Le Top 10 totalement arbitraire des meilleurs manga en cours de publication en France

La mode est aux tops (plus ou moins) 10. Dans ces conditions, aucune raison d’être original ; c’est donc parti pour le Top 10 totalement arbitraire des meilleurs manga en cours de publication en France.
Par simplicité – comprenez grosse flemme – les résumés ci-dessous sont ceux fournis par les éditeurs.

10- Kamakura Diary de Akimi Yoshida : Les 3 sœurs Kohda, qui habitent à Kamakura, ont reçu une lettre leur annonçant la mort de leur père, qu’elles n’avaient pas vu depuis le divorce de leur parents il y a 15 ans. C’est ainsi que sur ordre de leur grande sœur Sachi, Yoshino et Chika partent à Yamagata pour assister aux funérailles de leur père. Une fois sur place, elles feront la connaissance de Suzu, leur charmante demi-soeur.
Je vous préviens – mais en même temps, vous vous en rendrez rapidement compte par vous-mêmes – bon nombre de titres de cette liste n’accusent pas des ventes faramineuses. Parfois, il s’agit même de fours monumentaux. Cela doit venir de mes goûts douteux : après tout, un bon manga trouve toujours son public, non ? Bon, en l’occurrence, je pense qu’il l’a trouvé ; c’est juste que le public en question appartient à une niche.
Deux raisons m’ont, à l’origine, poussé vers cette série : elle fût nommée pour le Prix Manga Taisho – signe de qualité et annonciateur d’échec commercial – et, surtout, elle est le fait d’Akimi Yoshida, l’auteur du magistral Banana Fish. Et comme ce-dernier fût déjà, en son temps, un succès critique doublé de ventes ridicules, je ne m’attendais pas à revoir la mangaka dans la langue de Molière. Autant dire que j’ai sauté sur l’occasion.
Entendons-nous bien : si vous êtes fans de Banana Fish et vous attendez à retrouver ici la même ambiance, vous allez tomber de haut. Kamakura Diary est avant tout une tranche-de-vie, focalisée sur une famille recomposée. Le titre parait au premier abord rempli de tendresse, et s’il l’est effectivement, il aborde des thèmes au final tout aussi durs que ceux de son ainé – comme le deuil et le handicap – mais dans un environnement bien plus proche des réalités japonaises. Il parle aussi d’amour, mais là encore de manière adulte, loin du ton fleur bleue de nombreux manga, puisqu’il sera question de relations adultères, de divorces, bref des sujets rarement évoqués dans les titres publiés en France. Se dégage ainsi de Kamakura Diary une ambiance douce-amère, avec des héroïnes pleines de vie et attachantes, mais qui savent aussi que la vie en question ne se déroule pas toujours comme nous le souhaiterions. En même temps, elles ne perdent jamais espoir.
Akimi Yoshida signe un manga inattendu, souvent tendre, parfois difficile, avec des personnages que nous prenons plaisir à suivre et une gestion des émotions tout en subtilité. A noter une récente adaptation cinéma signée Hirokazu Koreeda, sélectionnée au dernier Festival de Cannes.

