Le syndrome de la fin d’anime

Salut à tous. Comme vous l’aurez certainement remarqué, je ne suis pas hyper actif en ce moment, mais j’ai des excuses.
Pour ce retour aux affaires, j’ai choisi un sujet brûlant comme la braise : les fins de série d’animation. Vaste problématique.

Tout d’abord, pourquoi un tel sujet ? Tout simplement car je suis en train de regarder l’excellent Yowamushi Pedal, et que nous nous dirigeons lentement mais sûrement dans le mur. Par là, j’entends que cet anime sera incapable de nous proposer une fin satisfaisante. Ne cherchez pas, c’est mathématique.
Yowamushi Pedal est ce que nous pourrions appeler un shônen sportif, et à ce titre, il suit un déroulé très précis : découverte de la discipline par le personnage principal (à noter qu’il pourra aussi être un athlète selon la série), entrainement, confrontation, compétition, « c’est la dernière année de nos sempaï », ultime dépassement de soi, victoire. Très peu de titres, comme Hungry Heart Wild Striker, osent remettre en cause cette mécanique bien huilée.
Seulement, franchir toutes ces étapes prend bien souvent du temps, à plus forte raison si le manga est un succès, et réclame un nombre conséquent d’épisodes lors de son adaptation. Or, Yowamushi Pedal se décompose de la façon suivante : la compétition commence à l’épisode 22, se déroule sur 3 jours, le premier jour monopolise 9 épisodes, et l’anime comptera 38 épisodes au total. C’est bon, vous sentez venir le mur ?

Heureusement, Yowamushi Pedal possède un atout de taille, puisqu’une suite a dores et déjà été annoncée. Son public peut donc se sentir soulagé de ne pas voir l’adaptation terminer sur un suicide artistique, de même que son studio, qui n’a pas besoin de s’inquiéter de la façon dont il devra achever son travail. Mais des séries aussi chanceuses, il n’y en a pas des masses.
Dans la majorité des cas, une adaptation est produite en parallèle de la publication d’un manga, les deux supports devant s’apporter une publicité mutuelle. Néanmoins, les deux évoluent aussi indépendamment, et un anime s’arrêtera presque toujours bien avant son manga ; les exceptions ne concernant que des séries à succès, ou des animes qui ont réussi à développer une existence propre, au-delà de leur format d’origine. Mais des cas aussi particuliers – comme Sazae-san, dont la mangaka nous a quitté il y a plus de 20 ans, mais dont l’anime continue de battre des records d’audience – je peux vous assurer qu’ils ne courent pas les rues.

Ce qui nous amène à la question de la longueur de l’adaptation. Pendant des années, nous avons eu deux cas : les manga les plus populaires avaient droit à des animes protéiformes avec un nombre d’épisodes virtuellement illimité – situation qui autorisait la production de scénarios inédits – et les autres signaient pour une ou plusieurs saisons en fonction de leur succès. Dans la première catégorie, nous trouvions notamment tous les cartons du Shônen Jump, tels que Naruto ou Bleach. Néanmoins, dans une industrie de plus en plus précaire, un nouveau système est apparu, utilisé par exemple pour Kuroko no Basket : celui des saisons additionnelles. En gros, le studio produit une saison de 13 ou 26 épisodes, et si ça marche, il en produit une seconde – pas forcément dans la foulée – puis une troisième, et ainsi de suite.
Le point positif, c’est qu’en mettant l’anime en pause régulièrement, il n’est plus utile de proposer du contenu inédit, technique souvent décriée qui n’a pour but que de permettre au mangaka de prendre de l’avance dans le récit.
Le point négatif, c’est que nous ne savons pas toujours quand une adaptation va s’arrêter. Ni comment.

Quand un studio adapte une œuvre en cours – manga, roman, que sais-je – tout en sachant de combien d’épisodes il dispose, plusieurs options s’offrent à lui.
Première possibilité : Il décide de considérer son anime comme une œuvre à part entière, indépendante et auto-suffisante, quitte à s’éloigner progressivement du récit d’origine, et à apporter une conclusion inédite. Bien souvent, nous n’aboutissons qu’à des fins précipitées et maladroites – Claymore, pour ne citer que ce gâchis – mais de temps en temps, le studio accouche d’une série bénéficiant d’une identité unique. Et là, je pense évidemment à Fullmetal Alchemist, et à son final aussi brillant que différent de celui de Hiromu Arakawa.
Seconde possibilité : Il joue sur le rythme de son récit pour s’arrêter à un moment charnière du titre d’origine, du moins lorsque c’est possible. L’exemple parfait reste Chihayafuru, dont la première saison se ferme à la fin de la première année de lycée des protagonistes ; même si tous les enjeux ne sont pas résolus, ce choix ne la rend absolument pas frustrante, ou en tout cas bien moins que si elle s’était achevé en plein milieu d’une confrontation.
Enfin, troisième possibilité, le Kamikaze : Il adapte sans réfléchir aux conséquences, tant qu’il a des épisodes à produire, et s’il doit s’arrêter de manière brutale, pas grave : soit les spectateurs iront vers le matériau d’origine – pas toujours possible en dehors du Japon – soit ils râleront suffisamment forts pour qu’une suite soit mise en chantier. Le temps n’est pas un problème : il a fallu 20 ans pour transposer 28 tomes de Saint Seiya. Parfois, nous obtenons bel et bien une suite, comme avec Saki, et parfois, nous avons Kôkaku no Regios.

