Le tour du premier trimestre 2019 en quatre shôjo

Depuis le début de l’année 2019, j’ai eu l’occasion de tester plusieurs nouveautés ou rééditions. J’ai déjà parlé de Switch Love, mais il reste d’autres titres à évoquer. Une seule certitude : j’ai connu mieux…

Celle que je suis de Bingo Morihashi & Suwaru Koko
Résumé éditeur : Années quatre-vingt, Tokyo. Yûji Manase est étudiant. Mais il vit au quotidien avec deux secrets dont il n’a jamais parlé à personne : d’une part, les sentiments qu’il éprouve pour son ami de longue date Masaki Matsunaga, et de l’autre, le malaise qu’il ressent vis-à-vis de son corps. Un jour, Yûji pose la main sur une robe que sa sœur a laissée dans son appartement, sans savoir que cet acte allait bouleverser sa vie…
Akata est un éditeur défendant ses convictions à travers sa ligne éditoriale, et il le prouve une nouvelle fois avec un titre présenté comme traitant de transidentité. Un titre qui me pose plusieurs problèmes, et qu’en même temps, j’aurais voulu défendre en raison du thème affiché. Mais disposer d’un message important ne dispense pas pour autant d’écrire une histoire intéressante. Plus grave, le message véhiculé par ce manga s’avère finalement difficilement défendable.
Ce qu’il convient de souligner dans un premier temps, c’est que contrairement à ce que la communication de l’éditeur peut suggérer, il ne s’agit pas d’un manga sur la transidentité. Si Yuji, personnage en questionnement quant à son genre, est effectivement celui par lequel nous découvrons l’histoire, et qu’il s’agit du principal protagoniste dans le premier tome, cela devient beaucoup moins vrai par la suite, avec un second tome qui donne la part belle à trois autres membres de son club universitaire. Membres qui ont chacun leur parcours, leurs tourments, et des décisions à prendre, et dont le portrait croisé constitue sans doute le point fort de ce manga. Cette mise-en-avant de ses camarades se fait au détriment de Yuji, ce qui s’avère bénéfique puisque le second et dernier tome, où elle apparait moins, m’aura bien plus intéressé que le premier, que j’avais trouvé particulièrement froid (à tel point que j’aurais abandonné la série à ce stade si elle avait duré plus de deux tomes). L’ancienne héroïne se trouve dès lors reléguée au rang d’éléments parmi d’autres dans cette histoire, et avec elle les thématiques trans. Cette évolution se fait donc pour le meilleur, mais met fatalement à mal l’annonce d’Akata centrée quasi exclusivement sur le sujet de la transidentité.
Mais à postériori, le véritable souci reste le traitement de ces thématiques trans. Que la série se déroule dans les années 80 ne sert probablement pas à grand-chose, sinon à limiter les sources d’information potentielles sur la transidentié auxquelles Yuji pourrait avoir accès. Du soutien, elle en trouvera auprès d’une tenancière de bar, qui parait très mal vivre sa propre transition – qualifiant au passage de « monstrueux » le corps des femmes trans – et découragera une héroïne qui apparemment n’attendait que cela. En tant que personnage, elle a évidemment le droit de penser cela, d’avoir un vécu qui la pousse à tenir de tels propos. Seulement, cela pose au moins deux problèmes. Le premier, c’est qu’il s’agit du seul point de vue sur la transidentité véhiculée par ce manga ; un corps d’homme ne sera jamais celui d’une femme (sachant que la transidentité n’est abordée que sous l’angle du physique), et les femmes trans ne peuvent compenser qu’au moyen de robes et de maquillage. Le second problème, c’est qu’il est vendu comme un manga sur la transidentité par un éditeur connu pour son engagement politique et social, et qu’il a donc toutes ses chances de toucher un public concerné par les questions liées à la transidentité. Un public qui ne devrait pas être confronté à ce seul discours pessimiste, ne faisant que renforcer des stéréotypes sur la transition. Cela aurait été bien plus pertinent si plusieurs visions avaient été confrontées dans ce manga, mais ce n’est pas le cas.
Celle que je suis propose une histoire peu passionnante malgré un regain d’intérêt dans le second tome, mais souffre surtout d’être vendu pour ce qu’il n’est pas : un manga sur la transidentité. En cela, il s’agit d’un échec.

