Les plus grandes Gals de Shibuya ! (donc du monde)

En Mars 2019, la mangaka Mihona Fujii ouvrait un compte Twitter pour marquer les 20 ans de sa série culte Gals!. Cela ne nous rajeunit pas !

Qu’est-ce qu’une gal ? Au Japon, ce mot désigne une fille adepte de la mode kogal, consistant à utiliser son uniforme scolaire comme base, avec une jupe très courte, et un certain nombre d’accessoires comme des loose socks. Elles ont aussi tendance à se décolorer les cheveux, pratique mal vue au Japon (voire interdite dans de nombreux établissements scolaires), ce qui leur vaut une mauvaise réputation.
Publié au Japon dans le magazine Ribon (Shueisha) et en France chez Glénat Manga, Gals! suit sur une dizaine de tomes le quotidien de Ran Kotobuki, lycéenne et plus grande gal de Shibuya (donc du monde).

De prime abord, Gals! possède de quoi rebuter une bonne partie du lectorat. Le manga se caractérise par des couvertures surchargés, avec une forte utilisation de nombreuses nuances de rose, et présentant des personnages longilignes aux yeux énormes et bardés d’accessoires de mode. Une sorte de caricature de shôjo manga, dans ce qu’ils peuvent avoir de plus excessif et outrageusement féminin. Il en va de même pour Ran, laquelle parait superficielle, et obsédée par la mode et le fait de trouver un petit ami.
Sauf qu’il s’agit justement du message de ce manga : ne pas se fier aux apparences.

Le premier chapitre commence lorsqu’un homme tente de draguer Ran dans la rue. Avec son style vestimentaire extravagant et son allure, il ne doute pas qu’il s’agit d’une fille facile qui succombera aisément à ses avances. Il va très vite déchanter !
A l’instar des lecteur·ices, les personnages pensent tout savoir de Ran rien qu’en la regardant : les professeurs verront en elle une délinquante en puissance, les employeurs une personne manquant cruellement de sérieux et de fiabilité, et les hommes une proie qu’ils n’auront pas trop de mal à faire tomber dans leurs filets, à condition d’y mettre le prix. Ce serait très mal la connaître.
Si elle aime se trouver au centre de toutes les attentions, ne brille franchement pas à l’école, et possède une propension à la violence bien connue des habitué·es de Shibuya, son penchant pour la mode est avant tout un moyen pour elle de se sentir bien dans ses chaussures à plates-formes. Surtout, Ran possède un sens bien à elle de la justice, et n’hésitera pas à expliquer sa façon de penser à tous les dragueurs invétérés, les délinquants de tout poil, et les salarymen qui considèrent ses ami·es et elle comme des déchets.

Gals! se présente de prime abord comme une comédie, et l’autrice peut compter sur les personnalités excentriques de ses protagonistes. A commencer par Ran, véritable bulldozer ambulant, toujours prête à se défouler sur quelqu’un ; au grand dam de sa famille, composée uniquement de policiers et attendant d’elle qu’elle reprenne le flambeau. Et en tant que comédie, ce manga fonctionne effectivement à merveille. Mais il n’est pas non plus aussi léger et insouciant qu’il veut bien le faire croire.
Ran ne supportant pas l’injustice et se montrant prête à tout pour aider ses proches, elle aura l’occasion de se confronter à des problèmes hélas! très réels, comme la prostitution des mineures, la délinquance, le harcèlement scolaire, les relations toxiques, les professeurs abusant de leur autorité, ou les familles dysfonctionnelles.
Gals! est un manga à lire pour ce qu’il promet sur ses couvertures, à savoir des héroïnes énergiques – Ran a beau monopoliser l’attention, il ne s’agit pas du seul personnage mémorable – et sa bonne humeur, mais cela ne l’interdit pas de traiter des thèmes plus profonds. Ceux-ci n’arrivent pas non plus comme un cheveu sur la soupe ; ils font effectivement partie du quotidien de Ran, c’est juste qu’elle aura toujours une façon bien à elle de les aborder.