9- Seven Deadly Sins de Nakaba Suzuki : Il y a dix ans, un groupe de mercenaires appelé les Seven Deadly Sins s’est rebellé contre les Chevaliers Sacrés, la garde du royaume… Depuis, ils ont disparu et personne ne sait ce qu’ils sont devenus. Un beau jour, une mystérieuse jeune fille s’écroule dans la taverne de Meliodas, un garçon enjoué qui parcourt le monde en compagnie de son cochon loquace. Cette jeune fille n’est autre que la princesse Elizabeth qui désire ardemment retrouver les Seven Deadly Sins. En effet, ce sont les seuls à même de lutter contre les Chevaliers Sacrés, qui ont fait prisonnier le roi et qui asservissent toute la population du royaume ! Très vite, elle va découvrir que Meliodas n’est pas un simple patron de taverne mais un guerrier à la puissance exceptionnelle…
L’exception qui confirme la règle, je suppose : ce manga-là se vend très bien. Ce n’était pourtant pas gagné : entre un trait daté – mais parfaitement à ma convenance – et un auteur dont le précédent titre publié en France fût un échec, le pari restait risqué malgré son succès au Pays du Soleil Levant (ce qui n’est jamais une garantie pour un éditeur français).
J’avoue, je n’avais pas lu Kongô Banchô avant la publication de Seven Deadly Sins ; le titre me tentait, mais entre une liste des commissions déjà chargée et des commentaires pas toujours enthousiastes, je n’avais pas franchi le pas. Depuis, je me suis rattrapé. Ce qui m’a attiré avec Seven Deadly Sins, malgré un éditeur que je n’apprécie guère (vous comprendrez pourquoi en arrivant aux numéros 1 et 3 de ce classement), ce sont des retours très positifs, avec quelques mots-clés qui me parlent, comme ceux vantant un style fermement ancré dans les années 90. Cela peut sembler passéiste, et je sais que certains ne supportent pas un tel parti-pris, mais ce sont justement des œuvres de cette époque qui m’ont fait basculé dans les manga, donc il ne faut pas s’étonner que je sois client d’une telle démarche ; d’autant que nous ne pouvons pas dire que nous ayons beaucoup de titres dans cette veine à nous mettre sous la dent (sachant qu’Emblem of Roto fût très décevant).
En l’occurrence, je ne peux pas prétendre qu’il y ait eu tromperie sur la marchandise. Seven Deadly Sins, ce sont un dessin old school qui détonne dans la production actuelle, des personnages surpuissants et puants de charisme, beaucoup d’humour – y compris de l’humour culotte, un plaisir de fin gourmet – de l’action à gogo, le tout dans un univers médiéval du meilleur effet.
Bref, c’est bon, mangez-en. Et allez lire Kongô Banchô.

8- Moyasimon de Masayuki Ishikawa : Tout commence avec l’arrivée du héros, Tadayasu Soemon Sawaki, dans un lycée agricole. Une seule chose le différencie des autres étudiants : il est capable de voir les micro-organismes à l’oeil nu, sous forme de petits personnages.
Pratique pour repérer un aliment contaminé par l’eschrichia coli et éviter une gastro-entérite ou contrôler le degré de fermentation d’un saké. Par contre détecter des verrues au pied d’une belle jeune femme ou se rendre compte que deux personnes ont partagé leur flore cutanée peut parfois s’avérer gênant.

Je n’ai pas les chiffres, mais pour celui-là, je sens qu’il ne doit pas bien se vendre. Je ne sais pas, l’instinct. Pourtant, nous ne pouvons pas dire que l’éditeur ne se décarcasse pas pour son titre, puisqu’il produit une traduction aux petits oignons qui, compte-tenu de la quantité de propos techniques à retranscrire, doit leur prendre un temps plus que conséquent.
Moyasimon, c’est typiquement le manga que je n’attendais pas (plus ?) en langue française, et vous constaterez ci-dessous qu’il n’est pas le seul dans ce cas. Il faut dire que, si j’avais apprécié l’anime sans plus, c’est typiquement le genre de titre auquel seul le format papier peut rendre justice, en raison notamment de son fourmillement de détails et de l’importance donnée aux informations scientifiques distillées par les personnages. L’université agricole fournit un cadre original à l’intrigue, d’autant que le mangaka la gratifie d’un délire ambiant du meilleur effet. Mais ce sont bien les personnages qui font tout le charme de la série : entre le professeur et ses expériences culinaires, et ses étudiants tous plus saugrenus les uns que les autres, il n’y en a pas un pour rattraper les autres. Certes, le thème de la fermentation et des microbes peut sembler hermétique, mais c’est servi avec une telle dose d’humour que, finalement, cela ne devrait poser aucun problème à ceux que de tels sujets n’intéressent absolument pas ; ce qui, du fait de ma propre formation, n’est pas mon cas. Chaque tome est un ravissement, autant qu’une abondante source d’informations.

