2014 : une année de nouveautés manga

L’année 2014 aura été riche en nouveautés de tout poil. Sans avoir tout testé – très, mais alors très loin de là – j’ai quand même eu l’occasion de me confronter à pas mal d’entre elles. Petit tour d’horizon.

Attache-Moi de Ryuta Amazume : Après une année 2013 surprenante, 2014 s’impose définitivement comme celle de tous les possibles, et peu de titres – même parmi ceux présentés ci-dessous – le montrent aussi bien que Attache-Moi. Derrière ce nom français un brin racoleur, se cache ni plus ni moins que Nana & Kaoru, manga mythique (au Japon) narrant la découverte par un duo de lycéens des joies du SM. Il faut dire que Nana, élève disciplinée et hyperactive, a un grand besoin de décompresser, et qu’elle a trouvé dans les « séances » dispensées par son ami d’enfance Kaoru un plaisir absolument addictif.
Au-delà de l’approche ludique du SM, Attache-Moi est une œuvre érotique mais jamais pornographique, mais surtout une histoire d’amour et d’amitié touchante. Nana et Kaoru s’aiment sans vouloir se l’avouer mutuellement, et si cela prend la forme d’une pratique atypique au regard de la production grand public, cela n’en fait pas moins de Attache-Moi une œuvre aussi sensible qu’aguichante, et même instructive. Aussi étonnant que cela puisse paraitre avec un tel synopsis, ce manga bénéficie de personnages mémorables et d’un humour efficace.
Incontestablement une des meilleures nouveautés de 2014, et certainement une des moins attendues, tant le pari de publier une œuvre aussi hybride peut sembler folle, même de la part d’un éditeur qui s’est déjà compromis avec Set up a Love Story. Par contre, parallèle forcé avec Nozokiana, les commerciaux de chez Pika manquent de l’intelligence de l’équipe de Kurokawa, et surtout de leur foi absolue en leurs licences, ce qui les empêche de vendre ce titre aussi bien qu’il le mériterait, voire même de comprendre comment le vendre.

Bienvenue au Club de Nikki Asada : Changement total de registre avec Bienvenue au Club, autre comédie romantique mais dans une veine beaucoup, mais alors beaucoup plus classique. L’histoire de Nima, une élève affectée par une étrange malédiction : en effet, dès qu’elle tombe amoureuse d’un garçon, celui-ci se met en couple avec une autre fille ; une bizarrerie qui attire la présidente du club lui-même le plus bizarre de leur école, spécialisé dans l’étude des relations humaines, et dont les seuls autres membres sont un travesti, et un otaku rejeté par ses pairs en raison d’un physique bien trop avantageux.
J’avoue n’avoir commencé ce manga que pour soutenir Akata dans sa nouvelle aventure, et car je fais confiance à leur Monsieur Shôjo, Bruno Pham, pour sélectionner des titres appréciables malgré leurs faibles moyens de départ. Au final, Bienvenue au Club me laisse un sentiment mitigé, entre shôjo classique qui met du temps à décoller, personnages sympathiques, dessin un peu trop lisse à mon goût, et en même temps nouveaux tomes qui me donnent à chaque fois envie – au moins par curiosité – de lire la suite, preuve s’il en fallait une que ce manga possède bel et bien des qualités, malgré un manque certain d’originalité.
Une des rares particularités du titre, outre des personnages légèrement plus décalés que la moyenne – attention, nous sommes quand même très loin d’un Host Club – tient dans son format : en effet, celui-ci devait normalement s’interrompre au bout d’un seul tome, avant qu’il soit décidé d’opter pour une série plus longue. Ainsi, la mangaka résout dès ce qui aurait dû être le seul et unique volume, quelques enjeux qui auraient été gardés pour la fin dans n’importe quelle autre comédie romantique. Cela provoque en particulier l’évolution totalement inattendue d’un des principaux protagonistes, et le transformant pour la suite du récit en un électron libre au comportement imprévisible.

