2022 vient à peine de commencer, il est encore temps de faire le bilan

En relisant mon bilan, je m’aperçois avoir été beaucoup trop sympa. Dans cette seconde partie, nous allons donc revenir sur l’exercice 2021, éditeur de manga par éditeur de manga. Avec pour chacun, les séries commencées (ou pas) et un petit avis global.

Akata


Plus que jamais, Akata semble spécialisé dans des catégories bien précises de manga : le foutraque (via sa collection WTF), les manga avec des sujets de société, le shôjo manga (de préférence sur des sujets de société), auxquelles s’ajoute depuis peu le BL. Nous noterons aussi un retour progressif de grandes signatures du manga, qui ont jadis marqué le marché français mais depuis tombé dans l’oubli. Ce qui est forcément une excellente chose ! Le retour, hein, pas l’oubli !
Mais à trop vouloir se spécialiser, n’existe-t-il pas un risque que les titres sortant de ces catégories précises passent inaperçues ? Voire que l’éditeur finisse par s’interdire de sortir des cases pour lesquelles son expertise est bien identifiée par son public ?
En lisant le synopsis de titres publiés chez la concurrence – comme Mon cancer couillon, Mon bourreau de père est enfin mort ou Le potager bio de ma grand-mère dépressive – je me suis dit qu’ils auraient pu sortir chez Akata. Seulement, penser cela signifie que Akata renvoie une image caricaturale. Et effectivement, je pourrais dire que les manga Akata que j’ai commencés en 2021 sont caricaturalement des manga Akata. Ce qui ne signifie pas qu’ils n’auraient pas pu sortir chez d’autres maisons d’édition ; mais si cela avait été le cas, j’aurais là encore pu me dire : « Tiens, cela ressemble à du Akata ». Et leur éditeur aurait probablement communiqué différemment à leur sujet.
Ce côté caricatural ne m’empêche pas de commencer de nombreux titres chez eux, mais plus en raison des mangaka ou des magazines de prépublication. Et le côté fondamentalement Akata des titres commencés cette année ne les empêche pas non plus d’osciller entre le très sympa et l’excellent (même si j’ai sciemment omis une série abandonnée après un seul tome).
Ainsi, Akata reste l’éditeur dont je teste le plus de séries. Néanmoins, je me montre aussi plus sélectif qu’à une époque quant à mes choix ; car en raison de ma volonté de soutenir certains projets plus audacieux (comme proposer des shôjo manga sortant de la comédie romantique), il m’arrivait jusqu’à présent de me lancer dans des titres malgré mon appréhension (et que je n’aurais pas essayé s’il s’était agi d’un de leurs concurrents). Les résultats se sont rarement avéré probants.
Ceci dit, si je commence plusieurs séries par an chez cet éditeur, c’est aussi car je leur fais confiance quant à leur suivi de leurs séries et au soin apporté à leurs livres. Contrairement à nombre de leurs concurrents, la qualité reste globalement bonne. Tout au plus, il m’arrive de bloquer sur certains choix de traduction ; mais sinon, rien à redire.
Depuis le début de 2022, nous devons à Akata le retour en France de Ryo Ikuemi, confirmant le phénomène évoqué précédemment. Cela suffit à mon bonheur.

Black Box


Black Box continue de construire sa niche, faite de titres nostalgiques et de noms connus – souvent via la télévision hertzienne française des années 1980/90. Mais se faisant, l’éditeur se retrouve à publier des titres uniques sur le marché francophone, devenant ainsi incontournable pour qui apprécie ces publications plus anciennes, manquant cruellement chez ses concurrents. Avec pas mal de déchet dans le lot – comme des adaptations en manga pas toujours réussies d’animes à succès, filon jadis exploité par Pika – mais aussi, parfois, des résultats aussi jouissifs qu’inattendus ; à commencer par Yoshimi Uchida, autrice alors inédite et inconnue en France, dont le travail a illuminé 2021, et qui nous reviendra en 2022.
Malheureusement, en dehors de son catalogue, Black Box reste un des éditeurs français les moins recommandables. Quasi impossible à trouver en librairie – obligeant à passer par son site internet – avec une communication digne de celle de Meian ; son responsable se retrouve ainsi régulièrement à pousser des coups de gueule sur les réseaux sociaux contre ses propres clients, ou à afficher une position victimaire. Ce n’est vraiment pas professionnel.
Mais comme il demeure le seul à proposer régulièrement du shôjo manga ancien, cela le rend indispensable.

