Pourquoi la Comic’Con Française nous prend pour des cons

Alors que le retour de la Comic Con France – cette fois en tant que convention séparée de Japan Expo – vient d’être annoncée, je ne peux qu’être surpris par les premières informations distillées par les organisateurs. Informations qui me poussent, aujourd’hui, à pousser un de mes sempiternels coups de gueule.

En 2012, je ne pouvais que dresser un constat d’échec pour la Comic’Con à la Française.
Un petit peu d’histoire, pour ceux qui ne souhaiteraient pas (re)lire mon article à ce sujet. La Japan Expo, au fil des années, a pris de l’importance au point de devenir à la fois une convention protéiforme et une grand’messe dédiée aux cultures de l’imaginaire dans leur ensemble. Les jeux-vidéo ont rapidement été de la partie, puis les web-séries, les séries tout court, les jeux de plateau, la robotique, les jeux de rôle, et ainsi de suite. Tant et si bien que, alors que la manifestation se nommait toujours Japan Expo, des auteurs de comics ont fini par faire leur apparition à leur tour, ce qui ne peut que surprendre le quidam.
En 2010, les organisateurs décident donc de reconnaitre cette situation en lançant Comic Con France, du nom de plusieurs célèbres conventions américaines. Concrètement, cela servira surtout à fourrer tout ce qui ne tient pas vraiment dans Japan Expo, mais la première année, je note un véritable effort de justifier une telle appellation au moyen de nombreux auteurs anglo-saxons – même si Jeph Loeb et Geoff Johns se désisteront au dernier moment, non sans envoyer une vidéo d’excuse dans le cas de Jeph Loeb – de conférences aux thèmes variés, et même de projections attrayantes, comme celle du documentaire Marvel 14 dans sa version intégrale. Le programme était alléchant.

Sur le moment, je pensais que jumeler Japan Expo et Comic Con était, dans le fond, le meilleur moyen d’attirer le public, sachant que la plupart des amateurs de manga et d’anime de ma connaissance s’intéressent aussi aux comics. Je ne pouvais pas plus me fourvoyer : les conférences des auteurs et les projections furent désertées par les visiteurs malgré leur qualité. Par contre, ces mêmes visiteurs se pressèrent pour rencontrer les acteurs de la série Highlander, une attraction.
En même temps, je dois bien avouer que certains indices, déjà, ne plaidaient pas en faveur de la Comic Con France concernant le traitement des auteurs. Qu’ils aient été mis un peu à l’écart, devant un espace ouvert, me paraissait assez logique ; cela permettait à des files de se former pour les dédicaces, sans pour autant gêner la circulation. Par contre, les pauvres étaient vaguement alignés sur une table, avec un planning dessiné à la va-vite derrière eux pour indiquer les présences de chacun. Tandis que les mangaka se voyaient choyés et surprotégés du côté de la Japan Expo, les auteurs anglo-saxons donnaient plutôt l’impression de devoir se débrouiller par eux-mêmes, dans l’indifférence générale des organisateurs.

C’est ainsi que, en 2011 et fort de cette expérience, les organisateurs décidèrent de revoir largement à la baisse conférences et projections liées directement aux comics. Les auteurs, quant à eux, eurent droit à une table plus grande, mais digne d’un fanzine. Dois-je rappeler le nom de la convention ? Seule indication officielle : un panneau stipulant que les dessinateurs n’avaient pas le droit de faire payer leurs dédicaces – pensez donc, les visiteurs ont déjà payé leurs billets d’entrée – contrairement au système américain. Soit dit en passant, un artiste pensait avoir trouvé un moyen de passer outre, en vendant des dessins préparés à l’avance ; et il n’avait que mépris pour les lecteurs souhaitant juste faire dédicacer leurs livres.
Pendant ce temps, le stand du Joueur du Grenier, lui-aussi lié à la Comic Con, accusait une fréquentation record.
Le constat est sans appel : en matière de comics, Comic Con France est un échec.

