Les Aventuriers du Tsukasa Hojo perdu

Pour changer, une petite anecdote : comment j’ai rassemblé ma collection de manga de Tsukasa Hojo.
J’imagine que tout lecteur de manga a vécu, dans sa vie, des événements similaires qui ont marqué son parcours, dénichant au fond d’un bac d’une librairie anonyme ce qui va s’avérer être le Saint Graal, ou nouant par ce biais des amitiés fortes. Aujourd’hui, j’avais envie de partager quelques souvenirs.

Tout commence en CE2. Bon, ce n’est pas tout-à-fait exact ; à l’époque, je connaissais déjà Nicky Larson et Cats Eye. Mais en CE2 s’installe à côté de moi, en classe, une jeune fille que nous appellerons F. Vous verrez, cela aura de l’importance par la suite. F, donc, vient d’emménager dans mon village, et dans ma classe, la seule place disponible se trouve à côté de la mienne. Cela ressemble à un shôjo, maintenant que j’y pense. L’histoire d’amour en moins. Mais elle va tout-de-même jouer un rôle important dans cette histoire.
Pour notre passage au collège, F, moi, et quelques autres, rejoignons le même établissement, et la même classe d’Anglais renforcé, dans laquelle nous demeurerons jusqu’à la fin du lycée. Nous sommes donc toujours restés en contact. Tous les jours, nous prenions le bus pour rentrer chez nous, et un jour en particulier, je l’aperçois en train de lire un livre… à l’envers. La couverture ressemble à Nicky Larson, sauf qu’il y a marqué City Hunter dessus. Cela me surprend, mais n’étant pas spécialement amateur de cette série, cela s’arrête là.
Mon premier contact avec un manga en sens de lecture original, avec un manga autre que les petits fascicules Dragon Ball.

En 1997, le Club Dorothée disparait. Disparition symbolisée pour moi par Seiya s’effondrant dans un lit de roses. Je suis encore au collège. C’est ensuite que je vais me rendre compte que l’animation japonaise me manque, et commencer à m’y intéresser de plus près. Puis, de fil en aiguille, ce sont fort logiquement les manga qui vont s’immiscer dans mon quotidien. C’est là que F refait son apparition. J’avais alors complètement oublié cet instant dans le bus. Au détour d’une conversation, je me rends compte (enfin) qu’elle aussi adore les manga. Ou, plus exactement, elle souffre d’une pathologie très spécifique : son amour pour Tsukasa Hojo. Elle se montre intarissable sur le sujet. Pour ma part, lorsque j’avais commencé à lire des manga, cet auteur en particulier ne m’avait pas interpellé : je n’avais rien contre City Hunter, à l’époque du Club Dorothée, mais ce n’était pas non plus la série que j’attendais avec le plus d’impatience ; donc lorsque j’ai commencé à utiliser mes maigres moyens de collégien puis de lycéen pour lire des manga, il ne s’agissait absolument pas d’une priorité, à la différence de Saint Seiya et Ranma 1/2. Toutefois, sa passion s’avère communicative (même si elle ne peut pas me prêter les tomes appartenant à sa sœur), et elle éveille mon intérêt avec le synopsis de Family Compo, dont je n’avais jamais entendu parler (je n’aurai pour la première fois accès au catalogue Tonkam en librairie que l’année suivante).
Je dois lire ce manga !

Sauf qu’il y a un petit problème. Si vous étiez déjà lecteur de manga à l’époque, vous savez lequel. La rumeur court alors que Tsukasa Hojo a décidé que, dans chaque pays, un seul éditeur détiendrait l’exclusivité sur ses œuvres – Ki-oon prouvera plus tard que ce n’était pas totalement exact. Jusque-là, J’ai Lu disposait de City Hunter, et Tonkam de tout le reste, Dominique Véret ayant préféré se lancer dans le très écolo Sous un Rayon de Soleil, plutôt que de faire dans la facilité en publiant l’œuvre la plus célèbre de l’auteur (authentique) ; Cats Eye, Family Compo, Rash, et les histoires courtes avaient suivi. Là où nous constatons que la rumeur possède effectivement un fond de vérité, c’est que toutes ces séries passent en arrêt de commercialisation chez leurs éditeurs respectifs, trop tard pour que je puisse les trouver dans le commerce. Manque de pot, l’heureux élu – comprenez, celui qui a mis le plus d’argent sur la table – s’appelle Generation Comics, label manga de Panini Comics. Et croyez-moi, ceux-là, ils n’ont pas attendu ces dernières années pour emmerder le monde… Ils lancent la publication de Angel Heart, la nouvelle série de l’auteur, mais rien quant à une hypothétique réédition du reste de sa bibliographie. Et compte-tenu de leurs habitudes, s’il y a des chances qu’ils ressortent (bien des années plus tard) City Hunter et Cats Eye, cela sent mauvais pour ses titres les moins connus. Pour lire Family Compo, il va falloir trouver une solution.