Casterman Sakka

Cela fait plusieurs années que j’ai l’impression de me répéter à propos de Casterman Sakka. Concernant les éditions, rien à redire, du bel ouvrage. Mais les promesses d’un catalogue adulte, ambitieux, et sachant aussi sortir des sentiers battues ne sont pas toujours tenues. Si 2020 nous a offert Sengo, le cru 2021 ne propose rien d’aussi notable. Oui, j’ai commencé plusieurs séries, mais plus anecdotiques que réellement marquantes.

Delcourt/Tonkam

Toujours pas de nouvelles de RiN. Série terminée au Japon, dont il ne manque que deux tomes, mais que Delcourt/Tonkam se refuse obstinément à publier. Comme si les lecteurs et lectrices de ce manga n’avaient aucune importance. Cela résume bien la politique d’un éditeur prêt à sacrifier sa réputation sur l’autel du profit à court terme ; sans s’apercevoir, à l’instar de Panini Manga à une époque, que sa mauvaise réputation finira par avoir un effet désastreux sur ses profits.
Pourtant, 2021 a fourni quelques rares motifs d’espoir, par rapport aux années précédentes. Déjà, il a enfin compris qu’il existait une demande pour Junji Ito en France ; d’où des rééditions, mais incomplètes, dans la mesure où il s’est laissé piquer la majorité des séries de l’auteur par un concurrent plus malin et ambitieux. Ensuite, il a découvert qu’il était possible de réimprimer ses séries, ; ce qui peut même s’avérer intéressant commercialement, dans un contexte où les ventes de manga explosent, et où les séries terminées – ou qui ne le seront jamais, comme Nana – demeurent attrayantes pour une partie du public. Il semblerait que ce soit surtout Ai Yazawa qui en ait profité, mais d’autres titres comme Divine Nanami ont pu en bénéficier. Un miracle. Mais dans le même temps, l’éditeur annonçait qu’il ne fallait pas attendre une réimpression pour Le Pacte des Yokais ; série dont les ventes ne risquent pas de s’améliorer, puisqu’il s’interdit tout recrutement d’un nouveau lectorat… Le label manga Delcourt/Tonkam est né de la fusion de deux catalogues passionnants, d’un héritage riche qu’il se montre incapable d’exploiter pleinement depuis lors. Maintenant qu’il a trouvé comment appuyer sur le bouton « réimpression », nous pouvons espérer que d’autres titres introuvables à l’heure actuelle retrouveront les rayons des librairies.
Pour le reste, Delcourt/Tonkam reste fidèle à lui-même. Les rééditions d’Osamu Tezuka dans des formats luxueux progressent très, très lentement. De nombreuses séries sont laissées à l’abandon, en espérant que le public oubliera jusqu’à leur existence, et cessera de les réclamer ; en attendant, l’éditeur envoie les mêmes messages vagues et standardisés à tout personne leur posant des questions à leur sujet. Et les versions « perfect » de quelques anciennes gloires ressemblent avant tout à des tomes double dont qui n’ont de « perfect » que le nom.
Cela fait désormais plusieurs années que Delcourt/Tonkam vise la place de pire éditeur français de manga. Un temps en concurrence avec Pika et Panini Manga, ce-dernier a bien redressé la barre. Mais attention à Meian, qui s’impose comme un sérieux candidat.

Doki Doki
Comme d’habitude. La dernière fois que je me suis intéressé à leur catalogue, le travail livré était correct. Mais c’était il y a plusieurs années. Depuis, aucune annonce n’a réussi à éveiller mon intérêt, pour un éditeur dont cela ne me dérangerait pourtant pas de tester de nouveaux titres.

Glénat

Cela fait plusieurs années que cet éditeur ne m’intéresse plus. Il ne me reste qu’un seul titre chez eux (l’autre vient de se finir), mais dont nous avons rattrapé la publication japonaise, laquelle avance lentement. Par contre, leur nouveauté de 2021 – si nous pouvons l’appeler ainsi, il s’agit d’une réédition – compte parmi mes favorites de l’année. Pour le reste, son catalogue m’indiffère, je le laisse s’amuser avec sa collection Shôjo +.

