De l’impossibilité de faire un article sur Môretsu Pirates

Trois fois. Cela fait trois fois que je commence un article sur cet anime avant de l’effacer, n’arrivant pas à trouver le bon angle, et surtout à expliquer ce que j’ai pu aimer dans un titre qui ridiculise les séries d’aventure ; alors que celles-ci me manquent cruellement depuis plusieurs années.

Môretsu Pirates ne parle pas de piraterie, pas plus qu’elle n’essaye de rendre hommage à Uchû Kaizoku Captain Harlock, même si elle s’amuse à copier ses codes et à détourner son générique. Elle contient des éléments de science-fiction mais n’est pas à proprement parler une série de science-fiction. Il s’agit d’une comédie, voire carrément d’une comédie scolaire, basée sur le système scolaire japonais alors qu’elle se déroule à un bon paquet d’années lumières du Japon.
Jugez plutôt.

Jadis, Sea of Morningstar mena une grande guerre d’indépendance contre l’Alliance Stellaire. Pour faire pencher la balance en sa faveur, le gouvernement eu l’idée de proposer aux pirates de devenir des corsaires, et de prendre part au conflit. Ceux qui acceptèrent se virent remis des lettres de marque.
Après la guerre, ces lettres de marque continuèrent de se transmettre de génération en génération au sein des équipages pirates, légalisant ainsi leurs activités.
A la mort de son père, capitaine du Bentenmaru, Marika apprend qu’elle doit lui succéder, condition sine qua none pour que le vaisseau conserve ses lettres de marque. Mais ce n’est qu’une simple lycéenne, qui malgré un tempérament de feu a tout à apprendre de la piraterie.

Nous aussi avons tout à apprendre. En effet, la piraterie dans Môretsu Pirates ne ressemble que de très loin à Pirates des Caraïbes, et à toutes les idées que nous pouvons nous en faire.
Parfois, il arrive aux pirates de transporter des marchandises douteuses, ou de remplir diverses missions – proposées par l’intermédiaire de leur compagnie d’assurance – mais ils exercent surtout une activité de saltimbanques, simulant des attaques lors de luxueuses croisières spatiales.
Pourtant, les pirates prennent leur travail très au sérieux, parfois trop au regard de la futilité de nombre de leurs missions. Ce sont tous de grands professionnels, versés dans le combat, l’électronique, la navigation, ou encore la mécanique. Et au début de la série, la nomination de Marika lui attire des ennuis qui paraissent après coup disproportionnés.

Le principal reproche que je pourrais faire à cette série est d’avoir le cul entre deux chaises. Marika adore son boulot de pirate pour le frisson qu’il peut lui procurer, et car cela l’amuse énormément, mais elle est aussi la première à souhaiter que tout ce passe bien et qu’elle n’ait pas de combats spatiaux à livrer.
A bien y regarder, cette série est remplie d’instants surréalistes. Exemple : l’héroïne cherche un vaisseau fantôme avec son équipage, mais se fait éjecter de la passerelle au bout d’un moment par une de ses subalternes, qui lui indique que d’après le règlement de son lycée, elle n’a pas le droit d’exercer un petit boulot plus de 8 heures par jour ! J’imagine mal Harlock envoyer Tadashi Daïba dans sa chambre pour faire ses devoirs.
Adaptation de light novels oblige, la série est découpée sous forme d’arcs, mais ceux-ci ont tendance à se finir en queue de poisson, à avorter avant que les personnages aient pu rentrer dans le vif du sujet. Seuls ceux du vaisseau fantôme et à la rigueur le dernier conservent un minimum de sérieux tout le long.

