La mangasse, une affaire de famille ?

Cela faisait longtemps que je souhaitais aborder ce thème, celui du rapport entre les membres de ma famille immédiate et les manga. Je vais donc passer en revue mon père, ma mère, et ma petite sœur.

Je ne serai jamais assez reconnaissant envers mes parents pour avoir toujours considéré la BD comme de la culture. Eux-mêmes lecteurs, du moins dans leur jeunesse, avec des frères bédéphiles voire tintinophiles (qui ont malheureusement raflé les collections familiales), jamais ils ne m’ont dit « va plutôt lire un vrai livre », tout simplement car pour eux, une BD est un « vrai » livre. J’avoue qu’à une époque, à force de m’entendre parler de manga, ils en avaient un peu marre. Pour autant, ils ne m’ont jamais empêché d’en lire, et à la faveur des fêtes, ils ont participé à remplir mes étagères.

La petite sœur.
Contrairement à mes parents et moi, je ne crois pas qu’elle ait lu beaucoup de BD Franco-Belges. Peut-être un ou deux Astérix, un Tintin,… Cela n’ira sans doute pas plus loin. Ceci dit, je n’ai aucune certitude.
Elle est passée directement aux comics puis aux manga, lorsque je m’y suis mis moi-même, malgré nos six années de différence. Ce qui signifie qu’elle a peu ou prou commencé les manga avec Love Hina, alors qu’elle avait dix ans. Elle a aussi lu Inugami à la même période, parce que ça devait être mignon, il y avait des chiens dedans. Globalement, je dirai qu’elle a lu essentiellement du bon shônen des familles, tel que Naruto, Prince du Tennis, Bleach, Eyeshield 21, ou Hoshin. Niveau shôjo, elle en a lu, mais moins que moi : elle aimait bien les séries de Wataru Yoshizumi et Yuu Watase, W Juliette, Kaikan Phrase, Elle et Lui, Parmi Eux, et je n’ai jamais saisi son attachement pour Secret Girl. J’en parle au passé, car elle a fini par se détourner complètement des manga. Un gros problème pour moi, car je lisais certaines de ses séries, et il a fallu que je mette la main au porte-feuille pour les continuer.
Désormais, en terme de BD, elle ne doit vraiment plus lire que du comics Captain America – c’est très ciblé – et en petite quantité. Il faudra que je lui emprunte son omnibus du Golden Age.

Le père.
Cela va être rapide. Mon père fut lecteur de Pilote durant les premières années du magazine. Mais avec l’âge, il a fini par se détourner de la BD, même s’il garde une certaine nostalgie envers les séries qu’il suivait à l’époque. Ce qui ne signifie pas qu’il en lit encore. En fait, hormis les nouveaux Astérix, à leur sortie, il n’en lit même plus du tout.
Les manga ? Il en a lu un : le tome 4 de Negima. C’est très spécifique, et cela tient avant tout à une histoire de contexte. En 2007, nous nous doutons qu’il s’agit de notre dernier grand voyage en famille, puisque je m’apprête à entrer dans une période faite de stages divers puis de travail. Nous décidons donc de marquer le coup, et de partir au Japon. Kyoto figure évidemment sur notre itinéraire. Or, Kyoto, c’est aussi là que se déroule ce tome de Negima, lequel propose même quelques informations sur les lieux touristiques, tels que le Kyomizu Dera. J’avais donc pris soin d’emporter le tome en question que, curieux, mon père va dévorer alors que nous revenons justement du Kyomizu Dera.
Grand amateur de cuisine, il avait aussi émis l’envie de parcourir Aya, Conseillère Culinaire (surtout pour les recettes parsemant les volumes), mais il n’en fit jamais rien.

La mère.
Un cas très particulier. Plus le temps passe, plus je me dis que ma mère avait tous les attributs du nerd, malheureusement bridés par son éducation et son milieu socio-culturel. En gros, je crois qu’elle n’a jamais osé assumer tous ses centres d’intérêt. Elle aime le cinéma d’animation, en particulier les productions des studios Disney, mais elle a patiemment attendu que je sois en âge d’aller au cinéma pour retourner les voir en salles. Aujourd’hui, dans la mesure où ma sœur et moi assumons plutôt bien d’être « trop vieux pour ces conneries », elle nous accompagne si l’occasion se présente. Ces dernières années, nous avons vu ensemble Le Vent se lève, Avril et le Monde Truqué, Le Domaine des Dieux, et même La Reine des Neiges. Pour la BD, c’est pareil.
Une fois qu’elle eut quitté la demeure familiale, elle n’a vraiment continuer à lire que Tintin et Astérix, faisant que je n’ai hérité que de Tintin et les Picaros et deux albums d’Astérix par Albert Uderzo (je me suis fait avoir). Mais du moment que j’ai commencé à accumuler les tomes dans ma chambre, elle ne s’est pas faite prier pour en relire, et pas qu’un peu. Aujourd’hui, il me parait parfaitement évident de lui offrir des BD. Y compris japonaises, puisque j’ai testé sur elle Pepita de Takehiko Inoue et Les Gardiens du Louvre de Jiro Taniguchi, avec succès. J’avais commandé Rohan au Louvre pour elle, mais après avoir jeté un œil à l’intérieur, j’ai renoncé. Mais je m’aperçois que je brûle les étapes.