7- Tokyo ESP de Hajime Segawa : Lycéenne sans histoires, Rinka voit sa vie bouleversée le jour où elle croise la route d’un manchot et d’un mystérieux banc de poissons lumineux volant à travers le ciel. Investie par ces derniers du pouvoir de passer à travers les objets, elle fait la rencontre de Kyotaro, un jeune homme capable de se téléporter. Ensemble, ils décident de mettre leurs super-pouvoirs au service de la justice et de combattre tous ceux qui voudraient utiliser les leurs pour commettre des crimes.
En voilà une surprise qu’elle fût bonne. Je connaissais l’auteur pour avoir lu son Ga-Rei, manga distrayant mais qui m’avait, étrangement, moins marqué que son excellente adaptation animée. Ici, c’est un peu l’inverse, même si j’ai de nouveau découvert la licence par l’animation. Comme souvent, j’ai commencé avec la série TV, cela m’a poussé à tester le manga, et j’ai fini par me cantonner à ce-dernier, largement meilleur (notamment car il prend plus son temps pour poser ses personnages et son univers).
Je vais être honnête avec vous : avant de regarder l’anime, je ne savais même pas que la version d’origine était publiée en France. Et pour cause : l’éditeur n’a pas spécialement communiqué dessus, pas plus qu’il n’aura utilisé l’adaptation pour promouvoir le titre. En même temps, nous touchons là un des gros problèmes de ce classement : les éditeurs français dont le nom commence par un P. Ils sont deux et représentent à eux-seuls plus de la moitié des titres sélectionnés. Deux façons d’interpréter les choses : soit ils disposent d’excellents catalogues, soit leur tendance à diminuer les rythmes de publication en cas de manque de succès – et nous sommes clairement dans cette situation avec Tokyo ESP – permet de profiter pendant très longtemps de chaque série.
Pour en revenir au manga en question, ce fût un authentique coup de cœur, et parfaitement inattendu de surcroit. Au premier abord, il s’agit d’une histoire de superpouvoirs (avec une influence affichée du cinéma américain), mais traitée à la sauce nippone, donc avec des notions de Bien et de Mal plus floues, une absence de costumes, et autres spécificités locales. Surtout, si le titre s’ouvre comme une comédie d’action, avant tout divertissante, qui se parcourt avec frénésie, elle évolue rapidement vers une ambiance infiniment plus sombre, faite d’individus considérés comme des parias et appréhendés, contrôlés par le gouvernement, et haïs par la population, telle une version nippone et jusqu’au-boutiste des X-Men. A lire, c’est un régal de tous les instants, et chaque tome ne fait que prolonger le plaisir ; absolument rien de manque : des personnages charismatiques aux capacités variées, de l’action à gogo, des mystères, du complot, et les conséquences politico-sociales évoquées tantôt.
Tokyo ESP avait tout pour réussir, hormis un éditeur sérieux. Actuellement, le rythme de publication doit être de l’ordre du semestriel. Mais avec une publication prochaine aux Etats-Unis, il devrait être possible de passer outre ; reste à attendre les premiers retours des lecteurs au sujet de cette édition anglophone.

6- Silver Spoon de Hiromu Arakawa: Lorsqu’il arrive au lycée agricole Ohezo, situé sur l’île d’Hokkaïdo au nord du Japon, Yûgo Hachiken croit que sa vie sera facile : avec tous ces fils de fermiers incapables d’aligner deux équations, devenir premier de sa classe sera une partie de plaisir !
Mais c’était sans compter les cours d’élevage, de sciences de la nutrition, de gestion agricole et les clubs de sport épuisants… Comment va-t-il faire pour survivre dans cette galère !?

Je possède une relation difficile avec Fullmetal Alchemist, pour des raisons très personnelles. La série fût diffusée à une époque où je m’étais sciemment mis en retrait de l’animation nippone pour le bien de mes études – rassurez-vous, cela n’a pas duré longtemps – et avant d’avoir pu m’y plonger, je savais déjà tout ce qui allait se dérouler ; en cause, des petits malins persuadés que tout le monde connaissait déjà le titre, et qu’ils pouvaient donc raconter tout ce qui s’y était déroulé sans risquer de gêner qui que ce soit. J’ai donc abordé l’anime à la fois curieux et contrarié, pour un avis au final mitigé. C’est finalement le manga qui me réconciliera avec l’œuvre, notamment grâce à un humour auquel je suis sensible.
En apprenant que l’auteur allait publier une comédie, je fus certes surpris – dans la mesure où elle s’était malgré tout fait connaitre grâce à une histoire fantastique – mais aussi curieux de lire le résultat. Je n’ai pas été déçu.
Silver Spoon possède une part d’autobiographie et d’informatif – si ce sont des thèmes qui vous intéressent, je vous recommande de lire Nobles Paysans – mais il s’agit avant tout d’une comédie hilarante dans un cadre atypique, même si tout n’est pas toujours rose non plus. Yugo, notre héros, est une tête d’ampoule perdue dans un milieu agricole qui n’est pas le sien, d’où des découvertes toujours déconcertantes et des réactions toujours très personnelles. Outre une écriture aux petits oignons et des protagonistes haut-en-couleur (Tamako je t’aime), le travail de Hiromu Arakawa se démarque grâce à un sens aigu du détail, une faculté incroyable à placer des petites pointes d’humour d’un effet ravageur, qui me font régulièrement pousser des rires qui doivent effrayer mes voisins. Le chien de Tamako, mon Dieu, je ne me ferai jamais au regard du chien de Tamako.
Comme remontant, c’est radical.

