La Semaine du Shôjo chez le Chapelier Fou (édition 2021)

C’est le Printemps, c’est la Semaine du Shôjo ! Le thème de cette édition spéciale confinement : « Quel(s) shôjo te donne(nt) le plus envie de voyager ou t’invite(nt) le plus à l’évasion ? »
Une question difficile, voire une question à laquelle il m’est impossible de répondre. Et je pense que cela vient de la nature même des shôjo manga, lesquels me paraissent ne se prêter que rarement à l’évasion. Evidemment, il serait possible de trouver des exceptions (et nous le verrons ensemble).

Pour illustrer mon propos, j’ai divisé les shôjo manga en plusieurs catégories, selon leur environnement, comment ils le traitent, mais aussi comment ils traitent des thématiques spécifiques de l’évasion et du voyage.
De nombreux titres se déroulent à l’étranger – comprenez dans un pays autre que le Japon. C’est notamment vrai dans les séries des années 1970, mais il s’agit là avant tout d’un « ailleurs fantasmé », une vision loin de toute réalité, voire ancrée dans un passé romancé à l’extrême.
Cela peut s’expliquer car les autrices de l’époque voulaient aborder des sujets qui n’avaient alors pas leur place au Japon (ou qui auraient fait scandale si elles avaient insinué qu’ils y avaient justement leur place), car elles s’inspiraient d’artistes étrangers qui avaient eux-mêmes mis en scène ces espaces (ce n’est pas pour rien que nous y trouvons des personnages nommés Gilbert Cocteau ou Edgar Poe), ou tout simplement car ces lieux et ces histoires les fascinaient à titre personnel. Les premiers noms me venant à l’esprit sont ceux de Moto Hagio et de Keiko Takemiya, mais la vision froufrouteuse que Riyoko Ikeda a de Versailles et de la Révolution Française va aussi dans ce sens.
Avant elles, Osamu Tezuka avait déjà pris pour cadre dans Princesse Saphir une Europe de conte de fées, héritée des productions de Walt Disney et par conséquent des écrits de Charles Perrault et des frères Grimm.

Dans Banana Fish et New York New York, le récit se déroule à l’époque contemporaine, et leurs autrices paraissent s’être renseigné sur les lieux. Mais là encore, le cadre étranger – en l’occurrence l’Amérique du Nord – permet d’aborder des thèmes alors difficiles à ancrer dans un quotidien japonais, comme l’homosexualité, la drogue, et la violence urbaine. Auparavant, Fire! de Hideko Mizuno avait suivi le même chemin. Aujourd’hui, les mangaka n’ont plus besoin de se délocaliser pour aborder des sujets de société.

A tel point que, parmi tous les shôjo manga que je lis à l’heure actuelle, il me semble qu’un seul se déroule en dehors du Japon : Le Requiem du Roi des Roses. Et pour cause : il s’agit d’une reprise à la fois d’une pièce de William Shakespeare et d’un fait historique, deux très bonnes raisons pour dépeindre l’Angleterre de Richard III.
Il arrive ainsi que des shôjo manga soient des adaptations d’œuvres préexistantes, ce qui justifie qu’ils ne se passent pas au Japon. Comme ceux de Yumiko Igarashi, ce qui ne l’empêche pas d’offrir une vision fantasmée des pays servant de cadre à ces récits.

Les shôjo manga proposant des mondes fantastiques ou (post) apocalyptiques existent, même s’il ne s’agit pas des plus représentés en France. Fushigi Yugi ou Magic Knight Rayearth possèdent d’ailleurs une ambiguïté en transposant des lycéennes nippones – issues de notre réalité – dans un univers parallèle ; il devient ainsi plus facile pour le lectorat de se reconnaître dans les héroïnes et de vivre leurs aventures à leurs côtés.

Les œuvres se cantonnant au Japon restent majoritaires, mais toutes ne l’abordent pas de la même façon. Beaucoup se déroulent dans ce que je qualifierai de « Ville S » (en référence à l’anonymisation des lieux que nous pouvons voir dans certains titres). Soit une ville japonaise typique, qui n’est pas un quartier emblématique de Tokyo mais pourrait se situer dans sa périphérie, et dans laquelle nous allons trouver le lycée typique, les commerces typiques, le stade typique, le sanctuaire typique, les festivals typiques, et ainsi de suite. Parfois, s’il s’agit d’une série sportive, nous aurons des indications plus précises, comme la préfecture, car cela aura une incidence du tournoi départemental puis national. Guère plus.
Ainsi, je serais bien incapable de vous dire où se déroulent Fruits Basket, Mon Histoire, Lily la Menteuse, Otomen,… sinon dans des lieux génériques.

