Le patriotisme économique confronté aux réalités du marché français du manga

Pour l’instant, elles sont deux. Bientôt, une troisième viendra s’ajouter à cette liste. De quoi s’agit-il ? Des séries en cours de publication en France, pour lesquelles j’ai sciemment choisi de me tourner vers une édition américaine.

L’heure est à la mondialisation. Des magasins et plates-formes de vente en ligne proposent d’acquérir des éditions étrangères de produits culturels, qu’il s’agisse de livres, de séries TV, de jeux-vidéos, et ainsi de suite. Parfois, la localisation empêche de se livrer à l’import comme nous le voudrions, même quand aucun équivalent n’existe chez nous. Fort heureusement, aujourd’hui, je vais parler de BD, donc point ici de restriction géographique.
Pendant longtemps, j’ai eu tendance à considérer qu’un éditeur acquérant une licence pour le marché français, se plaçait de fait en situation de monopole concernant la licence en question. Car c’est bien gentil de dire que les maisons d’édition françaises se trouvent en concurrence les unes avec les autres, mais concrètement, quand une récupère un titre en particulier et que le titre nous intéresse, deux choix semblent s’offrir à nous : renoncer à la série ou passer à la caisse, quels que soient nos griefs contre l’éditeur. Néanmoins, entre la facilité de se procurer des versions étrangères – pour peu que nous parlions la langue – et un marché mondial du manga toujours plus foisonnant, les alternatives existent.

Concernant les comics, cela fait longtemps que je suis passé aux publications américaines d’origine, hormis pour quelques titres – quatre, pour être précis – que je compte finir dans leur version française. Parce que cela m’évite de subir une traduction forcément inférieure alors que je maitrise la langue anglaise, et parce que cela m’épargne certaines déconvenues auxquelles je fus confronté par le passé : arrêt brutal d’une série faute de succès ou en raison d’une perte de licence, retard intempestif par rapport aux Etats-Unis, travail déplorable de Panini Comics… Au moins, en passant directement par Marvel Comics, DC Comics, et autres Image Comics, je court-circuite une potentielle source de désagréments.

Pour les manga, c’est différent. Le marché français reste globalement plus attractif, avec un format plus agréable une fois en main, et quitte à subir une traduction, pourquoi ne pas subir celle française ? Pendant longtemps, l’import US se limita à des titres que je ne pouvais acquérir dans l’Hexagone : Jyu-Oh-Sei, les manga de Moto Hagio et Keiko Takemiya, vous saisissez l’idée.
Les choses changèrent lorsque l’éditeur américain Vertical Inc annonça la publication de Gundam – The Origin. La série bénéficiait d’excellentes critiques, mais souffrait de deux défauts majeurs sur le sol français : accuser de mauvaises ventes, et être publiée par Pika. Conséquence logique : un ralentissement progressif suivi d’une « mise en pause », et plusieurs tomes introuvables. Le temps que je décide de me lancer, c’était déjà trop tard. Mais Vertical Inc me fournissait l’occasion rêvée, promettant une édition double et un rythme trimestriel, qu’ils tiennent depuis la sortie du premier tome. Je ne regrette pas cette expérience.

Cela nous en fait donc un sur les trois promis. Le second concerne aussi Pika. Car oui, je ne choisis pas au hasard de prendre un manga en Anglais plutôt qu’en Français ; cela dépend en grande partie de l’éditeur, du travail qu’il fournit habituellement, ou tout simplement si j’ai envie ou non de le soutenir. En l’occurrence, les chances que Pika arrête ce titre en cours de route sont infinitésimales. Seulement, au moment où j’ai souhaité le lire, aucun tome n’était encore disponible chez nous – l’éditeur attendait les alentours de la Japan Expo pour célébrer l’événement – tandis qu’aux Etats-Unis, plusieurs avaient déjà été publiés. Il aurait s’agit d’un autre éditeur, j’aurais probablement attendu. Mais je dispose de suffisamment de griefs contre Pika pour décider de me diriger directement vers l’import. C’est ainsi que je pouvais découvrir L’Attaque des Titans, le plus légalement du monde.

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Quant au troisième ? Ce matin, j’ai reçu le 7ème tome de Tokyo ESP, sorti en Mai dernier. Le précédent date de Juillet 2014. A la manœuvre, un des grands spécialistes du doigt d’honneur tendu à la face du lecteur incrédule, déjà cité précédemment : Panini Comics. Alors, c’est bien simple : absolument toutes les séries que je suis chez ces tâcherons souffrent, dans le meilleur des cas, d’un rythme annuel ; alors que nous sommes loin d’en voir la fin. Dans le pire des cas, ils ont tout simplement été « mis en pause ». Et croyez-moi, pour que je les continue malgré ces déboires, il faut vraiment que je les apprécie.
Par curiosité, j’ai effectué une petite recherche, pour vérifier si au moins un des titres concernés disposait d’une version anglophone. Et, miracle, au moins un des titres concernés en dispose effectivement d’une : Tokyo ESP, comme de par hasard. Et c’est Vertical Inc qui va s’en occuper dès la rentrée 2015, de nouveau avec des volumes doubles, même si le prix suggère une qualité d’édition moindre par rapport à Gundam – The Origin. Les trois premiers tomes sont d’ores et déjà planifiés. En espérant que l’Américain ne se contentera pas de la première saison, qui compte justement 6 volumes (donc 3 tomes doubles). Mais quoi qu’il en soit, je préfère soutenir Vertical Inc, ce qui me parait plus sage que de donner mon argent à des vendeurs d’autocollants avec des têtes de milliardaires dessus. Vous l’aurez compris : j’ai commandé le premier tome.

La question n’est pas, ici, de savoir s’il faut soutenir ou non les éditeurs français, mais plutôt lesquels. Entendons-nous bien : si je n’avais rien à reprocher à Pika et Panini Comics, je n’aurais eu aucune raison de recourir à l’import. Sauf que pour que je n’ai rien à leur reprocher, il aurait notamment fallu que Gundam – The Origin aille jusqu’à son terme à un rythme régulier, ou que Tokyo ESP soit en passe de rattraper la parution nippone. Ce n’est pas le cas, donc je ne suis pas satisfait. Je me contente de faire jouer la concurrence, tout en m’assurant de rémunérer les auteurs.
Ce qu’il faut retenir, c’est que le marché français du manga n’est pas plus une prison qu’une fatalité. Si vous êtes déçu par une édition ou qu’une licence manque à l’appel, il apparait parfois possible de passer outre, très simplement et tout en restant dans la légalité. Et si vous ne parlez pas Anglais, peut-être maitrisez-vous le Chinois ou l’Italien. Voire, même soyons fous, le Japonais (ce n’est pas mon cas).
Mon seul regret, c’est que Princesse Kaguya ne soit pas aussi disponible en Anglais.

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