Ma mère est gauchère, et d’après elle, cela rend le sens de lecture japonais parfaitement naturel. Dans la mesure où elle lit des BD, je me disais qu’il n’y avait pas de raisons qu’elle ne puisse pas se mettre au manga. Il fallait juste sélectionner les titres adéquats, en prenant en compte le fait qu’elle peine parfois à différencier les personnages aux visages trop semblables. Dans ces conditions, ce n’est pas bien compliqué : Osamu Tezuka est ton ami. Et avec L’Histoire des 3 Adolf, aucune chance de se tromper : elle a adoré. Depuis, elle s’est essentiellement essayée aux classiques, et je serai bien en peine de donner une liste exhaustive. Dernièrement, je lui avais prêté Daisy, Lycéennes à Fukushima, qu’elle a adoré. Je lui ai dores et déjà parlé de Colère Nucléaire, qu’elle a hâte de lire, mais je ne garantis pas le même succès. Le souci avec les manga, c’est qu’avec près de 3000 références encore chez mes parents, elle ne va pas regarder dedans spontanément, tâtonner, essayer. Il faut vraiment que je lui fasse la proposition.
Dans un genre différent, depuis qu’elle est à la retraite et que je vis en Angleterre, elle a décidé de prendre des cours d’Anglais. Et pour se perfectionner, comme je suis sympa, je lui ai prêté mes comics d’import. Là encore, il s’agit de bien choisir, mais elle a particulièrement accroché au Wizard of Oz de Skottie Young.

Je m’en tire bien. Et vous, avez-vous converti vos proches à la mangasse ?

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5 commentaires pour La mangasse, une affaire de famille ?

  1. Sirius dit :

    Plutôt oui. Quand je vivais encore chez mes parents ma mère et ma soeur ont lu Death Note, Monster, 20th Century Boys, Yotsuba, Sacrée mamie, Emma, Mushishi, Ikigami et quelques one-shot. Ma soeur a même lu Black Jack, Touch, GTO et XXXHolic. J’en oublie peut-être mais c’est pas si mal déjà.

    Plus dur : essayer de convertir des élèves de 13 ans… Chez moi ils ont tendance à croire que c’est juste pour les filles. Je vais essayer de lire « Je reviendrai vous voir » en classe… On verra…

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  2. Tama dit :

    Personnellement, je n’ai jamais vraiment essayé de convertir mes proches aux mangasses mais plus de les convaincre qu’en lire ne nuisait pas à mon quotient intellectuel et ne me ramollissait pas le bulbe. Ce qui n’est déjà pas chose facile. Je pense qu’ils ont fini par comprendre étant donné que je leur faire lire mes papelards pour correction qui leur montre que c’est « serious business ».
    Pour les plus jeunes, ils sont plus orientés animes que version papier et pour les quelques qui aiment les deux supports ils ont arrêté car « ce n’est plus de leur âge ».
    Donc je suis un peu seul dans le cas présent à en lire, même si j’ai de grands amateurs de BD dans ma famille. Ca ne me dérange pas, c’est un peu mon jardin privé, que j’aimerais agrandir mais de 1. j’ai pas la place 2. j’ai pas les sous.

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  3. Natth dit :

    Ma mère lit une partie des titres qui m’intéressent. Je crois que sa série préférée doit être « Les vacances de Jésus et Bouddha ». Elle adore l’humour du titre, qui l’a aussi poussé à s’intéresser à certains aspect culturels liés au Bouddhisme. Elle aime beaucoup tout ce qui est historique ou policier (Ad Astra, Le chef de Nobunaga, Requiem du roi des roses, Innocent, Onmyouji, Trouble is my business, Soil, Emma, Bride Stories, Les deux Van Gogh, L’arbre au soleil…). Dernièrement, je lui ai prêté « La fleur millénaire » et cette série lui a bien plu aussi. J’avais tenté « La tour fantôme », mais elle n’a pas accroché. Je crois qu’elle y a trouvé un côté trop fantaisiste qui ne lui a pas plu. Cependant, elle ne cherche pas à acheter de mangas. Je pense qu’elle aimerait certains Tezuka que je n’ai pas (Bouddha par exemple). Il y a peut-être un cadeau à faire là… Mon père n’est pas du tout attiré par le manga en revanche.

