Billet d’humeur : service presse, éditions collectors, et crustacés

artiste: ズリ

Cela faisait quelques temps que je ne m’étais pas livré à l’exercice du petit billet d’humeur sur le pouce. Mais plusieurs sujets récents – ou moins récents, voire carrément redondants – sur l’univers du manga en France m’ont poussé à me pencher dessus.

J’ai déjà abordé la problématique des Services Presse – ou SP – par le passé. Il s’agit à mon sens d’un mal nécessaire. En effet, peu d’entre nous iront acheter en librairie toutes les nouveautés ; fournir des SP aux personnes assimilables à la presse permet de s’assurer que celles-ci obtiendront bien la série que la maison d’éditeur cherche à promouvoir (ce qui ne signifie pas qu’elles le liront), plutôt que de laisser faire le hasard ou leur curiosité. Un éditeur ne jouant pas le jeu court le risque que ses titres passent sous le radar des médias, ou du moins, qu’ils y soient moins bien représentés, tout simplement car moins lus. Je comprends la logique derrière, même si nous pourrions discuter des personnes auxquelles il serait pertinent d’en envoyer (journalistes VS influenceurs·ses), d’un procédé revenant à fournir gratuitement des manga (ceux en version papier pouvant ensuite être revendus par les individus les moins scrupuleux), ou encore que ces SP viennent souvent avec des dossiers plus ou moins étoffés.

Depuis quelques années, le phénomène a atteint de nouveaux sommets, toujours plus contestables, avec des maisons d’édition proposant leurs SP sous forme d’éditions luxueuses. Le but semblant tout autant d’influencer les destinataires – pour ne pas dire les corrompre – que de leur donner matière à réaliser des photographies et vidéos à partager sur les réseaux sociaux, assurant ainsi la promotion du titre avant même sa lecture. Donc sans prendre en compte la qualité et les spécificités de l’œuvre. Protester contre cette pratique m’apparaît légitime, dans la mesure où un tel cadeau – car c’est bien de cela qu’il s’agit – influence nécessairement la personne le recevant même si elle s’en défend, et que cela revient à faire la publicité d’une édition qui n’existe pas.

D’aucuns se défendent en prétendant que l’édition ne compte pas, que seule l’histoire, la série elle-même, importe. Sauf que si cela était vrai, non seulement il suffirait d’imprimer des manga traduits avec les pieds sur du mauvais papier recyclé (non pas que nous en soyons toujours très éloignés), mais les éditions collector ne connaîtraient pas un tel succès commercial.
Pour d’autres, ces pratiques ne leur sont reprochées que par des personnes jalouses, qui ne voient pas les efforts nécessaires pour devenir journalistes ou influenceurs·ses. Une réponse soulignant surtout la condescendance de celleux pensant ainsi couper court aux critiques, et évitant de se poser de véritables questions éthiques.

Du point de vue des maisons d’édition recourant à ces pratiques, il s’agit uniquement de communication. Mais ne s’agit-il pas aussi de mépris envers leur lectorat, qui lui n’aura jamais accès à ces éditions prestigieuses ?
Pour ma part, j’estime que les individus exhibant des SP sur les réseaux sociaux ne méritent pas notre attention, et que les maisons d’édition concernées ne méritent pas leur lectorat.

artiste: CloBA

Autre sujet brûlant : la revente des éditions collector. Ou, plus exactement, la pratique consistant à acheter un maximum d’éditions collector – privant au passage de nombreuses personnes de leur exemplaire – pour ensuite les revendre plusieurs fois leur prix. Le procédé est évidemment moralement dégueulasse. Mais les individus y recourant ont parfaitement raison (d’autant plus qu’il s’agit probablement pour certains d’une source nécessaire de revenus). Nous vivons dans une société où l’offre et la demande font loi. S’il y a des personnes disposées à payer 100€ un tome coutant à peine plus de 10€ en temps normal – donc une demande – ils auraient tort de se priver. Et tant pis pour celles et ceux ne pouvant se rendre en magasin lors de la mise en rayon des titres concernées, ou mettre une telle somme dans un manga. Ainsi, je reprocherai le phénomène autant aux revendeurs·ses qu’aux personnes prêtes à investir des fortunes en éditions collector.

Toutefois, cela ne se limite pas à ces éditions. Pour fréquenter assidûment les boutiques proposant des manga d’occasion, j’observe une diminution des stocks, des rayons de plus en plus clairsemés, tandis que les prix s’envolent sur les sites de revente (et parfois en boutique). Certains particuliers arrivant à vendre plusieurs fois la même série dans son intégralité, montrant bien qu’ils ne se séparent pas d’une pièce de leur collection personnelle, mais bien d’un titre acquis spécialement puis remis sur le marché avec une marge plus ou moins importante. Néanmoins, je doute que la diminution de l’offre vienne simplement de revendeurs·ses écumant les boutiques et constituant des stocks, dont ielles ne se sépareraient qu’au compte-goutte afin de créer artificiellement de la rareté, et ainsi gonfler leurs prix. Le nombre de lecteurs·ices a augmenté, et avec lui le désir de découvrir des œuvres qui pour certaines se trouvent désormais en rupture de stock. Toutefois, le même problème se répète qu’avec les éditions collector : si personne n’était disposé à payer plus que le prix du neuf pour un manga, alors les revendeurs·ses n’auraient de choix qu’entre baisser leurs tarifs ou mourir étouffé·es sous une pile d’invendus. Si ce système vous parait absurde : cela s’appelle le capitalisme.

Bien entendu, s’il y a une demande telle que les prix s’envolent, cela signifie qu’il peut être intéressant pour les éditeurs de réimprimer les tomes manquants, du moment qu’il ne s’agit pas de séries en arrêt de commercialisation. Y compris pour les éditions collector.

artiste: びび

PS : Tout cela me rappelle furieusement des débats agitant le domaine du jeu vidéo depuis plus d’une décennie. Vous pouvez à ce propos reprendre les vidéos de 3615 USUL, il suffit bien souvent de remplacer le mot « JV » par « manga » pour que cela fonctionne tout aussi bien.

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Un commentaire pour Billet d’humeur : service presse, éditions collectors, et crustacés

  1. Cyril dit :

    Je note aussi que, même pour les titres pour lesquels il n’y a pas de problème de rareté, les vendeurs officiels d’occasion augmentent de plus en plus leur prix : chez le vendeur en ligne Momox, très souvent, les réductions ne sont que de 10% – ce qui me fait attendre des promotions supplémentaires pour acheter. Chez Gibert, pour la plupart des titres, on n’est qu’à 25% – ce qui est mieux mais assez réduit quand même quand on considère que les vendeurs neufs offrent déjà 5% et qu’avec certaines opérations de la fnac, il y a moyen d’acheter les livres avec plus de 20% de réduction.

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