2012, l’Expérience Interdite

Cette fois, j’avais pris la décision de mettre au rebut le peu de dignité qu’il me restait. Accompagné de Katzina, nous avons pris notre courage à deux mains pour franchir la Porte des Enfers.


Première expérience de Maid Café, pour tous les deux. Seuls, je ne sais pas si nous aurions osé ; il nous fallait nous serrer les coudes.
Avant de partir à Akihabara, j’avais pris soin de remarquer un immeuble, le Zeniya Building, dont chaque étage est occupé par un Maid Café ; nous n’aurions qu’à nous décider sur place. Même sans préparer sa visite, difficile de passer à côté des nombreuses enseignes du quartier, sans parler des toutes aussi nombreuses rabatteuses en costume ; il ne faut toutefois pas si tromper : toutes les soubrettes du secteur ne travaillent pas pour un café, beaucoup ne font que distribuer des prospectus pour des services et produits plus ou moins louches.

Arrivés devant l’immeuble, un large choix s’offre à nous ; choix qui semble se renouveler régulièrement, car d’après cet article daté de 2009, plus de la moitié des cafés ont changé.
Comme je n’arrive pas à persuader Katzina de tenter le Candy Fruit Strawberry – où elle pourra pourtant porter le même costume que les serveuses pour une somme modique – nous jetons finalement notre dévolu sur le Mai Dreamin 2. Pas le choix le plus original vu qu’il s’agit d’une enseigne très répandue dans le secteur, mais ils ont le mérite de « faire des glaces avec des têtes d’animaux ».

Le café coûte 500 yens l’heure (environ 5€), avec obligation de commander au moins un produit dans cet intervalle. Les principaux menus sont composées de la manière suivante :
¤ A : un plat ou une glace ;
¤ B : une photo avec la serveuse de son choix ;
¤ C : un produit dérivé ;
¤ D : une boisson.
En fonction des combinaisons choisies et des options – il faut payer un supplément pour poser avec plus d’une serveuse – les prix peuvent varier du simple au double. Nous nous décidons pour la même formule, composée d’une glace à la fraise, d’une photo, d’un porte-clé, et d’un ginger ale.

Nous nous retrouvons entre les mains expertes de Miharu, apparemment la serveuse en chef, qui possède une autre particularité que nous ne tarderons pas à découvrir. Je n’ai pas fait de calcul précis, mais il devait y avoir 5 ou 6 serveuses au total, toutes en uniforme, mais avec quelques variations ; l’une d’elle portait même un collier de chien avec une laisse. Point commun : elles parlent toutes d’une voix la plus aiguë possible, car les Japonais semblent trouver cela mignon.
Étonnamment, la population était plus éclectique que ce que j’avais pu imaginer ; je m’attendais à du gros otaku voire du vieux pervers, mais il y avait surtout un groupe d’amis – filles et garçons – apparemment venus tenter une expérience nouvelle et ayant eu la main lourde sur les options, deux hommes dans la trentaine qui ne carburaient qu’à la bière, et quelques jeunes adultes qui tombaient effectivement dans les clichés.

A chaque fois qu’une serveuse – pas toujours la même – nous apportait une partie de notre commande, elle envoyait une formule magique pour rendre la nourriture encore meilleure, à grand renfort de Moe Moe Kyun avec la chorégraphie qui va avec. Et en nous demandant de l’imiter.
Ce qui est impressionnant avec elles, c’est qu’elles sont à fond dans leur délire ; à se demander si elles ne font pas ce métier par passion, voire si elles ne se comportent pas comme ça même en dehors des heures de travail. Et nous n’avions encore rien vu, car il nous restait à apprécier une spécificité des cafés Mai Dreamin : leurs maids chanteuses ! Armée d’un micro, Miharu se lance dans une interprétation survoltée d’une chanson des AKB48, durant laquelle elle enjoint le public à l’accompagner (elle avait préalablement distribué les paroles), tandis que d’autres serveuses essayent de la suivre dans sa danse endiablée.

Avant cette prestation, je pensais que les pachinko étaient les endroits les plus bruyants du Japon. J’ai perdu une partie de mes tympans dans cette histoire.
Restait tout-de-même une épreuve : celle de la photo. Étant convenu qu’il aurait été trop facile de pouvoir photographier comme nous le voulions, avec nos propres appareils – les rabatteuses de Mai Dreamin portent un écriteau avec écrit « no photo » à l’intention des touristes – celles-ci sont très réglementées, et s’effectuent avec un polaroid fourni par le café. Comme les dialogues sont compliquées avec les serveuses – elles ne parlent pas anglais – nous optons pour la facilité en choisissant de poser avec la maid la plus proche, à savoir Miharu ; qui est aussi la plus surexcitée du lot, alors qu’elle vient de se déchainer sur scène. Nous prenons la pose pour la photo, et tandis que Miharu les personnalise à sa façon au moyen d’un feutre, nous commençons sérieusement à regarder l’heure, aucun de nous n’ayant très envie de rajouter 500 yens supplémentaires à une note qui s’annonce déjà salée (2600 yens chacun au final).

