Deux bonnes raisons (au moins) de lire des comics en VO

Je lis de plus en plus de comics, pour autant, j’ai constaté que j’en achetais de moins en moins dans la langue de Molière. Quant aux raisons, vous les trouverez ci-dessous.

Première raison : le choix. Cela peut sembler évident – c’est comme avec les manga, tout ne sort pas en France – mais si vous n’êtes pas vous-mêmes lecteurs de comics, vous n’imaginez peut-être pas à quel point.
Laissez-moi vous expliquer la situation. Aux USA, le marché du comics est outrageusement dominé par deux maisons que tout le monde connait : Marvel Comics (Walt Disney) et DC Comics (Warner Bros). Les deux existent depuis plus de 80 ans – même si elles ont changé de nom entretemps – et dépassent allègrement la centaine de publications mensuelles. Vous pouvez donc imaginer qu’elles ont constitué, au fil du temps, un catalogue absolument extraordinaire.
Par contre, si vous pensez que les éditeurs français peuvent piocher dedans à l’envie, vous vous foutez le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate !

En effet, les Américains ont fait le choix de l’exclusivité : les seuls autorisés, en France, à acquérir leurs séries, sont respectivement Panini Comics (pour Marvel Comics) et le récent Urban Comics (créé spécialement pour accueillir DC Comics).
Concrètement, cela signifie que leurs concurrents – Delcourt, Glénat, Le Lombard, etc… – doivent se contenter des autres maisons anglo-saxonnes, tels que Dark Horse Comics, IDW Publishing, Image Comics, Avatar Press, Archie Comics, Bongo Comics, ou encore Fantagraphics. Cela limite leurs possibilités.
Comme vous pouvez vous en douter, ni Panini Comics ni Urban Comics ne possèdent la structure nécessaire pour publier tout ce qui sort actuellement chez leurs partenaires américains. Ne parlons même pas de leurs anciennes séries. Ils doivent donc faire des choix. C’est d’autant plus vrai pour Urban Comics, qui s’emploie actuellement à rééditer des titres dont le succès a déjà été éprouvé chez la concurrence, avant qu’ils ne s’attribuent le catalogue DC Comics.
Pour ne rien arranger, il ne faut pas imaginer que Panini Comics et Urban Comics se contentent de ce qu’ils ont : cela ne les dérange pas, malgré ces exclusivités, de publier des séries de IDW Publishing (My Little Pony : Friendship is Magic) ou de Image Comics (Saga) au nez et à la barbe de Delcourt et consort…

La situation actuelle, la voici : nous avons d’un côté deux machines de guerre avec un accès réservé à près de 75% de la production américaine, mais qui ne peuvent sortir qu’un nombre limité de titres, et de l’autre des concurrents qui doivent se contenter de faire les poubelles. Et cela mène à des situations absurdes. Ainsi, aucun des titres à l’origine de la collection Vertigo (label de DC Comics) n’est actuellement disponible en France, à l’exception du Sandman de Neil Gaiman. Cela inclue Doom Patrol et Animal Man par Grant Morrison, Black Orchid par Neil Gaiman, et même – aussi incroyable que cela puisse paraitre – Swamp Thing par Alan Moore. Toujours chez Vertigo, nulle trace du Preacher de Garth Ennis et des Invisibles de Grant Morrison. Des séries mythiques aux USA, introuvables en France, qui pourraient faire le bonheur d’autres éditeurs français, mais qui leur restent hélas inaccessibles. C’est du grand n’importe quoi.

Urban Comics semble peu porté sur les classiques, passés Batman et quelques anthologies. Anthologies qui ne donnent qu’un aperçu d’une œuvre. Je suis d’ailleurs surpris de les voir sortir Kamandi. Enfin, là, je ne peux pas trop leur jeter la pierre : il reste nombre d’excellents classiques à acquérir pour leurs concurrents, mais ils ne le font pas, sans doute car leur potentiel commercial est jugé insuffisant en France. Des titres comme American Flagg, Alien Legion, Big Guy and Rusty the Boy Robot,…
Notons au passage que Delcourt s’occupait jusque-là des adaptations de Star Wars, comme il s’agit de séries Dark Horse Comics. Sauf que, si vous avez bien suivi l’actualité, vous savez que cette licence a été depuis récupérée par Walt Disney. Walt Disney qui possède Marvel Comics. Marvel Comics qui travaille exclusivement avec Panini Comics. Coup dur pour Delcourt.