En parallèle, nous trouverons des manga se déroulant à un endroit précis du Japon, et où cela aura une importance sur le récit. Nobles Paysans et Trait pour Trait sont des autobiographies, il parait donc logique qu’elles dépeignent les lieux d’enfance de leurs autrices, Hokkaido pour Hiromu Arakawa et Miyazaki pour Akiko Higashimura. Kamakura Diary se passe à Kamakura, comme son nom (français) l’indique, même si cela n’a qu’un impact modéré sur l’histoire. La Tour de Tokyo reste indissociable de plusieurs séries des CLAMP, comme Sakura, la Chasseuse de Cartes et X. Gals! ne pourrait pas avoir un autre décor que Shibuya, et Mihona Fujii prend soin de reproduire l’immeuble 109 et la statut de Hachiko à la sortie de la gare.
Il serait possible de multiplier les exemples pendant des heures, mais j’aimerais m’arrêter sur le cas spécifique de Moving Forward. Nagamu Nanaji choisit Kobe pour raconter son histoire. L’héroïne a perdu sa mère dans le séisme de 1995, et la population entière survit avec le souvenir de ce drame. L’autrice y décrit la ville et ses habitants, à travers leur accent – un aspect des œuvres toujours délicat à rendre dans la version française – mais aussi à travers nombre de lieux qu’elle reprend fidèlement. Ce qui en ferait presque un guide touristique.

Qu’en est-il des voyages et de l’évasion dans les shôjo manga eux-mêmes ? Dans les comédies romantiques lycéennes, le voyage scolaire est un lieu commun. Typiquement à Kyoto. Les moins conformistes préféreront Okinawa, et les plus riches Hawaï. Il arrive aussi que les personnages voyagent pour d’autres raisons. Princesse Kaguya est un titre où ceux-ci bougent beaucoup, rarement de leur propre gré. Malheureusement, il semblerait que dans un shôjo manga, le top du top du dépaysement soit… la France. Et s’il est amusant de voir Nodame Cantabile ou Host Club y poser leurs bagages, le côté exotique fonctionne beaucoup moins bien sur le lectorat français.
Vous voyez sans doute où je veux en venir.

Si le summum du dépaysement pour un lectorat japonais est la France (fût-elle improbablement propre et flamboyante), le summum du dépaysement pour un lectorat français, c’est le Japon lui-même. Et à ce petit jeu, ceux donnant le plus envie de voyager sont aussi ceux représentant des environnements concrets, avec des noms, des monuments, etc…

Voici des photos que j’ai prises en 2012.

Cette année encore, c’est donc Gals! qui l’emporte.

Ils participent à la Semaine du Shôjo 2021 :
Les Blablas de Tachan
Le blog de l’Apprenti Otaku
Chroniques d’un Vagabond
Euphoxine
La forêt des lectures
Papa lecteur
Songe d’une nuit d’été

Cet article, publié dans Manga, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

9 commentaires pour La Semaine du Shôjo chez le Chapelier Fou (édition 2021)

  1. Ping : Semaine du Shojo 2021 : Quel(s) shôjo te donne(nt) le plus envie de voyager ou t’invite(nt) le plus à l’évasion ? – Le blog de l'Apprenti Otaku

  2. Ping : La Semaine du Shôjo 2021 — 9e édition

  3. Nico dit :

    Coucou ^^ Très bel article ! Tout d’abord, merci beaucoup de ta participation à notre événement interblog !

    C’est vrai que la notion de voyage et d’évasion n’est pas toujours facile à se représenter, en particulier dans les shôjo quotidiens, se déroulant dans un établissement scolaire ou même dans le monde du travail. Mais comme tu le résumes si bien, l’ailleurs pour nous c’est le Japon et il suffit que le manga décrive son environnement suffisamment précisément pour nous faire voyager. Hana yori dango est pas mal aussi puisque non seulement j’ai la sensation que ça se déroule du côté de Tokyo (avec plein d’indices) mais en plus ces chanceux voyagent dans les 4 coins du monde XD

    D’ailleurs, j’aime beaucoup les titres fantastiques (Yona, Shirayuki aux cheveux rouges, etc.) qui proposent à travers leur univers totalement fictif une bonne dose d’évasion, comme tu le dis.

    Aimé par 1 personne

  4. Ping : Gokusen [Manga de Kozueko Morimoto] – Chroniques d'un Vagabond

  5. Ping : Sujet Annexe #7 – Euphoxine

  6. Ping : Semaine du Shojo 2021 : Quels shojos te donnent le plus envie de voyager ou t’invitent le plus à l’évasion ? – Les Blablas de Tachan

  7. Ping : La semaine du Shojo 2021 : Quel(s) shôjo te donne(nt) le plus envie de voyager ou t’invite(nt) le plus à l’évasion ? – Papa lecteur

  8. Ping : La semaine du Shôjo 2021 : Quel(s) shôjo te donne(nt) le plus envie de voyager ou t’invite(nt) le plus à l’évasion ? – La forêt des lectures

  9. Bidib dit :

    c’est vrai qu’un manga qui se déroule au Japon n’a en soit pas vocation à dépayser, néanmoins cela peut faire voyager le lecteur. Un manga qui se déroule à la campagne ou à la mer va m’offrir une jolie évasion surtout en ce moment…
    Quand à Gals… toujours pas lu ! Un jour ça viendra XD
    merci pour cet article intéressant

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.