Manga/Comics : a link between worlds

Vous l’aurez remarqué, quand je ne parle ni de manga, ni d’animation, ni de cinéma, je parle comics. Sachant que le sujet premier de ce blog, ça reste le Japon, je me suis aujourd’hui intéressé aux liens qui peuvent exister entre les comics et le Pays du Soleil Levant.

Et ils sont nombreux, ces liens ! Même plus que nous pourrions l’imaginer.
Pour commencer, il convient de les analyser d’un point de vue historique. La bande-dessinée en tant que mode d’expression est apparue en Europe dans la première moitié du XIXème Siècle. Le premier album de bande-dessinée, quant à lui, est attribué à Felton Outcault, dont le Yellow Kid débute en 1898.
Lorsque le Japon s’ouvre à l’extérieur, à partir de 1868, de nombreux artistes occidentaux s’expatrient dans ce pays nouveau, apportant avec eux la tradition du dessin de presse et les bases de la BD. Ceux-ci vont publier leurs propres journaux, dans lesquels ils emploieront les futurs instigateurs de la BD japonaise. Des artistes qui, pour certains, iront d’ailleurs se former auprès des premiers auteurs de comics, de l’autre côté du Pacifique.
C’est en 1905 que Rakuten Kitazawa publie le premier manga. Pendant plusieurs années, si nous mettons de côté le sens de lecture particulier et les thématiques purement nippones, le manga se différencie peu de la production occidentale ; il faudra attendre la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour voir émerger le manga moderne, un style propre aux auteurs japonais, même si à ses débuts encore très influencé notamment par les films d’animation de Walt Disney.
Dans les décennies qui suivront, plus que les manga et les comics eux-mêmes, ce seront leurs adaptations qui permettront de maintenir ce lien entre ces deux cultures.

Mais ne nous arrêtons pas là. Aussi étrange que cela puisse paraitre, rien n’oblige un auteur de comics à se cantonner aux comics, ou à un mangaka à se limiter aux manga.
Ainsi, si vous vous rendez chez votre libraire habituel, prenez le manga Ultimo et regardez qui en est à l’origine. Là, vous serez peut-être surpris de lire le nom de Stan Lee sur la couverture. Oui, Stan Lee, la légende vivante, tout simplement le père des X-Men, des Fantastic Four, de Spiderman, et d’un nombre incalculable de super-héros. Voilà quelques années, il décida de monter plusieurs projets en collaboration avec les Japonais ; il en résulta deux œuvres : la série d’animation Heroman et le manga Ultimo, dont il a posé les bases et dans lesquels il apparait.
La relation fonctionne aussi dans le sens inverse. Tsutomu Nihei, auteur de Blame, est aussi celui de Snikt, un album de Wolverine. Encore plus fort, Kia Asamiya, créateur de Silent Möbius, a travaillé à la fois sur Batman et X-Men. Respect. Et preuve que ce n’est pas la nationalité d’un auteur qui fait un comics.

Bien entendu, si cela implique les auteurs, cela signifie que des éditeurs œuvrent par derrière. Après tout, la plupart des éditeurs de comics – en France comme aux USA – proposent aussi des manga.
La première fois que j’ai entendu parler de 20th Century Boys et Banana Fish, c’était dans un tome de X-Men, Panini Comics publiant ces différents titres. Aux États-Unis, Dark Horse édite à la fois Hellboy et Astro Boy. De plus, je suppose que nombre d’entre vous ont Akira sur leurs étagères ; s’il s’agit de celle en couleur, alors c’est la version américaine, conçue par Marvel Comics via une de ses filiales. La légende veut que Katushiro Otomo sélectionna lui-même la personne chargée d’apporter la couleur à ses planches.
Il va sans dire que, les entreprises américaines ayant compris le potentiel des manga, certaines eurent l’idée de proposer des avatars de leurs séries dans un style graphique devant rappeler les manga. Dans le cas de Marvel Comics, nous parlons même de Mangaverse, rien que ça. Quant à savoir si le résultat fût une réussite commerciale à défaut d’être artistique… c’est une autre histoire.
Mais ils n’en sont pas resté là. Le studio japonais Madhouse ne rechignant pas à s’associer à des partenaires étrangers, nous lui devons le film à sketchs Batman : Gotham Knight, ainsi que les récentes séries X-Men, Blade, Iron Man, et Wolverine. Des projets qui montrent la volonté des éditeurs américains à proposer des œuvres transgenres.

En France, nous avons remarqué depuis plusieurs années une influence des manga chez certains de nos auteurs ; comme le duo Florence Torta / Philippe Cardona, dont le style est clairement inspiré par celui de la BD nippone. A l’inverse, Jiro Taniguchi est souvent évoqué pour son attachement à la BD franco-belge et à un dessinateur comme Moebius. Il ne faut donc pas s’étonner que des liens similaires existent entre Japonais et Américains
Si nous ne devions en citer qu’un, ce serait certainement Adam Warren : impossible de lire son Empowered sans remarquer des similitudes avec les manga. Tout sauf un hasard, il débuta sa carrière en adaptant la série de romans The Dirty Pair, d’après Haruka Takachiho.
Certes, certains des exemples cités précédemment sont avant tout commerciaux, et destinés à profiter de modes. Mais du côté des artistes eux-mêmes, nous sentons de véritables connexions, voire de l’admiration d’un côté comme de l’autre. J’ai récemment lu un comics hommage à Jack Kirby, dans lequel l’auteur donnait la paternité de la BD moderne à trois artistes : Jack Kirby, bien sûr, mais aussi Osamu Tezuka et Hergé. Cela montre bien que chaque production se nourrit des autres, que nous en soyons conscient ou non. Ceci étant dit, il ne me semble pas pertinent de se braquer et de considérer qu’une catégorie – Comics, Manga, Franco-Belge, Manhwa,… – surpasse toutes les autres.
Pour finir, n’oublions pas non plus que le héros du dernier manga de Naoki Urasawa, Billy Bat, est un auteur de comics.

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