Sailor Moon contre les Dragueurs de la Lune !

A la poursuite de Pégase, le cheval ailé, le cirque du Dead Moon Clan arrive sur Terre. Celui-ci ne pouvant vivre que dans les rêves des humains, ils partent à la recherche des plus beaux des rêves pour trouver la personne hébergeant leur proie. Mais les Guerrières de la Lune se dressent sur leur chemin.

Il m’avait fallu du temps pour regarder Sailor Moon S après Sailor Moon R. Il faut dire que cette saison m’avait déçu, souffrant de problèmes de rythme et d’épisodes dont seuls ceux faisant progresser l’intrigue arrivaient à maintenir un intérêt supérieur à la moyenne.
S’il m’a aussi fallu du temps pour enchainer avec Sailor Moon Super S, c’est paradoxalement car Sailor Moon S met la barre tellement haute en matière d’écriture, d’émotion, et de réalisation, qu’il parait difficile de passer après. De plus, cela marque pour moi la fin de la VF, en raison du changement de certaines voix pour cette saison.

Si le Dead Moon Clan reste l’antagoniste pendant toute la série, celle-ci peut se diviser en deux arcs, en fonction des ennemis à combattre : l’Amazon Trio et l’Amazon Quartet. Il ne s’agit pas que d’une question de sbires, les différences sont plus profondes.

L’arc Amazon Trio dure 21 épisodes, donc plus de la moitié de l’anime (qui en compte 39 au total). Je louais plus haut l’écriture de Sailor Moon S, ses mystères, et le développement de ses personnages. Comme si les auteurs savaient qu’ils ne pouvaient pas lutter, ils partent ici sur un délire complètement différent.
Hormis une amélioration des pouvoirs des héroïnes, et passé l’apparition de nouveaux enjeux dans le premier épisode, rien ne fera changer le statut quo pendant longtemps. Les héroïnes se contentent de réagir, et d’affronter chaque jour une nouvelle menace.
Pourtant, cela fonctionne à merveille. Comment ? Cela tient à la fois à la forme et au fond de cet arc.

Le réalisateur Kinuhiko Ikuhara se prépare pour Utena, la Fillette Révolutionnaire, tout en restant dans le cadre de ce que lui permet cette licence, et en poussant plus loin ce qu’il avait déjà pu développer dans la saison précédente. A l’instar de Phineas & Ferb, comme nous sommes sur une série bâtie sur une structure répétitive, il devient possible de jouer avec les attentes du public, de multiplier les commentaires, et de pervertir les codes. Le résultat ne manque pas d’attrait, voire s’avère franchement hilarant.
La réalisation est très soignée, le cadre regorge de gags et d’idées visuelles, c’est donc un régal. Et pour parachever le travail, les ennemis de la semaine sont tous excellents, il n’y en a pas un seul à jeter. Ils tournent tous autour de la thématique du cirque, mais avec des pouvoirs parfois inattendus – même carrément absurdes – et une vraie présence à l’écran ; ils font des réflexions sur la situation, ainsi que sur les précédents ennemis vaincus par les héroïnes, indiquant au passage qu’ils se connaissent et ont une vie en dehors du moment où ils sont invoqués. Je n’ai pas souvenir d’un précédent dans Sailor Moon.

Dans le fond, cet arc ressemble à une campagne de prévention à destination du public, en particulier des plus jeunes.
Dans chaque épisode, une cible est choisie, et un membre de l’Amazon Trio se charge de s’approcher d’elle pour vérifier si ses rêves abritent Pégase. Leur arme : la drague. Tiger’s Eye s’occupe des lycéennes, Hawk’s Eye des femmes plus mûres, et Fish’s Eye des hommes. Cette série va ainsi se transformer en véritable catalogue des techniques d’approche des prédateurs sexuels, des phrases vides de sens aux rencontres faussement fortuites. Cela marche avec plus ou moins de succès, mais le résultat sera toujours le même : ils arriveront à plonger dans les rêves de leurs proies.
C’est clairement un viol : viol psychologique, puisqu’ils regardent dans ce qu’elles ont de plus secret et précieux, mais aussi viol physique, la réalisation mettant beaucoup d’emphase sur la douleur ressentie par les victimes, au point de devenir dérangeante.
La légèreté de cet arc n’est qu’illusion, et comme souvent dans Sailor Moon, le studio arrive à passer rapidement du rire aux larmes, avec des instants poignants.

Le second arc revient à une recette en apparence plus classique ; à tous les points de vue, puisque les antagonistes n’ont plus besoin de regarder les rêves pour trouver Pégase. Il est plus court, mais c’est aussi celui où le boss de fin entre en scène, laissant moins de place pour les ennemis de la semaine. Cette fois l’intrigue progresse, aussi bien concernant la véritable menace tapie dans l’ombre, Pégase, les origines du Dead Moon Clan, ou les pouvoirs des Guerrières de la Lune.
L’Amazon Quartet est très différent des anciens sbires. Leur irresponsabilité les rend dangereuses, mais nous voyons bien que laissées à elles-mêmes, elles ont d’autres préoccupations que retrouver Pégase.
Les ennemis de la semaine sont d’une nature nouvelle, un peu moins mémorables, même s’il reste quelques beaux spécimens. Et nous conservons une partie de l’humour méta, même si globalement, le vent de folie douce des débuts souffle beaucoup moins sur cette partie. C’est dommage, mais ce que le titre perd en délire, il le gagne en scénario, il fallait bien y revenir à un moment ou à un autre. Toujours est-il qu’à cause de cela, l’arrivée de l’Amazon Quartet constitue une rupture nette.
Le combat final s’étale sur un nombre étonnamment élevé d’épisodes. Cela fonctionne, l’écriture reste soignée, mais nous ne pouvons pas dire qu’il y a de grosses surprises.

J’ai passé un excellent moment avec Sailor Moon Super S. Commencer par un arc à l’ambiance et aux qualités complètement différentes de ce que nous avions pu voir dans la précédente saison m’apparait comme une excellente idée, car cela renouvèle l’intérêt sans devoir souffrir de la comparaison. Pour ensuite revenir à un schéma plus convenu, plus prévisible, mais sur un format plus resserré. Les héroïnes sont toujours aussi plaisantes à suivre au quotidien, la qualité technique reste au rendez-vous – bénéficiant largement de la musique et de la direction artistique héritées des saisons précédemment – mais avec une mise-en-scène ne se contentant pas de faire le travail, c’est drôle, c’est émouvant, bref, tout ce que j’aime dans Sailor Moon.

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