Le Coin des Editeurs – spécial 20 ans de manga !

Je dis « 20 ans », mais je ne suis pas super sûr, hein ! Je dois avouer que mon premier manga – un tome d’une des multiples éditions kiosque de Dragon Ball – ne m’a pas suffisamment marqué pour que je me souvienne de la date. Néanmoins, nous ne devons pas être très loin de la vérité. L’idée, c’est plus de donner une impression globale sur chaque éditeur, depuis mes débuts de lecteur assidu jusqu’à aujourd’hui, chiffres à l’appui.

12bis :
– 0 série / 0 tome
Cela peut paraitre étrange de commencer par un éditeur disparu (il avait arrêté la publication de manga bien avant d’être racheté par Glénat) et dont je ne possède pas le moindre tome. Certes. Seulement, le problème n’est pas que « je ne possède pas le moindre tome » mais bien que « je ne possède plus le moindre tome ». Il y a une nuance.
Le fait est que, jadis, je m’étais effectivement intéressé à leur catalogue, à commencer par Detroit Metal City. Seulement, j’ai trouvé que le titre tournait rapidement en rond, et je m’en suis séparé sans aller au bout.
Ensuite, il y a eu le cas Arakure Princess Yakuza, qui reste une de mes plus amères déceptions en tant que lecteur. Un peu d’histoire : son département manga ne rapportant pas autant que prévu, 12bis annonce mettre fin à cette activité, non sans aller au bout de leurs deux séries phares, toutes deux en 10 tomes : Detroit Metal City et Arakure Princess Yakuza. Je me suis donc empressé de commencer cette-dernière, que je souhaitais lire depuis quelques temps, avant qu’elle ne devienne introuvable. Sauf que l’éditeur n’a jamais respecté cet engagement : la première, qui devait bien mieux fonctionner, a effectivement été publiée dans son intégralité, tandis que la seconde n’a jamais dépassé son 6ème tome. Par colère et par frustration, je me suis donc débarrassé de mes volumes.

Akata :
– 3 séries / 8 tomes
Pendant longtemps, j’ai cru que Akata était le nom du label manga de Delcourt. Et je ne suis certainement pas le seul. Je veux dire, leur nom était partout dans les séries Delcourt, et derrière la plupart des noms barbares des éditeurs de manga se cachent une grosse compagnie désireuse de profiter de ce marché lucratif, d’où cette confusion bien compréhensible. Alors qu’il s’agissait d’un prestataire de services, chargé de créer et gérer le catalogue manga de la célèbre maison.
Maintenant, le problème ne se pose plus, les deux entités ne travaillent plus de concert, et Akata publie en son nom (et sur ses fonds propres) de nouvelles séries. Je me limiterai donc dans ce paragraphe aux titres Akata, ceux de Delcourt seront traités plus tard ; mais nous noterons toutefois une continuité entre les deux concernant le format, le papier,…
En tant qu’éditeur, Akata est encore jeune (même si son équipe a de la bouteille), donc il reste encore trop tôt pour vraiment émettre un jugement. Pour l’instant, ils me donnent l’impression d’essayer de trouver un compromis entre leurs coups de cœur et des titres qui pourraient s’avérer porteurs. Daisy, Lycéennes à Fukushima s’inscrit parfaitement dans la lignée de ce que j’attends d’une maison militante comme Akata, en espérant que le succès ait été au rendez-vous. Par contre, je n’imaginais pas un titre comme Magical Girl of the End dans leur catalogue, mais j’accroche vraiment à ce récit qui sait sortir des sentiers battus ; je ne suis apparemment pas le seul, puisqu’ils viennent de rééditer le premier tome.
Je leur souhaite le meilleur pour la suite, ils le méritent. Mais je ne recommanderai leurs titres que si j’estime qu’ils en valent la peine.

Black Box :
– 2 séries / 3 tomes
Je fondais des espoirs en cet éditeur, mais leur fonctionnement implique qu’il faut quasi obligatoirement passer par leur propre site de vente en ligne, et s’acquitter de leurs frais de port prohibitifs. Peut-être car, sinon, ils ne touchent pas la marge libraire en plus du prix éditeur ? En tout cas, pour avoir tenté de passer par Amazon pour un de leurs manga, je ne le recommande pas. Seul petit problème : je vis dans un pays qu’ils ne couvrent pas, donc s’ils refusent de fournir les revendeurs, je l’ai dans l’os.
Si je lui voyais un potentiel, c’est en raison à la fois d’une démarche intelligente – aller chercher leurs séries parmi celles dont les droits ont été récupérés par leurs auteurs – et parce qu’ils affirment vouloir travailler sur des genres de niche, ce qui est toujours bon à prendre pour améliorer la diversité du marché français. Leur politique ne me parait pas forcément cohérente, et leurs premières publications accusaient un manque flagrant de professionnalisme, mais dans la mesure où ils se sont lancés avec des shôjo des années 80, ils ont fort logiquement attisé ma curiosité. Et je n’ai pas été déçu une seule seconde par les deux séries que j’ai achetées chez eux, si ce n’est concernant leur édition.
Plusieurs de leurs titres actuels pourraient m’intéresser, mais dans la mesure où il parait impossible de me les procurer, qu’ils aillent se faire voir.

Casterman :
– 7 séries / 27 tomes
Je n’ai pas connu l’époque où Casterman publiait Gon et Le Trou Bleu. Pour moi, Casterman resta pendant longtemps l’éditeur vendant des manga à des lecteurs de bande-dessinées, que les manga n’intéressaient absolument pas ; des titres d’auteur, profonds, limite sociaux, présentés en sens de lecture français dans un format plus imposant (et couteux) que la concurrence.
Puis, il y eut la collection Sakka, qui considérait les manga comme des manga. Mais hormis les jaquettes et le sens de lecture, rien ne changea vraiment, avec des séries adultes, presque alternatives, généralement en un tome unique ; non pas que je n’y trouve pas mon bonheur de temps à autre, comme avec I.L de Osamu Tezuka.
Ce n’est que plus tard qu’ils commencèrent à publier des séries longues, destinées à un public plus jeune et moins marginal, et dans un format identique à celui de la majorité des manga édités en France. Ils sortent peu de titres, mais relativement longs pour la plupart, comme s’ils prenaient le contrepied de leur politique passée. En tout cas, je leur dois Keiji, donc cette évolution de leur part me ravit ; même si, une fois Skip Beat terminé, j’ignore s’ils poursuivront dans cette voie.

