Section d’Asso

Les associations. Nous sommes bien contents de les trouver lorsque nous en avons besoin, mais cela reste des mondes bien étranges. Les quelques contacts que j’ai pu avoir avec elles m’ont souvent laisser sans-voix.

La première association que j’ai pu croiser n’avaient, étonnamment, rien à voir avec l’animation japonaise et les manga. Il s’agissait du bureau des élèves de mon université, régi selon la loi de 1901.
Les étudiants étaient parfaitement libres d’y adhérer ou non. Mais comme il était le seul organisme « habilité » à distribuer les polycopiés des cours, que ceux-ci étaient obligatoires, et que seuls les adhérents y avaient accès, vous comprendrez qu’en réalité, nous n’avions absolument pas le choix.
Le bureau des élèves formait une caste à part, de gens passionnés plus par la vie du bureau que par leurs études. Ses dirigeants jouissaient d’un nombre conséquent de privilèges, notamment celui de pouvoir redoubler une année autant de fois qu’ils le souhaitaient sans craindre de représailles de la part de l’administration.
Surtout, à force de rester entre eux, ils s’étaient complètement déconnecté du reste de la population étudiante, pourtant largement majoritaire. Ils ne comprenaient pas – ou alors ne voulaient-ils pas comprendre – que la majorité des étudiants ne venaient à l’université que pour une seule chose : étudier. Les élections étudiantes ou tout autre histoire du même acabit, cela ne les intéressait pas, voire cela ne les concernait pas. Et après, ce même bureau se demandait pourquoi les taux de participation étaient aussi bas…

Tiens, en parlant d’élections, justement, ils avaient une vision toute personnelle de la démocratie. Déjà, pour renouveler le bureau d’année en année, il n’y avait toujours qu’une seule liste de candidats, adoubée par les précédents dirigeants. Cela ne s’arrangeait pas pour les élections de plus grande envergure : leur association était membre d’un groupe, sorte de parti étudiant qui se présentait systématiquement aux élections, à la manière de l’UNI ou de l’UNEF. Ainsi, ils placardaient dans toute l’université des affiches du parti en question, arrachaient celles des concurrents voire empêchaient leurs représentants de venir distribuer des tracts (lorsque ceux-ci osaient s’approcher de l’établissement), et incluaient leur programme dans les polycopiés qu’ils vendaient. Et lorsque quelqu’un demandait pourquoi ils ne parlaient jamais des autres postulants lorsqu’ils nous exhortaient à aller voter – bref, pourquoi ils n’essayaient pas d’insuffler un peu de démocratie dans ce système – le bureau de répondre que l’association était liée à ce parti, que nous avions adhérer à l’association de notre plein gré, donc que nous étions membre de facto de ce parti. Donc pourquoi parler des autres candidats ? Pour rappel, il nous était impossible d’obtenir les polycopiés sans être membre…

Évidemment, le genre d’associations auquel j’ai été le plus souvent confronté de par mes centres d’intérêt, ce sont celles consacrées aux manga et à l’animation japonaise. Plus exactement les quelques factions – car nous pouvons parler de factions, voire de factions rivales – qui s’affrontaient dans l’agglomération lyonnaise.
Au début, je pensais que les membres de telles associations étaient des passionnés se réunissant pour partager leur passion avec d’autres personnes. Naïf que j’étais ! En parlant un peu avec eux, je m’apercevais bien vite que la plupart ne connaissait pas grand chose à l’animation japonaise et aux manga… Ce qui les intéressait, c’était moins le sujet de l’association que l’association elle-même. Un état d’esprit que je peux difficilement comprendre. Mais c’est assez logique : s’ils réservent leur temps libre pour l’association, ils n’en ont plus pour une autre passion. J’ai fini par penser qu’ils devaient trouver là un environnement qui leur convenait, ou que les responsabilités leur donnaient l’impression de servir à quelque chose, impression qu’ils n’avaient pas dans leur vie de tous les jours.