Nous avons aussi ce que j’appellerai la technique d’enculés : terminer la série sans terminer l’histoire, puis obliger les spectateurs à acheter des OAV pour obtenir la conclusion. Wolf’s Rain, 26 épisodes dont 4 résumés, et 4 OAV pour compenser. Pas besoin d’être génie pour faire le calcul. Putain de série de bâtards.
Alors oui, c’est une création originale, mais l’incompétence ou les impératifs du studio / réalisateur / diffuseur peuvent tout-à-fait compenser. Par exemple, l’anime se viande, ses scores sont minables, le nombre d’épisodes est revu à la baisse en plein milieu de la production. Je n’ai pas d’exemple précis en tête car je suppose que les Japonais n’ont pas très envie de communiquer quand c’est le cas, mais je soupçonne fortement [C] ; je ne vois que ça pour expliquer un rythme aussi chaotique et des ellipses aussi immondes, à moins qu’elle ait été supervisée par une chèvre.

Tout cela pour dire que les conditions sont souvent réunies pour obtenir des adaptations animées avec des fins foireuses, voire pas de fin du tout ; sachant que le « pas de fin du tout » peut fonctionner, mais uniquement pour des séries qui ne reposent que sur leurs personnages et non sur une histoire de fond, comme Lupin III.
Outre les titres déjà cités parmi les accidents industriels, j’aimerais rajouter – liste non exhaustive – Air Gear, Basara, Cynthia et le Rythme de la Vie, Enfer & Paradis, Fruits Basket, Giant Killing, Hellsing, Kuragehime, Love Hina, N°6, Negima, New Prince of Tennis, Nodame Cantabile, One Outs, Ouran High School Host Club, Ring ni Kakero, Silent Möbius, Spiral, ou encore Tytania.
Et je continue à regarder des animes. Je suis maso. Passez-moi les pince-tétons et le papier de verre.

PS : Et encore, je n’ai pas parler des adaptations de manga souffrant déjà d’une fin minable. Pas vrai Death Note ?

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4 commentaires pour Le syndrome de la fin d’anime

  1. le gritche dit :

    Il faut voir tous les minots frétiller d’impatience quand on annonce que leur manga préféré avec seulement 4 volumes au compteur va être adapté pour la saison suivante, sans piger que ça signifiera des filler et une fin tronquée ou parallèle, à la soul eater par exemple. Au final ça devient bizarre de concevoir l’adaptation par défaut comme un respect du manga jusqu’à une déviation quasi obligatoire, avec suppression d’épisodes ou arcs fillers en cas de succès, même si le 1er FMA a prouvé qu’on pouvait imaginer une excellente fin sans que ça pue la misère (c’est un cas isolé ?). Il est sans doute logique pour les japonais de concevoir le manga et son adaptation comme des produits renforçant la licence mutuellement, mais à l’étranger c’est moins évident: la fin minable de Tenjou Tenghe n’a pas forcément amenée les gens vers le manga, publié plus tardivement il me semble (déjà bien qu’il le soit). Il faut connaître les scans ou souhaiter s’y mettre, reprendre souvent le manga de zero en découvrant l’existence de la censure, etc. Du coup on perd vite confiance, sachant qu’on ne regardera pas forcément un produit important mais à prendre dans un tout mal défini. On ne devrait pas pouvoir adapter en anime à épisodes définis (13,26, etc) une oeuvre en cours de parution, à moins de prôner une adaptation libre d’emblée. Donc vive les adaptations patientes et structurées comme il faut, et vive les anime originaux…Après il ne faut pas se leurrer sur la fin des mangas: la structure imposée par la prépublication rend difficile de mettre en place sur plusieurs chapitres une fin puissante qui prend le temps d’épiloguer, pourrait-on dire 😉

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    • Gemini dit :

      Sauf que même un anime original peut se planter, et sans forcément attendre la fin : les Japonais doivent avoir tellement l’habitude d’être déçus qu’ils ne savent plus inventer de bonnes conclusions. Bon, j’exagère un peu, mais des animes originaux avec une fin foireuse, il y en a ; soit car certains impératifs obligent à apporter des modifications en cours de production, soit parce que le scénariste n’est pas doué. Casshern Sins, par exemple.

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  2. Sirius dit :

    Yowamushi Pedal c’est du bon en effet. Mais en ce qui me concerne j’ai lâché l’anime autour de la vingtaine pour lire le manga. C’était juste trop lent et les planches déchirent infiniment plus que ce soit au niveau du design ou du dynamisme. Le tout a beaucoup plus de caractère que dans l’anime je trouve…

    L’adaptation d’un long manga, ça sent toujours le plan foireux. Parfois c’est bien géré remarque. Pour Ouran, par exemple, je trouve plutôt bien comme l’anime s’arrête car j’ai plutôt souvenir que le manga traîne en longueur.

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