IMHO
Il vient. Il repart. Avec un Lézard Noir en voie de dédiabolisation, IMHO reste le seul éditeur spécialisé à garder un pied fermement ancré dans l’étrange, l’alternatif, l’expérimental, vous saisissez l’idée. Mais il s’agit aussi d’une maison imprévisible, capable de longs silences, puis de sortir du jour au lendemain un titre inconnu ou au contraire annoncer voilà plusieurs années. Pour ma part, j’attends toujours Charivari.
Rien ne m’a attiré parmi le peu proposé en 2021, en espérant mieux en 2022. Et Charivari.

Isan Manga
Le catalogue d’Isan Manga m’intéresse. Mais pas à 28€ les 240 pages (prix du premier tome de W3). Cela a toujours été. Je suis passé outre pour quelques rares titres signés Go Nagai, mais ne me vois pas investir durablement dans des éditions dont je troquerais volontiers le format luxueux contre un tarif plus abordable. Depuis peu, l’éditeur s’est en particulier lancé dans des séries plus ou moins cultes d’Osamu Tezuka – comme Ambassador Magma – qui, si elles auraient pu passer inaperçues à l’époque où le mangaka inondait les rayons de nos librairies, restent désormais les rares inédits de l’auteur proposés en langue française. Des titres que j’aurais volontiers acquis, mais pour lesquels le format voulu par l’éditeur ne me parait pas apporter de plus-value. Je craquerai peut-être un jour, mais cela n’a pas été le cas en 2021.

Kana


Que dire ? Parmi les labels de manga, parmi les mastodontes du secteur, Kana reste indubitablement le meilleur. Déjà, car contrairement à d’autres, il ne se comporte pas comme si seules ses dernières nouveautés et ses séries les plus rentables l’intéressaient. Un carton en librairie doit aussi permettre à maintenir un rythme régulier pour les titres les moins populaires, s’assurer de réimprimer régulièrement les manga encore présents dans son catalogue – pour permettre le recrutement d’un nouveau lectorat, y compris sur ceux trop longs pour leur propre bien – et de proposer des œuvres commercialement plus risquées, car prospecter fait aussi parti du métier d’éditeur. Et qu’est-ce que cela fait du bien ! De voir une maison d’édition respecant son public, faisant preuve de curiosité, soucieuse de bien faire… Et par rapport à plusieurs de ses concurrents, cela fait un sacré choc ! Comme chaque année, Kana continue de donner le mauvais exemple, en montrant la façon dont les éditeurs français – ceux dont la trésorerie le permet – devraient se comporter.
Autant dire que cela me fait plaisir de trouver de quoi me sustenter dans leur catalogue, parmi les nouveautés, car son travail mérite amplement de soutenir l’éditeur. L’année 2021 marque l’éclosion de sa collection Life et le retour de sa collection Sensei, dans lesquelles Kana propose régulièrement des titres attisant ma curiosté voire mon envie. Je me fais rarement prier. En termes de shôjo manga (hors Life), je le trouve un peu en baisse de régime, mais continue de le surveiller. Et comme ils ont accès aux titres du Shônen Jump, je trouve parfois de quoi me contenter aussi sur ce secteur très précis. Le tout avec la garantie (jusqu’à présent) d’un éditeur prêt à aller au bout de chaque série, en maintenant un rythme constant. Bref, Kana a tout pour plaire.
Enfin presque tout. La perfection n’est pas de ce monde. En tout cas, pas chez Kana, et certainement pas en 2021. J’ignore si l’éditeur fait excessivement confiance à ses traducteurs et traductrices, ou s’il s’agit de manquements du côté de l’équipe éditoriale – laquelle ne vérifie pas correctement les livres avant de les envoyer chez l’imprimeur – toujours est-il que la qualité de la traduction varie énormément d’une série à l’autre. Commencer une nouveauté chez Kana s’apparente parfois à jouer à la roulette russe : selon le traducteur ou la traductrice, nous aurons droit à un travail propre, une vraie inventivité dans les tournures de phrase, des contresens, voire des répliques qui n’en ont tout simplement aucun. La relecture ne sert pas qu’à éliminer les fautes d’orthographe ; elle doit aussi permettre de vérifier que le texte fonctionne dans son contexte, que tout est logique,… et cela manque clairement chez Kana. Sur le cru 2021, Entre les lignes en pâtit énormément.