Le choix est donc incomparable du côté de la VO, et cela concerne beaucoup plus d’incontournables que les manga. Non seulement nous n’avons droit qu’à une fraction de ce qui parait actuellement aux USA – sur les 52 séries principales de DC Comics, Urban Comics ne doit en publier qu’une vingtaine – mais les Américains n’hésitent pas à valoriser leur patrimoine au moyen de nombreuses rééditions. Prochainement, Marvel Comics va ressortir Miracleman, que j’attends avec impatience.
Bien sûr, le marché français possède déjà une grande richesse – notamment depuis l’arrivée de Urban Comics – et nombre de lecteurs s’en satisferont. Mais il manque énormément de titres indispensables, en raison notamment de ces problèmes d’exclusivité.
Malheureusement, tout n’est pas non plus disponible en VO. Je voulais lire The Question par Dennis O’Neil – du Vertigo – mais rien à faire, les premiers tomes ne se trouvent plus.

Dernier point concernant le choix, Urban Comics et Panini Comics publient plusieurs séries en cours aux USA ; mais en raison de leurs plannings déjà chargés, ils donnent évidemment la priorité aux titres les plus porteurs – notamment en fonction de l’actualité – et aux nouveautés. D’où des conséquences qui feraient hurler d’horreur les lecteurs de manga, concernant les délais entre deux tomes d’un même comics.
Prenez Batwoman. La série fût une des premières reprises par Urban Comics, qui rattrapa rapidement la parution américaine. Mais depuis, elle ne figure plus parmi leurs priorités : alors que le 3ème tome est sorti depuis Septembre 2013, celui-ci n’est pas prévu chez nous avant la fin de l’année. Ce n’est pas un cas isolé : sur les séries de The New 52, il y a celles à fort potentiel que l’éditeur sort presque en même temps que dans leurs pays d’origine – Wonder Woman, Batman,… – et celles pour lesquelles il faut se montrer des plus patients, comme Catwoman et, vous l’aurez compris, Batwoman. Tant pis pour les lecteurs de la version française.

L’autre raison peut sonner comme une excuse, mais justement, vous pourrez toujours vous en servir si vos proches condamnent vos lectures : cela permet de travailler son Anglais. J’estime qu’un niveau de lycéen suffit à bien comprendre les comics VO dans les grandes lignes, mais cela fournit aussi une bonne méthode pour s’améliorer, beaucoup plus motivante que les cours et d’une efficacité qui ne se dément pas.
Toutefois, cela ne fonctionne pas avec toutes les séries. Scalped recourt à un langage particulièrement vulgaire et argotique, ce qui le rend difficile à appréhender même pour un lecteur habitué, et le vocabulaire qu’il fournit ne vous aidera pas à briller en société. Dans le même ordre d’idée, Garth Ennis retranscrit les accents des personnages de Preacher – irlandais, cajuns, ou encore texans – au moyen de prononciations qui feraient exploser n’importe quel correcteur d’orthographe.
Et pas la peine d’aller vers les publications les plus adultes pour trouver un Anglais douteux. Prenez X-Men : si les particularités de Nightcrawler et Colossus s’expriment à travers l’utilisation de termes étrangers comme « katzen » ou « tovarich », Gambit et Rogue sont quant à eux souvent à la limite de l’incompréhensible, le premier pour son horrible franglais, la seconde pour son accent redneck à couper au couteau (même si elle s’est amélioré depuis les années 80).
Pour résumer, vous pouvez vous servir de l’apprentissage de la langue comme argument, mais toutes les lectures ne vous aideront pas à vous améliorer. Enfin, la plupart si.