Clair de Lune :
– 0 série / 0 tome
A priori, je ne devrais pas en parler, puisque je ne dispose pas de manga de cet éditeur. Mais, pour une raison simple, la même que pour 12bis : j’ai revendu le seul titre que j’avais acheté, déjà parce qu’il n’était pas bon, mais aussi car son édition était scandaleuse. Relire un manga avant de l’envoyer chez l’imprimeur, croyez-moi, ce n’est pas un luxe. Et puis, le fait de ne pas être client chez eux en dit déjà long sur ce l’intérêt que suscite en moi leur catalogue. Entre ça et leur travail dégueulasse, je me passe sans problème de Clair de Lune.

Cornélius :
– 3 séries / 3 tomes
Cornélius, c’est un Indépendant. Mais pas un indépendant comme Ki-oon ; non, Cornélius est un Indépendant : un éditeur qui publie des classiques et des manga d’auteur, avec des éditions moyennes mais à un prix élevé.
Les trois tomes de Cornélius que je possède correspondent à trois intégrales d’œuvres adultes de Shigeru Mizuki, dont la première – NonNonBâ – découverte après qu’elle ait été récompensée au FIBD d’Angoulême. Non pas que d’autres titres ne pourraient m’intéresser dans leur catalogue, mais je suis généralement dissuadé par leurs tarifs (et accessoirement leur format). Par exemple, j’aurais avec plaisir commencé Kitaro le Repoussant, mais chez n’importe quel autre éditeur ; car une série de plusieurs tomes chez Cornélius, mon compte en banque ne s’en remettrait pas…

Delcourt :
– 19 séries / 204 tomes
Un éditeur étonnamment peu présent concernant le nombre de séries, mais celles-ci comptent une dizaine de tomes en moyenne, ce qui compense (même si ces chiffres sont biaisés par Beck et Baki).
J’ai découvert le catalogue Delcourt avec Fruits Basket : l’anime venait de sortir en DVD, mais même s’il s’agissait d’un des coffrets les plus abordables du marché (Déclic-Images oblige), cela correspondait quand même à un investissement conséquent pour un lycéen. Néanmoins, je savais que le manga sortait en France, et comme un tome coutait autrement moins cher qu’un DVD, j’ai abordé la série via le support papier. Finalement, j’ai pris les deux : le manga et l’anime.
Aujourd’hui, Delcourt est surtout considéré comme l’éditeur de shôjo par excellence. Mais, pendant longtemps, ce sont d’autres titres qui m’attiraient chez eux ; j’ai déjà cité l’immense Beck, auquel il faut rajouter de nombreuses séries de Osamu Tezuka et Hiroshi Hirata, ainsi que Au Bord de l’Eau. Parce qu’il travaillait aussi énormément sur les classiques et les récits engagés, deux aspects qui m’ont donné l’impression de progressivement disparaitre, en particulier les classiques, pour être remplacés par une politique toujours plus orientée shôjo, leur domaine d’expertise et reconnu comme tel. Cela se ressent d’ailleurs dans les quelques titres que je suis encore chez eux.
En tant que lecteur, je ne sais pas trop quel est le nouveau positionnement de Delcourt depuis leur rupture avec Akata, l’assimilation de Tonkam, et le recrutement d’un nouveau directeur éditorial. Je n’ai commencé qu’une seule nouveauté depuis la séparation, sans doute choisie par l’ancienne équipe, et j’ignore comment va évoluer leur politique – je suppose qu’ils resteront positionnés sur les shôjo – et la publication de leurs titres les moins rentables, que je ne suis heureusement pas. Le futur de Delcourt, ça reste quand même un grand flou.

Doki Doki :
– 6 séries / 36 tomes
Je suis bien emmerdé. En effet, je ne sais absolument pas quoi dire et penser de Doki Doki. Non pas que l’éditeur me laisse globalement indifférent – enfin si, un peu quand même – mais car je ne lui trouve rien de spécifique et d’identifiable, sinon une volonté de plonger progressivement vers une sorte de Série B du manga. Comprenez des manga avant tout divertissants, mais oubliables. Je crois surtout qu’ils essayent de continuer leur petit bonhomme de chemin entouré des mastodontes du secteur, avec avant tout des titres qu’ils jugent porteurs et que leurs concurrents ont laissé passer.
Je surveille leur catalogue du coin de l’œil, mais il suscite peu mon intérêt, sans doute car leurs auteurs et séries portent rarement des noms connus, alors que si je les essayais, j’y trouverais peut-être de bonnes surprises. Le problème étant, évidemment, que je ne peux pas tout tester, en raison d’un budget limité et d’autres priorités. C’est sans doute pour cela que mon dernier titre Doki Doki correspondait à une promotion acquise sur leur stand, à Japan Expo.
Jusqu’à présent, je ne peux pas dire avoir été déçu par leurs quelques séries dans lesquelles j’ai pu investir – même si je regrette forcément le destin de Broken Blade en France – et je constate qu’ils appartiennent à des catégories bien différentes. Je suppose que ce qui pourrait aujourd’hui m’attirer vers leurs publications, ce sont avant tout de bonnes critiques. Mais s’ils sortent un titre que j’attends, dans la mesure où j’ai toujours été satisfait de leur travail, je sais que je n’aurais pas à réfléchir avant de me le procurer.