Biorg Trinity de Oh! Great : Autre changement d’ambiance – décidément – avec Biorg Trinity, dernière série en date du célèbre Oh! Great, qui paradoxalement semble passer totalement inaperçue. Il faut dire que son coup de crayon a énormément évolué depuis quelques années, faisant que hormis les poitrines défiant toutes les lois de la physique – dont il n’a pas le monopole – il devient difficile de reconnaitre le trait du créateur de Enfer & Paradis. Entre ça et une promotion famélique de Kaze Manga, ce désamour s’avère finalement prévisible, et c’est bien dommage ; car le mangaka nous prouve n’avoir rien perdu de son grain de folie, de son imagination débordante, de sa proportion à créer des personnages charismatiques, et de ses vieilles habitudes d’ancien auteur de Hentai.
Biorg Trinity se déroule dans un monde où – pour résumer brièvement la chose – certains humains ont gagné le pouvoir de fusionner avec les objets de leur choix. Notre héros, Fuji, s’intéresse plus à sa camarade de classe Fumiho qu’à ce mystérieux pouvoir, jusqu’au jour il le manifeste à son tour, et que cela le plonge dans des difficultés qu’il n’imaginait même pas.
Et c’est excellent, tout simplement. Dans Biorg Trinity, nous avons aussi bien de l’action à gogo, que des complots, du drame mélangé à un humour ravageur, et une profusion de capacités étranges et originales sorties tout droit d’un esprit complètement malade (ne fusionnez jamais avec un poisson rouge). Donc c’est de la bonne, lisez-le !

Daisy, Lycéennes à Fukushima de Reiko Momochi : Attention, chef d’œuvre ! Une des meilleures nouveautés de l’année, en seulement deux tomes donc absolument indispensable.
Daisy, Lycéennes à Fukushima parle d’un thème fort : la vie des habitants de Fukushima, après la catastrophe du 11 Mars 2011, et vécue à travers la relation d’amitié d’un groupe de lycéennes pour qui plus rien ne sera jamais comme avant. Un thème qui, dans un sens, peut aussi apparaitre comme une faiblesse ; car il risque de donner l’impression, trompeuse, qu’il s’agit d’un manga misérabiliste, moralisateur, à lire plus pour se donner bonne conscience que pour les qualités intrinsèques de l’œuvre. Alors que non, pas du tout : Daisy, Lycéennes à Fukushima est un grand manga avant d’être un grand manga sur Fukushima, même si – témoignages à l’appui – il évoque des situations qui nous paraissent surréalistes, comme le comportement laxiste des autorités nippones, ou l’ostracisation dont sont victimes les populations touchées.
Il s’agit avant tout d’une aventure forte et touchante, d’une histoire d’amitié qui se doit de survivre à la dure réalité du quotidien, et de jeunes filles pleine de vie mais dont tous les rêves d’avenir ont été irrémédiablement bousculés par un événement tragique et incontrôlable. Daisy, Lycéennes à Fukushima se dévore, émeut, et pousse à la réflexion ; plus qu’avec aucune autre de ses nouveautés, Akata nous livre ici son manifeste : un titre fort et engagé, mais qui ne sacrifie pas le plaisir de lecture pour autant.

Dragon Quest – Emblem of Roto de Kamui Fujiwara & Chiaki Kawamata : Celui-ci, ça va être rapide. Je ne connais absolument pas Dragon Quest : je n’ai pas joué aux jeux, je n’ai jamais regardé Fly, et je n’ai lu aucune des deux éditions du manga dont la série TV est tirée. Mais, justement, je me suis dit que la publication de Emblem of Roto me fournissait une bonne occasion de m’y mettre. Au bout de deux volumes, impossible d’entrer dans l’histoire – une quête, je crois – ni de m’attacher aux personnages ; je n’ai ressenti qu’un grand néant, et un désintérêt poli. Il n’est même pas mauvais, je l’ai juste trouvé… vide ?
Une des deux nouveautés de 2014 testées puis abandonnées.