Duellistes de Mai Nishikata
Résumé éditeur : Depuis des générations, les membres du clan Kurono sont au service du consortium Ôtori. Et en tant que premier chevalier, Ran se doit d’en protéger la dernière héritière : la belle et mystérieuse Sei. Mais la tâche n’est pas aisée pour Ran, car au sein de l’académie Saint-Logres, d’autres lycéens sont prêts à tout pour prendre sa place ! Entre duels et manigances, Ran devra faire preuve de courage pour conserver son titre… tout en protégeant son secret le plus intime…
En tant que lecteur de manga, je possède évidemment mes préférences, et notamment des genres, des styles, et des époques que je trouve sous-représentées, et que j’encourage les éditeurs à publier d’avantage, tout en ayant conscience des difficultés pour imposer les titres concernés sur le marché français. Donc quand Akata annonce une série issue du Hana to Yume, un de mes mangashi shôjo favoris, qui plus est sortant de la sempiternelle comédie romantique lycéenne dans laquelle semblent devoir s’enfermer les shôjo, il est bien entendu que je vais les soutenir.
Seulement, si Duellistes appartient à une catégorie que j’apprécie, c’est parce qu’au-delà de ses spécificités, j’ai eu l’occasion de lire de nombreux titres passionnants s’en réclamant. A contrario, ce n’est pas parce qu’un shôjo s’affranchit de la pure comédie romantique qu’il s’agira forcément d’une réussite. Duellistes ne le prouve malheureusement que trop bien.
Héritière manifeste de titres marquants comme Utena, la Fillette Révolutionnaire, La Rose de Versailles, ou Princesse Saphir (le nom japonais de l’un étant une référence manifeste au nom japonais de l’autre), cette série semble dans le même temps refuser d’assumer leur ambiguïté ou leur éventuel côté émancipateur, en présentant dès le premier chapitre l’héroïne comme inférieure au premier rôle masculin. Ce qui ne présage certes pas de l’évolution de l’histoire, mais ne donne certainement pas une bonne impression. D’autant plus que rien dans ce premier tome ne viendra réellement la remettre en question.
Au-delà de la question du personnage de Ran, j’ai globalement eu du mal à accrocher à l’univers, lequel ne possède pas (du moins au début) ce petit côté fantastique ou romanesque qui permettrait de crédibiliser un minimum cette histoire de duels entre héritiers de clans affiliés à la famille Ôtori. Il en va de même avec les protagonistes, et avec à priori douze duels à expédier en cinq volumes (et au minimum un match retour), je doute que l’autrice ait le temps de développer suffisamment chaque antagoniste.
Mais même sans aller dans une analyse poussée, je dois simplement me rendre à l’évidence : ce premier tome ne m’a absolument pas passionné. Qu’il s’agisse des protagonistes, de l’environnement, des combats, rien ne m’a spécialement intéressé, ou même donné envie de découvrir la suite. Duellistes a sans doute plus de personnalité que n’importe quel titre lambda, ne serait-ce que dans son style graphique, mais cela ne suffit pas à compenser ses autres faiblesses. J’aurais voulu y croire, j’aurais voulu soutenir l’initiative de publier un shôjo sortant à priori des standards actuels, mais je ne m’imagine pas non plus aller au bout d’un titre qui ne m’intéresse pas, uniquement car j’espère que le prochain sera mieux.

