront les Chevaliers de Bronze quelques années plus tard (cherchez l’erreur). Malgré ses défauts assez rédhibitoires et absolument évidents, j’avoue néanmoins avoir pu trouver un certain plaisir dans cette lecture, notamment grâce à son côté prenant et parce que les Chevaliers d’Or restent impressionnants. Mais le lecteur lambda ne s’y retrouvera certainement pas.
Si vous cherchez un spin-off de Saint Seiya, The Lost Canvas serait un choix largement plus judicieux. Mais rien ne vaudra jamais l’originale.

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3 commentaires pour Saint Seiya G, ou l’art de faire saigner des yeux

  1. Ludo dit :

    je suis bien d’accord, c’est super tendu de suivre ce qui se passe à cause du dessin. Je suis sur qu’en anime ça rendrait bien à condition que le studio d’animation suive !
    moi j’ai arrêté au 12ème tome, l’histoire avec les titans est sympa quand même

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  2. Faust dit :

    Juste une question de profane curieux : c’est quoi la phrase anodine ?

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  3. gemini dit :

    Faust >> Une phrase de Hadès : « A cette époque, c’était déjà Pégase ».

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