Eureka de Hitoshi Iwaaki : Un manga que je n’attendais pas, ou du moins que je n’attendais plus. Après l’excellent Parasite, je pensais que les éditeurs français seraient prompts à nous proposer d’autres titres de son auteur Hitoshi Iwaaki, mais ce n’est qu’en Janvier dernier que nous avons finalement vu nos souhaits exaucés, étonnamment par Komikku.
Eureka était prometteur non seulement en raison de la présence du mangaka, mais aussi car il évoque un épisode passionnant de l’histoire européenne : le siège de Syracuse par l’armée romaine, et l’utilisation pour sa défense des armes imaginées par le génial Archimède. Concrètement, l’histoire s’attache plus à un personnage inédit qu’au scientifique, mais cela ne rend pas moins intéressant ce qu’elle raconte.
Malheureusement, Eureka n’est pas aussi réussi qu’il y parait au premier abord. Le trait de Hitoshi Iwaaki fait merveille, mais l’auteur n’arrive pas à rendre son héros attachant, et se contente trop souvent d’une approche scolaire de ce qu’il essaye de nous raconter. Ajoutez à cela une durée trop courte pour vraiment exploiter l’environnement et les personnages, et vous obtenez non pas un mauvais titre, mais une légère déception ; d’autant plus frustrante, en réalité, que nous aurons attendu longtemps une nouvelle publication de l’artiste, et qu’en matière d’exploitation de l’histoire européenne, Vinland Saga avait déjà mis la barre à des hauteurs quasi inaccessibles (malgré son évolution progressive vers une adaptation papier de Harvest Moon).
Tout cela pour dire que pour découvrir l’œuvre de Hitoshi Iwaaki, rien ne remplace encore Parasite. En espérant une sortie, totalement hypothétique, de sa série Historie. On peut rêver.

Food Wars de Shun Saeki & Yûto Tsukuda : J’enchaine avec un autre titre totalement inattendu, mais dans un sens différent. Non pas que je n’attendais plus une éventuelle sortie de Food Wars, mais bien que je n’en avais jamais entendu parler avant d’y jeter un œil curieux, en raison de son magazine de prépublication, de son synopsis rappelant furieusement une des œuvres majeures de ma jeunesse, et de quelques critiques positives.
Car Food Wars est un shônen dans une veine classique, plutôt orienté vers les confrontations, mais avec comme thème la cuisine, à l’instar du mythique Mister Ajikko des années 80. Après Hikaru no Go, revoilà un manga qui nous prouve que les Japonais sont capables de parler de tout et de n’importe quoi, et de rendre cela passionnant.
Notre héros, Sôma, est un mordu de cuisine, élevé par son père lui-même cuistot et avec lequel il est en compétition permanente. Lorsque celui-ci décide d’aller éprouver son savoir-faire dans le monde entier, il envoie son fils dans une école spécialisée ; mais, vous vous en doutez, il ne s’agit en rien d’une école comme les autres, puisque la cuisine y apparait plus comme une philosophie que comme un métier, que les élèves sont complètement décalés – à commencer par une sorte de conseil suprême composé des dix apprentis les plus doués – et que chaque conflit se règle casserole à la main devant une foule en délire.
Pour ne rien arranger, nous retrouvons les légendaires scènes d’extases gustatives de son glorieux prédécesseur, mais avec une composante charnelle bien plus marquée, puisqu’il semble impossible à une fille de manger un plat à base de poulpes sans voir surgir des myriades de tentacules.
Food Wars ne révolutionne rien, mais il s’agit à n’en pas douter d’une œuvre réussie, prenante, qui bénéficie d’un puissant grain de folie, et dont la bonne humeur s’avère rapidement communicative. Et Dieu que cela fait du bien.

