Syndrome de Stendhal

Le Syndrome de Stendhal, du nom de plume du célèbre auteur du Rouge et le Noir, se caractérise ainsi d’après la revue scientifique Wikipedia : « maladie psychosomatique qui provoque des accélérations du rythme cardiaque, des vertiges, des suffocations voire des hallucinations chez certains individus exposés à une surcharge d’œuvres d’art ».
Le terme, dans le contexte qui nous intéresse aujourd’hui, me parait exagéré. D’autant que l’existence même de ce syndrome reste sujette à discussion. Mais il me fournit un joli intitulé, à défaut d’une pathologie aussi poétique qu’il y parait.

Vous connaissez le studio Ghibli ? Rectification : vous connaissez le studio Ghibli. Et avec la disparition prochaine autant que probable de sa section cinéma d’animation, il n’a – paradoxalement – jamais été aussi présent dans l’actualité. Tout cela car un de ses membres fondateurs, celui adoubé (à raison) par la critique internationale, semble décidé à prendre une nouvelle fois sa retraite ; ce qui, soit dit en passant, signifie seulement qu’il ne signera plus aucun long-métrage de son nom, et non qu’il n’interviendra pas dans ceux de ses collaborateurs.

En tant qu’amateur d’animation japonaise depuis le millénaire précédent, vous pourriez penser que j’ai regardé absolument tout ce qui a pu sortir de cette illustre maison, de ce temple du dessin en mouvement. Hélas ! il n’en est rien. Enfin « hélas ! », je ne peux m’en prendre qu’à moi-même, car trouver ces productions, légalement ou non, ne présente qu’une difficulté limitée.
Pourtant, j’ai bien vu toutes les réalisations de Hayao Miyazaki – dont cinq à leur sortie en salles – de même que plusieurs de Isao Takahata, Le Royaume des Chats, Arrietty, le Petit Monde des Chapardeurs,… Mais il m’en manque. Je possède Pompoko en DVD depuis des années, sans jamais y avoir touché.
Là, Souvenirs de Marnie arrive sur nos écrans – enfin les vôtres, je ne vis pas en France – et j’ai presque l’impression de ne pas m’y intéresser (ce qui n’est pas vraiment le cas puisque j’en parle ici).

Ce n’est pas que je n’aime pas leurs films d’animation. Ni que j’ai choisi de me focaliser sur le « grand nom » de Hayao Miyazaki au détriment de ses collaborateurs, même si j’avoue avoir parfois des difficultés avec les œuvres de Isao Takahata ; Le Tombeau des Lucioles m’a traumatisé, Horus, Prince du Soleil – plus ancien – m’a globalement laissé de glace, et je n’ai pas spécialement accroché à Mes Voisins les Yamada.
Non, ce qui aurait tendance à me bloquer, c’est ce fameux syndrome de Stendhal évoqué précédemment. Si vous me lisez régulièrement, vous savez que j’ai tendance à digresser avant d’en arriver au sujet à proprement parler.
Sauf qu’il s’agit d’un syndrome de Stendhal presque préventif – je vous l’ai dit : le titre de l’article exagérait – et il convient de vous expliquer pourquoi.

En tant que spectateur, j’estime que le contexte de visionnage joue énormément dans l’appréciation que je peux avoir d’un long-métrage. Ce qui signifie que choisir les conditions, le moment, m’apparait comme un élément primordial.
Or, pour le meilleur ou pour le pire, ceux du studio Ghibli ont une réputation, flatteuse de surcroit. Avec la popularisation en Occident de Hayao Miyazaki, les productions du studio nous ont progressivement été vendues – en bloc – profondes, élaborées, élégantes,… De véritables œuvres d’art et autant de chef d’œuvres.
Même si cela me déplait, cette réputation, intimidante, m’empêche de les aborder comme n’importe quel divertissement ; de la même façon que je n’ai pas encore pris la peine de découvrir nombre de classiques, tels que L’Aurore de Friedrich-Wilhelm Murnau, La Porte du Paradis de Michael Cimino, ou encore La Vie est Belle de Frank Capra, pour lesquels j’attends « le bon moment ». Et il ne vient pas toujours lorsque nous le souhaiterions : hier soir, fatigué, j’ai préféré regarder un Jean-Claude Van Damme, afin de m’assurer de ne pas trop avoir à réfléchir.

Pour revenir à ce que je disais quelques lignes auparavant, non seulement suis-je intimidé, mais je souffre aussi d’un mal terrible : la peur d’être déçu !
J’ai mentionné Mes Voisins les Yamada, mais ce n’est pas leur seul titre à m’avoir laissé un souvenir mitigé ; ainsi, je porte en horreur Le Voyage de Chihiro, ce qui me vaut régulièrement les quolibets de mes contemporains les plus éclairés, et les plus prompts à vouloir m’expliquer à quel point j’ai des goûts de chiotte.
Ce que je crains aujourd’hui, c’est que ces films ne puissent répondre à des attentes anormalement hautes, car corrompues par des retours globalement dithyrambiques.
Dans le même temps, j’ai aussi peur, comme Stendhal, d’être submergé par ces œuvres, dépassé par quelque chose que je ne peux appréhender.
Je verrai les films manquants, ce n’est pas problème (j’en suis moins sûr pour les court-métrages). La véritable difficulté, ce sera de trouver le bon moment. Et de s’y préparer.

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