5- Chihayafuru de Yuki Suetsugu : A l’école primaire, Taichi et Chihaya rencontrent Arata, un garçon de leur âge passionné de karuta, qui va progressivement les faire entrer dans son univers. Mais le déménagement de Arata brise leur trio.
Plusieurs années ont passé, Chihaya n’a pas abandonné sa passion du karuta allumée par son ami. Désormais, elle cherche à ouvrir un club dédié à son jeu fétiche dans son lycée, mais les candidats ne se bousculent pas. Elle finit par demander à Taichi de la rejoindre, mais celui-ci a tourné la page depuis longtemps.

Chihayafuru appartient à la même catégorie que Moyasimon : celle des manga que je n’attendais pas du tout à voir publiés en France. Autant pour Moyasimon, cela m’a surpris car les éditeurs ne s’y étaient pas intéressé à l’époque où le titre faisait parler de lui, autant pour Chihayafuru, c’est vraiment parce que la série disposait de tous les atouts pour ne pas fonctionner sur notre territoire. Déjà, c’est un Josei, ce qui s’avère habituellement suffisant pour aboutir à un échec commercial, à moins d’être un one-shot vendu pour un public très spécifique issu de la BD franco-belge ; manque de pot, Chihayafuru est très long, et pas assez typé « manga d’auteur » pour espérer toucher ce lectorat. A la rigueur, il y avait moyen de le vendre comme un Shôjo, son dessin et l’âge de ses personnages s’y prêtant ; mais entre sa dimension sportive et une héroïne autant portée sur la romance qu’un ancien président français à talonnettes sur les montres bon marché (ça veut dire très peu), là encore, c’était mort.
Or, c’est justement à tout cela que nous reconnaissons une grande série. Je m’explique. Les éditeurs ne sont pas totalement idiots (du moins la plupart) : après des années d’expérience, ils savent pertinemment si un titre dispose d’un potentiel en langue française ou non (et parfois comment essayer d’améliorer ces ventes en tablant sur une publicité adéquate). Pika savait que Chihayafuru possédait de bonnes chances de ne pas fonctionner, et une seule raison explique qu’il ait été choisi malgré tout : d’indéniables qualités qui auront séduit ses responsables. Ou qui auront séduit Kim Bedenne, la nouvelle directrice éditoriale. D’où une volonté de le sortir même en sachant que le lectorat, lui, ne sera globalement pas séduit.
L’annonce de Chihayafuru m’a permis de revoir à la hausse mon opinion sur cet éditeur, et marque l’arrivée d’une nouvelle directrice éditoriale. A vrai dire, je n’espérais même pas pouvoir le lire, tant une possible publication française ne m’a même pas effleuré l’esprit.
L’anime m’avait énormément plu. L’histoire mélange harmonieusement le côté grisant des affrontements, l’aspect culturel lié à l’activité pratiquée, et un traitement « féminin » qui autorise de s’intéresser encore plus aux protagonistes, à leurs relations, et à leur développement, qu’aux compétitions elles-mêmes. Tout cela, associé à un trait d’une grande finesse et à des personnages immédiatement attachants, en font une des grandes réussites du moment. En un mot : immanquable.