Gokusen de Kozueko Morimoto : Si je ne devais choisir qu’une seule nouveauté en 2014 ? Sans doute Gokusen. L’adaptation animée m’avait plu, sans tellement plus, mais j’étais tout-de-même curieux de lire le manga, que je n’osais plus espérer en France avant l’annonce de Kaze Manga. Et il s’avère que ce format convient infiniment mieux à cette œuvre que l’animation.
Kumiko Yamaguchi est engagée comme professeur à Shirokin, un lycée réputé pour abriter les pires voyous des alentours. Mais derrière ses lunettes se cache l’héritière d’un puissant clan yakuza, qui ne risque pas se laisser effrayer par ses élèves. Seulement, il ne faut surtout pas que sa double vie soit dévoilée.
Kaze Manga a opté pour un rythme de parution rare – le mensuel – ce que je prends comme une volonté d’en finir au plus vite avec un titre choisi pour ses qualités, mais dont l’éditeur sait pertinemment qu’il ne rencontrera en France qu’un succès d’estime. Entre le thème des yakuzas, une publication trop tardive pour espérer profiter de l’époque où ce titre disposait d’une actualité (il fût plusieurs fois adapté sur différents supports), et surtout un dessin à mille lieux des canons esthétiques actuels – qui rebutera nombre de lecteurs potentiels – l’échec semble inévitable. Je ne peux donc que féliciter Kaze Manga pour se lancer dans un pari aussi casse-gueule, et aiguiller vers ce manga le plus de lecteurs possibles.
Meilleure nouveauté de l’année, donc, pour une raison toute simple : c’est hilarant. Déjà, car Kumiko est fondamentalement un personnage comique : élevée au milieu des yakuza et de leur univers, potentiellement violente et douée pour les arts martiaux, mais limite schizophrène puisque obligée de dissimuler ses origines et sa personnalité à ses lycéens. Sa « famille » n’est pas en reste, composée essentiellement de yakuzas de comédie, à savoir des hommes de l’ombre mêlant code de l’honneur exacerbé à une touchante sensibilité virile. Pour ne rien arranger, la plupart sont d’une bêtise confondante, et idolâtrent Kumiko – la petite-fille de leur boss – au point de vouloir se faire seppuku à chaque fois qu’ils ont l’impression de trahir ses attentes. Les élèves, eux, se voient comme des caïds, mais aux yeux de l’héroïne n’apparaissent que comme des gamins immatures, presque « normaux », mais c’est justement cette normalité qui fera des étincelles une fois confrontée au monde codifié et dangereux de Kumiko.
La mangaka possède un excellent sens de la comédie et du rythme – le détail qui empêche la version animée d’être aussi efficace que ce manga – et il en résulte un titre détonnant et franchement drôle, mais qui sait aussi faire preuve de sérieux de temps à autre.

Haikyu !! de Haruichi Furudate : Si vous me permettez une métaphore pâtissière, je vous dirai que Haikyu !! est comme certains gâteaux : il suffit de suivre la recette, de mettre exactement la bonne quantité de chaque ingrédient, et de cuire le tout à la bonne température pendant un temps donné, pour obtenir un résultat appréciable quel que soit les qualités du cuisinier.
En effet, Haikyu !! reprend absolument tous les codes du shônen, et à plus forte raison du shônen sportif – ici appliqués au volleyball – et sa seule originalité tient en quelques personnages haut-en-couleur, indispensables pour le différencier de ses concurrents. Il en résulte un titre qui, s’il ne s’impose pas comme une des meilleures nouveautés de l’année, n’en demeure pas moins d’une rare efficacité, et dont chaque tome se dévore avec plaisir.
Et j’ai envie de dire qu’il ne pouvait pas en être autrement : Haikyu !! est basique, oui, mais du basique bien fait, du basique qui a parfaitement assimilé les rouages de son genre d’appartenance, et les exploite pour accoucher d’une histoire qui, si elle manque cruellement de singularité, démontre toutes les qualités du shônen sportif. Il s’agit d’un manga prenant, voire même grisant, qui apporte juste ce petit surplus d’identité qui permet de s’attacher aux personnages et à leurs aventures.

Mon Histoire de Aruko & Kazune Kawahara : Un manga que j’attendais et que j’espérais pouvoir lire dans la langue de Molière. Bon, dans la mesure où il s’agit d’un titre récent qui semble accuser de bonnes ventes au Japon, il y avait peu de chance qu’aucun éditeur ne s’en porte acquéreur, mais il appartient à une forme de comédie romantique pas forcément la plus vendeuse en France – à la fois très classique et plus portée sur la comédie que sur la romance – et comme la plupart des titres sélectionnés pour le Prix Manga Taishô, il y avait fort à parier que celui-ci demanderait quelques efforts promotionnels pour trouver son public chez nous. Efforts qui ne paraissent pas avoir été fournis…
Mon Histoire, en Japonais, se nomme Ore Monogatari, une traduction littérale à ceci près que « ore » est la façon la plus masculine de dire « je ». Et nous sommes ici dans un shôjo. Takeo, le héros, incarne la quintessence de la virilité japonaise, mais c’est aussi un homme sensible et pas spécialement gâté par la nature, admiré par les hommes mais qui n’arrive décidément pas à plaire aux filles ; à la grande différence de son ami d’enfance, qui lui est un beau gosse. Un jour, Takeo sauve une lycéenne dans le métro, laquelle tombe immédiatement amoureuse de lui, ce qui s’avère réciproque. Mais, vous vous en doutez, ces deux naïfs au cœur tendre forment un duo pour le moins surprenant.
A priori, Mon Histoire casse les codes de la comédie romantique, puisque ce serait habituellement le beau gosse qui tiendrait le rôle titre, tandis que l’ami d’enfance un peu balourd serait un élément comique. Sauf que la seule entorse aux règles, c’est que Takeo est le personnage principal ; tout le reste s’en tient, à priori, aux fondamentaux du genre, mais avec un humour plus marqué que la moyenne.
Nous nous trouvons donc à la fois dans une comédie romantique classique, voire caricaturale, et dans une pure comédie, bénéficiant de l’apport de ses protagonistes, en particulier d’un Takeo impressionnant et parfois hilarant, dont suivre les aventures se fait avec grand plaisir. Mon Histoire est un manga drôle mais tout aussi attendrissant, notre couple vedette formant un duo aussi touchant qu’ils semblent mal assortis.