Kaze Manga

Pour reprendre 7 Shakespeares, c’est quand vous voulez, hein ! Si les Américains l’ont fait, pourquoi le « second marché manga au monde » n’y arriverait pas ? Ah ça, pour afficher du monstre géant sur les immeubles parisiens, il y a du monde, mais pour le reste…
Kaze Manga ne semble plus se focaliser que sur les grosses licences, faisant qu’il m’intéresse de moins en moins. Néanmoins, il continue d’assumer ses anciens titres, voire même de réimprimer des séries pourtant peu populaires. C’est déjà beaucoup mieux que nombre de ses concurrents. En outre, ils ont bon goût en matière de traducteur, donc là-dessus, le travail demeure globalement correct.
Donc hormis un catalogue qui s’appauvrit, un manque de volonté pour reprendre 7 Shakespeares, et des bénéfices réinvestis dans une publicité outrancière plutôt que dans une politique éditoriale plus audatieuse, tout baigne. Kaze Manga a fait le choix de la sécurité et de l’absence de prise de risque, et c’est bien dommage. Jusqu’au jour où ils n’arriveront plus à rentabiliser leurs nouveautés, faute de ventes suffisantes pour compenser des coûts de licences toujours plus prohibitifs et des publicités toujours plus pharaoniques.

Ki-oon
J’apprécie Ki-oon, mais – malgré son récent statut d’éditeur de manga parmi les plus puissants de France – je lis peu de titres de leur catalogue. En 2021, je n’ai commencé que Cesare, une de leurs séries historiques dont la conclusion a récemment été annoncée.
Cela s’explique aisément. Ki-oon compte parmi les éditeurs sérieux, soucieux de la qualité de leur travail, et respectueux de leur lectorat. Par conséquent, rien à redire concernant leurs éditions ou le suivi de leurs séries. Ils assument leur catalogue jusqu’au bout. Mes reproches ne concernent vraiment que des éléments annexes, comme leurs éditions luxueuses réservées uniquement aux influenceurs·ses et assimilé, une communication cherchant à justifier qu’une BD écrite en France pour un public français peut être un manga, et la publication des titres réactionnaires de Tetsuya Tsutsui – qui eux, par contre, ne semblent pas du tout assumés.
Mais le véritable problème concerne le catalogue. La communication de Ki-oon insiste régulièrement sur le fait que leurs meilleures ventes leur permettent ensuite de publier de véritables coups de cœur, de prendre des risques sur des titres plus risqués mais méritant de sortir en France. Et, dans le lot, il m’arrive de trouver de véritables surprises. En outre, je suis très client du Shônen Jump, magazine désormais accessible à Ki-oon.
Toutefois, il arrive rarement que l’éditeur propose effectivement des titres dans lesquels je souhaite me lancer. La plupart du temps, cela ne me parle pas du tout. Au moins, nous ne pouvons pas leur reprocher de ne pas avoir de ligne éditoriale ! Il faut que cela plaise au boss, et nous avons rarement les mêmes goûts.
En fait, tout dépend des années. Parfois, rien ne m’intéresse. Mais je peux aussi commencer plusieurs séries d’affilé. Contrairement à plusieurs de ses concurrents, Ki-oon ne me fait pas peur ; je leur fais pleinement confiance quant au travail proposé. Par contre, je me méfie de leurs séries.

Komikku
J’ai un gros doute. Est-ce qu’ils existent encore ?

Kurokawa
Je pourrais vous dire que je préfère éviter d’acheter des manga chez Vincent Bolloré, et donc me tenir éloigné de Kurokawa (même si je continue mes séries en cours). Mais cela ne refléterait pas la réalité. Il serait plus exact d’affirmer que l’époque où Kurokawa publiait des titres attrayants appartient désormais au passé. A l’instar de Ki-oon, maintenant qu’ils disposent d’un accès privilégié chez Shueisha, il existe toujours un risque qu’ils proposent un titre attendu sur un malentendu – comme Spy X Family. Mais sinon, rien qui me donne réellement envie de franchir le pas. Je ne possède aucun grief particulier les concernant – hormis le rachat par Vivendi ou des sorties telles que « mes séries ne sont pas sexistes, la preuve, j’ai une fille dans mon équipe éditoriale » – mais leur catalogue ne me vend vraiment pas du rêve.

