Lily la Menteuse : Au secours ! La mangaka est un gros troll !

Une fois n’est pas coutume : j’avais envie de consacrer un billet entier à un seul manga, chose que je fais de moins en moins et que je regrette. Et quel meilleur choix que l’iconoclaste Lily la Menteuse, dans lequel la mangaka se met elle-même en scène, quitte à complètement défoncer la gueule du quatrième mur ?

Fût un temps où Delcourt publiait de nombreuses séries longues, en particulier des shôjo manga. J’étais alors étudiant (donc fauché) et moins passionné par cette catégorie particulière de manga qu’aujourd’hui. Ainsi, j’ai laissé passer un nombre conséquent de titres, pour certains dont j’ignorais complètement l’existence ; désormais en arrêt de commercialisation, il devient (très) difficile de s’en procurer certains.
C’est pourtant aussi à cette époque que j’ai découvert Ayumi Komura, en gagnant par hasard le premier tome de J’♥ les Sushis lors d’une convention. La série m’a plu, suffisamment pour que j’aille jusqu’au bout, mais pas suffisamment pour que je me renseigne sur les autres travaux de l’autrice. Il faudra attendre pour cela que Akata décide de la remettre sur le devant de la scène avec Bless You, manga surprenant par bien des aspects. C’est ensuite que j’ai découvert Lily la Menteuse. Armé de patience, j’ai fini par mettre la main sur les 18 tomes que compte la série.

Hinata, lycéenne plus-banale-tu-meurs, rêve du grand amour. Celui-ci se présente à elle sous les traits magnifiques d’En, un élève qu’elle n’avait jamais remarqué auparavant. Et pour cause ! Si En s’est déclaré à elle sous une apparence masculine (histoire de ne pas trop la faire flipper non plus), il ne supporte pas les hommes. Y compris son propre reflet ! Seule solution pour éviter de détruire tous les miroirs qu’il croise : le travestissement. Commence alors l’histoire d’amour d’un couple de neuneus.

Le mot « yuri » – désignant les romances homosexuelles féminines – signifie « lys » en Français, soit « lily » en Anglais. Tout cela pour dire que malgré les illustrations sur les couvertures de chaque tome, Lily la Menteuse n’est pas un yuri : En est un mec et Hinata une nana. Enfin, la plupart du temps. A ce propos, si vous décidez de lire cette série, n’hésitez pas à enlever les jaquettes : elles cachent toujours de bonnes surprises, en présentant l’envers du décor de ce que nous voyons dessus.
Il s’agit d’ailleurs d’une constante dans cette série. Pour chaque illustration en début de chapitre, l’autrice enchaîne avec un gag, un commentaire sur ce qui se déroule sur l’illustration en question, ou comment ses personnages ont pris la pose pour qu’elle puisse les dessiner. Nous retrouverons le même procédé en fin de chapitre, sous la forme de manga en quatre cases.

Au moment de commencer ma lecture, l’éditeur de l’époque m’a prévenu : Lily la Menteuse était hilarant lors de la publication dans le magazine Margaret – ce qui explique le choix de la proposer en France – mais perd de sa superbe sous la forme de volumes reliés. Une remarque surprenante sur le coup mais que je peux maintenant comprendre. Ayumi Komura se trouve dans un jeu constant avec son lectorat ; j’ai mentionné comment elle détournait ses propres illustrations – souvent de manière hilarante – mais elle se moque aussi de ses propres défauts, de ce que font les personnages hors cadre, de la publication dans le magazine, voire des codes traditionnels du shôjo manga. Si, malgré son synopsis outrancier, la série commence de manière relativement convenue, elle semble par la suite se lancer dans une fuite en avant durant laquelle elle transforme son manga en œuvre méta. Si nous l’écoutons, elle a épuisé toutes ses idées au bout de quelques tomes. Mais elle continue. A tel point qu’elle est obligée d’enfermer ses personnages dans une boucle temporelle, pour s’assurer qu’ils ne puissent jamais terminer leurs années de lycée. En tout cas, pas tant que la série se poursuivra. Tous ne vivent pas super bien d’être condamnés à répéter ad nauseam la rentrée scolaire, la Saint Valentin (surtout le seul personnage célibataire), et ainsi de suite…

