BiTS #19 : Youtubers et Crossmédia

Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de revenir sur le dernier numéro de BiTS, une émission que je vous ai présenté récemment. Avant de passer au vif du sujet, je vous invite donc à la regarder.

La vidéo est intéressante, même si pour une fois, j’aurais des reproches à faire à l’émission. Déjà, car je pense qu’il existe plusieurs catégories de comiques, et de youtubeurs au sens large. Norman, Cyprien, ou Antoine Daniel n’ont, à mon sens, qu’un lien ténu avec le Golden Moustache ou le Studio Bagel, car les concepts ne sont pas les mêmes.

Dans le premier cas, nous avons des personnes qui se présentent, dans leur démarche, comme des internautes lambda. Ils sont chez eux, se filment avec des moyens apparemment limités, et instaurent une proximité avec leur public. Le spectateur doit penser qu’ils sont comme lui. Sauf que c’est faux. Déjà parce que ce sont des créateurs de contenu – alors qu’eux seront dans l’immense majorité des consommateurs de contenu – et surtout parce qu’à partir d’un moment, ils arrivent à vivre de leurs vidéos. Et tant mieux pour eux si cela leur rapporte de l’argent. Là où je me montre plus dubitatif, c’est quand ces mêmes humoristes ou chroniqueurs font de la publicité sans annoncer la couleur, sous couvert du : « Regardez, je suis comme vous, donc si j’aime ce produit, vous l’aimerez aussi ».
Je crois que la question que cela soulève, c’est la différence qui peut exister entre l’amateur et le professionnel. Le spectateur fera plus aisément confiance à l’amateur, notamment en terme de critique (il suffit de voir la défiance à l’égard de la presse JV). Or, je crois que nous avons affaire à des professionnels qui pour certains continuent à se faire passer pour des amateurs, un peu comme Kev Adams continuera de se faire passer pour un adolescent jusqu’à ses 50 ans. Or, si cela les aide à attirer le public, cela représente forcément un frein lorsqu’ils désirent sortir de leur cadre habituel, comme tourner dans des publicités (non déguisées) ou même des long-métrages ; tout simplement car ils ne peuvent plus prétendre être des amateurs : ils deviennent des acteurs/humoristes rémunérés comme les autres, et perdent de fait ceux qui les appréciaient en tant qu’amateurs.

Le Palma Show, le Golden Moustache, et les autres groupes similaires n’ont pas du tout la même démarche : ce sont des professionnels qui utilisent le média internet pour gagner leur vie, et pour profiter de la visibilité que leur offre ce média. Internet constitue pour eux un formidable vivier de talent, ce qui ne les rend plus tributaire de la télévision ou de la radio (même si certains ont fait leurs classes notamment dans On ne demande qu’à en rire). Et ils ont bien raison d’en profiter. Toutefois, même s’ils sont plus jeunes que la majorité des professionnels de l’humour, ils ne cultivent pas pour autant une proximité avec le public, et ne se filment pas dans leur environnement quotidien ; ils préfèrent se mettre en scène, et nous sentons un investissement plus important de leur part. Donc quand ils ont l’opportunité de changer de média, cela ne choque personne : c’est leur métier qui veut ça.
Vous me direz, il y a humoriste et humoriste. Nous pourrions parfaitement voir Norman et Cyprien comme des adeptes du stand-up, dont les pratiquants communiquent plus aisément avec leur public et n’ont pas forcément besoin d’accessoires particuliers. Seulement, un spectacle de stand-up se fait sur scène, et en nous invitant chez eux, ils ont cassé les codes et créé une nouvelle forme d’expression ; certes, en démarrant amateur et sans savoir si cela marcherait, ils n’avaient pas le choix, mais ils ont ensuite largement profité de ses contours encore flous.

Pour pousser ma réflexion jusqu’au bout, je pense qu’ils ont créé un concept qui ne pouvait exister que sur un média aussi libre qu’internet, mais qu’ils n’arrivent pas à s’en échapper. Sur Youtube, tout le monde peut s’exprimer, qu’il soit professionnel ou amateur ; là où un rendez-vous régulier sur scène ou à la télévision suppose forcément que la personne est un professionnel. Ces humoristes jouent sur leur propre ambiguïté, qu’ils trouvent sans doute pratique, mais quitter leur média d’origine met nécessairement fin à cette ambiguïté toute relative ; ils n’arrivent plus à attirer, en tant que vrais professionnels, le public qu’ils avaient réussi à générer en tant que faux amateurs. L’échec cuisant de Pas très normales activités le montre clairement.

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