Magical Girl of the End de Kentarô Satô : De l’éditeur Akata, j’attendais du Daisy, Lycéennes à Fukushima. Mais du Magical Girl of the End, jamais ! Toutefois, un synopsis surréaliste et des critiques élogieuses m’ont poussé à lui donner sa chance, ce que je ne regrette absolument pas.
Kii Kogami est un lycéen que son quotidien ennuie profondément, mais il va rapidement regretter sa petite vie tranquille, après qu’une armée de gamines tueuses ait envahi la ville.
A priori, nous sommes dans une bonne vieille histoire de zombies, ici remplacés par des gamines psychopathes lobotomisées aux costumes étranges et qui ne savent dire que « Magical ». De là à les qualifier de Magical Girls, il n’y a qu’un pas. Elles sont surpuissantes, increvables, et chacune de leur victime se transforme en soldat servile et tout aussi assoiffée de sang et de violence gratuite.
Autant dire que les débuts sont particulièrement riches en hémoglobine, meurtre, dépeçage, éviscérassion, et autres joyeusetés du même acabit. Et, contrairement à la majorité des oeuvres du genre, rendre un personnage attachant ne lui garantie absolument pas sa survie, bien au contraire. Cela parait primaire, mais qu’est-ce que cela défoule.
Et vous savez ce qui est le plus dingue dans ce manga ? Il y a un scénario ! Oui, vous avez bien lu : Magical Girl of the End possède un scénario, passionnant qui plus est, avec de nombreux rebondissements aussi inattendus que potentiellement traumatisants pour les protagonistes.
Sa violence absurde au service d’une trame plus élaborée qu’il n’y parait font de ce manga un des plus réussis de l’année. En tout cas, c’est certainement le plus surprenant. Et chaque nouveau tome s’avère aussi imprévisible que le précédent, ce qui apparait comme une gageure vu le délire qui entoure ce titre.

Moyasimon de Masayuki Ishikawa : Un titre, de mon point de vue, très proche de Gokusen. Dans les deux cas, les animes m’avaient diverti, sans tellement plus, mais m’avaient donné envie de découvrir une œuvre d’origine dont une publication française semblait improbable. Dans les deux cas, le manga est sorti dans le courant de 2014 malgré un potentiel commercial plus que limité. Dans les deux cas, il s’agit de claques qui pulvérisent tranquillement leur adaptation.
Tadayasu et Kei sont amis d’enfance, destinés tous deux à reprendre l’affaire familiale ; le premier une fabrique de levures, le second une brasserie. Pour échapper quelques temps à la pression de leur entourage, ils ont réussi à convaincre leurs parents de les envoyer dans une université tokyoïte, mais à condition de choisir une université agricole. Sur place, Tadayasu mettra à profit son don étrange : celui de voir les microbes.
Moyasimon est surtout connu pour ses microorganismes représentés sous la forme de mascottes mignonnes, et si cela donne effectivement du charme à l’œuvre, elle ne se limite pas à cet aspect. Concrètement, il s’agit à la fois d’une comédie et d’un manga sur la fermentation. J’ai conscience que le thème peut sembler hermétique – compte-tenu de mon cursus, il m’intéresse énormément – et en raison du nombre conséquent de notes et d’explications fournies par le mangaka – au passage, il faut féliciter Glénat pour le travail colossal de traduction et d’adaptation – la lecture peut s’avérer lourde. Pourtant, l’auteur a réellement réussi à rendre son propos instructif et passionnant.
Il faut dire que la comédie aide, forcément, à faire passer le côté parfois scolaire de l’œuvre. Les personnages possèdent tous un sérieux grain de folie, entre le professeur Itsuki et ses expériences culinaires, Kei et ses goûts vestimentaires, Haruka et son style de dominatrice, ou encore Kaoru et sa passion des insectes, c’est du délire. Et l’université en elle-même n’a rien a leur envier, avec ses festivals aux règles absurdes et ses travaux pratiques traumatisants.
Avec Gokusen et Seven Deadly Sins, Moyasimon s’impose comme un des meilleurs titres de l’année : drôle, érudit, parfois touchant, et baignant dans une irrésistible folie douce.

