Ces lecteurs jamais contents qui ne partagent pas de photos de leurs derniers achats de manga

Dernièrement, Kaze Manga partageait sur les réseaux sociaux un message dévoilant allégrement des éléments-clés du quatrième tome de Yakusoku no Neverland alors que celui-ci venait à peine de sortir, et que je n’avais même pas encore reçu mon exemplaire. Cela va vous surprendre, mais ce comportement m’a légèrement déplu, suffisamment pour que je me désabonne du compte de l’éditeur, quitte à ne pas voir passer leurs prochaines annonces de licences. Nous pouvons donc en déduire que ce partage fût contre-productif. Mais bon, le message d’origine disait du bien de la série, alors la personne responsable du compte de l’éditeur s’est sans doute sentie obligée de le diffuser.

J’ai récemment voulu lancer une discussion à propos des réseaux sociaux, à un endroit à la pointe de la modernité et du web 2.0 : un forum de manga, en l’occurrence celui de Mangaverse. La réflexion a rencontré plus d’écho que ce à quoi je m’attendais, tant et si bien que je me décide à la partager ici à son tour ; l’événement ci-dessus ayant servi de déclencheur.
Mon texte partait de la question suivante : à l’heure des réseaux sociaux, la critique des éditeurs de manga (autre que Panini Comics) est-elle possible, fût-elle constructive ?

Tout commence – comme souvent chez moi – par une anecdote personnelle. Il y a de cela quelques années, une émission de podcast invitait Guillaume Kapp (alors chargé de communication chez Ototo/Taifu) et son homologue de Ki-oon pour parler communication. Et heureusement que Guillaume était là pour apporter un peu de modération, voire rappeler que tous les lecteurs de manga n’utilisent pas forcément les réseaux sociaux. A un moment donné, il est question des « haineux », ces lecteurs « jamais contents », et les présentateurs de l’émission de se moquer des individus en question.
Or, un des intervenants m’avouera plus tard avoir pensé à moi, comme « haineux ». Ce que j’avais évidemment super bien pris.

Les éditeurs, en particulier les éditeurs de manga, ont bien compris l’avantage qu’il pouvait tirer de ces nouveaux canaux de communication, plus directs. Ils créent une impression de proximité, de copinage, entre le lecteur et l’éditeur. Impression savamment entretenue par plusieurs d’entre eux.
Je ne peux parler que pour Twitter, n’étant sur aucun autre. Mais avec la version actuelle du réseau, je ne peux pas me connecter sans voir des messages présentant des photos de manga, prenant bien soin de mentionner les éditeurs concernés, aimés voire partagés par les éditeurs en question. Et comme je les suis pour leur actualité, je me retrouve avec cette pollution dans mon fil d’actualité.
L’important pour de nombreux lecteurs semble ainsi de confirmer cette connivence, en partageant des messages positifs et les photographies de ses derniers achats, quand bien même le procédé ne serait pas très constructif, afin de quémander des « j’aime » et du partage. Personne n’ira demander de justification pour un avis dithyrambique, même s’il ne fait qu’une ligne.

Sauf qu’il ne faut pas oublier que la relation qui se joue en réalité n’est pas celle de deux copains qui n’auraient aucune raison de se faire des reproches, mais bien d’un vendeur et d’un de ses clients. Ce qui n’empêche pas la personne de l’autre côté de l’écran d’être parfaitement affable, et de ne pas penser son lien avec ses lecteurs comme une relation purement commerciale. Seulement, ces lecteurs iraient-ils se comporter de la même façon avec leur banquier, avec leur assureur, ou avec leur hypermarché ?
« Mes provisions pour la semaine @Auchan »
Je veux bien que les manga soient un loisir, mais cela ne justifie pas tout. Après, il faut voir le côté positif. Dans la mesure où il est plus difficile de poster une photo de ses derniers achats de manga en numérique, le papier a encore de beau jour devant lui.

Toujours est-il que, dans ce contexte de copinage avec les éditeurs de manga, leur faire des reproches apparait comme dissonant. Et que toute personne un tant soit peu critique à leur encontre se verra immédiatement rangée dans la même catégorie que les lecteurs de scans qui reprochent aux éditeurs de ne pas avoir inclus les mots « san » et « sama » dans leurs traductions. Les bons lecteurs sont ceux qui jouent le jeu de la promiscuité, et puis c’est quand même beaucoup plus agréable de traiter avec eux.
Comme disait Pascal Lafine, les vrais lecteurs de Tonkam étaient ceux qui les suivaient sur Facebook. Les autres étaient donc de faux lecteurs, voire pas des lecteurs du tout (étant entendu qu’il fallait présenter une preuve d’achat ou d’emprunt des livres Tonkam pour suivre leur page).
Pourtant, entendons-nous bien. Je ne fais pas des remarques pour le simple plaisir, mais uniquement lorsque j’estime qu’il y a un problème à résoudre.
Ne rien dire par peur de s’aliéner les éditeurs, c’est tout simplement les empêcher de régler ces problèmes.

Cela ne signifie pas que les personnes disant du bien d’un titre en particulier en prenant soin d’interpeller l’éditeur pensent à mal, voire le font avec une arrière-pensée. Et le phénomène n’est pas propre aux réseaux sociaux.
Ce qui m’inquiète, c’est que la relation entre les lecteurs et les éditeurs est asymétrique, preuve en est que la plupart des éditeurs ne sont vraiment abonnés qu’à leurs concurrents, des sources d’information, des auteurs, des professionnels (comme des traducteurs), des influenceurs, mais extrêmement rarement à leurs lecteurs. Il s’agit de comptes professionnels, commerciaux, avec pour but de vendre leurs produits, et profitant de la publicité gratuite fournie par ceux qui adhèrent à leur marque (comme chez Apple et Funko). Transformer ses clients en démarcheurs, c’est le rêve de n’importe quelle entreprise. Des démarcheurs qu’il suffit de payer en visibilité, et en leur donnant l’impression d’être proche des éditeurs.

Je ne suis pas irréprochable, j’avoue volontiers avoir moi-même de temps à autre voulu recourir à cette technique pour accroitre les visites sur mon blog. Par curiosité, je me suis aussi amusé à mentionner les éditeurs pour des articles n’en disant pas forcément du bien, pour vérifier s’ils les partagent sans même vérifier de quoi il s’agit (certains le font). Mais cela m’a passé.
A l’heure actuelle, je bénis la fonction de Twitter permettant de bloquer les partages de certains comptes en particulier. Il existe des façons de passer outre, mais pour l’instant, les éditeurs ne semblent pas y recourir ; sans que je sache si c’est parce qu’ils respectent le choix de certains abonnés de ne pas subir leurs partages massifs, ou parce que cela prendrait plus de temps que simplement cliquer sur le bouton prévu à cet effet. S’ils décident de passer outre cette fonction, j’envisagerai de me désabonner, me coupant de ces sources de publicité auxquelles j’ai sciemment décidé de m’abonner pour bénéficier de leurs annonces. Comme je viens de le faire pour l’un d’entre eux.

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