4- Gokusen de Kozueko Morimoto: Comment remédier aux problèmes qui surviennent dans les lycées difficiles ? Le lycée Shirokin semble avoir trouvé la solution : Gokusen. Contraction de « Gokudo no Sensei » cela signifie littéralement « professeur gangster » ! Derrière ses lunettes et son air maladroit, Kumiko Yamaguchi, la nouvelle prof de maths de la classe 3-D, est aussi l’héritière d’une puissante famille de yakuza. Gardant le secret de ses origines, elle devra jongler avec les deux facettes de sa vie en s’occupant d’une classe de délinquants !
Gokusen appartient à cette catégorie de manga qui… Quoi ? Je vous l’ai déjà faite ? En même temps, ce titre en particulier combine les tares de Moyasimon (publication à contretemps) et Chihayafuru (c’est pour les gonzesses adultes mais ça ne fait pas classe pour autant). Avec, toutefois, un atout en poche : cela ne ressemble en aucun cas à un Josei, et encore moins à un Shôjo ; le trait est beaucoup plus rugueux, nous n’y trouvons aucun des clichés graphiques qui leur sont couramment associés, donc à priori, ceux qui ignorent tout de son lectorat cible d’origine pourront se laisser tenter. En contrepartie, le trait en question s’avère clivant ; en sortant radicalement des standards actuels, il fait tâche dans le paysage et rebutera les lecteurs les moins aventureux.
Gokusen, dernière série sélectionnée par Raphaël Pennes lorsqu’il était directeur éditorial chez Kaze Manga, s’impose comme la meilleure nouveauté d’une année 2014 qui aura pourtant été étonnamment riche. Là encore, j’avais apprécié l’anime sans plus, mais je trouve que le format papier sublime le récit. Meilleure nouveauté de l’année 2014, pour une raison toute simple : c’est hilarant. Déjà, car Kumiko est fondamentalement un personnage comique : élevée au milieu des yakuza et de leur univers, potentiellement violente et douée pour les arts martiaux, mais limite schizophrène puisque obligée de dissimuler ses origines et sa personnalité à ses lycéens. Sa « famille » n’est pas en reste, composée essentiellement de yakuzas de comédie, à savoir des hommes de l’ombre mêlant code de l’honneur exacerbé à une touchante sensibilité virile. Pour ne rien arranger, la plupart sont d’une bêtise confondante, et idolâtrent Kumiko – la petite-fille de leur boss – au point de vouloir se faire seppuku à chaque fois qu’ils ont l’impression de trahir ses attentes. Les élèves, eux, se voient comme des caïds, mais aux yeux de l’héroïne n’apparaissent que comme des gamins immatures, presque « normaux », mais c’est justement cette normalité qui fera des étincelles une fois confrontée au monde codifié et dangereux de Kumiko. La mangaka possède un excellent sens de la comédie et du rythme – le détail qui empêche la version animée d’être aussi efficace que ce manga – et il en résulte un titre détonnant et franchement drôle, mais qui sait aussi faire preuve de sérieux de temps à autre.
Le choix de Kaze Manga de proposer le titre en mensuel, à un prix raisonnable, s’avère judicieux, puisque cela évitera de subir des ralentissements intempestifs suite à ses mauvais résultats.

3- Nodame Cantabile de Tomoko Ninomiya : Chiaki, élève surdoué du conservatoire, quitte le cours d’un professeur de piano réputé, ne supportant plus ses méthodes. Son rêve est de devenir chef d’orchestre, comme son idole, le célèbre Sevastiano Viera, qu’il a connu lorsqu’il vivait, enfant, en Europe.
Hélas, pour le moment, Chiaki ne peut en aucun cas envisager un retour sur le Vieux Continent du fait de ses phobies de l’avion… mais aussi du bateau… En somme, il est prisonnier du Japon. Il envisage alors d’arrêter la musique. C’est là qu’il va rencontrer Megumi Noda – « Nodame » –, sa voisine qui se révèle être une musicienne sans aucune rigueur mais au toucher particulièrement sensible, qualité qui ne laisse pas insensible Chiaki.