Sakamoto de Nami Sano : Inutile de faire durer le suspense plus longtemps, puisque nous tenons là l’autre nouveauté de 2014 abandonnée en cours de route, cette fois après un seul et unique tome.
En raison de ventes impressionnantes au Japon, Sakamoto attisait ma curiosité depuis quelques temps déjà. Sachant que les succès au Pays du Soleil Levant peuvent se classer en deux catégories : ceux qui ont effectivement des chances de cartonner en France – ce qui ne fonctionne pas toujours, très loin de là – et ceux perçus par les éditeurs comme trop Japonais pour espérer fonctionner chez nous. Dans ces conditions, voir ce manga débarquer chez le petit éditeur Komikku, indiquait clairement que toutes les grosses écuries avaient passé leur tour, y compris Casterman et Kurokawa, qui ont pourtant réussi à imposer sur le marché français des ovnis comme Thermae Romae et Les Vacances de Jésus et Bouddha. C’est dire le niveau.
Et en effet, il apparait après lecture que Sakamoto était inadaptable, ou en tout cas inadaptable pour les petits gars de chez Komikku. Manga réputé hilarant et non-sens, le traducteur a uniquement cherché à produire des dialogues cohérents, et à aucun moment des dialogues drôles. Et si le personnage principal de Sakamoto – garçon d’une perfection surhumaine qui se sort avec classe de toutes les situations – peut effectivement amuser, cela s’avère largement insuffisant pour arracher plus qu’un rictus.
Ainsi, Sakamoto nous prouve par l’exemple que, décidément, tous les manga ne devraient pas être publiés en France. A moins, peut-être, d’atterrir chez des éditeurs capables de gérer des titres aussi compliqués, ce qui n’est pas le cas pour celui-ci.

Seven Deadly Sins de Nakaba Suzuki : Pour l’avoir déjà cité précédemment, vous savez déjà ce que j’en pense : j’ai adoré. Ce n’était pourtant pas gagné : je n’avais pas encore lu Kongoh Bancho du même auteur – je me suis rattrapé depuis – je n’en avais jamais entendu parler, et il est sorti chez un éditeur que je préfère éviter autant que possible, par peur de ne jamais voir la fin des séries. Il aura fallu des avis titillant ma corde sensible – vantant notamment le côté anachronique d’un manga ancré dans les années 80/90 – pour me tenter, et vous l’aurez compris, je ne regrette pas.
Les Seven Deadly Sins formaient l’équipe de Chevaliers Sacrés les plus puissants et redoutés du royaume ; mais, suite à une machination, ils sont accusés d’avoir tenté d’assassiner le souverain, et disparaissent dans la nature. Dix ans plus tard, la princesse Elizabeth part à la recherche des Sins, les seuls qu’elle estime capables de sauver le pays. Elle va finalement réussir à retrouver leur chef : Meliodas.
Au premier abord, Seven Deadly Sins parait fort classique, mais son originalité tient dans le fond au côté anachronique cité ci-dessus, le démarquant du reste de la production actuelle ; nous y retrouvons des héros truculents – Meliodas est un obsédé notoire, et Elizabeth une victime de premier choix – et une bonne ambiance générale malgré un propos parfois lourd et sérieux, nombre de protagonistes devant périr au fil des pages. Signe qui ne trompe pas : l’auteur nous offre même un tournoi, et celui-ci ne déçoit à aucun moment.
Nakaba Suzuki a vraiment su créer à la fois un monde de fantasy riche et cohérent, et des personnages charismatiques en diable possédant chacun des attributs uniques, qu’ils concernent leur apparence ou leurs techniques de combat. Surtout, il accouche d’un des meilleurs shônen de ces dernières années, un titre drôle, dépaysant, et pour lequel j’éprouve les plus grandes difficultés à attendre chaque nouveau tome. C’est simple : c’est du bonheur en barre, ce sont des manga comme celui-ci qui m’ont poussé vers ce média à l’origine, je prends un pied monstrueux et je trouve même que la qualité va en s’améliorant avec le temps. Apparemment, il a accusé un excellent démarrage cette année, et c’est parfaitement mérité.