Le Lézard Noir

Le prix du manga le plus « Lézard Noir » de 2021 est attribué à L’Envol de Kuniko Tsurita. Publié chez l’Atrabile.
Dans ce bilan, je ne parle que des éditeurs (et labels) spécialisés dans le manga, sans évoquer les nombreux éditeurs qui proposent régulièrement de la bande-dessinée japonaise non pas parce qu’elle est japonaise, mais parce qu’il s’agit de bandes-dessinées. Donc exit L’Atrabile, FLBLB et autres Cornélius. Pourtant, c’est bien chez eux que je retrouve ce que j’ai longtemps aimé chez Le Lézard Noir : de la découverte, des titres anciens, étranges, et inattendus, un travail éditorial soigné pour des artistes méritant que leur œuvre soit mise en avant. Malheureusement, tout cela ne semble plus forcément d’actualité. Les titres proposés en 2021 par l’éditeur n’ont rien d’évident à imposer sur le marché français – souvent publiés au Japon dans des magazines spécialisés pour un lectorat féminin et adulte – mais demeurent moins extravagants qu’un Violence & Peace. En tout cas, cela m’interroge. Le Lézard Noir, connu pour son Art du bain japonais, serait-il en voie de normalisation ? Si c’est le cas, je trouve cela un peu triste. J’apprécie la diversité, et il n’y a longtemps eu que le Lézard Noir pour faire du Lézard Noir. Heureusement, restent L’Atrabile, FLBLB et autres Cornélius.

Mangetsu
Un nouvel éditeur, c’est toujours l’occasion d’apporter de la diversité au marché français. Et Mangetsu fait des choix éditoriaux qui pourraient, pour certains, m’intéresser (comme la réédition de Souten no Ken).
Seulement, Mangetsu a aussi choisi de s’incarner tout entier à travers un individu. Individu dont l’image rejaillit de fait sur son catalogue. Individu à tendance mascu qui vient tranquillement t’expliquer que Tomie n’est pas un manga pour fillettes, alors qu’il s’agit d’un shôjo manga (comme plusieurs autres titres de Junji Ito). D’ailleurs, si l’éditeur possède une collection « seinen » et une « shônen », aucune collection « shôjo » à l’horizon. C’est dire s’il a de grosses couilles. Et rééditer Tetsuo Hara s’inscrit tout-à-fait dans cette logique. Tout comme les frasques du patron de Bragelonne, la maison-mère de Mangetsu.
Comme disait le poète : nous n’avons pas les mêmes valeurs.

Meian

Les clowns de l’édition française de manga. Enfin, il faut le dire vite, car pour qui suit leurs publications (en particulier les moins populaires), difficile de trouver de quoi rire.
Commençons par dire ce qui fonctionne chez Meian, cela ira plus vite. Déjà, le catalogue part dans tous les sens (avec une prédilection pour la bagarre et l’isekai), et avec tout ce qu’ils annoncent, il leur arrive de proposer des titres intéressants par mégarde. Comme l’Arlésienne Escale à Yokohama, que plus personne n’osait espérer. Ou encore la réédition de Karakuri Circus. Toujours dans les bons points, les livres sont plutôt bien fabriqués, si nous omettons une traduction parfois hasardeuse, ou une impression avec régulièrement des pages à l’allure étrangement délavée.
Néanmoins, cette avalanche de titres vient aussi avec son lot de problèmes. Déjà, car la majorité se retrouvent noyés dans la masse. Surtout, ils ont prouvé en 2021 être incapables de gérer le nombre de tomes toujours croissants que cela les entraîne à publier. A moins, tout simplement, qu’ils ne souhaitent pas faire les efforts nécessaires ; car les pires retards, les séries repoussées avec le plus d’ardeur, semblent aussi être celles se vendant le moins… Meian a fait illusion un temps, avec Kingdom, mais Kingdom fonctionne bien. Quand cela ne fonctionne pas, ils mettent donc autant de bonne volonté que Delcourt/Tonkam pour aller au bout de leurs séries. Mais dans l’ensemble, leur calendrier de sortie est bordélique au possible… Aller en magasin pour acheter les nouveautés Meian, c’est jouer à la roulette : une fois, elles ont été repoussées, une autre fois, elles ne sont disponibles que sur leur site internet (enfin celui de leur revendeur) et les libraires n’ont pas été livrés. Pas professionnel du tout.
Et dans cette même catégorie « pas professionnel du tout » : la communication est désastreuse, avec des internautes bloqués à tour de bras dès que l’un d’eux ose émettre une critique (souvent justifiée), des partenariats en dépit du bon sens, des gueulantes dignes de marchands de poissons,… Black Box et Meian, même combat, à se demander qui a appris son métier auprès de l’autre.
Pourtant, leur catalogue propose de belles choses. Mais cette course aux licences ressemble à une fuite en avant pour l’éditeur ; les succès ne paraissent pas majoritaires, pourtant, ils injectent toujours plus d’argent dans des nouveautés, mais sans arriver à tenir leur propre calendrier… C’est assez inquiétant. Alors oui, annoncer Karakuri Circus est une excellente chose, mais si l’éditeur traîne les pieds pour aller au bout, voire met la clé sous la porte entre-temps, à quoi cela aura-t-il servi ?

