Le Serment des Cinqs Lords

Il y a maintenant 3 ans, j’avais évoqué une série que j’apprécie grandement : Blake & Mortimer. A l’occasion de la sortie du Serment des Cinq Lords, il est temps de faire le point.

Une des spécificités de la BD franco-belge par rapport aux manga, c’est qu’il arrive qu’une série soit reprise par d’autres auteurs que ceux d’origine. Des héros comme Spirou, Clifton, et bientôt Astérix ont connu plusieurs équipes créatrices. Cela vient d’une particularité du format, puisque nombre de séries proposent des albums aux histoires indépendantes, qu’il serait donc possible de poursuivre indéfiniment.
Ce fût aussi le cas pour Blake & Mortimer, qui après le décès de son créateur, Edgar P. Jacobs, eut droit à de nouveaux auteurs. Je considère le premier album posthume – L’Affaire Francis Blake – comme le meilleur paru à ce jour. Le duo Jean Van Hamme et Ted Benoit arrivait à justifier l’existence de cette suite – uniquement lucrative, ne nous voilons pas la face – par une intrigue passionnante et bien sentie, tout-à-fait dans le ton des aventures habituelles de nos deux héros.
Les albums suivants furent malheureusement moins dignes d’éloge ; plus rocambolesques, je n’y ai pas spécialement accroché. Le pire étant atteint lorsque les auteurs commencèrent à vouloir revenir sur les origines de Francis Blake et Philip Mortimer, voire à leur imposer une famille. Avant d’entamer la lecture du Serment des Cinq Lords, leur dernière aventure en date, j’étais donc partagé entre l’excitation et l’appréhension.

Tandis que Francis Blake part assister aux funérailles d’un de ses vieux amis, Philip Mortimer se rend à Oxford, sur l’invitation du conservateur de l’Ashmolean Museum, pour évoquer l’impact de la technologie moderne sur l’archéologie. Mais, arrivé sur place, il apprend qu’un vol vient d’être commis. Étrangement, l’individu n’est pas reparti avec un objet de grande valeur.
La particularité du Serment des Cinq Lords, et en cela il se rapproche de L’Affaire Francis Blake, c’est qu’il ne recourt à aucun élément fantastique ; tout au plus pourrions-nous lui reprocher d’ajouter des éléments au passé d’un des personnages. En effet, un aspect souvent oublié quand nous évoquons Blake & Mortimer, c’est que son créateur a abordé de nombreux thèmes différents, n’hésitant pas à introduire de la science-fiction dans La Marque Jaune, ou de la magie dans Le Mystère de la Grande Pyramide ; pour ne citer que ces deux albums bien connus (même si je préfère Le Secret de l’Espadon). C’est d’ailleurs ce qui différencie la série de Tintin, ou malgré la présence de Tryphon Tournesol et l’existence de Vol 714 pour Sidney, les histoires restaient relativement terre-à-terre ; elles pouvaient anticiper certains événements comme dans On a marché sur la Lune, mais cela n’allait pas plus loin.
Évidemment, les auteurs qui ont repris la série ont persévéré dans la voie lancée par Edgar P. Jacobs, en variant les thématiques et en introduisant du fantastique (La Malédiction des Trente Deniers) et de la science-fiction (L’Étrange Rendez-Vous). Malheureusement, les albums post-Jacobs recourant à ces styles sont aussi les moins réussis ; à tel point qu’observer un retour à une certaine forme de « normalité » avec Le Serment des Cinq Lords m’a paru rassurant.

Et effectivement, il s’agit de l’album le plus intéressant publié depuis L’Affaire Francis Blake, ou du moins celui que j’ai pris le plus de plaisir à lire.
Fait inédit – ou du moins, je n’ai pas souvenir d’un précédent – Le Serment des Cinq Lords se focalise sur un personnage de l’histoire britannique moderne, objet de tant de fantasmes que beaucoup le considèrent aujourd’hui comme un héros de fiction. Et moi le premier… Autant dire que cet album a fait énormément de bien à ma culture. Et le scénario tournant autour de ce personnage – qui n’intervient pas directement dans l’intrigue, puisqu’il sera avant tout question de son héritage – s’avère à la fois passionnant et pertinent. Comme je l’ai indiqué tantôt, il apporte de nouveaux éléments au passé d’un des principaux protagonistes, mais ne s’enfonce pas trop loin dans le temps, et j’aurais presque tendance à trouver le résultat crédible même si cela modifie ce que nous pensions savoir sur lui.
Je reprocherai à cet album une intrigue policière dont les tenants et aboutissants – concernant l’identité du coupable – sont assez facile à deviner, bien avant d’en arriver aux dernières pages. Mais cela ne rend pas Le Serment des Cinqs Lords mauvais pour autant : il s’agit d’un album efficace, à la construction solide, qui se lit d’une traite. Indubitablement une des aventures qui justifient la résurrection de la série il y a maintenant 18 ans.

Par contre, il semblerait que le prochain album se pose dores et déjà comme la suite de La Marque Jaune. Je sens d’ici le projet foireux, mais j’espère me tromper…

Cet article, publié dans Bande-Dessinée, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Le Serment des Cinqs Lords

  1. mackie dit :

    parmi les « post-Jacobs », la Machination Voronov, malgré une certaine raideur dans le dessin, était pas mal non plus.
    et paradoxalement, je me demande si le meilleur album récent n’est pas… Menaces sur l’Empire, la parodie affectueuse par Veys et Barral.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.