Shôjo Relook de Kaoru Ichinose : Série courte, synopsis attirant, titre sélectionné par l’équipe d’Akata pour le compte de Delcourt : je n’avais pas l’intention de commencer Shôjo Relook dans un premier temps, avant que les éléments susnommés me poussent à tenter l’expérience.
Kako et Kosei sont amis d’enfance, issus de la campagne japonaise, et décidés à passer à Tokyo leurs années de lycée. Mais, craignant que le très spontané Kosei ne subisse les quolibets de leurs camarades de classe en raison de ses origines rurales, Kako décide de le relooker en prenant comme modèle le héros de son shôjo favori. Sauf que cela va un peu trop bien fonctionner.
La particularité du titre, c’est une évolution inattendue à la fin du premier tome. L’autre particularité, c’est que Kosei joue ici un rôle de dragueur invétéré, calqué sur le héros d’un grand shôjo dramatique des années 70, auquel son otaku de meilleure amie – et plus si affinité – est complétement accro ; sachant que s’il joue le jeu, c’est à la fois pour lui faire plaisir, et pour essayer d’éveiller chez elle un sentiment de jalousie en s’approchant d’autres filles. Aucune surprise, ces deux-là finiront ensemble ; en attendant, Kako estime que Kosei mérite bien mieux qu’une otaku à lunettes, tandis que celui-ci entretient le style « otaku à lunettes » de son amie pour repousser tous les mâles qui pourraient s’intéresser à elle.
Par contre, je ne vous dis pas ce qui arrive à la fin du premier tome, pour ne pas vous gâcher la surprise, sinon que les personnages intégreront un nouvel environnement qui servira à pourvoir nombre de situations comiques. Car si l’intrigue amoureuse de Shôjo Relook est totalement prévisible, le manga tire sa force de son humour, notamment grâce au couple vedette ; d’un côté, Kako se montre capable de partir dans des délires préoccupants quand il s’agit de son manga favori, et de l’autre, Kosei s’avère tout autant préoccupant lorsqu’il incarne le rôle pensé par sa copine, ou quand justement il repasse d’un coup à sa personnalité habituelle.
Shôjo Relook ne brille pas par son originalité, mais en seulement quatre tomes, il devrait ravir les amateurs de comédies romantiques sans prétention plutôt portées sur la comédie.

Six Half de Ricaco Iketani : Dernière nouveauté commencée cette année ; non pas qu’il s’agisse de la plus récente, mais c’est après avoir lu quelques avis positifs sur son premier tome que j’ai décidé me jeter à l’eau ; les bonnes résolutions, comme arrêter d’acheter de nouvelles séries, attendront le mois de Janvier. Je précise que, au moment où j’écris ces lignes, je n’ai lu qu’un seul volume sur les deux parus en France.
Shiori se réveille dans une chambre d’hôpital, sans aucun souvenir. Pour essayer de retrouver la mémoire, elle décide de rapidement retourner au lycée ; mais, là, elle va découvrir qu’avant son accident, c’était une fille hautaine, superficielle, et manipulatrice.
J’estime que chaque comédie romantique lycéenne part avec une particularité qui doit la distinguer des autres. Ici, le concept en question serait le suivant : l’auteur a pris la fille qui sert habituellement d’antagoniste, pour lui donner le premier rôle après lui avoir effacé la mémoire. Un synopsis qui a tout-de-suite attisé ma curiosité, d’autant que – à l’instar de Shôjo Relook – ce manga compte parmi les derniers sélectionnés par l’équipe d’Akata au profit de Delcourt.
Shiori, notre héroïne, va devoir se confronter à plusieurs difficultés : comprendre le personnage qu’elle incarnait avant son accident, et surtout faire face aux conséquences des actes de ce-dernier, ce alors qu’elle considère ne rien avoir à voir avec lui. Mais elle ne va certainement pas se laisser faire pour autant, et après une période de doute, c’est une jeune fille volontaire qui décide de prendre sa vie en main. Six Half possède donc un fort potentiel (même si je regrette parfois qu’il soit autant porté sur le cul), je lirai donc la suite sans faute.