Princesse Kilala de Rika Tanaka & Nao Kodaka
Résumé éditeur : Kilala et les Princesses Disney : Une histoire pleine de tendresse et de rêves. Un jour, Kilala rencontre un jeune garçon, Rei, qui possède une couronne magique. Son destin va alors changer. Guidés par cette couronne, ils se retrouvent dans un autre monde… qui n’est autre que celui de Blanche-Neige !
Et pourquoi pas ? Même si ce titre parait s’adresser à de très jeunes lectrices, il est issu du même magazine que Sailor Moon ou Sakura, la Chasseuse de Cartes, et le scénario semble annoncer son lot d’aventure et de magie. Or, le shôjo d’aventure, je suis preneur.
Princesse Kilala est en quelque sorte le Kingdom Hearts du shôjo manga, comprenez que notre héroïne va se balader d’un conte à l’autre – ou plus exactement d’un Grand Classique Disney à l’autre – afin de rechercher les morceaux d’une couronne magique. Le premier tome étant consacré à Blanche-Neige, et se déroulant après les événements bien connus. Néanmoins, l’histoire dans l’univers de Blanche-Neige s’avère trop expéditive pour vraiment apprécier l’originalité – certes totalement mercantile – derrière cette idée, et le trait de la dessinatrice peine à retranscrire l’ambiance du film. Plus grave, les autrices s’en tiennent à une admiration béate, probablement contractuelle, du premier long-métrage d’animation de la firme américaine, sans jamais le remettre en cause, et surtout sans questionner l’image passéiste véhiculée par le personnage de Blanche-Neige ; laquelle pouvait sans doute passer dans les années 1930, mais parait aujourd’hui franchement datée. Cela montre par la même occasion les limites de ce projet.
Pourtant, tout n’est certainement pas à jeter. Kilala est une héroïne positive, énergique, et elle évolue dans un monde lui-même inattendu, doté d’une technologie futuriste mais apparemment victime d’un cataclysme. C’est étonnant de voir que, dans un manga dédié au voyage à travers les univers de Walt Disney, ce soit finalement celui de Kilala qui s’avère le plus intriguant. Par contre, sa relation avec le premier rôle masculin est totalement clichée.
J’ai grandi avec les Grands Classiques, et possède une affection toute particulière pour les Princesses. C’est pour cela que j’ai testé ce premier tome, malgré son air enfantin et certainement un peu niais. Mais trop expéditif, le récit de ce premier tome ne convainc guère. Reste que j’avoue être curieux quant à la suite, dans laquelle Kilala ira faire un tour sous l’océan. De là à lire le second tome ? C’est en tout cas plus probable que pour Duellistes, mais je n’ai pas encore pris ma décision.

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Un commentaire pour Le tour du premier trimestre 2019 en quatre shôjo

  1. Belhou dit :

    Le tome 2 de Celle que Je Suis m’est tombé des mains quand j’ai lu, surtout à cause de de la scène dans le bar avec la tenancière, c’est littéralement la pire représentation trans que j’ai lue dans un manga (et pourtant j’ai lu SDKyo dans lequel presque tous les personnages trouvent drôle de rappeler à Akari que c’est en fait un homme et un pervers toutes les cinq pages). Comment un truc pareil a pu être édité sous une bannière militante? C’est non seulement insultant, mais hyper dangereux (toute la partie « les femmes trans ne seront jamais des vraies femmes, elles sont monstrueuses » etc). Et l’excuse des années 80 ne fait pas tout (en plus sérieusement si c’était pas écrit dans le résumé on le remarquerait même pas que ça se passe pendant les années 80). Certaines personnes tentent de justifier cet épilogue en disant que c’est le contexte japonais qui force l’héroïne à réagir comme ça à la fin, sauf que le Japon n’est ni plus ni moins transphobe que la France, donc cet argument ne tient pas. Je pense que je vais vendre mes tomes illico parce que garder une telle horreur dans ma bibliothèque ne m’enchante pas du tout. A choisir, quitte à lire un manga sur le sujet, je préfère lire Family Compo ou le tome 29 de Young GTO.
    La prochaine fois que je vois un manga akata estampillé « lgbt » je pars en courant!

    J'aime

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