Editions H :
– 2 séries / 2 tomes
« Si tu ne trouves pas ce que tu cherches, fais-le ! » C’est en partant de ce principe que sont nées les Editions H, lancées par deux passionnés. Il en résulte une ligne d’ouvrages documentés aux thèmes variés – les Manga 10.000 Images – et un petit catalogue manga, comprenant quelques Boys Love et l’excellent Sous notre Atmosphère de Osamu Tezuka. C’est peu, et l’éditeur n’annonce aucune nouveauté avant un certain temps. Mais cela s’explique aisément puisque les deux responsables possèdent une activité professionnelle en parallèle de leur casquette d’éditeur, et il ne s’agit donc pas de leur priorité, plus d’une manifestation de leur intérêt poussé pour les manga. Ils ne proposent de toute façon aucune série à suivre, donc il faut prendre chaque nouvelle publication de leur part comme un bonus.

FLBLB :
– 2 séries / 2 tomes
Je crois que ce sera rapide. Un éditeur indépendant. Comme (presque) tous les indépendants, celui-ci s’est lancé dans le manga avec un titre de Osamu Tezuka – parce que cela touche un certain lectorat et car l’ayant-droit nippon est beaucoup plus ouvert que ses concurrents concernant les débutants – et plutôt adulte de surcroît. Évidemment, l’indépendance a un prix, et à l’instar de Cornélius, FLBLB privilégie un format plus massif afin de justifier ses tarifs et d’attirer les amateurs de BD Franco-Belge.
En l’occurrence, deux de leurs manga de l’auteur m’intéressaient, donc j’ai mis la main au porte-monnaie et je ne le regrette pas compte-tenu de leur qualité ; par contre, leurs autres titres m’inspirent moins. A noter, toutefois, un papier beaucoup trop fin sur Debout l’Humanité, qui gâche un peu la lecture.

Glénat :
– 46 séries / 486 tomes
Le champion toute catégorie, concernant le nombre de séries de leur catalogue présentes dans ma bibliothèque ; et si la première place concernant le nombre de tomes leur échappe au profit de Kana, c’est sans doute car je ne lis pas One Piece.
Paradoxalement, l’éditeur est en perte de vitesse – je suis beaucoup moins attaché à Glénat depuis quelques années – et je ne sais plus trop quoi en penser à l’heure actuelle, même si le nombre de séries que je suis chez eux a récemment doublé. Bon, nous sommes passés de deux à quatre publications, donc ce n’est pas non plus l’euphorie.
C’est tout simplement l’éditeur qui a fait du manga un phénomène en France, le premier qui a réussi à l’imposer au-delà d’un lectorat de curieux, avec des titres comme Akira et Dragon Ball. Autant dire que, sans Glénat (et sans Tonkam), le marché français ne ressemblerait certainement pas à ce qu’il est devenu. C’était pourtant un pari risqué, à l’époque.
Il ne faut pas donc pas s’étonner si cette position de pionnier a permis à l’éditeur de développer un catalogue difficilement égalable, à base de classiques et de séries fleuves. Ce qui ne l’empêche nullement de publier des titres à priori plus confidentiels, comme Urusei Yatsura et Touch. Glénat possède à la fois cette image de commerçant et de passionné, car il fallait être les deux pour se lancer dans ce secteur au début des années 90 – après une décennie de sorties confidentielles et d’échecs – et le transformer en phénomène.
Sans même avoir conscience du passé de l’éditeur, j’en fus très client pendant des années, en raison de la qualité de son catalogue et de ses éditions. Depuis, j’ai refait mon retard concernant les classiques que je souhaitais découvrir, et l’intérêt de ses publications a commencé à diminuer avec la disparition progressive de son label vintage. Je crois que le titre qui a fait basculé mon image de Glénat, c’est Btooom !. Le synopsis ressemblait à du sous Battle Royale, mais je me disais qu’un éditeur de son exigence ne pouvait pas se contenter d’un sous Battle Royale, et que cette série devait cacher autre chose. Absolument pas : Btooom ! est à l’intérieur ce qu’il promet à l’extérieur, avec des culottes en prime ; une lecture superficielle et vite oubliée qui aurait eu sa place chez Ki-oon. Malheureusement, cette mauvaise expérience n’est que trop représentative de l’évolution de leur politique éditoriale.
Restent quelques lueurs d’espoir : l’Anthologie Moto Hagio, récemment Moyasimon (que je n’osais plus espérer)… Personne n’est dupe quant à leur potentiel commercial, mais cela fait plaisir de voir l’éditeur tenter de se racheter une conduite. Glénat demeure un éditeur que j’apprécie, mais je ne pensais pas un jour me méfier de ses nouveautés.

IMHO :
– 3 séries / 8 tomes
IMHO ressemble aux Editions H, dans le sens où il s’agit d’une activité parallèle pour son fondateur. Ce qui ne l’empêche pas de maintenir un calendrier et un catalogue plus fournis, en faisant un éditeur bien plus actif. Par contre, cela explique les retards homériques qui lui sont régulièrement associés, à la fois car il n’a pas forcément le temps de s’en occuper – d’autant que nombre de ses publications s’avèrent exigeantes en terme de traduction, adaptation, et contrôle qualité – et car il n’a pas nécessairement besoin de cette entrée d’argent. Le point positif, c’est peut-être justement que la survie de IMHO ne soit pas tributaire des profits qu’il réalise.
En tant qu’indépendant, l’éditeur a fait le choix de se focaliser sur des titres inattendus, incongrus, du manga d’auteur et/ou expérimental, parfois gores et déstabilisants, qui ne se retrouvent pas dans les maisons plus grand public. Cela lui octroie une place à part sur le marché, qu’il partage avec Le Lézard Noir : celle du manga fondamentalement alternatif, pour lecteurs exigeants, atypiques, issus de la BD Franco-Belge, ou qui écoutent régulièrement l’émission Mauvais Genres sur France Culture. Toutefois, à la différence de Cornélius, il tient à conserver un format traditionnellement associé aux manga.
IMHO m’intéresse surtout pour deux auteurs récurrents de son catalogue, Miki Tori et Suehiro Maruo. La publication de Opus, œuvre inachevée de Satoshi Kon, fût une excellente surprise.