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UQ Holder de Ken Akamatsu : Ce manga possède une particularité unique dans ce billet, puisqu’il s’agit du seul que j’attendais impatiemment tout en sachant qu’il allait forcément paraitre à un moment ou un autre. Parce que Pika a pour habitude de publier les séries de Ken Akamatsu, et parce qu’il fait suite à un Negima qui a accusé de bonnes ventes sur notre territoire. Plusieurs années après la fin de ce dernier, nous découvrons Tôta, présenté comme le petit fils de Negi, le héros du précédent titre de l’auteur. Et je m’arrêterai là, pour plusieurs raisons : pour ne pas gâcher la surprise aux lecteurs de Negima qui ne l’auraient pas encore lu – ce que je leur recommande de faire au plus vite – et car, de toute façon, j’ignore si ce que je pourrais dire parlera aux néophytes.
Negima avait mis plusieurs tomes avant de véritablement démarré, et UQ Holder me donne pour l’instant une impression similaire. Non pas qu’il soit mauvais, certainement pas, mais car il reste encore très difficile de savoir vers quoi il évoluera, et ce que le mangaka cherche à nous raconter. De plus, UQ Holder se présente jusqu’à présent avant tout comme une suite, et non comme un titre qu’il serait possible d’entamer sans rien connaitre de l’univers dans lequel il s’inscrit, et des événements survenus dans Negima (même s’ils se sont déroulé plusieurs dizaines d’années auparavant).
UQ Holder est un manga encore trop frais pour qu’il soit possible d’émettre un jugement dessus ; autant je prends plaisir à le parcourir, autant l’auteur semble volontairement nous en révéler le moins possible sur ce qui va bien pouvoir arriver aux personnages : ce sera donc un manga à juger sur la durée, exactement comme Negima.

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8 commentaires pour 2014 : une année de nouveautés manga

  1. Popi dit :

    Merci pour cet article 😉

    Pour moi ça sera le manga sur Fukushima et celui avec les magical girl sanguinaires svp chef

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  2. Louve Solitaire dit :

    j’aime beaucoup ton article… 🙂

    shojo relook rejoindra ma collection
    ainsi que Daisy lycéennes à fukushima.

    Connais-tu d’autres bonnes séries shojos courtes et encore en vente ?
    (j’adore moi aussi Wataru Yoshizumi et je les ais tous sauf Ramdom Walk,car épuisé…)

    à bientôt,
    Louve Solitaire (^-^)

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  3. Gemini dit :

    J’étais sur le point de te conseiller Ludwig Revolution et The Royal Doll Orchestra, mais il me semble bien que Tonkam les a mis en arrêt de commercialisation, donc à voir.

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  4. Louve Solitaire dit :

    merci pour ta réponse 🙂

    j’ai déjà the royal doll orchestra que j’aime beaucoup.

    Ludwig révolution, j’aimerais les avoir, mais le #3 est épuisé….
    j’attends donc de voir s’ils vont faire une nouvelle édition où pas; puisqu’ils viennent de sortir sa suite Ludwig Fantasy…

    je te souhaite une belle fin d’année et un beau jour de l’an 🙂

    à bientôt,
    Louve Solitaire (^-^)

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  5. Natth dit :

    Un bon article, comme toujours. Pour Historie, je suis moins pessimiste que toi, car les mangas historiques ont tendance à augmenter en France ces dernières années (Cesare, Ad Astra, Le cuisinier de Nobunaga, Raphaël…). L’espoir me semble permis.

    Une réédition de Ludwig Revolution 3 est prévue, mais la date est indéterminée :
    http://www.manga-news.com/index.php/actus/2012/12/17/Le-point-sur-les-reeditions-Tonkam

    J'aime

  6. Natth dit :

    Au temps pour moi, je viens de voir l’année de l’article… J’espère que Ludwig Fantasy va au moins influer sur une éventuelle réédition.

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