Manben

Le manga est un art visuel. Pourtant, je lisais récemment une réflexion reprochant aux critiques – professionnelles ou amatrices – de trop souvent faire l’impasse sur le dessin, de ne pas assez en parler. Je plaide coupable.

Dans mon précédent billet, j’expliquais mes critères de choix concernant les séries. Néanmoins, je n’y évoquais pas le dessin, pourtant un élément essentiel. Ou du moins, pas directement. Lorsque je parle des mangaka, cela englobe aussi bien leurs narrations, leurs thèmes de prédilection, leur mise en page, et leur trait. C’est cet ensemble qui fera que j’apprécie un auteur. De plus, j’estime que je peux passer outre le dessin si je suis happé par l’histoire, ou par la façon dont celle-ci est racontée. Dans une certaine mesure, tout du moins.

La raison pour laquelle j’aborde aussi peu souvent le sujet ne réside pas dans mon désintérêt pour cet aspect des œuvres. Dans le cas contraire, je lirais des livres sans images. Je suppose que cela vient plus d’une absence de vocabulaire adéquat pour le décrire. J’estime pouvoir dater un style graphique, revenir sur la mise en page éclatée de nombreux shôjo des années 70/80, évoquer les yeux constellés de détails et d’émotions chez les mangaka de cette période, mais cela n’ira globalement pas plus loin. Plus que n’importe quelle autre composante d’une bande-dessinée, le dessin est un élément que chacun apprécie de manière subjective, ce qui le rend d’autant plus difficile à verbaliser.

En tant que lecteur, je peux dire si j’apprécie le dessin d’un manga, si celui-ci me parle, si je le trouve original au regard de la production actuelle, s’il semble correspondre à l’histoire racontée ou si au contraire cela crée un décalage amplifiant l’impact de celle-ci, ou si je lui trouve de la « personnalité ». J’avoue pourtant rarement prendre le temps de m’arrêter sur une page, de m’extasier devant ses détails, d’étudier sa composition. Je me souviens être resté bouche-bée devant certaines cases des Femmes du Zodiaque de Miyako Maki, que je trouvais magnifiques, mais il s’agit sans doute d’une exception. Je suppose être avant tout à la recherche d’un effet inconscient, d’une mise en page qui permettrait aux sentiments des personnages de nous prendre à la gorge, qui ferait naitre chez le lecteur un sentiment d’urgence et d’oppression, ou qui créerait un environnement propice à la comédie.

Il s’agit pourtant d’aspects fondamentaux du manga. C’est pour cela qu’une émission comme Manben est importante.
Manben est un programme de la NHK présenté par Naoki Urasawa pendant quatre saisons. Le principe est le suivant : chaque épisode est consacré à un mangaka. Une équipe de télévision va le filmer sur son lieu de travail pendant plusieurs jours, puis le présentateur et son invité se retrouvent pour commenter ensemble l’enregistrement.
Dans les faits, cela signifie que Manben s’intéresse avant tout à la technique, à la façon de procéder de l’artiste, à son environnement de travail, à sa relation avec ses assistants (même si ceux-ci restent peu mis en avant dans les épisodes que j’ai pu regarder), à sa mise en page, à sa façon de remplir ses cases, le tout décrit par les mangaka eux-mêmes. Il y a bien une narratrice pour évoquer brièvement la carrière de l’invité, ses thèmes de prédilection, et ses œuvres phares, mais ce n’est pas le sujet, ce n’est pas ce sur quoi se focalise l’émission.

C’est une approche inhabituelle. Les entretiens et les conférences s’intéressent généralement avant tout à la carrière des artistes, à leurs débuts, à leurs travaux les plus emblématiques, et à leurs inspirations, mais abordent moins leurs habitudes de travail, leur dessin – hormis pour leurs influences – ou leur façon de composer une planche. Quant à les voir dessiner dans des conditions réelles, et non sur une scène ou lors d’une séance de dédicaces, n’en parlons même pas !
Manben nous apporte donc une autre perspective, nous montre les efforts consentis par les mangaka pour réaliser chaque planche, et nous offre l’opportunité de nous focaliser sur des planches sur lesquelles nous aurions pu passer trop vite lors de notre lecture. C’est fascinant.

Ceci dit, évoquons maintenant le sujet qui fâche : la disponibilité. Quelques bonnes âmes ont entrepris de sous-titrer les épisodes en Anglais, mais pas tous. Loin de là. Si vous trouvez des épisodes en version originale, youtube peut certes proposer une traduction automatique en Anglais, mais très aléatoire et souvent hilarante.
Pour autant, comme je le disais, quelques épisodes se trouvent dans des formats qui les rendent compréhensibles. Vous trouverez ci-dessous ceux consacrés respectivement à Akiko Higashimura, Inio Asano, et Moto Hagio, que j’ai sélectionnés car j’apprécie ces auteurs et car je trouve ces numéros particulièrement passionnants.
J’espère qu’ils vous plairont.

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Un commentaire pour Manben

  1. Hervé Brient dit :

    Amusant, ce sont aussi les trois émissions que j’aurai mises en avant… Il faut d’ailleurs que je prenne le temps de regarder les autres, du moins les sous-titrées.

    J'aime

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