Area 51 : Béton et Dragons

Les monstres, les Dieux, et les aliens existent, mais leur présence est cachée aux yeux de la population, cantonnée à une ville surnommée par ses habitants le 51ème état des USA, ou Area 51. Toutefois, quelques humains, dont la présence n’est plus souhaitée dans leur monde, vivent eux-aussi dans cet endroit étrange ; parmi eux Tokuko Magoi, dite McCoy, détective privée.

3ky92otdJ’ai été surpris de constater que Casterman continuait, bon gré mal gré, à proposer quelques séries dans un format manga classique, par opposition à leurs publications plus axées vers le lecteur de Franco-Belge. Première impression le bouquin en main : c’est extrêmement soigné, les effets sur la couverture sont magnifiques, le papier blanc et épais, un régal. La grande majorité de leurs concurrents pourraient en prendre de la graine.

C’est la première fois que je lis un manga de Masato Hisa, mais son trait est bien particulier, surtout concernant son travail sur les jeux d’ombre ; à l’instar du Sin City de Frank Miller, il s’appuie sur de forts contrastes, très peu de déclinaisons de gris (à travers les quelques trames qu’il emploie), et il n’hésite pas à faire ressortir de cette manière des éléments qui ne devraient pas apparaître aussi violemment, comme des traces de pas. Dans la mesure où cela change de la plupart des manga, il faut un léger temps d’adaptation, mais cela donne du cachet.

Concernant l’univers, il me rappelle celui de Kekkai Sensen : nous sommes dans une ville américaine et cela se sent à tous les points de vue – architecture, archétypes des personnages – mais avec des créatures mythiques à tous les coins de rue, tenant les rôles habituellement attribués dans de telles circonstances. Si l’héroïne est humaine, son assistant est un kappa, son premier client Hermès, Pan son vendeur de donuts, et des créatures lovecraftiennes font le trottoir. Le bestiaire est foisonnant, emprunte à toutes les cultures, et va du plus commun (les centaures) au moins conventionnel (les Penanggalans) ; avec quelques explications si besoin est.

La série est bâtie comme une succession d’affaires exploitant les spécificités de la ville, avec un ton global plutôt sombre ; notamment le chapitre du premier volume sur les vampires, pessimiste et bien glauque comme il faut. Mais cela n’empêche pas l’auteur de proposer de l’action et un humour efficace, notamment à travers une héroïne réputée pour semer la destruction sur son passage.

Pour l’instant, les récits sont relativement indépendants – même si une histoire de fond se met en place vers la fin du tome 2 et plus certainement dans le troisième – et c’est logique puisque cela permet à l’auteur de développer les nombreuses possibilités liées à son univers. Celui-ci prend soin de faire dire à son héroïne, d’entrée, que les révélations la concernant viendront plus tard.

La plus grande force de ce titre, c’est peut-être bien – outre le concept même de l’Area 51 – son atmosphère américaine, jazzy, qui n’est pas sans rappeler quelques vieux polars, ou des séries comme Cowboy Bebop. Il s’agit d’un style que les Japonais fantasment et utilisent assez bien, qui participe à l’identité de la série. Cela me parle.
Pour l’instant, il s’agit à n’en pas douter de mon coup de cœur de l’année. Un manga adulte, aux parti-pris graphiques parfois radicaux, qui surprennent dans un paysage français où ce genre de fantaisies a souvent du mal à s’imposer. Ajoutez à cela la qualité de l’édition de Sakka, et vous comprendrez pourquoi j’attends chaque nouveau volume avec impatience.

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