Putain… 6 ans et demi. Bon, c’est de la gnognote par rapport aux deux premiers de ce classement – en cours en France depuis respectivement 11 and et 9 ans, alors que leur publication au Japon est terminée et qu’ils ne comptent chacun qu’une vingtaine de tomes – mais quand même. Surtout que, nous sommes encore loin d’en voir la fin. C’est comme pour Tokyo ESP, mentionné précédemment : avec Pika et Panini Comics, alias les éditeurs démoniaques dont le nom commence par la lettre P, nous profitons de chaque titre un tant soit peu confidentiel pendant très, mais alors très longtemps.
Pour l’instant, il existe une différence fondamentale entre Nodame Cantabile et Chihayafuru : Pika s’en tient à un rythme trimestriel pour ce-dernier et nous a proposé jusque-là un bon nombre de volumes, tandis que pour l’autre, cela fait bien longtemps que nous sommes passés au semestriel. Et encore, je suis presque heureux que la série continue ; avec eux, ce n’est pas toujours gagné.
Dans Nodame Cantabile, les héros sont de jeunes adultes étudiant la musique. D’un côté nous avons Chiaki, meilleur élève de l’université, brillant à la fois au piano et au violon mais rêvant de devenir chef d’orchestre ; petit soucis : une phobie des transports qui l’empêche de quitter le Japon, beaucoup trop petit pour mener une carrière dans la musique classique. De l’autre côté, nous avons Nodame, surdouée de la musique mais dépourvue de technique, étudiante dilettante pas toujours passionnée, surtout connue pour sa nonchalance et ses étranges onomatopées. Entre les deux, la rencontre était destinée, et elle ne pouvait que faire des étincelles.
Le cadre du récit est une chose – même si cela fait toujours énormément de bien d’entendre parler de musique classique – mais ce sont ici surtout les personnages qui importent. Des personnages adultes, mais qui ont le bon ton de se comporter comme des gamins ; heureusement, car le couple vedette est un des meilleurs que je connaisse, tellement mal assortis qu’ils en deviennent parfaitement complémentaires, pour des joutes aussi jouissives que délirantes. Il y a de l’amour et de la tendresse entre ces deux-là, ce qui les rend incroyablement attachants. En parallèle, ils ont des rêves auxquels ils vont devoir s’accrocher, car réussir dans le milieu très fermé de la musique classique ne sera certainement pas une mince affaire. La délicate alchimie entre ces différents éléments donne naissance à un manga tout simplement beau, du genre à laisser sa marque sur le visage de ses lecteurs sous la forme d’un large sourire.
Et dire que cela ne suffit pas pour toucher le public.

2- Princesse Kaguya de Reiko Shimizu : Il existe une île où vivent des enfants de tous âge, du moins jusqu’à leur seize ans. Parmi eux, Akira, Yui et Midori ont cinq ans. Ils croient vivre en harmonie avec leur entourage, pourtant l’île de Kabuchi ne leur laissera aucun répit. Tous les enfants qui y vivent sont condamnés à être sacrifiés dès leur seizième anniversaire, en offrande à la princesse Kaguya. Cette révélation glauque, que les enfants font bien trop tôt, les poussent à déserter et à s’enfuir pour commencer une nouvelle vie. Oui mais voilà, que penser quand d’anciens camarades meurent à leur seize ans, même loin de l’île ? Seraient-ils tous maudits ? Et la solution serait-elle de retourner sur l’île pour affronter leur destin et le combattre ? Yui et Midori en semblent convaincus, alors qu’Akira ne se souvient pas vraiment de ce qui s’est passé à cette époque. Tous à leur manière ils ont été marqués différemment par leur enfance, et tous ont un rapport particulier à l’île. Mais tous décident d’y retourner, dans le cadre d’une mission organisée par l’armée, qui va laisser quelques débris derrière elle. Et une fois entrés, plus question de repartir.
Est-il encore nécessaire de parler de Princesse Kaguya ? Cela fait des mois, que dis-je, des années (!) que je vous rabats les oreilles avec ce manga. A partir de là, deux possibilités : soit ce manga ne vous intéresse pas et vous en avez marre que je rabâche à son sujet, soit vous le lisez déjà et vous souffrez de le voir si injustement boudé par le public (ce qui signifie surtout que nous n’en verrons peut-être jamais la fin). Quoique, il existe une troisième option : vous êtes convaincus, vous voulez lire ce manga, mais vous avez renoncé devant la difficulté de trouver certains tomes. Eh oui : encore un titre publié par un éditeur dont le nom commence par un P !