Isan Manga :
– 0 série / 0 tome
Celui-ci, je l’inclus justement pour expliquer pourquoi je n’ai jamais rien pris dans son catalogue. Clairement, Isan Manga partage les mêmes spécificités qu’un Cornélius ou un FLBLB, à savoir une volonté de justifier des tarifs élevés par des éditions inutilement luxueuses, afin de les vendre à un lectorat qui ne s’intéresse normalement pas aux manga. Mais, dans ce cas, je cherche encore l’intérêt de mettre « manga » dans leur nom ; certes, ils en vendent, mais les lecteurs de manga ne constituent absolument pas leur cible principale. Manque de pot, je suis un lecteur de manga.
Tous les titres qu’ils ont publiés jusqu’à présent auraient pu m’attirer, mais s’ils avaient été proposés à un prix plus avantageux. Car, à mon sens, leur politique tarifaire n’est pas en adéquation avec l’attrait des œuvres proposées : des séries mineures de Yumiko Igarashi (excellente dessinatrice mais piètre conteuse) et de Shotaro Ishinomori (dont les manga les plus emblématiques sont déjà disponibles chez d’autres éditeurs), Judo Boy,… Cela fait cher pour des curiosités.
Ils proposeraient, je ne sais pas, Five Stars Stories, cela m’énerverait, néanmoins je mettrais la main à la poche. Mais pour l’instant, je ne m’imagine pas investir autant d’argent pour une adaptation de Roméo & Juliette, dont l’épaisseur a été artificiellement gonflée par un texte tombé dans le domaine public. Sur mon front, il n’y a pas marqué « médiathèque ».

J’ai Lu :
– 5 séries / 20 tomes
Lorsque j’ai commencé à lire des manga, J’ai Lu comptait parmi les principaux acteurs du marché, avec nombre de titres extrêmement célèbres dont beaucoup furent repris chez d’autres éditeurs par la suite (ce qui en dit long sur leur potentiel commercial). Captain Tsubasa, City Hunter, Hokuto no Ken, c’était chez eux. Ils faisaient aussi Jojo’s Bizarre Adventure. Malheureusement, mes faibles moyens de collégien, lycéen, puis étudiant m’empêchèrent de puiser avec trop de gourmandise dans leur catalogue, jusqu’à ce que l’éditeur décide d’arrêter la publication de manga, non pas sans aller jusqu’au bout de Diamond is Unbreakable. Je ne sais pas s’ils ont annoncé officiellement la raison de cet arrêt, peut-être car leur groupe publiait déjà des manga via une autre filiale (Casterman).
Alors, si vous n’avez jamais connu les manga J’ai Lu, vous avez raté quelque chose. L’éditeur arrivait à maintenir un rythme mensuel sur ses séries, ce qui lui permit de publier des titres relativement longs dans leur intégralité, mais cela se faisait apparemment au détriment de l’édition, avec un papier recyclé d’une piètre qualité, et une impression générale de fragilité. Soyons franc, leurs manga résistent mal au temps qui passe.
Dans la mesure où presque tous les titres de leur catalogue qui m’intéressaient ont, depuis, été réédités (à l’exception de Racaille Blues), je ne regrette pas de ne pas avoir pu me les procurer à l’époque. Les nouvelles versions vieillissent mieux. Mais je conserve précieusement Bremen, les Déjantés et Le Loup du Stade.

Kami :
– 2 séries / 6 tomes
Pour ceux qui ne le connaitraient pas, Kami était le label manga du groupe Tournon, aussi propriétaire de Semic. Problème, il était codirigé par Kaze, avant que celui-ci ne s’offre l’éditeur Asuka (voir ci-dessous). Bizarrement, ce rachat a coïncidé avec la disparition de Kami et l’arrêt de toutes ses publications, pour le plus grand malheur des lecteurs français de Aria, qui aux dernières nouvelles ne s’en seraient toujours pas remis.
Ce fût aussi la fin pour leur label Yoma, spécialisé dans le « manga français » – expression que les auteurs eux-mêmes réprouvaient – dont toutes les séries s’interrompirent. Là où il s’agit d’une immense perte, c’est que ce label comprenait le mythique Sentai School, qui lui fût rattaché lors de sa création (il était à l’origine chez Semic). Le titre est apparemment bloqué depuis pour des problèmes de droit, sans que leurs auteurs – qui œuvrent désormais sur l’excellent Rolqwir – ne puissent rien y faire ; et compte-tenu de la qualité du titre, c’est vraiment dramatique. Voilà, ce ne sont pas des manga, mais je voulais en parler quand même.
Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, la fermeture de Kami ne m’a, personnellement, pas spécialement perturbé, dans la mesure où le seul titre que je suivais chez cet éditeur – à savoir Princess Princess – avait été publié dans son intégralité, histoire bonus comprise (doujinshi livrés séparément). Les autres séries de l’auteur sortirent ensuite chez Kaze Manga, comme par hasard. Mais c’est toujours dommage quand un acteur du marché français cesse ses activités, d’autant plus quand celui-ci se montrait capable de publier un Princess Princess et un Aria, dans des éditions qui me laissent un agréable souvenir.

Kana :
– 45 séries / 525 tomes
And the winner is… Il faut bien avouer que niveau volume, il n’y a pas photo. Même Glénat et Tonkam sont à la traine. En même temps, entre Naruto et Yu-Gi-Oh, nous dépassons déjà la centaine de tomes. Et cela résume bien ce que j’ai longtemps pensé de cet éditeur : qu’il se spécialisait dans les shônen populaires à rallonge. Il y avait bien un Basara ou un Monster qui venaient faire tâche dans cette mécanique bien huilée, mais c’est tout. Autant dire qu’il s’agit d’un de ceux qui m’ont le plus positivement surpris sur la durée, semblant réinvestir les profits générés par Naruto dans des titres plus anciens, plus compliqués à vendre, avec des collections telles que Sensei et Made In. Non pas que je n’aime pas les shônen – j’ai découvert Kana par son édition de Saint Seiya, puis j’ai enchainé sur Shaman King, Hunter X Hunter, Prince du Tennis, Black Butler, Yu Yu Hakusho, Slam Dunk, et plus récemment Nura – mais je suis partisan de la diversité, et un éditeur qui ne prend aucun risque (même si certains des titres cités précédemment n’ont pas fonctionné aussi bien que prévu) me parait forcément suspicieux. En effet, cela vous paraitra sans doute puéril, mais je pars du principe qu’éditeur de manga est un travail de passionnés ; or, si une société a bien entendu pour objectif de subsister et de faire des profits, j’estime qu’un passionné essayera forcément de publier des séries plus risquées et des coups de cœur. Cela me rassure donc de voir une telle diversité chez Kana : cela signifie que ce n’est pas juste une histoire d’argent. Et puis, si cela me permet d’avoir un Piece et un Kamakura Diary, cela me convient parfaitement.
Le problème, c’est que la manne va rapidement se tarir, puisque la fin de Naruto vient d’être annoncée au Japon. Ce sera compliqué de composer sans une telle locomotive pour amortir les pertes éventuelles des titres plus difficiles à rentabiliser. Je suppose que Kana prépare depuis quelques temps l’après Naruto, et il leur reste quelques séries accusant de plutôt bonnes ventes (même si rien de semblable) ; de plus, rien ne dit que Masashi Kishimoto en ait réellement fini avec son manga culte. Mais l’éditeur va sans doute entrer dans une période plus délicate. Affaire à suivre.

