Wolverine & the X-Men

Dc ou Marvel, voilà bien une question existentielle (un peu comme Sega ou Nintendo dans ma prime jeunesse). Et dernièrement, entre la remise à zéro de leur univers et leur ligne Vertigo, je serais plutôt du côté de DC Comics. Chez Marvel, reste tout-de-même deux motifs de satisfaction : la gamme Ultimate, et Wolverine & the X-Men.

Il y a de cela bientôt 15 ans – la vache, comme le temps passe – Marvel Comics voulut relancer la licence X-Men à l’occasion de la sortie prochaine de sa première adaptation cinématographique. Il faut dire aussi que les années 90 n’avaient pas été tendres avec le titre : après le départ de Chris Claremont, la décennie fût surtout émaillée par une série de grosses sagas plus ou moins artificielles et souvent très sombres, à l’image de Age of Apocalypse et Onslaught. Sans oublier que l’éditeur faillit faire faillite. Bref, pour donner un coup de pied dans la machine, les cerveaux de chez Marvel Comics eurent l’idée de faire revenir Chris Claremont, dans le cadre du projet Revolution. Super original. Il nous pond une histoire alternant nouveaux personnages relativement convenus, et référence à ses précédents travaux notamment sur Excalibur. Cela ne fera pas date. Mais la Revolution devient effective avec l’arrivée du fantasque Grant Morrison, qui va dès lors s’employer à foutre le bordel.
Depuis, presque tous les mutants ont disparu, Xavier n’est plus en fauteuil roulant et a pris sa retraite, le monde entier a appris que l’école abritait des mutants avant qu’elle ne se fasse détruire, les X-Men ont bâti un nouveau centre d’hébergement au large des côtés californiennes baptisé Utopia, et Wolverine s’est désolidarisé d’un Cyclops qui a enfin compris que, quoi qu’il arrive, ils s’en prendraient toujours plein la gueule. Ah, et Jean Grey est (encore) morte. Mais ne vous en faites pas, Cyclops ne reste jamais longtemps célibataire.

Tout cela pour dire que la dernière décennie fût quelque peu mouvementée, à tel point en fait que j’ai lâché l’affaire depuis longtemps, faute de me retrouver dans la série. Je me sens plus proche d’un Ultimate X-Men, qui n’est jamais qu’une relecture du mythe plus proche des films. Apparemment, je n’étais pas le seul, et un de ces mécontents s’appelait Jason Aaron.
Jason Aaron est un scénariste américain, surtout connu pour son comics Scalped publié sous label Vertigo ; un titre sombre, crade, et sans concession, prenant comme toile de fond une réserve indienne à la population décadente et aux dirigeants corrompus. Autant dire que nous sommes assez loin des récits super-héroïques, et que cela surprend donc pas mal de le voir associé à cette série parallèle X-Men.
L’histoire en quelques mots : après avoir quitté Utopia, Wolverine décide de rebâtir une école sur les ruines de l’ancienne : la Jean Grey School for Higher Learning. Très attaché aux idéaux de Charles Xavier malgré ses airs désinvoltes, il souhaite reprendre sa mission d’éducateur afin de soustraire les jeunes mutants à l’influence de Cyclops, qui ne les voit plus que comme des futurs soldats prêts à mourir pour la cause. Dans cette optique, il s’entoure d’une équipe d’élite : Shadowcat comme principale, Beast pour concevoir (et réparer) le nouvel établissement, Iceman pour l’administratif, Cecila Reyes comme médecin scolaire, Toad comme concierge, et Doop à l’accueil ; plus différents professeurs, parmi lesquels Husk, Rachel Grey (ex-Summers), Rogue, et Gambit.
Et c’est là que les ennuis commencent.

