La Reine du Fond des Temps, ou le souvenir d’une femme

Le 9 Septembre 1999 à 9h 9min 9s, une planète géante, Râ Métal, va percuter la Terre, provoquant sa destruction. Pour empêcher une telle catastrophe de se produire, des savants du monde entier essayent par tous les moyens de trouver une solution.
Dans le même temps, les parents du jeune Edouard sont assassinés sous ses yeux ; immédiatement, de nombreuses organisations se mettent à sa poursuite, afin de récupérer les plans d’un appareil sur lequel travaillait son père.

Lorsque j’avais 6 ans, j’ai été marqué par l’image d’une femme. Un personnage de dessin-animé. Bien plus tard, devenu passionné par l’animation japonaise, j’ai cherché à retrouver cette femme et sa série. J’ai fini par identifier Opale (Yukino), et La Reine du Fond des Temps (Sennen Joō). La série n’a pas fait date à la télévision française, et pour vous dire la vérité, je n’aurais jamais eu l’idée de la regarder sans ce souvenir.
Si je l’ai aisément retrouvé, c’est que Opale ressemblait trait pour trait à Maetel, l’héroïne de Galaxy Express 999 (Ginga Tetsudo 999), mais sans son éternel manteau noir. J’en avais déduit que l’auteur était le même pour les deux titres, et je ne m’étais trompé. La Reine du Fond des Temps est à l’origine un manga de Leiji Matsumoto, qu’il écrivit entre 1980 et 1983. A vrai dire, il s’agissait d’un projet multi-support, qui connut deux versions animées : une série TV de 42 épisodes en 1981, et un film en 1982, connu à l’international sous le nom de Queen Millenia.
S’ils partent d’une histoire commune, les deux animes abordent des styles différents. Le film présente un monde plus futuriste, et se concentre sur son esthétisme et l’émotion pour accompagner la sublime musique évanescente de Kitaro. La série, quant à elle, se veut plus réaliste, et se focalise sur son scénario.

Le titre complet Shin Taketori Monogatari Sennen Joō fait référence à un classique du folklore japonais : Taketori Monogatari, le « Conte du Coupeur de Bambou », aussi appelé Le Coupeur de Bambou et la Princesse Kaguya.
Cette histoire raconte comment Taketori-no-Okina – le « vieillard coupeur de bambou » – désespéré de n’avoir eu d’enfant, trouve un jour un minuscule bébé, que sa femme et lui décident d’adopter. Ils la nomment Kaguya-hime, la « Princesse Lumineuse ». Dès cet instant, la fortune commence à sourire au vieux coupeur de bambou. Le temps passant, Kaguya grandit pour devenir une belle jeune femme. Tellement belle que tous les hommes se pressent pour demander sa main. Pour les éconduire, elle leur impose des épreuves impossible à accomplir. Les légendes sur sa beauté arrivent jusqu’aux oreilles de l’Empereur, qui décide à son tour de la demander en mariage ; celle-ci refuse une nouvelle fois, prétextant qu’elle ne peut venir habiter au palais, ne venant pas de notre monde.
A la fin, il est révélé que Kaguya venait de la Lune, et son peuple vient la chercher, au désespoir de ses parents et de l’Empereur.
Dans la série, c’est évidemment Opale qui représente cette Princesse de la Lune. Quant à son rôle exact, je n’en dirai rien.

Ce qui m’a amusé lorsque j’ai découvert La Reine du Fond des Temps, c’est qu’elle se passe dans le futur… en 1999. C’est ce qui arrive lorsque nous regardons de vieux animes. Néanmoins, les auteurs avaient eu la bonne idée de ne pas partir pour autant dans un délire technologique ou architectural, à la différence du film.
L’histoire commence lorsque le Professeur Eucalyptus (Amamori-sensei) identifie une planète nouvelle dans le système Solaire, à laquelle il faut 1000 ans pour effectuer une rotation autour du Soleil. Horreur : la trajectoire atypique de cette planète va croiser celle de la Terre le 9 Septembre 1999, et entrer en collision avec elle !
Dans le même temps, il décide de recueillir son neveu Édouard (Hajime Amamori), dont les parents viennent de mourir dans ce qui ressemble à un accident ; mais depuis, le jeune garçon est pourchassé par de sinistres personnages, qui disent en avoir après la dernière invention de son père, dont ils pensent qu’il détient les secrets.
Dès qu’il la rencontre, Édouard tombe en admiration devant Opale (Yukino Yayoi), l’assistante de son oncle. Mais il va vite découvrir que cette femme magnifique cache de nombreux secrets, et en sait beaucoup plus sur cette mystérieuse planète qu’elle ne veut bien le dire. Elle-aussi cherche à récupérer l’invention de son père.