Kaze Manga (ex Asuka) :
– 29 séries / 178 tomes
Un éditeur dont je fus témoin des débuts (alors qu’il s’appelait encore Asuka) avec – comme souvent pour un débutant – des séries de Osamu Tezuka. Je commençais justement à découvrir l’auteur à l’époque, et fus donc ravi de pouvoir lire son classique Black Jack. Il est intéressant de noter que leurs premiers titres, en format bunko, étaient étonnamment épais, mais que leur taille diminua rapidement malgré un nombre de pages constant.
En dehors des titres de Osamu Tezuka – dont tous ne présentaient pas le même intérêt – d’autres séries de Asuka auraient pu m’attirer à l’époque, mais je n’ai jamais franchi le pas. Par la suite, il s’est progressivement Pikatisé en publiant des adaptations grotesques d’animes ayant connu un petit succès en fansub, comme l’horrible Mai Hime. Dans le même temps, l’éditeur a connu une existence tourmentée, avec notamment son rachat partiel par Soleil, qui eut pour conséquence étrange de pousser Soleil Manga à publier du Osamu Tezuka. Jusqu’au jour où ils furent acquis par Kaze, puis rebaptisés Kaze Manga (même si le nom Asuka resta en tant que label).
Sachant que Viz Media Europe, filiale du principal éditeur japonais de manga, devint propriétaire de Kaze, sa maison d’édition se transforma dès lors en « grand méchant loup » du secteur, qui devait se garder les licences porteuses au détriment de concurrents condamnés à mourir. Le temps a prouvé qu’il n’en était rien, et que Kaze Manga pourrait bien s’avérer plus fragile qu’il n’y parait, comme l’atteste le départ précipité du remplaçant de Raphaël Pennes au poste de directeur éditorial.
En attendant, depuis que Kaze Manga existe en tant que branche d’un éditeur japonais, je n’ai pour ainsi dire aucun reproche à leur faire. La qualité de leurs éditions est une des meilleures sur le marché – même si j’ai noté quelques bémols dans le dernier tome en date de Biorg Trinity – et ils ont conservé une diversité bienvenue, alternant titres prometteurs et séries plus confidentielles, et continuant vaille que vaille des manga aux ventes pourtant limitées ; nous sommes donc loin du rouleau compresseur sans âme annoncé. Il s’agit au contraire d’un éditeur aux produits soignés et au catalogue varié, et dont j’apprécie le travail au point de pouvoir me lancer sans réfléchir dans une de leurs nouveautés si celle-ci m’inspire.

Ki-oon :
– 7 séries / 17 tomes
Ki-oon, c’est l’histoire d’un rendez-vous manqué. Lorsque je les ai vus apparaitre avec Element Line, je ne leur prédisais pas un grand avenir. Heureusement pour eux, je m’étais trompé. Mais une chose est sûre : leur premier manga ne m’intéressait pas. Et cette situation s’est répété encore et encore, à l’exception des titres de Tetsuya Tsutsui.
Les fondateurs de Ki-oon affirment choisir leurs licences avant tout en fonction de leurs goûts et de leurs coups de cœur. Une politique que je respecte, d’autant plus qu’ils se donnent les moyens de leurs ambitions avec des idées innovantes – en particulier en matière de publicité – et des éditions de grande qualité. Seulement, j’ai constaté depuis longtemps que nous avions des sensibilités totalement opposées. Déjà, ils n’aiment pas les shôjo, comment voulez-vous que nous nous entendions ?
J’ai globalement du mal avec leurs titres, que je trouve pour la plupart superficiels, insipides, et oubliables. Ce n’est pourtant pas faute de ne pas leur avoir donné leur chance : j’ai testé nombre de leurs séries, en m’appuyant sur des premières expériences positives – avec Duds Hunt puis Reset – et des critiques élogieuses. Las, j’ai quasi systématiquement été déçu, au point de revendre les manga incriminés. De là à me tenir désormais éloigné de leurs publications, il n’y a qu’un pas. C’est pourtant un éditeur que j’aurais voulu aimer.
Toutefois, j’ai trouvé un regain d’intérêt à leur catalogue avec Bride Stories et Barakamon, deux titres qui me parlent bien plus. Mais, dans le même temps, je n’ai pas réussi à accrocher à un Emblem of Roto pourtant prometteur.
Ki-oon possède les ressources et les techniques pour imposer des séries originales et risquées, dommage qu’ils ne les mettent pas au service d’œuvres que je recherche.