naBan

Depuis son lancement, et à travers un nombre somme toute limité de titres, la politique de naBan semble s’orienter à la fois autour de la réédition de titres en arrêt de commercialisation chez leur éditeur d’origine (lequel n’existe pas forcément encore) et de la pure nouveauté. Néanmoins, il peut s’agir de coïncidences nullement représentatives de l’avenir de la jeune maison d’édition. En effet, nul doute que son responsable doit jongler entre ses envies, son budget, et la disponibilité des titres. Difficile aujourd’hui de se lancer sur fonds propres et sans une structure déjà existante par derrière. Donc il faut prospecter, toucher des zones laissées de côté par les concurrents, quitte à prendre des risques tout en restant dans les limites de ses moyens financiers. D’autant plus difficile qu’à la différence d’un Black Box, naBan a fait le choix – louable – de jouer le jeu de la vente en librairie, plutôt que de passer exclusivement par son site internet.
Concrètement, en 2021, cela nous a donné Destination Terra, titre culte au Japon, premier manga de la légendaire Keiko Takemiya proposé en langue française. Une série que nous aurions dû avoir depuis des lustres, et il aura fallu un petit éditeur pour enfin pouvoir en profiter. Tant mieux !
J’ignore si le titre fonctionne aussi bien qu’il le devrait, j’ignore aussi si cela poussera naBan à poursuivre dans cette voie en particulier, voire s’il pourra se le permettre (pour peu que ses concurrents décident d’investir dans des titres similaires mais avec de plus gros moyens). En tout cas, le travail proposé par naBan est soigné, c’est un bel ouvrage mais sans partir sur une édition luxueuse, chère, et par conséquent élitiste (coucou Isan Manga). Cette politique me parle, en espérant qu’elle sera fructueuse.
naBan m’est sympathique. Je leur souhaite le meilleur pour l’avenir, et suivrai de près leurs prochaines annonces. Par contre, désolé, mais j’ai déjà (l’excellent) Give my regards to Black Jack.