A la différence des autres séries de l’auteur – et c’est probablement pour cela qu’elle n’a pas fait date – celle-ci se déroule dans notre monde, notre réalité, et finalement notre époque, puisque le Tokyo de 1999 n’est pas si différent de celui de 1981. Ici, pas de vaisseaux spatiaux, de trains transdimensionnels, ni même de cowboys ou de soldats japonais pendant la Guerre du Pacifique, rien que la normalité et le quotidien. Du moins, c’est comme cela que tout commence. Et c’est cette normalité qui va rendre la suite des événements si incroyable, avec d’abord un scénario catastrophe – la collision avec Râ Métal – qui va progressivement laisser place aux mystères, aux complots, et peut-être même à la science-fiction et au drame.
La Reine du Fond des Temps compte avant tout sur son intrigue, sur ses retournements de situation, sur ses nombreuses révélations, et bien sûr sur ses dialogues. Le manga a la réputation d’être très bavard, cela vaut aussi – mais dans une moindre mesure – pour cet anime. Nous suivons Édouard, et nous n’en saurons jamais tellement plus que lui. Tout comme lui, nous aurons du mal à saisir le vrai du faux dans le peu qu’accepte de révéler Opale ; et à chaque instant, nous ne pourrons que nous demander à qui faire confiance et s’il a fait les bons choix. Je trouve agréable ce scénario qui ne prend pas le spectateur pour un imbécile, avec ses nombreuses forces en présence et l’absence d’un ennemi clairement identifié d’entrée ; entre les mensonges et les faux-semblants, difficile parfois de savoir où se cache la vérité. Pour autant, l’écriture est limpide, jamais abusivement complexe, cela se suit sans le moindre problème.

La série accuse son âge. C’est une évidence. Sauf concernant les musiques, superbes, signées Ryudo Uzaki (Kamui no Ken) et Tomoyuki Asakawa (Candidate for Goddess) ; dommage qu’une partie n’ait pas été conservée pour la version française. Le réalisateur, quant à lui, était loin d’être un débutant à l’époque, puisqu’il avait déjà travaillé sur la série TV de Galaxy Express 999 ; c’est donc un habitué du style de l’auteur et de ses thèmes de prédilection, et il nous livre un travail propre qui accompagne parfaitement le récit.
Une des raisons derrière le désamour de cette série, c’est peut-être son rythme. Ou du moins, il faut attendre plusieurs épisodes avant que l’histoire ne commence pour de bon, et par là j’entends pour qu’elle révèle ses premiers secrets. Si les mystères entourant la planète Râ Métal, la disparition des parents d’Édouard, et l’identité d’Opale ne vous passionnent pas, vous risquez effectivement d’avoir du mal à aller très loin dans cette série ; j’ai accroché d’entrée, mais je sais que ce ne fût pas le cas pour d’autres spectateurs. La Reine du Fond des Temps se démarque par son scénario et par les révélations qui le ponctueront, mais certainement pas par son action ou son rythme endiablé.

La Reine du Fond des Temps est aujourd’hui un anime (injustement) oublié. Ne comptez donc pas sur une sortie DVD ou sur du fansub pour le regarder ; mais il y a toujours des moyens de se débrouiller, à condition de parler Japonais ou de ne pas bouder la version française.
La VF, justement, souffre des tares classiques de l’époque : noms francisés, nombre réduit de comédiens pour prêter leur voix aux personnages – Marc François (Shiryu et Hyoga dans Saint Seiya) semble doubler absolument tous les personnages secondaires – la série possède en outre un des plus mauvais génériques français que je connaisse, pourtant interprété par la grande Claude Lombard. A sa décharge, si ce générique est incompréhensible, c’est qu’il utilise les noms italiens des personnages… Tout comme les autres séries diffusées sur La Cinq, celle-ci a probablement été traduite depuis l’Italien.

J’aimerais fermer cet article sur une note amusante. Vous connaissez peut-être feu Carl Macek, un producteur de la société américaine Harmony Gold, qui eut jadis l’idée de mélanger 3 animes pour créer une série inédite : Robotech. Moins connu, il s’avère qu’il n’en était pas resté là : en 1985, il imagine Captain Harlock and the Queen of a Thousand Years, série mélangeant La Reine du Fond des Temps et Albator 78. Nous avons eu de la chance de ne jamais avoir eu ça en France, et encore, je pense que nous n’y avons échappé que parce que Albator 78 avait déjà été diffusé chez nous.

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