J’avais donc deux façons de considérer cette série. Comme une immense frustration incapable d’exploiter son plein potentiel, où des lycéennes pensent que leur uniforme est parfait pour se balader en apesanteur, et où des pirates prennent très au sérieux de jouer les clowns de service ; le genre où nous demandons, à chaque épisode : « Bon, l’histoire commence quand ? » Ou comme une sympathique comédie scolaire qui se déroule en grande partie dans l’espace, divertissante et bien réalisée, avec une héroïne dynamique, des personnages attachants, et des éléments de science-fiction.
J’ai été faible, j’ai choisi la seconde option…

Certes, Môretsu Pirates est représentatif de nombreux défauts de l’animation japonaise moderne, à commencer par cette tendance qui consiste à privilégier les personnages au détriment d’une histoire de fond. Concrètement, nous nous contentons encore une fois de suivre le quotidien d’une bande de lycéennes, sauf que le quotidien en question se déroule dans le futur et que l’héroïne a choisi comme travail en parallèle du lycée « capitaine de vaisseau pirate ». Et « serveuse dans un maid café ». Oui, elle fait les deux.
Nous ne sommes pas pour autant dans K-On! ou autre production Kyoto Animation. Ici, non seulement l’inévitable club scolaire accueille toutes les élèves les plus problématiques ou anticonformistes du lycée – pirates informatiques, pirates tout court, princesses, riches héritières lesbiennes et indépendantes, etc… – mais en plus, leurs activités consistent à voyager dans l’espace à bord d’un vaisseau de combat réhabilité, ce qui tout-de-suite change du thé et des gâteaux. Mais nous ne sommes pas chez Leiji Matsumoto pour autant !

Drôle de mélange… Mais cela passe bien. Il s’agit, comme indiqué tantôt, d’un sympathique divertissement. C’est le genre d’anime que je pourrais regarder plusieurs fois, car il détend sans pour autant souffrir d’un rythme affreusement lent. D’ailleurs, je suis justement en train de le revoir.
Il est vexant, car nous avons l’impression qu’il peut proposer plus d’aventure, plus d’action, et des scénarios plus complexes. Sans compter qu’il est superbement animé et réalisé, donc cela ressemble un peu à un gâchis de moyens et de compétences. Mais ce n’est pas le propos. Il faut l’accepter comme tel ou passer son chemin. Et pour ceux qui l’accepteront, il leur permettra sans doute de passer un moment agréable.
Vous m’excuserez de ne pas plus développer mon avis, mais lorsque je commence j’ai l’impression d’aligner une longue série de reproches. Alors que j’ai beaucoup aimé. Vraiment.

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5 commentaires pour De l’impossibilité de faire un article sur Môretsu Pirates

  1. Tetho dit :

    Je dirais au contraire qu’au final le propos de la série est justement que ces simili-pirates devenus intermittents du spectacle se réapproprient l’esprit de la piraterie à l’ancienne qu’ils avaient oubliés. Cet esprit qui est lapidé par la série au début fini par retrouver ses lettres de noblesses et devenir l’enjeu final.
    Au final le même vent de liberté souffle ici que dans les aventures d’Harlock, sauf que la mer des étoiles n’est plus le refuge réservé des derniers romantiques en exils, mais là où tout le monde peut trouver où s’épanouir.

    Du coup je me demande quelle direction prendra le film : Marika ira-elle voguer dans un espace plus vaste ou bien restera-elle la capitaine lycéenne qui fait des allez-retours entre le lycée et le Bentenmaru. (au moins cette fois Mlle. Spock devrait rester avec elle tout du long)

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    • Gemini dit :

      « Uchû no umi wa bokura no umi », en effet. Mais en temps que romantique, justement, ce détournement m’a fait bondir.
      Ils s’imaginent sous la bannière de la liberté, mais Misa explique au début que si l’empire laisse les pirates de Tau Ceti tranquilles, c’est car il respecte les lois locales et que les lois en question légalisent certains équipages pirates.

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  2. Maxobiwan dit :

    J’irai presque jusqu’à dire que Moretsu Pirates, c’est du Strip-tease intellectuel ! On a des attentes (de l’action qui fait piou-piou), ça montre un tout petit bout… et puis non. ça continue à narguer le spectateur avec son générique, ça montre un peu d’action… et ça se rétracte aussi vite. C’est pas grave, quand il n’y a pas de canon qui tire, l’épisode reste fascinant en attendant qu’il y a de l’explosion.

    Ce n’est pas très joli comme métaphore mais je ne me plains pas. Une excellente série que je suivais chaque semaine, l’attente d’un épisode suivant était loong.

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