Le volleyball, un sport de gonzesses

C’est un sujet que j’ai déjà survolé par le passé, mais sur lequel j’avais envie de revenir le temps d’un article : Jeanne & Serge. A l’occasion de la tenue prochaine de la Coupe du Monde de Football, j’ai donc décidé de parler de volleyball.

Quand j’étais gamin, deux séries sportives dominaient toutes les autres : Olive & Tom et Jeanne & Serge. La première sur le football, la seconde sur le volleyball. La première avec un héros, la seconde avec une héroïne. Pendant longtemps, cela a imposé en moi l’image du volleyball comme un sport féminin ; à tel point que j’ai pu trouver original un Haikyu!! pourtant basique, simplement parce que les joueurs sont de sexe masculin.
Ce que le succès de ces deux titres pourrait nous faire oublier, c’est qu’ils ne furent pas les seuls consacrés à leurs sports respectifs. D’un côté, nous trouvons L’École des Champions – le seul à avoir résisté un tant soit peu au rouleau compresseur adverse – But pour Rudy, ou plus tard Hurricanes, et de l’autre Les Attaquantes et Smash. Et aussi incroyable qu’il y paraisse, toutes ces séries sur le football mettent en scène des équipes masculines, et celles sur le volleyball des équipes féminines. Cela ne s’invente pas.

- C'est normal qu'on soit toujours à poil ? - Pas grave, nous sommes dans un shôjo : aucun garçon ne regarde.

– C’est normal qu’on soit toujours à poil ?
– Pas grave, nous sommes dans un shôjo : aucun garçon ne regarde.

Alors, qu’est-ce qui fait du volleyball une discipline aussi féminine, du moins au Japon ? Je vois deux éléments de réponse, dont un se cache justement quelques lignes plus haut : Les Attaquantes.
Les Attaquantes, ou Attack No.1 en VO, reste encore aujourd’hui un des animes les plus populaires au Japon. Produite entre 1969 et 1971 d’après un manga de Chikako Urano, la série compte 104 épisodes et a connu un immense succès. Et comme toute industrie aime les recettes qui marchent, il n’est pas très étonnant que des titres similaires aient suivi.
En Europe, elle provoquera un engouement similaire en Italie, à tel point que nos amis transalpins décideront d’importer d’autres animes sur le même thème, jusqu’à adapter les dialogues de Jeanne & Serge pour créer un semblant de lien entre les deux, leurs héroïnes respectives devenant cousines pour l’occasion.
En France, c’est La Cinq – propriété du groupe diffusant déjà ces animes en Italie – qui proposera dans un premier temps Jeanne & Serge, qui connaitra le destin que nous lui connaissons.

Néanmoins, au-delà de l’aura des Attaquantes, un autre facteur explique cette domination féminine : le palmarès de l’équipe nationale japonaise. Lorsque l’anime de Jeanne & Serge sort en 1984, elle est déjà triple championne du monde, et double championne olympique, même si elle n’a pas pu défendre son titre lors des Jeux de Moscou 1980 faute d’y participer. Mais 1984, justement, c’est l’année des Jeux de Los Angeles, et le volleyball féminin représente pour le Japon une de ses principales chances de médaille (l’équipe repartira avec le Bronze).
Jeanne & Serge est ce que j’appellerai une série événementielle, comprenez par là qu’elle a été produite à l’occasion d’un événement précis. Ce n’est pas un cas isolé, puisque l’adaptation de Captain Tsubasa : Road to 2002 fût réalisée pour la Coupe du Monde en Corée du Sud / Japon de 2002, et celle de Giant Killing pendant l’édition 2010.

Concrètement, Jeanne & Serge est un projet multi-support, mais dont le manga et l’anime ne répondent pas du tout aux mêmes impératifs.
Déjà, car le manga est un shôjo du fait de sa publication dans le magazine Nakayoshi, là où l’anime – malgré son héroïne – est beaucoup plus unisexe, comme le montre notamment (dans la version non censurée) la proportion de Jeanne à dévoiler sa culotte panda, ou à prendre des douches avec ses coéquipières.
Cette différence explique un traitement radicalement opposé. Dans le manga, le sport n’apparait que comme un moyen de s’épanouir et de se lier avec d’autres personnes ; si Jeanne émet le souhait de passer professionnelle, elle va au lycée comme n’importe quelle fille de son âge et profite de sa jeunesse. Au contraire, l’anime fait de l’arrivée de son héroïne dans l’équipe nationale une priorité, alors qu’elle aborde l’histoire en pure débutante ; cela impose non seulement qu’elle doit absolument remporter ses matchs, mais aussi qu’elle décide d’intégrer une équipe professionnelle en parallèle du lycée. Le traitement du sport en appelle énormément à des valeurs que nous retrouvons traditionnellement dans des shônen, comme le dépassement de soi, les personnages suant sang et eau pour atteindre la victoire et leurs objectifs ; la musique va dans ce sens avec des thèmes entrainants, résolument rock, avec même quelques relents de marche militaire.