Néanmoins, lire des comics VO présente aussi des désavantages qu’il faut connaitre. Ou du moins, tout dépend de votre façon de les consommer et de les appréhender.
Déjà, excusez-moi si j’enfonce des portes ouvertes, mais acheter un comics VO ne rapporte rien à un éditeur français. Vous me direz que si cela concerne un titre qui n’est justement pas disponible en VF, cela ne gène personne, mais je sais qu’il m’arrive de prendre en import des titres que je pourrais prendre en librairie. Donc forcément, cela les pénalise, même si nous pourrons aussi nous dire qu’il s’agit d’une des conséquences de la mondialisation, et que de toute façon, cela rémunère les ayant-droits.
Justement, parlons des librairies. En France, la loi Lang impose le prix du livre, ce qui met chaque vendeur sur un pied d’égalité. Mais cela ne couvre pas l’import, d’où des tarifs pouvant aller du simple au double. Concrètement, un comics VO peut revenir beaucoup moins cher qu’un comics VF – d’autant plus qu’il n’est pas rare que les Américains proposent deux types d’édition pour un même album, souple ou cartonnée, avec un prix différent – mais cela dépend de l’endroit où vous l’achetez. Les principales plate-formes de vente en ligne – comme Amazon ou The Book Depository – se contentent le plus souvent de convertir le prix d’origine en Euros, tandis que les libraires français pratiquant l’import devront prendre en compte les taxes françaises, l’envoi depuis les USA,… Dans le meilleur des cas, ils fonctionnent selon le modèle 1$ = 1€, ce qui s’éloigne fortement du très intéressant taux de change actuel. Selon cette technique, le tome 3 de Demon Knight couterait 19.99€ en boutique, contre 15.52€ sur Amazon et 10.59€ sur The Book Depository. Évidemment, rares sont celles vendant de l’import, mais tout volume acheté en VO alors que vous pourriez le prendre en VF représente potentiellement une vente en moins pour eux.

A l’heure actuelle, je ne suis presque plus de comics chez des éditeurs français. Pour les raisons indiquées plus haut, mais aussi parce que je ne suis pas toujours convaincu par leurs traductions, et parce que j’ai déjà été échaudé par le passé en raison de séries interrompues avant la fin (l’acquisition des licences DC Comics par Urban Comics a mis fin à plusieurs publications). Autant pour les manga, nous ne pouvons pas dire que j’ai le choix dans la mesure où je ne parle pas Japonais – je prends tout-de-même L’Attaque des Titans en import américain – autant pour les comics, les solutions existent et j’aurais tort de me priver. De mon point de vue (et sans même parler de la qualité de l’œuvre), du moment que je suis satisfait de l’édition, que je comprends ce qui est écrit, et que c’est légal, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Actuellement, je pense passer à la VO pour Batwoman et Catwoman, peut-être même Wonder Woman, quitte à revendre mes albums et racheter leurs équivalents en VO.

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4 commentaires pour Deux bonnes raisons (au moins) de lire des comics en VO

  1. eowyn dit :

    J’ai acheté 2-3 gros albums en français, j’ai peur de me faire gruger au niveau de la traduction après coup :/
    Tu te manges pas de frais de douane US en achetant sur Amazon ? C’est le truc qui fait mal au cul quand tu fais pas gaffe.

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  2. Gemini dit :

    Du tout, pour la simple raison que les comics sont vendus directement par Amazon France. Et si je prends depuis The Book Depositery, cela vient d’Angleterre, donc pas de frais de douane non plus.

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  3. Pfedac dit :

    Il y a un autre problème avec la publication française: la qualité de la traduction. Je lis sans problème l’anglais, donc j’avoue acheter la plupart de mes séries en VO. Mon seul comics VF est Fables, et la qualité de la traduction est assez aléatoire, au point d’avoir failli arrêter la série. Je ne jette pas la pierre aux traducteurs, je ne connais pas le rythme qui leur est imposé, et l’homogénéisation est un travail d’édition, pas de traduction. Je suis une fois tombée en kiosque sur Journey into Mystery, période Kieron Gillen. Après quelques phylactères, j’ai vite reposé le magazine, renonçant à payer encore une fois pour ce qui, à mon sens, tenait de la boucherie. Bref, comment gâcher une série qui aurait pû plaire au public français encore plus qu’au public américain: une mauvaise traduction et une publication dans un magazine faiblement distribué. De plus, en tant que lectrice de mangas, les éditions Panini se sont suffisament moquées de nous pour ne pas avoir envie de les soutenir, même si les équipes comics et manga n’ont rien à voir entre elles.

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  4. Bario dit :

    Pour répondre sur la ligne Vertigo :

    Preacher et d’autres série Vertigo telles Death, Sandman (Celle de Neil Gaiman et la version Mysterious Theatre, ….) sont sorties en français depuis de nombreuses années (à la fin des années 90) de plus Urban comics sort de très nombreux titres Vertigo.

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