Komikku :
– 1 série / 1 tome
Un éditeur qui m’indiffère. J’ai acheté Eureka car j’attendais un nouveau titre de l’auteur depuis la fin de Parasite, mais je l’aurais pris chez n’importe qui, peut-être même Soleil Manga ou Clair de Lune.
Par contre, j’avais aussi acquis Sakamoto, intrigué par ses ventes au Japon, mais pour ce que j’ai pu apprendre à son sujet, il s’agit d’un manga humoristique donnant la part belle aux jeux de mots et apparemment difficilement traduisible en Français. Visiblement, Komikku n’a même pas cherché à faire des efforts sur ce titre : les dialogues n’ont rien d’amusant, et le manga lui-même s’avère rarement drôle. Une belle catastrophe, à croire que l’éditeur aura été séduit par son succès mais n’aura pas trouvé comment l’adapter, et aura finalement choisi le refus d’obstacle. En même temps, c’était prévisible : avec une telle popularité au Japon, il fallait vraiment qu’il soit intraduisible, inadaptable, et/ou invendable pour qu’aucun acteur français majeur ne s’y intéresse. Je vois donc cette publication comme une erreur professionnelle.
Dans le futur, ce sera donc comme pour Eureka : je me limiterai aux auteurs que j’apprécie et aux séries que j’attends avec impatience, mais cela s’arrêtera là.

Kurokawa :
– 11 séries / 118 tomes
Un cas intéressant et atypique que celui de Kurokawa, qui semble ne pas vouloir faire comme tout le monde en maintenant un nombre de sorties relativement bas par rapport aux autres poids lourds – lesquels ont au contraire tendance à multiplier les nouveautés – en accompagnant chaque série, et en allant chercher des lecteurs là où personne ne les attend. Ils ont aussi la particularité d’avoir un directeur de collection clairement identifié et identifiable, qui n’hésite pas à monter au créneau défendre ses titres fétiches (il ne faut pas chercher plus loin la raison derrière la réédition de Yotsuba), et ils apportent régulièrement des idées neuves, comme leur fameux « découpage en saison » pour les publications longues au potentiel commercial difficile à évaluer, que d’autres pourraient bien reprendre à leur compte dans le futur.
Commencer leur aventure dans le manga avec Fullmetal Alchemist fût indubitablement un coup de maître. Toutefois, à cause de certains problèmes « personnels » avec cette série, ce n’est pas grâce à elle que je ne suis devenu client de Kurokawa ; pour cela, il a fallu attendre L’Homme du Train par Hidenori Hara, un auteur que j’avais déjà pu apprécier par le passé. Bon, depuis, j’ai aussi lu Fullmetal Alchemist et cela m’a réconcilié avec ce titre.
Même si je ne suis pas toujours en phases avec leurs choix éditoriaux – surtout concernant les shôjo – ils ont le mérite d’apporter de la diversité sur le marché, et leurs éditions sont systématiquement irréprochables. Ils me donnent l’image d’une équipe intelligente et consciencieuse, à laquelle je peux faire confiance. Il ne s’agit pas de mon éditeur favori, mais je le suis avec intérêt.

Le Lézard Noir :
– 2 séries / 3 tomes
Le Lézard Noir ressemble fort à IMHO : un éditeur indépendant publiant des manga tout en leur reconnaissant leur qualité de manga, et visant des niches de lecteurs avec des titres étranges, parfois malsains. Suehiro Maruo ? Oui, le mangaka apparait dans leur catalogue, c’est d’ailleurs par lui que j’ai commencé à m’intéresser à cette maison. Par contre, je connais beaucoup moins son passif et son catalogue que son concurrent direct, donc je ne saurais en dire plus. Mais je le pense tout-à-fait capable de me surprendre.
A l’instar de Doki Doki, j’estime que ce sont avant tout de bonnes critiques qui me pousseront à acquérir d’autres séries du Lézard Noir. A moins, évidemment, qu’ils ne jettent leur dévolu sur des auteurs et des titres que j’apprécie ou espère. Suehiro Maruo, il ne faut pas trop en abuser, sous peine de faire une indigestion.

Milan :
– 3 séries / 13 tomes
Une de ces sociétés d’édition qui, un jour, ont décidé de se lancer dans la publication de manga, mais qui ont finalement abandonné cette activité faute de pouvoir s’imposer sur un marché déjà saturé. Milan existe pourtant encore, mais ses manga ne se trouvent plus depuis longtemps.
Compte-tenu de leurs choix éditoriaux – même s’il est vrai qu’un débutant a rarement le choix – cette déconvenue et ce retrait n’ont rien de surprenant. Tous les manga que je possède chez Milan sont vieux, et ce n’est certainement pas ce qui se vend le mieux en France (doux euphémisme).
Mais rien que pour la publication d’Avaler la Terre, je les remercie.

Panini Comics (ex Génération Comics) :
– 15 séries / 216 tomes
Avant de parler plus avant de l’éditeur, je suis étonné par ces chiffres : avec seulement 15 séries, l’éditeur se place en 4ème position dans ma collection en terme de volumes, derrière le trio Tonkam/Glénat/Kana. Ce qui nous fait des titres à plus de 14 tomes en moyenne !
Panini Comics est un cas particulier dans ma bibliothèque, puisque j’étais lecteur de comics avant de plonger pour de bon dans le manga. Or, à l’époque (j’ignore ce qu’il en est aujourd’hui), chacun de leurs mensuels proposait un calendrier avec leurs sorties du mois et des résumés, manga inclus ; ce qui m’a permis de découvrir, bien avant de les lire, des séries comme Banana Fish, Planètes, ou 20th Century Boys.
Pour être honnête, je ne sais plus quel fût mon premier titre chez cet éditeur. Par contre, je suis sûr d’une chose : il m’a fallu du temps pour m’y mettre, pour une raison toute simple : chaque tome coutait cher, en tout cas plus que les éditions standards de n’importe quel autre éditeur, et plus que ce que ma modeste bourse d’étudiant pouvait dépenser. Il aura fallu qu’ils publient du Tsukasa Hojo (Angel Heart), du Saint Seiya (avec l’épisode G), et les versions papier d’anime que j’avais adoré (Planètes), pour que j’arrive à débloquer un budget. Avec l’augmentation des prix chez la concurrence, et la publication d’éditions moins coûteuses – mais avec une qualité de papier souvent revue drastiquement à la baisse, comme avec Host Club – cette différence ne se ressent toutefois plus trop à l’heure actuelle.
Je ne suis plus qu’un nombre réduit de séries chez eux, mais cela n’a rien de bien étonnant dans la mesure où je n’en ai jamais acheté beaucoup. Par contre, ce sont toutes des séries avec des rythmes de publication chaotiques. En temps normal, cela m’énerverait, mais avec Panini Comics, j’ai appris à accepter cette situation, en me disant que cela vaut toujours mieux qu’un arrêt intempestif. Il faut bien avouer : l’éditeur n’a pas bonne réputation, et est longtemps demeuré l’exemple-type de maison venue aux manga uniquement pour avoir une part du gâteau, celle qui refuse de perdre de l’argent sur un titre, quitte à l’interrompre sans autre forme de procès (et avec une communication digne de Pika). Ainsi, les voir continuer un manga comme Princesse Kaguya, tiré à 500 exemplaires, m’apparait comme un motif d’espoir… même si nous n’aurons aucun nouveau tome en 2014, et qu’il en reste dix à publier. La différence avec Pika, c’est que ces-derniers n’ont pas hésité à interrompre des séries accusant pourtant de meilleures ventes – comme 7Seeds – ce qui leur octroie un certain crédit à mes yeux. J’espère seulement qu’ils ne trahiront pas mes attentes.