Dès le départ, nous sentons donc une volonté de l’auteur de revenir à un des fondamentaux de la licence : l’école. Cette fois-ci plus proche de ce que devrait être une école, d’ailleurs, avec des classes, des élèves adolescents, et plus d’un professeur ; sachant que nous retrouvons dans le staff quelques-uns des meilleurs personnages de cet univers, c’est juste du bonheur.
Comme preuve de cette volonté, il inclut dès sa première histoire Le Club des Damnés, Wendigo, Sauron, et Krakoa. Sauron et Krakoa d’entrée de jeu, ce mec est un grand malade. Et si ces noms ne vous disent rien, c’est que vous n’êtes peut-être pas le public premier de ce titre. Enfin, j’aurais du mal à être objectif en la matière, dans la mesure où ce comics répond à mes attentes et où ces références me parlent.
Wolverine & the X-Men, j’ai l’impression qu’il s’agit d’une série écrite par un fan des X-Men période Chris Claremont, qui s’adresserait à d’autres fans ayant justement été déçus par le tournant radical pris ces dernières années. Cela reste un titre moderne dans son humour, sa façon de se focaliser sur ses personnages, et ses références – en même temps, quand un personnage de comics évoque un événement survenu il y a 20 ans, c’est déjà une référence et cela arrive tout le temps – mais il y a aussi une envie de revenir à quelque chose de plus simple, avec des ennemis qui attaquent par vague, des sentinelles, des extra-terrestres, bref la base.

Par rapport à la série principale, et comme je l’ai mentionné, nous avons là un titre très porté sur la comédie, malgré son lot de destruction et de traumatismes : les toilettes peuvent se transformer en salle des dangers, Wolverine ne fait pas une figure de l’autorité très convaincante, Doop et Toad sont malgré eux des bouffons, la technologie de Beast part quotidiennement en sucette, l’école est infestée de gremlins, et nous avons droit à moult séquences hilarantes, comme celle durant laquelle Kitty essaye de recruter un nouveau professeur, et se retrouve à devoir s’entretenir avec Blade, Daimon Hellstrom, et Deadpool.
Pour ceux qui ont lu Scalped, découvrir une facette comique – efficace de surcroit – chez Jason Aaron risque de surprendre.
Et en parlant de surprendre, dans Wolverine & the X-Men, il faut vraiment s’attendre à tout ; que la nouvelle Reine Blanche ait 11 ans et soit une psychopathe qui s’offre des zoos et des lance-flammes pour son anniversaire, que Wolverine essaye de renflouer les caisses de l’institut en jouant au poker galactique avec un télépathe, ou encore que ce même Wolverine s’enfonce ses griffes dans le crâne déguisé en Cyclops.
Pourtant, il reste un véritable scénario pour soutenir tout ça, même si la série fût perturbée quelques temps par le crossover Avengers VS X-Men ; mais même ce passage réserve son lot de surprises, avec notamment une rencontre savoureuse entre Tony Stark et un des élèves. Dans l’ensemble, elle tourne essentiellement autour de la confrontation entre l’institut et le nouveau Club des Damnés, entre deux destructions.

Ce qu’il faut tout-de-même bien intégrer, c’est que les aventures de Wolverine & the X-Men ne sont pas viables en tant que telles, et ne constituent qu’un bonus à la série principale (en plus de fournir une raison supplémentaire de vendre du comics estampillé « Wolverine »). Nous n’y retrouvons pas la lutte pour la survie des mutants, les menaces inter-planétaires, ce que nous pourrions attendre de Uncanny X-Men. Le titre est bien écrit, foutrement agréable à lire voire carrément jouissif, rempli à ras-bord de pieds de nez à l’univers des super-héros en général et aux délires de Marvel Comics en particulier, mais n’est pas recommandé aux nouveaux lecteurs ou à ceux qui attendraient d’un titre X-Men de grandes sagas épiques. Pour faire une analogie avec le cinéma, le comics principal serait un film de Série A, et celui-ci un film de Série B : plus libre, plus décomplexé, mais moins ambitieux. Et c’est à titre parfaitement ce que je recherche, car quand ils ont voulu être ambitieux ces dernières années, cela a donné une quantité prodigieuse d’histoires décevantes, et même quelques daubes comme le purgatif Necrosha X.
Wolverine & the X-Men sera donc plutôt conseillé aux lecteurs qui veulent s’offrir un bon petit délire autour des X-Men (sans pour autant être dénué de matière grise), qui recherchent une expérience différente en plus de la trame centrale, ou qui comme moi ne se reconnaissent plus dans ce que sont devenus les X-Men depuis plusieurs années déjà. Si vous remplissez un de ces critères, nul doute que vous êtes armés pour apprécier ce titre qui fait vraiment plaisir à lire.

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