Ce format particulier explique pourquoi il m’aura fallu du temps pour arriver au bout de Lily la Menteuse. Pas par manque d’intérêt, mais parce qu’à moins que les chapitres se suivent et forment une histoire complète, il s’avère difficile de les enchaîner sans risquer l’indigestion (de conneries). Ce manga se picore plus qu’il ne se dévore. Il ne s’agit pas nécessairement d’un défaut. Et puis, pris séparément, ces chapitres s’avèrent globalement réussis.
Ayumi Komura ne fait que semblant d’être perdue dans son propre manga. Ou alors, elle le cache bien. En jouant avec les codes du shôjo manga, elle s’amuse surtout à multiplier les situations cocasses et incongrues, ainsi que les personnages extravagants. Nous finissons par obtenir une belle brochette de couples de neuneus. Avec dans le lot un samouraï moderne entouré de pétales (je plains les personnes qui font le ménage derrière lui), deux duos de jumeaux dont certains capables de voir les esprits, un faux moche à lunettes, un garçon banal (ce qui est totalement saugrenu dans un tel univers), une bagarreuse surplombée d’une étrange mascotte tigrée… Et le pire, c’est que même les éléments les plus loufoques peuvent faire l’objet d’histoires (en apparence) très sérieuses, voire carrément tragiques. L’autrice maîtrise les ruptures de ton, et si elle veut vous faire verser toutes les larmes de votre corps, elle y arrivera !
Lily la Menteuse m’a fait hurler de rire à moult reprises, mais aura aussi régulièrement réussi à me bouleverser. Je lui en veux un peu pour m’avoir fait un coup pareil.

En et Hinata forment un couple savoureux. Lui, souffrant d’hématémèse dès qu’il touche un homme, détruisant tout ce qui renvoie sa propre image (pour peu qu’il ne soit pas travesti), sujet à de très étranges pertes de mémoire, mais capable de surmonter ses phobies pour sa copine. Elle, pas si normale que ça quand on y pense, souvent considérée comme « le mec » du couple – d’ailleurs, si son copain attire à lui tous les garçons de l’école, elle fait l’inverse avec les filles lorsque l’envie lui prend de se travestir à son tour – et s’impose finalement comme un des principaux moteurs de la folie ambiante, plus qu’elle n’en est victime. Bon, cela ne signifie pas que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, mais tout finit toujours par s’arranger. Ils s’adorent. D’ailleurs, ils s’adorent tous, dans cette série. Même s’ils sont un peu neuneus sur les bords (c’est pas moi qui le dit c’est Ayumi).

J’ai préféré Bless You. Original, touchant, doté d’une narration maîtrisée (alors que la série semble de prime abord devoir accumuler les pires clichés), en seulement 5 tomes (et toujours commercialisé), il s’agit vraiment de ce que la mangaka a pu faire de mieux, du moins dans ce qui est disponible en langue française. Mais Lily la Menteuse, sa série la plus longue, constitue un exercice surprenant, dans lequel elle paraît vouloir s’enfoncer toujours plus loin dans le n’importe quoi et le guignolesque, tout en ménageant de véritables moments de tendresse et d’émotions. C’est fort. Très fort. J’ai vraiment aimé, mais aussi parce que j’ai pris mon temps, en espaçant mes lectures. Dans le cas contraire, ça doit être super indigeste ! J’ai aussi énormément rigolé, parfois plus grâce aux bonus qu’à l’histoire principale. Et s’il est indispensable d’avoir lu l’un pour apprécier l’autre, cela n’en demeure pas moins déconcertant.

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2 commentaires pour Lily la Menteuse : Au secours ! La mangaka est un gros troll !

  1. tampopo24 dit :

    Tu me fais bien regretter d’avoir abandonné la série en cours de route car j’avoue que que le format décousu et humoristique m’a perdu malgré la caricature que j’ai adoré.
    Comme toi j’ai préféré Bless you qui fut un coup de coeur ❤️

    J’aime

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