1- Gundam the Origin de Yoshikazu Yasuhiko : Voué à quitter la Terre, l’homme a fini par accomplir son rêve, et a construit de gigantesques colonies flottant dans le vide interstellaire. Ces cylindres de plusieurs kilomètres, capables de recréer artificiellement en leur sein les conditions de vie terrestre, devinrent ainsi la deuxième patrie des colons qui y vivaient, y mouraient et y élevaient leurs enfants le mieux possible.
Je l’ai inclus car il poursuit sa publication en France, mais comme indiqué dans un précédent article, je me suis détourné de la version de Pika pour son édition américaine, laquelle s’achèvera tranquillement cette année après avoir tenu son rythme trimestriel, promis par l’éditeur, depuis le début. C’est toute la différence entre un professionnel et un tâcheron.
Gundam the Origin est juste, je ne sais pas ? Le meilleur manga avec des robots géants ? Le meilleur manga sur la guerre ? Le meilleur avatar de Mobile Suit Gundam, tous supports confondus ? Allez, je vais trancher et dire qu’il est tout ça à la fois.
Ce titre réussit de nombreux exploits. Déjà, pour moi qui ai tendance à penser que l’adaptation d’un anime en manga est l’œuvre putassière par excellence, confiée exclusivement à des dessinateurs peu compétents incapables de réussir avec leurs propres séries, Gundam the Origin casse complètement mes préjugés ; Yoshikazu Yasuhiko n’a pas seulement participé à la série d’origine, ce n’est pas seulement un chara designer et réalisateur d’exception, c’est aussi un mangaka incroyablement doué. Il reprend les événements marquants de l’histoire, les revisites selon les standards du manga – nous faisant donc grâce du sempiternel ennemi de la semaine – sublime les passages et les personnages qui le méritent, et apporte des changements systématiquement judicieux ; l’arc inédit « Origin », libéré des contraintes liées au récit qu’il se doit de transposer, fait éclater tout son sens de la narration, ne se contentant pas d’être un simple gadget : il justifie à lui-seul la lecture de Gundam the Origin. Et c’est là le second exploit : même ceux qui connaissent par cœur l’anime y trouveront leur compte. Enfin, troisième exploit : il fournit la plus parfaite des portes d’entrée aux néophytes, qui auraient pu être rebutés par l’âge, le format, ou la qualité technique de l’œuvre fondatrice de Mobile Suit Gundam en général et de l’Universal Century en particulier ; en plus d’être tout simplement un titre passionnant, vibrant, avec une collection de personnages emblématiques rarement vus dans une fiction.
Pour tout ça, et pour bien d’autres raisons encore, Gundam the Origin mérite cette première place.

PS : J’ai failli inclure X, dont la fin officielle se fait toujours attendre.

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7 commentaires pour Le Top 10 totalement arbitraire des meilleurs manga en cours de publication en France

  1. Morgotth dit :

    Pas de Barakamon et/ou Yotsuba ?
    La liste a l’air pas mal en tout cas, thx pour le partage 🙂

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  2. Gemini dit :

    Il faut faire des choix, parfois difficiles. Barakamon, j’ai trop de retard dans la publication et n’ai pour l’instant lu que le premier tome. Quant à Yotsuba, j’apprécie le titre.

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  3. Lololeboiteux dit :

    Une liste intéressante, ça tombe bien je viens d’acheter le premier Moyasimon. Pour The Orgin..je finirais pas sauter le pas je pense.
    Pour Nodame je pense ne jamais le lire pour la même raison que Shigatsu Wa Kimi no Uso, comme j’ai vu l’anime avant, sans son ça va être frustrant.

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  4. Ialda dit :

    Tu as commencé à lire Rin, au fait ? 😀

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  5. Gemini dit :

    Ouaip, j’ai commencé. Mais après un tome, je ne suis pas très avancé ; j’ai apprécié, mais je demande à voir la suite.

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  6. Ialda dit :

    Et tu as raison, ce n’est clairement pas un titre qui se laisse découvrir facilement; même en connaissant le thème, il faut bien plusieurs tomes pour voir où Harold veut nous emmener. Je trouve ça assez culotté, pour ma part.

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  7. Gemini dit :

    C’est pareil pour 7 Shakespears ; la série est actuellement en pause, mais après 6 tomes sortis, je trouve que nous ne sommes pas très avancé, même si les bouquins eux-mêmes sont passionnants.

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