SheZow, la plus virile des héroïnes

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Je parle régulièrement d’animation japonaise. J’ai aussi évoqué par le passé des dessins-animés américains, français, peut-être même coréens. Mais alors une série d’animation australienne, je crois bien que c’est une première.
Malgré une diffusion à peine entamée (nous en sommes à 8 épisodes dans son pays d’origine), SheZow commence lentement mais sûrement à faire parler d’elle sur internet, comme le montrent sa page TVTropes et la profusion de fanart (pas toujours de bon goût) à son sujet.
En attendant de découvrir si elle réussira à atteindre la popularité d’un Friendship is Magic (aucune chance), arrêtons-nous quelques instants sur cette série.

En emménageant dans la maison de leur défunte tante, Guy Hammon et sa sœur trouvent une bague magique. En la mettant, Guy se transforme en super-héro… ïne. La bague appartenait à la célèbre SheZow, et n’était pas conçue pour être utilisée par un garçon.
Ne pouvant l’enlever, Guy doit désormais revêtir l’identité de SheZow dès qu’un danger menace la ville de Megadale.

SheZow est donc une série de super-héros, mais avec un adolescent dans le rôle de l’héroïne local. Guy ne pouvant se soustraire aux obligations liées à sa charge, il se retrouve à chaque transformation affublé d’un costume rose à motif léopard, d’une mini-jupe, d’une dose massive de maquillage, et de talons loin d’être pratiques quand on est capable de courir à 200 km/h. Les accessoires sont au diapason : rouge-à-lèvres laser, barrette boomerang, véhicule rose bonbon tout terrain,… Mais être SheZow a aussi ses bons côtés : outre la super-vitesse mentionnée tantôt, Guy dispose d’une force herculéenne et d’un 6ème sens qui l’avertit en cas de danger, est invulnérable, et possède son propre repère secret sous sa maison.
Physiquement, le seul changement de Guy concerne ses cheveux, et c’est loin d’être un détail, car ce sont eux qui renferment ses pouvoirs ; s’il est décoiffé, il n’a pas plus de force qu’un adolescent normal. Et cela montre bien les limites de SheZow : un peu comme les Contractors de Darker than Black, Guy doit s’en tenir à des règles strictes s’il ne veut pas perdre ses pouvoirs où subir des effets secondaires. Sous les traits de SheZow, il ne peut porter une autre couleur que le rose, doit se montrer d’une humilité et d’une honnêteté à toute épreuve, et il lui reste probablement d’autres détails à découvrir.

Guy n’est pas seul pour faire face aux forces du mal. Ils sont trois à connaitre son identité secrète : Kelly, sa sœur qui lui tient lieu de mentor, Maz, son meilleur ami et sidekick, et Sheila, l’ordinateur parlant de SheZow.
Car oui, SheZow a un sidekick. Ou plutôt des sidekicks : à chaque épisode, Maz débarque avec un ou plusieurs nouveaux costumes, étant entendu qu’il n’a aucun pouvoir et possède un don étrange pour s’inventer des identités absurdes (dont un clone de Wolverine nommé Shaverine).
Évidemment, ses ennemis ne sont pas en reste, avec notamment Megamonkey, le génie simiesque venu du futur, Moctopus, monstre mi-requin mi-octopus, Candy Rapper, la gangsta-friandise, ou le Senor YoYo, et là je dirai que tout est dans le nom.
Concernant les parents de Guy, ils ne sont pas au courant de la double identité de leur fils. La mère apprécie cette héroïne féminine, tandis que le père, policier, ne la supporte pas ; selon lui, elle ne fait que ridiculiser la police lorsqu’elle arrête les criminels avant eux.