Le Mai Dreamin fût une expérience… surréaliste, dirons-nous. Complètement délirante. Mais amusante ! J’aurais regretté de ne pas avoir tenté ça au moins une fois dans ma vie. Mais franchement, je ne pense pas retourner dans un tel café un jour, à moins de tomber sur un concept suffisamment intriguant ; parce que là, il faut bien voir que nous sommes aller dans un endroit basique, là où d’autres remplacent les soubrettes par des religieuses ou des lycéennes qui appellent les clients « grands frères ».
Merci à Katzina pour ses photographies et pour avoir affronté ce péril avec moi. Quant à la photo avec Miharu, je l’ai faite exorciser puis je l’ai brûlé (histoire de m’assurer que personne ne puisse jamais la voir). Je vais plutôt mettre une petite vidéo pour me remettre de mes émotions :

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12 commentaires pour 2012, l’Expérience Interdite

  1. Cette séquence de « Toqué de Tokyo » <3333 Joli easter egg. Et jolie immersion totale. Manque plus qu'une vidéo de toi en train de présenter ton sujet en marchant dans Akihabara. #lejapon

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  2. AngelMJ dit :

    Bon sang, je suis vraiment pas dans le trip Maid, mais le jour où je mets les pieds à Tokyo, il faut que j’en fasse un.

    Comme tu dis, c’est une expérience à vivre… J’espère y survivre…

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  3. Rukawa dit :

    heureusement que c’est pas avec l’argent de mes impôts que tu te payes un voyage au Japon !

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  4. ZGMF Balmung dit :

    Au moins, au moment de la fin du monde, tu pourras te dire : « j’l’ai fait ! »

    Et, certes, des têtes d’animaux, mais… Les glaces étaient-elles au moins bonnes ? =’)

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  5. Exelen dit :

    Tu as finalement osé ! 🙂
    Effectivement c’est une expérience à faire au moins une fois dans sa vie 😉

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  6. Chadauw dit :

    Tiens, je suis allé dans le même café il y a pas si longtemps, j’avais pris le nounours katsu-curry qu’on voit sur la troisième photo.

    J’avais tenté l’expérience seul, et mes impressions rejoignent assez les tiennes. C’était tout de même trèèèèèèès bizarre, je me sentais pas trop à ma place (avec le « oishi oishi kyuun! », surtout).
    C’est vraiment un gouffre a fric, et ils essayent de te faire débourser encore plus en vendant des glowing stick pour les phases de karaoke.

    Mais tout les maid café sont pas comme celui-là, le seul autre que j’ai tenté est « The Gravania », pas loin de la station. Les filles ont beau être en maid (et cosplay), elles se comportent comme des serveuses normales. Y’a tout de même de la bouffe mignonne assez cher mais c’est tout de même plus normal.

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    • Gemini dit :

      Nous sommes arrivés juste après la phase de vente des glowsticks, mais en effet d’autres clients en avaient.
      J’ai failli tester le Cos-Cha – celui d’Antoine de Caunes – car je suis tombé dessus par hasard (*keuf*) et qui est parait-il tout aussi dingue, mais j’ai préféré claquer mon fric dans les UFO Catchers de la salle Taito (autre gouffre à pognon).
      Je trouve que ce n’est pas plus mal d’être tombé sur un Maid Café délirant, car c’est plus marquant comme ça ; si j’avais dû payer aussi cher pour un endroit où elles sont juste en uniforme, ça m’aurait peut-être plus dérangé.

      Moe Moe Kyun !

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      • Chadauw dit :

        Haha ouais, les UFO catcher c’est bien addictif.
        J’ai chopée ma 10eme figurine dans un game center de Yokohama aujourd’hui… Il faut que j’arrête, ça commence à prendre de la place.

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  7. jonas dit :

    Tu me crois si je te dis que j’y suis allé seul pour le nouvel an ? Que j’ai une carte à point du café où t’as été ? Et que l’ambiance bonne enfant couplée a la nourriture que je trouve ma foi plutôt bonne me motivent à y retourner ?

    Le maid café c’est comme une mini dose de Disney. Y a rien de honteux ou de pervers, c’est juste un truc relaxant.

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