    La mère de mon filleul m’avait demandé des conseils lorsqu’elle cherchait des mangas pour son fils. Elle pensait à Naruto ou à une série qui y ressemblerait. Je lui ai répondu que je ne lisais pas cette série, mais que One Piece correspondait à ce qu’elle cherchait. En plus, je pouvais lui donner les premiers volumes. Mon filleul a adoré la série, c’était un bon choix. Je lui ai aussi prêté Fruits Basket ou Black Butler. Il a lu le premier, mais c’est surtout sa mère qui lit le second. Elle a lu aussi la série Dernièrement, je leur ai prêté Pandora Hearth, je verrai s’ils ont bien aimé. J’ai peu de shônen chez moi, mais je pense que Kenshin pourrait plaire aussi.

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    • Natth dit :

      Je viens de me rendre compte qu’une de mes phrases a sauté en partie. Je voulais donc dire : « Elle a lu aussi la série Ring ». En fait, c’est plus une succession de one-shots qu’une série de style feuilleton. Elle est inspirée du film Ring et c’est un shôjo, mais un shôjo d’horreur.

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  4. cosmos dit :

    Ma sœur et moi avons dû partager nos lectures et pas mal de nos goûts quand nous étions petits, bon aujourd’hui ils se sont plus affirmés et ont divergé, mais mine de rien on se retrouve encore sur pas mal de choses.

    Elle a 4 ans de moins que moi, ça serait long de tout citer mais je me souviens qu’elle a particulièrement bien aimé Please Save My Earth, Fruits Basket, a repris mes collections de One Piece, de Ranma 1/2 et de Bride Stories quand je les ai arrêtées et est une grande fan de Mari Okazaki. Ah et le « [ils ne le savaient pas… mais ils étaient déjà…] EMPORTES PAR LE TOURBILLON DE L’HISTOIRE » de La Rose de Versailles ressort de temps en temps dans nos conversations. Jamais réussi à lui faire partager mon enthousiasme pour les histoires où « il se passe rien mais c’est trop bien », à part Maison Ikkoku (tu vois Alana qui essaie de vendre un de ses romans préférés à sa collègue dans Saga ? ben c’est moi avec ma sœur :P). Ah, on a pas mal gagatisé sur Angel Sanctuary aussi au début. Et le dernier tome des Formidables Aventures de Lapinot l’a traumatisée.

    Pour des raisons de temps et d’argent, elle a quasiment arrêté de lire de la BD et se consacre plutôt aux ouvrages de psycho (pour son travail de psy) et aux romans passion, mais je lui ai suggéré d’offrir Saga à son copain et l’ait fermement incitée à s’y mettre :p Bon elle a adoré donc I regret nothing.

    Ma mère est assez bon public pour ce qui est histoires de famille, j’irai pas jusqu’à dire « avec des bons sentiments » mais… en fait un peu quand même 😛 Elle n’a jamais vraiment *cherché* à lire nos mangas mais lisait volontiers nos recommandations, et surtout regardait les dessins animés avec nous quand on était petits (à la base pour surveiller ce qu’on regardait, mais elle aussi voulait connaître la suite à force, et puis ça permettait de partager quelque chose). Comme elle appréciait particulièrement Princesse Sarah et Le Petit Lord, je suis resté dans des trucs assez gentils (Helter Skelter : non, par exemple). Je lui ai passé Maison Ikkoku, F.Compo (je l’ai choquée quand je lui ai résumé l’intrigue, mais elle a pleuré à la fin et je pense vraiment que ça a changé sa perception des choses), Bride Stories, Thermae Romae et Les Gouttes de Dieu. Peut-être All My Darling Daughters, je sais plus.

    Jamais vraiment réussi à faire lire quoi que ce soit à mon père, qui ne s’intéressait pas à nos goûts de manière générale (pas de succès en essayant de taper dans les siens).

    En lisant ton article je réalise qu’en fait ça existe les familles où les parents s’intéressent aux BD de leurs enfants o_O Les miens ont acheté mes premiers Tintin sans que je ne leur demande rien (je pense que pour eux ça faisait partie des classiques à avoir) mais je ne les ai jamais vus s’intéresser à ma collection, à moins que je leur propose/demande explicitement de lire tel ou tel titre. Bon après ils n’ont jamais été de grands lecteurs, leurs familles respectives non plus, et leurs journées les épuisaient sans doute pas mal.

    Merci pour cette réalisation 🙂

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