Lorsque je m’installe à Lyon, en 2004, je commence à faire le tour des librairies spécialisées, afin de trouver mon futur fournisseur régulier. Au gré de mes pérégrinations, je découvre New City Game, grand spécialiste de la contrefaçon et de l’import douteux, mais doté d’une petite librairie dans laquelle personne n’allait jamais acheter de manga ; et pour cause, ils étaient tous sous vitrines fermées, par peur qu’ils se fassent dérober. Effectivement, personne ne pouvait les voler. Mais en même temps, personne ne les achetait ! Une chance pour moi, puisqu’il s’agissait de la première fois que je dénichais un tome de Family Compo (en fait deux), en rayon depuis suffisamment longtemps pour que son prix soit indiqué uniquement en Francs ! Une rareté, même à l’époque. Je m’empresse de réveiller le libraire pour qu’il ouvre la vitrine, sorte les tomes 2 et 4 de Family Compo, et calcule combien font 42 Francs en Euros (à savoir un peu moins de 7€).
Je rentre chez moi.
Je les lis.
Je suis amoureux.
Il me faut le reste de la série.
Il me faut le reste de toutes les séries de l’auteur.

Commencer Angel Heart ne pose aucun soucis, même si j’aurais préféré lire d’abord City Hunter. J’abandonne d’entrée l’idée d’acheter d’occasion ce-dernier et Cats Eye : non seulement ils coutent bien trop cher, mais je me doute que si Panini Comics réédite les manga de l’auteur, il commencera par ceux-là. Je ne m’étais pas trompé. Je vais donc me concentrer sur les histoires courtes, Sous un Rayon de Soleil, Rash, et bien entendu, les 12 tomes manquant de Family Compo.
Je passerai rapidement sur Sous un Rayon de Soleil et Rash : je les ai tout simplement trouvé sur ebay. L’avantage étant qu’il s’agissait de séries respectivement en trois et deux tomes, peu connues, donc cela ne m’a pas obligé à casser ma tirelire. Seulement à m’inscrire sur ebay.
C’est pour le reste que cela commence à se transformer en aventure.
Il existe un magasin que les lecteurs lyonnais connaissent bien : La Bourse. Le temple du livre d’occasion, en particulier concernant la BD. Les rayons manga y sont très fournis, j’y ai acquis une partie non négligeable de ma collection que je ne pouvais obtenir en neuf. Seulement, vous vous en doutez, inutile d’y aller avec une idée précise en tête : il faut passer souvent pour espérer trouver son bonheur. Je commence donc à m’y rendre régulièrement, et finis par décrocher quelques tomes épars de Family Compo. C’est un bon début.
Ce qui va débloquer la situation, c’est ma communauté internet de l’époque : les Dreamers. Parmi eux plusieurs amateurs de Tsukasa Hojo ayant déjà rempli leurs étagères. Je lance donc un appel à quiconque trouvera les volumes que je recherche. Et contre toute attente, cela va fonctionner. C’est dans une petite librairie de Bruxelles, perdus derrière d’autres titres, que T trouvera Le Cadeau de l’Ange, Le Temps des Cerisiers, et La Mélodie de Jenny. Un problème de régler. Ensuite, c’est en vacances à Montauban que V décèlera plusieurs des tomes manquant de Family Compo, d’un seul coup !
Je ne les remercierai jamais assez pour leur aide.

Reste un soucis : le tome 14 de Family Compo, qui contrairement à la plupart des autres volumes, n’avait eu droit qu’à une seule édition. Il faut se remettre dans le contexte : avant son rachat partiel par Guy Delcourt, cet éditeur fonctionnait par petits tirages mais avec de fréquentes rééditions. Pour vous donnez un exemple concret, des Angel Sanctuary acquis il y a plus de 10 ans affichaient déjà plus d’une dizaine de rééditions ! D’ailleurs, leur site internet était le seul à proposer deux calendriers : celui des nouveautés et celui des rééditions.
Bref, Tonkam n’avait pas eu le temps de faire fonctionner de nouveau les rotatives avant de devoir passer en arrêt de commercialisation, et cela se ressentait forcément sur le nombre d’exemplaires en circulation. Pas le choix, il a fallu que je mette la main au portefeuille, pour obtenir l’unique tome que je n’avais pas réussi à trouver (ce qui reste malgré tout une belle performance). Cet ultime volume, à tous les points de vue, m’aura couté la bagatelle de 30€. Je n’ai jamais plus payé du Tonkam aussi cher !
C’est plusieurs années plus tard que Panini Comics va enfin consentir à rééditer City Hunter puis Cats Eye. Et, surprise, même Family Compo. Mais ma vieille édition me suffit, c’est un souvenir précieux et irremplaçable (même si les pages se décollent). Puis, Ki-oon va surprendre son monde, en annonçant avoir mis la main sur les autres séries de l’auteur, celles que Panini Comics était censé détenir mais refusait de publier. Entretemps, la fin de Angel Heart, poussive et mélodramatique, aura eu raison de mon attachement jusque-là inconditionnel envers ce grand auteur. Tant et si bien que, lorsque sa suite est lancée à son tour, je décide de m’arrêter là, marquant par là même la fin d’une belle aventure.
Quant à Family Compo, c’est toujours un de mes manga favoris.

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Un commentaire pour Les Aventuriers du Tsukasa Hojo perdu

  1. Hé ben!
    Sacré galère^^ Je constate que j’ai eu de la chance en la choppant en intégrale pour 30€…
    Pour City Hunter, etant fan, je les ai choppé religieusement à chaque sortie…

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