noeve grafx

Vous aimez les livres de taille aléatoire, les cartes à collectionner, le papier A++ grade 4 à ondulation thermique, et le vernis sélectif appliqué par réticulation inversée ? Cet éditeur est fait pour vous !
Ah, oui, et il publie aussi des manga.
Je me moque, mais avec une communication parfois plus axée sur la conception des livres que sur les séries auxquelles ils servent de support, je considère que c’est mérité (et je n’ai même pas trouvé en librairie les cartes spéciales librairies dont ils se vantent). Le pire : leurs éditions ne sont pas pour autant irréprochables (même si le choix des traducteurs et traductrices montre une volonté de bien travailler). Et le blister, indispensable pour empêcher tous leurs gadgets de se faire la malle, interdit de feuilleter leurs nouveautés, ainsi que les retours des libraires pour les livres déballés… Impossible pour ces-derniers d’enlever l’emballage afin de permettre à leur clientèle de découvrir leurs titres. Sachant que, si j’avais pu les feuilleter, je serais peut-être parti avec Welcome to the Ballroom plutôt que le décevant Wakusei Closet. Bref, commercialement, je ne comprends pas trop comment ils fonctionnent…
Et en termes de politique éditoriale, ce n’est guère mieux. Cela part un peu dans tous les sens, mais les séries de romcom pour otaku semblent avoir leur préférence. En tout cas, j’ai l’impression que ce sont celles bénéficiant de la plus grande exposition de leur part. Alors que ce n’est clairement pas la partie de leur catalogue m’intéressant le plus. Je suis plus axé Yumi Tamura et Mizu Sahara. Autant dire que je suis ravi que noeve grafx propose leurs manga en Français ; surtout Don’t call it mystery, alors que l’autrice a un passif houleux sur le marché national, et que ce titre se vend bien au Japon, faisant craindre une licence pas spécialement donnée… J’avais abandonné l’idée de la retrouver chez nous, alors je ne peux que saluer cette initiative. En espérant que cela suive niveau ventes (gros doute là-dessus). Et que cela suive niveau planning, car le rythme de publication est très, très lent malgré une dizaine de tomes déjà disponibles au Japon. Mais il s’agit là d’un problème récurrent chez noeve grafx, qui annonce ses séries beaucoup, beaucoup plus rapidement qu’il ne les publie. Alors que nous attendons encore des titres présentés il y a facilement un an, il vient de relancer une salve monstrueuse de plus d’une dizaine de séries.
Je ne suis donc pas encore convaincu par cet éditeur…

Panini Manga

Panini Manga semble reparti de plus belle ! Avec son ancien catalogue…
Parce que oui, honnêtement, entre nous, ça intéresse qui les nouvelles séries de Panini Manga, des seinen manga en quelques tomes visuellement interchangeables ? Alors qu’ils ont plein de vieilleries avec de la gueule à rééditer, voire à terminer dans un premier temps. C’est un constat que j’ai fait il y a déjà quelques années : Panini Manga a vraiment su constituer un catalogue très riche, qui a fini par passer sous les radars puisque plus personne ne voulait tenter le diable en commençant des séries chez eux. Et comme, dans le lot, j’ai raté des manga, et en ai débuté quelques autres ne demandant qu’à s’achever, cette politique nécromancienne me convient. Même si, pour l’instant, l’éditeur semble décidé à laisser un paquet de cadavres dans ses placards. Mouais, pas demain que j’aurai la fin de Princesse Kaguya.
L’ex « Paninaze » semble avoir bien redressé la barre, pourvu que sa dure (même après la fin de la publication de son mastodonte Demon Slayer). Mais j’attends encore de meilleures garanties concernant les nombreux titres laissés sur le carreau ces dernières années. Et même si l’éditeur s’est beaucoup amélioré – en partant de zéro, difficile de faire pire – cela n’est pas une raison pour faire semblant de ne pas voir les points qu’il pourrait encore améliorer ; comme la qualité du papier pour ses éditions standards, ou des phrases parfois bizarrement tournées dans ses traductions (avec même un criant manque de relecture).
Si Panini Manga a bénéficié d’une période de grâce en 2021, je l’attends au tournant en 2022 : parmi les 50 BD les plus vendues de l’année, cinq (soit 10%) sont publiées par cet éditeur ; autant dire qu’il devient très compliqué, dans ces conditions, de justifier pour des raisons économiques des tomes triples sans couverture ou de ne pas aller au bout des très nombreuses séries abandonnées en cours de route.
L’éditeur a un très gros passif à faire oublier, de gros efforts à continuer de fournir pour redevenir une maison digne de confiance. Par contre, compte-tenu de sa nouvelle politique éditoriale, je pense que son salut ne pourra vraiment passer que par la vieillerie, et ne crois pas du tout en des inédits séduisants de sa part. En tout cas, pas pour l’instant.