Une disparition plus tard, de nouveaux organisateurs s’emparent de la licence Comic Con, et viennent d’annoncer la tenue d’un nouvel événement dès 2015. Avec comme parrain Louis Leterrier. Et là, j’ai presque envie de dire que cela résume tout ce qui a d’ores et déjà été énoncé à propos de cette convention. En effet, Louis Leterrier n’est certainement pas auteur de comics, mais il a réalisé une adaptation de l’Incroyable Hulk. Il a donc un rapport indirect avec les comics.
Marcus parmi les organisateurs, des partenaires tels que Canal+, France Télévisions, et Sony,… Où sont les comics !? Certes, Warner Bros et Walt Disney ont aussi confirmé leur participation, sachant qu’il s’agit des propriétaires respectifs de DC Comics et de Marvel Comics, mais il ne faut pas se leurrer : ce sont bien les studios qui ont été officialisés par les organisateurs, et certainement pas les maisons d’édition leur appartenant. Du côté de Walt Disney, c’est même avant tout leur licence Star Wars qui a été mise en avant durant la présentation de l’événement aux journalistes.
En même temps, je dois admettre que c’est tout-à-fait cohérent. Cohérent par rapport à ce que pouvait proposer Comic Con France à l’époque du Parc des Expositions de Villepinte, et cohérent par rapport aux ambitions des organisateurs, qui attendent au moins 35.000 visiteurs et espèrent le double. Avec un tel battage médiatique, ils sont sur la bonne voie.
En 2007, dans le documentaire Suck my Geek, Philippe & Philippe de feu la boutique Arkham – librairie spécialisée dans le comics, qui a fait faillite tandis que Iron Man 3 cartonnait au box office français – nous expliquaient que tu ne rentabilises par un film aussi cher qu’un Spiderman avec des lecteurs de comics ; ils sont très loin d’être assez nombreux. Pour cette convention, ce sera pareil : le lecteur peut venir si cela lui chante, mais la cible, c’est le type qui a payé sa place pour voir Spiderman au cinéma.

Alors, pourquoi “Comic Con” ? Qu’ils fassent une convention dédiée aux cultures de l’imaginaire anglo-saxonnes, c’est un projet louable. Mais pourquoi intégrer le mot « comics » dans le nom si cela ne doit avoir qu’un rapport indirect voire inexistant avec ce média ? Ce serait comme mettre le mot « manga » dans le nom d’un éditeur qui n’en aurait rien à faire des lecteurs de manga, ce serait absurde.
Je vois plusieurs explications. Déjà, car « comic » = « super-héros » = « cinéma » / « geek ». Ensuite, car le nom est de plus en plus connu sur la toile, notamment en raison des myriades d’annonces qui peuvent être faites durant l’édition de San Diego chaque année, du genre : « A la Comic Con de San Diego, Warner Bros dévoile ses prochains films de super-héros ». Non, ce n’est pas caricatural, j’ai vu passé nombre de titres similaires, liés aux séries, à Games of Thrones, et ainsi de suite.
Là encore, j’ai envie de dire que c’est cohérent. Pour revenir sur Suck my Geek, Kevin Smith nous y indiquait que la convention californienne n’avait déjà plus grand-chose à voir avec les comics, et qu’il s’agissait avant tout pour les studios de faire leurs promotions ; ainsi pouvions-nous apercevoir des stands dédiés à La Boussole d’Or ou à Planète Terreur dans le documentaire. Et le réalisateur et scénariste de nous expliquer que, à San Diego, il n’y avait même plus de librairies spécialisées dans le comics. Triste monde tragique…

Je comprends parfaitement l’intérêt de reprendre le nom Comic Con, tout comme je comprends pourquoi il n’est pour l’instant fait aucune mention des comics hormis dans l’intitulé de la convention. Et même si je sais que le dire ne changera rien, cela m’énerve car je suis justement un lecteur de comics, et que j’ai l’impression que les organisateurs se foutent de notre gueule, nient notre existence – j’avoue, nous ne sommes pas nombreux – et reprennent le mot « comics » tout en refusant de l’assumer. Cela peut changer, ils peuvent du jour au lendemain annoncer la venue de Stan Lee – mais si, vous savez, le petit vieux qui apparait sans raison dans plein de films de super-héros et dans Heroes – mais de ce point de vue, cette première conférence n’était guère encourageante.

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