En observant de loin ces associations – lyonnaises ou non – pendant quelques années, j’ai pu constater qu’elles pouvaient s’avérer excessivement déplaisantes, en particulier dans toutes leurs luttes internes. J’ai ainsi pu voir quelqu’un lancer une association bâtie plus sur sa personnalité qu’autre chose, et qui s’est presque écroulée lorsque celui-ci dut prendre du recul et céder sa place de président. Une autre personne changer régulièrement d’association faute d’en trouver une où accéder aux fonctions dirigeantes, avant finalement de fonder sa propre structure. Des associations formées de noyaux durs qui rejetaient systématiquement les nouveaux membres se montrant trop entreprenant, comme s’ils contestaient leur « autorité naturelle ». Rien ne vaut une association et une ou deux responsabilités pour démultiplier l’égo de quelques individus en mal de reconnaissance.

Et les manga dans tout cela ? Une quantité négligeable. Les conventions ? Un moyen de renflouer les caisses, rien de plus.
J’ai ainsi pu assister à une convention lyonnaise qui revendiquait : « plus de 10 ans dans l’organisation de convention ». Une sorte d’Epitanime locale, en théorie. En théorie seulement. Car ce fût probablement la convention la plus vide, la plus inintéressante, et la plus bordélique que j’ai pu voir. Sans compter qu’elle ne comptait que des vendeurs de produits HK, et aucun de manga ou de produits officiels.
Un monde entre la promesse d’une association expérimentée et le résultat sur le terrain. Je ne tardais pas à apprendre les raisons derrière ce décalage. L’ambiance au sein de cette association était telle que les membres changeaient très régulièrement ; hormis son président historique – lequel ne s’intéresse justement aux conventions que comme source de revenues – il ne restait absolument personne qui aurait effectivement été présent depuis 10 ans, et qui aurait donc eu l’expérience des conventions. Pire, les responsables de l’organisation changeaient d’année en année, et il fallait tout recommencer de zéro à chaque édition. Autant dire que malgré des moyens et des ambitions qui augmentaient sans cesse (avec la popularité croissante des manga), la convention elle-même restait à un même niveau d’amateurisme effarant.

Alors il y a certainement des associations de passionnés, d’individus qui ne pensent pas qu’à devenir calife à la place du calife, à donner un sens à leur vie, ou à valider des crédits pour leur année (pour les associations liées à une école). Mais ce ne sont malheureusement pas celles que j’ai eu l’occasion de rencontrer sur la région lyonnaise.

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15 commentaires pour Section d’Asso

  1. Axel Terizaki dit :

    Je sais même pas sur quoi tu te bases pour dire qu’Epita 2012 était si mauvaise, à part deu xou trois ragôts sur Twitter, ou l’avis d’une ou deux assos à chaud. L’articlque que je prépare va te faire tout drôle. Là ça fait vraiment genre « coucou je donne mon avis sur Epitanime 2012 même si j’y étais pas. »

    Quant à l’état des assos autour de la culture nippone, je vais t’apprendre un scoop: Lyon n’est pas le centre du monde; Il y a de nombreuses assos un peu partotu en France qui font un travail remarquable, que ce soit pour faire des activités ou carrément organiser des conventions, et qui ne souffrent pas de problèmes intestinaux comme tu le décris. C’est dommage que ça soit le cas à Lyon, mais ce n’est pas le cas à Bordeaux, Nantes, dans le centre, à l’est, dans le sud, bref partout ailleurs en France.

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  2. Gille Maurice dit :

    Quand t’arrive devant le bâtiment de la salle kara le dimanche matin à 7h03, que tu demande si on peut nous laisser rentrer pour aller chanter en attendant 9h, et que le staff te répond « A 7 heures soit t’es dehors soit t’es dedans, ceux qui sortent ils sont niqués » avec un sourire à la con, c’est dur d’y voir de la passion.