Pika / nobi-nobi
Moins je commence de séries chez Pika, mieux je me porte. Entre des éditions d’une qualité discutable, des ralentissements intempestifs, un refus pathologique de réimprimer les tomes en rupture de stock sur certaines séries – celles qu’ils préfèrent trainer comme des boulets plutôt que d’essayer de relancer – Pika ne me donne pas envie de dépenser de l’argent chez lui. Le système de licences faisant qu’un éditeur détient obligatoirement l’exclusivité (en langue française) des séries confiées par les Japonais, et Pika détenant une puissance financière lui permettant de récupérer des titres au nez et à la barbe de ses concurrents (lesquels auraient pu fournir un travail bien plus respectueux), il existe toujours un risque qu’il obtienne des manga que je souhaite absolument lire, m’obligeant alors à passer par lui (à moins de pouvoir privilégier une édition américaine). Fort heureusement, ce ne fût pas le cas en 2021 ! Par contre, ils proposent régulièrement des séries qui pourraient effectivement me tenter, et que j’aurais pu tester si elles avaient été éditées par un concurrent plus consciencieux. J’aurais pu. Mais une publication par Pika les condamne de fait.

Soleil Manga
Soleil Manga me surprend, en bien, sur la longueur. Fût un temps où il s’agissait d’un des pires éditeurs du marché. Je lui dois d’ailleurs le pire manga jamais publié en langue française. Et je ne parle pas du titre lui-même, mais entre les contresens, les inversions de bulle, et consort, cela en devenait illisible, je n’avais jamais vu ça. Sans compter les arrêts de série intempestifs. Et pour couronner le tout, il appartient désormais au même groupe que Delcourt/Tonkam !
Pourtant, lorsque je me suis penché sur leur catalogue en 2020 – année durant laquelle l’éditeur a proposé trois séries que je souhaitais lire – cela fût une très agréable surprise. Parce que les séries ne m’ont pas déçu, et car l’objet livre s’est avéré soigné. Rien à redire.
En 2021, il n’a rien proposé d’aussi attrayant parmi ses nouveautés. A croire que 2020 fût une exception. Mais j’ai continué les titres encore en cours. Donc ça va, c’est cool. En attendant Dai Dark en 2022.

Vega Dupuis
Il y avait Vega. Il y a désormais Vega Dupuis. Et entre les deux, un long hiatus en 2020.
Je préférais Vega. Le label de Steinkis avait su miser sur des titres matures, percutants, me rappelant ce que Casterman Sakka sait faire de meilleur, tout en redonnant leur chance à des mangaka talentueux mais attendant encore de trouver leur public en France. Une politique audacieuse mais probablement difficile à tenir sur la longueur.
Je ne retrouve pas cela chez Vega Dupuis, dont les titres auraient pu sortir indifféremment chez d’autres éditeurs.
Les maisons d’édition dont la politique éditoriale actuelle m’indiffèrent ne manquent pas. Mais Vega Dupuis doit encore gérer le catalogue hérité de Vega, pour lequel je possède de l’affection. Or, je ne suis pas totalement convaincu que celui-ci bénéficie du soin auquel il peut prétendre. Disons que l’éditeur semble d’un côté vouloir se débarrasser de certains titres – quitte à bâcler la relecture d’un Birdmen – tandis que nous restons dans le flou pour d’autres séries comme Peleliu (huit mois entre deux tomes malgré une série finie au Japon). Tout cela n’inspire pas la confiance.
Quelque chose s’est brisé en 2020. Lorsqu’un jeune label, moins connu pour ses succès populaires que pour ses prises de risque, arrête du jour au lendemain de sortir de nouveaux tomes, juste après un confinement, cela pose énormément de questions quant à sa survie. Désormais, nous savons ce qu’il s’est passé, et pourquoi il ne pouvait pas l’annoncer publiquement. Mais il existe une différence entre demander au lectorat d’attendre de nouvelles informations, expliquer qu’il ne lui est pas possible de donner des détails dans l’immédiat, et faire le mort. Vega avait décidé de faire le mort. Comme si leur lectorat ne comptait pas. Et leur gestion de leur ancien catalogue ne me rassure pas entièrement. Dans un sens, cela m’arrange donc de ne pas me retrouver dans leur nouvelle politique éditoriale.

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2 commentaires pour 2022 vient à peine de commencer, il est encore temps de faire le bilan

  1. Hervé Brient dit :

    Excellent billet et je suis totalement d’accord avec toi, Gemini (c’est grave docteur ?). Pense à lire Réimp’ chez Glénat, Bucket List of the dead chez Kana et Demande à Modigliani chez Meian !

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