Les personnages secondaires mettent parfaitement en valeur ces divergences. D’un côté, Peggy est une amie, et de l’autre, une rivale (mais une amie quand même un peu). L’entrainer Daimon, lui, passe d’un homme affable à un être tyrannique qui est prêt à frapper ses joueuses pour les faire progresser (ne cherchez pas la logique).
Dans le manga, Jeanne ne deviendra jamais professionnelle ; ou du moins, nous arrêtons de suivre son quotidien alors qu’elle appartient au club de son lycée, et nous ne savons pas ce qu’elle deviendra par la suite. Dans l’anime, elle s’envole pour les Jeux Olympiques avec ses coéquipières, montrant là encore que c’est bien pour cette raison qu’il fût produit ; et si la diffusion s’est achevé plusieurs mois après la fin des Jeux de Los Angeles, il faut savoir que Jeanne participe en réalité aux qualifications pour les Jeux de 1988, qui se déroulent à Séoul donc à proximité du Japon, un objectif qu’elles ne doivent pas manquer.
Les Japonaises finiront au pied du podium.

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5 commentaires pour Le volleyball, un sport de gonzesses

  1. a-yin dit :

    Je suis surprise par le nombre de scènes à poil dans ce dessin animé! Je n’avais plus souvenir de tout ceci xD !

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  2. Gemini dit :

    Et pour cause ! Cet anime a subi une censure en deux étapes : une en Italie, puis une en France par dessus les masters italiens. Donc exit la majorité des scènes de douche et celles où l’entraineur frappe ses élèves.

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  3. Tama dit :

    J’ai vu pour la première fois Jeanne & Serge plusieurs années après sa première diffusion à la Tv française et ça m’avait déjà bien marqué l’aspect douches et culottes. Par contre, il m’a fallu quelques années pour comprendre l’histoire avec la fameuse cousine « mimi » que l’on ne voyait jamais alors qu’elle était sensée être championne mondiale.
    Daimon j’avais trouvé ça atroce, je pensais qu’il n’y avait que dans les vieux shonens/shojo de sports que les entraîneurs se conduisaient comme des conn*rds pareils jusqu’à ce que récemment je tombe sur une vidéo d’entrainement de joueuses japonaises. Le type ne les frappait pas mais ça revenait presque au même. Il leur envoyait des ballons qu’elles devaient réceptionner, jusqu’à ce que mort s’en suive s’il le faut, et tant pis si elles s’en prennent dans la tronche au passage. Faut m’expliquer le côté pédagogue de l’affaire parce que je ne le vois pas très bien…
    Mais il n’empêche que même en n’ayant vu cette série des années après, malgré le côté vieillot, la censure, etc…ça donnait quand même envie de faire du volley.
    (Sinon je les aime bien les petits de chez Haikyu!! )

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  4. Madelina dit :

    J’ai le coffret DVD, et c’est toujours amusant de voir quelles scènes ont été censurées lors du passage en VF (parfois c’est vraiment n’importe quoi). Ca vaut le coup, ne serait-ce que pour redécouvrir cette série culte en japonais…

    L’anime contient des scènes abusées parfois (voir le comportement de Jeanne avec son petit frère… ou celui de Daimon), mais il n’a rien perdu de son charme aujourd’hui. Comme Slam Dunk donnait envie de se mettre au basket, Jeanne et Serge donne envie de faire du volley. Je ne sais pas si le manga est un shoujo, mais l’anime ressemble plutôt à un shounen avec un traitement très nekketsu. Cela semble être la règle dans les séries sportives… Par contre, les scènes de fan service sont effectivement très surprenantes quand on n’a pas été habitués à ça dans la VF! ^^

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  5. Johnny dit :

    Voici un article sur les scènes censurées en Italie :
    http://japon.canalblog.com/archives/2007/09/30/6380271.html

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