    Ah aussi, ambiance de fou samedi soir dans la cour. 3 personnes éparpillées, avec l’OST de l’exorciste en fond. Ambiance !

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  3. ZGMF Balmung dit :

    J’avoue que quand j’ai lu ton billet ce matin, Gemini, j’ai été assez surpris.

    Je ne peux pas trop juger sur ce que ce sont les associations, de même pour l’épita’, vu que j’y étais pas. Cependant, c’est par rapport au contenu du billet ; écrire une critique, pourquoi pas, mais là, tu écris beaucoup pour ne pas dire grand chose en fait. C’est l’impression que ça m’a donné. Bon, après, tu le classes dans « humeurs »…

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  4. Amo dit :

    Gemini qui s’auto-parodie dans son délire habituel de faire d’un cas une généralité. Assez étrange.

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  5. Natth dit :

    Pour ma part, tous les retours que j’ai eu l’occasion de voir pour l’instant étaient plutôt bons, voire très bons (cf forum Animeland par exemple). Les fans d’Higurashi ont été ravis par la conférence de l’auteur, qui a fait salle comble à deux reprises. Apparemment, c’est quelqu’un de sympathique et très accessible, qui avait beaucoup de choses intéressantes à dire.

    Pour le staff trop zélé, c’est dommage, mais cela reste compréhensible vu les problèmes des nocturnes.

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    • Gemini dit :

      Il faut croire que je ne parle qu’aux râleurs. Après, tant mieux si ce n’était pas aussi catastrophique que j’ai pu l’entendre. Parce que j’ai vraiment entendu des reproches assez lourds sur certains organisateurs…

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    • Natth dit :

      Je ne sais pas sur quoi j’ai cliqué, mais mon message est parti trop vite. Je disais donc que, même si ce n’est pas une excuse, certains membres du staff en ont peut-être trop fait à cause de ce qui s’était passé lors des nocturnes.

      De mon côté, cette édition m’a beaucoup plu. J’étais contente de voir que les fanzines ne se trouvaient plus dans un coin et je pense que la scène disposait de plus de place dans le sous-sol, même si cela laissait à désirer pour le son. J’ai trouvé que les salles de jeux vidéo étaient mieux organisée cette année. Pour le kara, je regrette qu’il ait été relégué dans une petite salle la nuit (le jour, c’est logique). Mais bon, c’était peut-être lié aux nocturnes aussi. Globalement, je pense que l’on est loin du ratage.

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  6. Kabu dit :

    J’aime les courageux conquérants du journalisme qui comme Gemini parlent de beaucoup d’associations tout en prenant soin de n’en nommer aucune.

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    • Merlin dit :

      A quoi ça sert? Il parle d’une « généralité ». Qu’on soit d’accord ou non avec ces généralités après c’est autre chose.
      Mais ce genre de comportements dans les assos est assez courant je trouve et c’est relatif à tout type d’asso.

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  7. Sedeto dit :

    Heureusement « que personne ne lit le blog de Gemini » parce que je ne voudrais pas que les jeunes fans se basent sur cet article pour non-envisager une expérience associative dans le manga. Ce serait fâcheux de leur faire éviter un des trucs les plus enrichissant et accessible à la fois qui soit.
    Oui, des fois, les associations ont des conflits, des dramas, sont inflitrés par des gens dotés d’intentions peu convenables, mais de toutes mes expériences associatives, de membre ou juste d’amie de membres ou de présidents, on n’en est pas à tirer une conclusion aussi ratée que celle de cette article.
    Je veux bien que tu parles de deux-trois assos lyonaises sur le pouce, mais par pitié, n’en fait pas une généralisation, surtout si c’est dans le négatif. Pense un peu au message que tu délivres et aux responsabilités que tu prends quand tu publies ça sur internet. Et garde ton aigreure absolue pour toi.

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