Pika :
– 24 séries / 194 tomes
En regardant mes statistiques, j’ai été très étonné de voir Pika loin derrière le trio de tête, et même derrière Panini Comics en terme de volumes. Je sais que j’ai des griefs envers lui, mais il n’en demeure pas moins un acteur incontournable du marché.
Pourtant, notre relation est partie sur de bonnes bases. Je crois qu’il s’agit d’un des premiers chez qui j’ai acheté des manga « inédits », dans le sens où je n’avais jamais regardé leurs adaptations avant de me tourner vers le format papier. Il s’agissait de Chobits, Love Hina, et Utena, la Fillette Révolutionnaire.
Mais, une fois que la confiance est brisée, elle est difficile à restaurer. Entre nous, les problèmes ont commencé lorsque je me suis aperçu que la qualité d’un titre ne leur importait absolument pas, du moment que celui-ci disposait d’un nom connu ; d’où une profusion d’adaptations navrantes d’animes populaires, tels que Vision d’Escaflowne ou Cowboy Bebop. Je dois à Pika mes premières déconvenues, et elles furent brutales.
Par la suite, l’éditeur s’est illustré dans une autre de ses spécialités : lancer un nombre affolant de nouveautés, pour mieux ralentir leur rythme de parution si les ventes n’atteignent pas le niveau espéré ; le tout avec une communication discrète pour ne pas dire absente, qui n’aide certainement pas à faire passer la pilule. Une politique dont j’ai été victime avec une de mes séries favorites, ce qui m’a passablement énervé.
Depuis, j’ai noté une amélioration : une politique éditoriale apparemment plus raisonnée, une meilleure communication,… Bon gré mal gré, j’ai commencé chez Pika plusieurs titres que je n’osais espérer (Chihayafuru et Attache-moi) ainsi qu’une excellente surprise (Seven Deadly Sins). L’éditeur remonte donc dans mon estime après plusieurs années de brouille, mais nous ne sommes pas à l’abri de le voir retomber dans ses vieux travers. J’attendrai que la publication de Nodame Cantabile se termine pour leur pardonner définitivement. Ou pas.

Soleil Manga :
– 5 séries / 24 tomes
Si Soleil Manga ne s’était pas, à une époque, acoquiné avec Asuka, et si cela ne l’avait pas poussé à publier plusieurs titres de Osamu Tezuka, ma collection ne compterait qu’une seule série (de 15 tomes) issue de leur catalogue, à savoir Battle Royale.
Vous l’aurez compris, l’éditeur ne m’a jamais spécialement intéressé, et leurs publications me laissent globalement indifférent. Toutefois, même si un de leurs titres pouvaient éventuellement m’attirer, je doute fort de lui donner sa chance (à moins que je l’attende depuis des années) ; en effet, ma dernière expérience avec Soleil Manga s’est soldé par un échec cuisant. Pas seulement en raison du manga lui-même, médiocre, mais aussi car je n’avais jamais vu une édition aussi scandaleuse, bâclée, en un mot irrespectueuse des lecteurs, donc de leurs clients.
Sanction sans appel : non seulement je continue d’éviter leurs séries comme la peste, mais ils peuvent compter sur moi pour leur mitonner une publicité aux petits oignons.

Taifu Comics (ex Punch Comics) :
– 19 séries / 57 tomes
Taifu Comics – jadis Punch Comics – compte parmi ces éditeurs que j’aurais vu apparaitre. Mais c’est aussi, sans doute, celui qui a le plus évolué.
A ses débuts, nous trouvions dans son catalogue des petits shônen divers, des œuvres de jeunesse de Osamu Tezuka, nous sentions qu’il se cherchait. Il y eut aussi la collection Convini, qui proposait des séries entières réparties en coffrets de 5 tomes, ce qui permettait d’obtenir des intégrales à faible coût. Bien sûr, la qualité d’édition était au diapason, mais cela offrait la possibilité de publier des manga qui, dans un format classique, n’auraient peut-être pas réussi à s’imposer. Dommage qu’elle s’arrêta rapidement, sans doute par manque de popularité. En tout cas, je ne serais pas contre revoir un concept similaire en France.
Surtout, un de leurs premiers succès fût Gravitation, et celui-ci fît rapidement des petits, puisque l’éditeur décida de se spécialiser dans le Boys Love, dont il est désormais le principal acteur sur le marché français. En fait, il apparait à ce point associé à ce genre en particulier qu’il lui fallut créer un nouveau label pour publier des titres sans relations homosexuelles.
Je ne suis pas lecteur de Boys Love, mais il m’arrive de me laisser tenter par leurs séries, en fonction des auteurs ou à la faveur de critiques élogieuses. Taifu Comics est un éditeur qui reflète une image positive – et il s’en donne les moyens, notamment en courant les conventions – donc lorsqu’un manga de son catalogue pourrait m’intéresser, je n’hésite pas beaucoup avant de lui donner sa chance ; d’autant plus qu’il s’agit souvent de séries en un tome. Comme quoi, une bonne réputation, ça change tout.