Et la romance dans tout ça ? Gals! appartient à ces shôjo dont il ne s’agit pas de l’élément principal. Ou du moins, il ne s’agit pas de l’élément principal pour l’héroïne. Même si elle affirme chercher un petit ami, elle reste trop indépendante pour régler son rythme sur celui de quelqu’un d’autre. Lorsqu’elle sortira avec quelqu’un, elle donnera surtout l’impression d’avoir trouver un bon copain avec qui partager ses délires. Ran n’est pas une de ces filles pensant à l’amour avec des étoiles plein les yeux, ou qui va s’amuser à tricoter une écharpe pour la Saint-Valentin. Pas du tout.
L’aspect romantique – ou du moins une vision plus traditionnelle de la romance – passe surtout par les deux meilleures amies de l’héroïne : Miyu, une ancienne délinquante complètement folle de Yamato, le frère policier de Ran, qu’elle considère comme l’ayant remise dans le droit chemin ; et Aya, que la pression scolaire et familiale a failli faire craquer avant qu’elle ne se lie d’amitié avec Ran, et qui en pince fort pour Rei, lycéen (cynique) le plus en vue de Shibuya. Elles possèdent toutes deux un côté étrangement fleur bleue, mais dans un style complètement différent. Citons aussi Sayo, la petite sœur de Ran, qui passe le plus clair de son temps à jouer les détectives avec son petit ami ; ce qui signifie avant tout suivre sa grande sœur, dans la mesure où celle-ci semble attirer les catastrophes.

Les shôjo manga ne sont pas nécessairement des comédies romantiques, pas plus qu’ils se résument à des histoires mièvres et superficielles. Or, peu de manga le montrent aussi bien que Gals! : ses couvertures annoncent une œuvre tombant dans tous les clichés imaginables – qu’ils soient graphiques ou narratifs – alors qu’il suffit de gratter, de lui donner une chance, pour découvrir une comédie efficace, portée par une héroïne survoltée, et abordant des sujets bien plus graves qu’il n’y paraît.
Des sujets toujours d’actualité, faisant que la série a bien vieilli. Enfin presque. La nature même de la mode fait qu’elle évolue sans cesse, donc même si l’autrice se renseignait énormément sur le sujet lors de l’écriture de son manga – comprenez qu’elle effectuait de nombreuses virées dans les boutiques de Shibuya – le style vestimentaire des personnages paraîtra aujourd’hui daté. La mode kogal passe aussi par le vocabulaire, et si la traduction française fait de son mieux pour retranscrire cet aspect de l’œuvre, là encore, certains mots ou expressions – comme « kikoo les filles » – ont mal résisté à l’épreuve du temps. Cela n’empêche pas Gals! de rester pertinente à notre époque, mais elle ressemble aussi à un voyage dans le temps.

Gals!, je l’ai rencontrée alors que je fréquentais encore le lycée. Les couvertures avaient attiré mon attention, en particulier l’énergie que semblait dégager son héroïne. Mon voyage au pays du shôjo manga a débuté avec Mint na Bokura puis Fruits Basket, mais il n’a pas fallu attendre trop longtemps pour que je commence la série. Ce fût un véritable plaisir, avec beaucoup d’humour, un trait lumineux mais bourré de détails, des personnages attachants, mais qui réussissait malgré tout à se montrer plus profond et réaliste qu’il voulait bien nous le faire croire. Depuis, je me suis rendu à Shibuya, je suis entré dans le 109 (alors que moi et les fringues…), et suis allé dire « kikoo » à Hachiko, en pèlerinage sur les lieux saints du manga. Je l’ai relu pour ses 20 ans ; non seulement j’apprécie toujours autant, mais j’y suis allé de ma petite larme à la fin.
Et vous savez quoi ? Ran est toujours la plus grande gal de Shibuya (donc du monde) !

