Who want to live forever ?

Aujourd’hui, sujet un peu particulier mais qui me tient à cœur. Certains d’entre vous savent peut-être que j’ai effectué des études supérieures dans le domaine scientifique, et il m’arrive d’écrire des articles de vulgarisation sur des thèmes qui m’intéressent particulièrement. Dans ce cadre, il sera cette fois question d’une certaine Henrietta Lacks.

Comme dirait le Puppet Master dans Ghost in the Shell : « Et vous, pouvez-vous me fournir une preuve que vous existez, alors que ni la science, ni la philosophie n’ont pu définir la vie ? »
C’est une question qui agite le monde depuis la nuit des temps, et à laquelle ni la science, ni la philosophie, ni même la religion (même si celle-ci aura des positions plus arrêtées sur le sujet) n’ont pu répondre. A partir de quand un fœtus est-il en vie ? En cas de mort cérébrale, restons-nous en vie tant que notre cœur continue de battre ? Si quelqu’un arrivait à transférer son esprit dans une machine, pourrions-nous le considérer comme vivant ?
Le cas de Henrietta Lacks pousse encore un peu plus loin cette épineuse question, sans toutefois apporter plus de réponses.

Henrietta Lacks est une afro-américaine née en 1920 à Roanoke, dans l’état de Virigine. Issue d’une famille nombreuse et pauvre, elle est confiée à son grand-père, et vivra auprès de son cousin David, qu’elle finira par épouser après que celui-ci lui ait donné deux enfants, dont le premier à 14 ans. Henrietta meurt d’un cancer du col de l’utérus – conséquence probable de grossesses successives et précoces – en 1951. A sa mort, sa famille n’a pas les moyens de lui offrir une sépulture décente.
La vie dans la pauvreté d’une femme noire dans l’Amérique du début du XXème Siècle. Rien à priori de remarquable ou de digne d’intérêt, sinon un témoignage pour l’Histoire parmi tant d’autres.

Pourtant, Henrietta Lacks possède effectivement une particularité extraordinaire : elle est immortelle.
Pour comprendre comme une femme décédée en 1951 peut se réclamer immortelle – même si en l’état, elle aura beaucoup de mal à parler – il faut revenir dans le passé, lorsque son cancer est diagnostiquée au Johns Hopkins Hospital, dans le Maryland.
Un cancer – pour résumer – correspond à une prolifération anormale de cellules dans un tissu, pouvant entrainer la mort. Cela est rendu possible lorsqu’une cellule peut poursuivre sa division indéfiniment et survivre aux systèmes de défense de l’organisme censés empêcher un tel phénomène de survenir.
Dans le cas de Henrietta Lacks, un praticien de l’hôpital va réaliser une ponction de son tissu tumorale, et le confier au laboratoire de George Otto Gey. Celui-ci va découvrir quelque chose d’incroyable : même pour des cellules cancéreuses, les cellules de Henrietta Lacks se divisent rapidement et survivent longtemps si maintenues dans de bonnes conditions (ce qui explique la progression fulgurante de son cancer) ; une situation inédite qui permet de les cultiver et de les conserver, là où la plupart des cellules cultivées jusque-là ne survivaient que quelques jours.

George Otto Gey va ainsi mettre au point la lignée cellulaire HeLa (pour Henrietta Lacks), la toute première lignée cellulaire humaine mise en culture, et va la distribuer gracieusement à ses collègues scientifiques pour faire progresser la recherche à travers le monde. Elles seront notamment utilisées pour développer un vaccin contre la polio, mais aussi pour étudier de nombreuses autres pathologies.
Les cellules HeLa existent toujours, plus de 60 ans après la mort de Henrietta Lacks, et continuent d’être employées dans la recherche scientifique. Il y aurait aujourd’hui 60,000 articles scientifiques publiés recourant à des tests effectués sur la lignée HeLa, et près de 20 tonnes de ces cellules auraient été cultivées depuis 60 ans (c’est beaucoup pour une seule femme).

Mais que devient l’individu dans tout cela ? Henrietta Lacks n’a jamais donné son consentement pour l’utilisation de ses cellules, de même qu’elle ignorait tout de ladite utilisation ; une fois prélevées, elles ne furent plus considérées comme lui appartenant : elles devenaient un déchet que n’importe qui aurait pu utiliser à sa guise. De la même façon, sa famille n’eut conscience que bien plus tard du rôle qu’elle avait joué malgré elle dans la recherche scientifique : au début des années 70, des scientifiques commencent à interroger ses proches afin de trouver chez eux les origines des caractéristiques uniques des cellules HeLa, leur révélant ainsi le prélèvement de tissu et son exploitation (parfois commerciale).
Une situation que sa famille accepta mal, reprochant notamment qu’elle n’ait même pas une sépulture décente malgré ses services rendus à la science. Depuis, le nom de Henrietta Lacks a été reconnu par la communauté scientifique et les médias ; elle fût notamment célébrée lors d’une cérémonie officielle en présence de ses descendants, et a reçu un diplôme universitaire à titre posthume, elle qui n’avait jamais fait d’études (même si je pense que ça lui fait une belle jambe).

Vous conviendrez que le cas de Henrietta Lacks est extraordinaire. Née en 1920, morte en 1951, mais toujours vivante à travers ses cellules, lesquelles continuent de proliférer. Et ainsi, la voilà devenue immortelle.

Publicités
Cet article, publié dans Culture G, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Who want to live forever ?

  1. Hero7 dit :

    interessant comme article ayant changer d’orientation durant mes études j’avais gardé apperement une info incorrect de la proliferation cancereuse; dans ma mémoire toute cellule cancereuse était immortel ; je pense que je vais me farcir quelque livre pour corriger le tir.

    le sujet d’etre immortel et qu’est ce que la vie entre autre m’ont pationné il y a pas longtemps a la question de l’immortalité ou vivre plus longtemps il y a le mouvement transhumaniste qui a pas mal d’idée… si tu veux creuser.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s