Tonkam :
– 45 séries / 402 tomes
Un sujet sur lequel je me suis déjà amplement penché et épanché. J’ai même hésité à inclure Tonkam, dans la mesure où l’éditeur lui-même n’existe plus et que son catalogue correspond désormais à une collection de Delcourt. Mais comme j’ai précédemment évoqué 12bis ou Kami, et dans la mesure où les statistiques plaident en sa faveur – second ex-aequo en terme de nombre de séries, troisième concernant le nombre de tomes – je me sens obligé de le mentionner.
Tonkam est longtemps resté, pour moi, un éditeur inaccessible en librairie, car mal distribué malgré un catalogue plus qu’alléchant. Je n’ai eu accès à un magasin suffisamment spécialisé qu’en 2003 – entretemps, j’avais commandé X en vente par correspondance – et depuis, comme pour compenser, il occupe une place très importante sur mes étagères. Il faut dire aussi que son offre pléthorique n’était pas son seul atout : pendant longtemps, il pratiqua les prix les plus bas du marché (moins de 5€ le tome), ce qui encourageait à acheter plus de titres chez eux.
Il fût un temps où j’aurais pu acquérir tout leur catalogue, à l’exception des séries de Masakazu Katsura ; pour ces-dernières, j’étais prêt à les acheter les yeux fermés en tant que fan de Wingman, heureusement un ami me prêta ses tomes de I’’s et DNA², qui me permirent d’éviter de faire une grosse bêtise. Le temps passant, leurs nouveautés ont hélas! commencé à présenter moins d’intérêt à mes yeux, tandis que leurs classiques connaissaient des arrêts de commercialisation ; restaient bien quelques séries des années 80 – dont Wingman, justement – et j’ai commencé Jojo’s Bizarre Adventure, mais l’orientation globale à base de young et de petites culottes m’attire moins qu’auparavant. Nous ne sommes pas à l’abri d’une bonne surprise, mais entre leur politique actuelle, la disparition de vieilles licences qui auraient encore pu me pousser à passer à la caisse, et leur communication, je doute que Tonkam conserve longtemps sa place de second éditeur dont je possède le plus grand nombre de séries. Cela me peine un peu.

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3 commentaires pour Le Coin des Editeurs – spécial 20 ans de manga !

  1. a-yin dit :

    Je crois que tu le sais déjà, on partage un peu ce désert Ki-oon toi et moi dans nos collections. Pour ma part, j’ai Cesare, Bride Stories, Goggles et bientôt Coffee Time. Mais clairement, je ne me retrouve pas trop dans leur catalogue et c’est frustrant car j’aime bien leurs éditions! J’ai un peu le problème avec Kurokawa d’ailleurs (et j’ai arrêté Magi).

    Sinon, j’ai aussi un peu le même constat que toi dans mes éditeurs en nombre. Pour le moment, j’ai tout compté, même les séries que j’aimerais vendre un jour (mais je suis patiente en général…), sachant en plus que j’ai du « retard » (je n’aime pas ce mots):
    – Kana: 201 volumes, 26 séries dont 8 one-shot
    – Tonkam: 185 volumes, 20 séries dont 7 one-shot
    – Glénat: 159 volumes, 9 séries
    – Delcourt: 127 volumes, 18 séries dont 8 one-shot

    Glénat doit surtout sa place grâce à One Piece et Kenshin, deux séries que je souhaite vendre. Après, avec les éditions étrangères, le jeu est faussé. Maison Ikkoku et Tokyo Babylon auraient pu se retrouver chez Tonkam mais je les ai en allemand. De même pour Naru Taru et Ranma 1/2.

    Je suis surprise par le nombre de manga Delcourt 😮 !

    Pika n’a jamais été ma tasse de thé:
    – Happy Mania
    – Katsu!
    – Mokke
    – 7 SEEDS
    – Darren Shan
    C’est peu pour un éditeur qui existe depuis si longtemps 🙂 . Et je n’ai même pas leurs hits… Il est possible que je commence Seven Deadly Sins, mais je suis bien embêtée par la place >_< .

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  2. Taka dit :

    Concernant les éditeurs, j’ai commencé à lire des mangas grâce à J’ai Lu, ce qui est logique pour un grand fan de Captain Tsubasa. J’ai également acquis les autres séries de l’auteur, et notamment Le loup du stade que je conserve aussi précieusement (dommage que cette série ne compte que 2 tomes…).
    Par la suite, j’ai acheté des série du catalogue de Tonkam comme Hikaru no Go, qui fut également un gros coup de cœur, mais surtout I’ll Crazy Kouzu Basketball Club, qui reste encore aujourd’hui mon titre préféré.
    Chez Kana, j’ai lu Slam Dunk, et j’ai également acheté les premiers tomes de Naruto (Ahah…).
    Du côté de Glénat, j’ai commencé avec Black Cat qui est toujours un incontournable pour moi.
    Récemment j’ai acquis les tomes de La Tour Fantôme, un titre intéressant que je vais continuer à suivre.
    Ki-oon est l’éditeur qui est le plus représenté dans ma bibliothèque avec des titres comme The Arms Peddler, Barakamon, Pandora Hearts, Green Blood, etc.
    Dernier coup de coeur de l’éditeur : A Silent Voice.
    Grosse déception : King’s game…
    J’attends avec impatience Your lie in april. 🙂

    Éditeurs que je suis beaucoup ces derniers temps : Komikku et Akata.
    Je trouve que ces « jeunes » éditeurs ont des séries vraiment très intéressantes et « coup de point », comme Daisy et Orange pour Akata.
    Pour Komikku, j’aime beaucoup Le chef de Nobunaga et le Nouveau Tom Sawyer qui me fait un peu voyager. 😉

    J’aimerais avoir ton avis sur un éditeur que tu n’as pas cité, Ototo ?

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  3. Gemini dit :

    Ototo n’est jamais qu’un label de Taifu Comics, désormais trop connoté yaoi/yuri ; quand je parle de l’un, cela englobe l’autre.

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