PS : Oui, il y a une suite. De là à ce qu’elle sorte en France…

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8 commentaires pour Les plus grandes Gals de Shibuya ! (donc du monde)

  1. picounie dit :

    Gals! ça doit être le manga le plus « girly » (que j’aime pas ce terme) de ma bibliothèque. Bizarrement malgré l’aspect et l’ambiance mode/maquillage (Gal en général) qui n’étaient pas franchement ma tasse de thé, j’avais bien accroché. Je ne sais même plus ni pourquoi/comment j’ai commencé ce titre mais j’en garde un bon souvenir.
    Sans avoir relu le titre, je trouve que c’est un manga très urbain, dynamique (tout va très vite et les personnages sont survoltés) mais avec parfois un aspect répétitif ou qui n’avance pas vraiment (je pense aux intrigues amoureuses auxquelles je n’accrochais pas forcément). Effectivement à l’époque j’avais été étonné des thèmes traités, parfois assez durs, aux résolutions – pas forcément trop légère- mais peut être trop rapide ? (hop ! soucis réglé, chapitre suivant !).
    C’est vrai que ce n’est pas un manga axé sur la romance comme d’autres dont le fil conducteur et/ou la base de l’histoire se concentrent sur la construction du couple et ses problématiques. Le sujet c’est sans doute plus l’univers de Shibuya des années 2000.
    Avec le recul des héroïne comme Ran avec un sens de la justice aigu mais assez personnel et qui n’hésite pas dire ce qu’elle pense et à se servir de ses poings (tout en restant ultra féminine), ça reste assez rare.
    Je ne savais pas qu’il y avait une suite, je me demande bien ce qu’elle peut raconter. Ca existe encore les Kogals ? ^^’

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    • Gemini dit :

      La résolution des problèmes peut effectivement paraître expéditive voire peu crédible, mais la série a au moins l’avantage de ne pas faire comme si ces problèmes n’existaient pas ; c’est en cela qu’elle est réaliste, même si la façon de tout régler l’est moins.

      J’ai découvert qu’il existait une suite en écrivant cet article. Comme je suis l’autrice, j’avais vu passer les couvertures de la nouvelle série, mais je pensais qu’il s’agissait d’une réédition. Sauf que non, le titre est différent puisque nous passons de Gals! à Gals!! (grosse différence). J’ai l’impression que les personnages restent les mêmes, donc nous sommes toujours au début des années 2000 ? Franchement, je n’en sais rien. Le premier manga captait sans doute l’air du temps, cela doit être plus compliqué avec cette suite, mais j’aimerais bien la lire.

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  2. Ping : Revue de presse : du 22 au 28 février 2021 | Club Shôjo

  3. Nico dit :

    Coucou ^^ Très bel article ! Je t’avoue être passée totalement à côté de Gals!, sûrement parce qu’à sa sortie je n’étais pas encore très manga. Puis par la suite, je ne me souviens plus de si on le croisait souvent dans les rayons. En tout cas, j’aurais bien envie de m’y intéresser maintenant, surtout que la série semble plutôt disponible.

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    • Gemini dit :

      Cela m’a surpris, mais oui, il semblerait que malgré les années, Glénat conserve bien la série dans son catalogue. Au moins en numérique, ce sera peut-être plus difficile (en neuf) en rayon. J’espère que cela te palira.

      PS : Désolé, je n’avais pas vu ton commentaire alors qu’il fallait que je l’approuve ^^’

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      • Nico dit :

        Aucun souci ne t’inquiète pas 🙂 C’est moi qui suis maintenant à la bourre.

        C’est vrai que je lis pas mal en numérique, donc ça ne me dérangerait pas d’aborder l’œuvre sous ce format. Malgré tout, je vois qu’il est assez facilement trouvable même au format papier ^^ Dès que le temps me le permettra, j’essaierai de mettre la main dessus – sans trop non plus tarder.

        Je pense que ça pourra me plaire ^^

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  4. Jenn dit :

    Super ton article ! Je suis, comme toi, tombée dedans quand je débutais le manga. Je suis passée par une période où je lisais tous les shôjo qui me tombaient sous la main. J’ai été attirée, moi aussi, par les couvertures colorées et je suis tombée très vite totalement in love de ce manga. Il vieillit bien, il me fait toujours autant rire et j’espère aussi pouvoir lire la suite un jour !

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