Comme nous sommes dans une série destinée à un jeune public (même si ses premiers fans semblent aussi âgés que les Bronies), le travestissement involontaire du héros ne sert que de ressort humoristique.
SheZow, pour l’instant programmé pour durer 52×11 minutes (sous la forme de 26 épisodes), est une comédie, et plus exactement une parodie de super-héros, comme pouvait l’être Les Super Nanas. Sauf qu’il faut imaginer un garçon à la place de Belle. Les ennemis sont avant tout des personnages gag, incapables de faire quoique ce soit de constructif. Enfin de destructif, surtout.
La série s’autorise de nombreux délires, et c’est réjouissant. Elle ose surtout les pires jeux de mot imaginables. Bon nombre de personnages ont un tic de langage ou une devise (du genre « je suis la terreur qui corrige les erreurs »), et cela peut donner lieu à du grand n’importe quoi. Par exemple, SheZow ne peut pas s’empêcher d’utiliser le mot « she », à absolument toutes les sauces ; ce qui nous donne des « shemergency », « sherrific », et autres « shelicious ». Caped Koala va jusqu’à signer ses interventions d’un « Thank you-calyptus ». Plus c’est consternant, plus c’est drôle. La série n’étant disponible qu’en Anglais, il est recommandé de posséder un bon niveau dans cette langue pour saisir les nombreuses subtilités dans les dialogues, dont certaines ne sont pas toujours politiquement correctes. Le succès de cette série auprès du public adulte s’explique aussi par ce genre de détails.

A l’instar du comics The Boys, SheZow évolue dans un monde où se côtoient super-héros et BD à leur gloire. SheZow n’étant pas un individu unique mais une charge qui se transmet secrètement au sein de la famille de Guy, sa série existait bien avant qu’il ne reprenne le rôle malgré lui, ce qui explique que sa sœur la connaissait déjà avant de trouver la bague ; elle en veut d’ailleurs à son frère de la lui avoir soufflé sous le nez. Maintenir l’identité secrète de Guy et la figure publique de SheZow étant aussi importants que de sauver Megadale, celui-ci doit tout faire pour que la population continue à voir en l’héroïne une héroïne, et non un héros.
L’influence du comics se ressent dans un épisode hilarant, dans lequel SheZow découvre qu’un autre super-héros, Caped Koala, a lui droit à ses aventures sous forme de graphic novel. Comme il trouve cela beaucoup plus classe, il demande conseil à Maz pour que sa série devienne elle-aussi un graphic novel ; ce-dernier lui explique que s’il possède un univers plus adulte et plus sombre, il a toutes ses chances de réussir. Le résultat, je vous l’ai dit, est hilarant.

SheZow souffre tout-de-même de deux défauts, que certains trouveront handicapant. L’animation est médiocre, et surtout, les épisodes ne semblent pas être diffusés dans l’ordre chronologique. Concrètement, dans l’épisode 8, SheZow agit comme si c’était la première fois qu’elle affrontait Moctopus, alors qu’elle l’a déjà battu deux fois auparavant ; pour autant, l’épisode en question n’est pas présenté comme un flashback. Ainsi, certains éléments donnent l’impression d’aller de soi – notamment l’identité secrète de la précédente SheZow – alors qu’ils ne sont pas introduits correctement, et que nous avons parfois ladite introduction plus tard dans la série. C’est un peu incompréhensible, comme si les scénaristes avaient éparpillé les scripts et n’avaient pas réussi à retrouver le bon ordre. Dans ce genre de série, où tous les épisodes sont relativement indépendants les uns des autres, les faits marquants devraient se résumer aux premières rencontres avec les futurs personnages récurrents, ou à quelques découvertes autour des pouvoirs et des origines de SheZow, mais ici ils ne sont pas placés aux bons endroits.

Le problème concernant l’enchainement des épisodes est déroutant, mais il ne porte pas non plus un coup fatal à la série. Justement car chaque histoire reste globalement indépendante des autres.
Pour le reste, je suis totalement convaincu par SheZow, et j’espère qu’elle arrivera jusqu’en France (même si l’adaptation risque d’être délicate). La parodie de super-héros, cela n’a plus rien d’original en soi, mais les auteurs de cette série s’en tirent à merveille, en raison de la double identité compliquée de son héro(ïne) et de son bestiaire de personnages allumés. Sans compter que je suis un grand amateur de jeux de mots foireux, alors SheZow me parle. Forcément.
J’ai enchainé les 8 premiers épisodes comme rarement, et je suis dores et déjà impatient de voir la suite. L’attente risque de vite devenir insoutenable !

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