Flash of Two Worlds

Pour familiariser le public français avec la licence DC Comics, l’éditeur Urban Comics a publié dernièrement une anthologie regroupant des histoires mythiques de la firme américaine, étalées sur plus de 70 années de publication et entrecoupées d’explications sur l’histoire du comics. Parmi toutes ces aventures, une – pourtant datée de 1961 – continue d’avoir des répercussions encore aujourd’hui. Son nom : Flash of Two Worlds.

Comme souvent avec mes articles sur les comics, je commence par un peu d’Histoire, pour ceux qui n’auraient pas lu le billet à ce sujet.
En 1938, deux jeunes auteurs – Joe Schuster et Jerry Siegel – publient le premier numéro de Superman dans Action Comics #1. Il s’agit alors du premier super-héros (de comics), et il va connaitre un succès tel qu’il ouvrira la voie à d’innombrables autres personnages, chez cet éditeur qui prendra plus tard le nom de DC Comics ou chez ses concurrents.
Du côté du futur DC Comics, les machines à idées tournent à plein régime pour inventer des hordes de nouveaux héros : Batman, Wonder Woman, Green Lantern, Doctor Fate, Green Arrow, Black Canary, The Atom, Aquaman, Hawkman, Hourman, Wildcat, Crimson Avenger, Zatara, Vigilante, et bien d’autres. Malheureusement, cette période faste pour les super-héros – connue aujourd’hui sous le nom de Golden Age – va rapidement prendre fin, les lecteurs privilégiant d’autres genres comme la SF ou le western. De nombreuses publications ne survivent pas à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, et seuls Superman, Batman, et Wonder Woman poursuivent leurs aventures sur papier.

Pour tester de nouveaux concepts et lancer de nouvelles séries en limitant les risques, DC Comics crée Showcase en Mars 1956. L’éditeur a besoin de titres forts, et va se servir de ce magazine pour évaluer la popularité de ses dernières créations ou attirer plus de lecteurs vers ses séries mineures. C’est dans ce contexte, et dès le Showcase #4, que DC Comics touche le gros-lot en publiant le premier numéro d’une version modernisée de Flash. Il ne porte pas le même costume, n’endosse pas la même identité secrète dans sa vie de tous les jours, n’exerce pas le même métier, n’a pas obtenu ses dons extraordinaires de la même manière, et n’habite pas la même ville ; seul le titre et – dans une certaine mesure – les pouvoirs restent les mêmes.
Le succès est immédiat, le public en redemande, nous venons de basculer dans le Silver Age et il ne reste plus à DC Comics qu’à relancer les super-héros. Julius Schwartz, chargé de cette mission par l’éditeur, va réutiliser le même principe que pour Flash : prendre des personnages du Golden Age, et les moderniser avec de nouveaux costumes et de nouvelles identités. La vague SF étant passée par là, de nombreux héros jadis liés à la magie gagnent ici des origines plus scientifiques.

Comme cela se fait encore aujourd’hui, les scénaristes et les dessinateurs changent régulièrement sur chaque série. Finalement, c’est Gardner Fox – toujours sous la direction de Julius Schwartz – qui reprend en main Flash.
Gardner Fox n’est pas un débutant, loin de là. Non seulement a-t-il amplement participé aux grandes heures du Golden Age, mais il fût aussi le scénariste d’origine de Flash. Une situation étrange qui se concrétisera par l’écriture d’une histoire mythique : Flash of Two Worlds.

Pour aider son amie Iris West, Barry Allen (le Flash moderne) décide de faire démonstration de sa vitesse lors d’un spectacle pour enfants. Mais il finit par vibrer à une fréquence telle qu’il disparait sans laisser de trace. Il se réveille dans un lieu inconnu.
Mais, à bien y regarder, pas si inconnu que ça. Il reconnait là Keystone City. Et il n’en croit pas ses yeux. Quand il était petit, il dévorait un comics qui se déroulait à Keystone City, un comics écrit par un certain Gardner Fox, et dont le héros l’inspira lorsqu’il acquis à son tour des super-pouvoirs. Il reprit le nom et le symbole d’un personnage de fiction nommé Jay Garrick, plus connu sous le nom de Flash.
Barry Allen comprend alors une vérité incroyable : d’une façon ou d’une autre, les histoires qu’il lisait dans son enfance étaient bien réelles, mais elles se déroulaient sur une Terre parallèle que Gardner Fox pouvait entrevoir dans ses rêves. Il venait aussi de découvrir que ses pouvoirs étaient tels qu’ils pouvaient lui permettre de passer d’une dimension à l’autre.
Pour confirmer son idée première, il décide de se rendre au domicile de Jay Garrick. Il y découvre un homme grisonnant, qui a pris sa retraite depuis longtemps, mais qui jadis se faisait bel et bien appeler Flash.
Ensemble, ils vont lutter contre les anciens ennemis de Jay Garrick. Puis les deux amis, le maitre et l’élève, se quittent. Barry retourne vers son monde d’origine. Par commodité, ils décident d’appeler ces deux univers respectivement Earth-I (Silver) et Earth-II (Golden Age).
Et Flash of Two Worlds d’entrer dans la légende du comics.

Earth-II. Sans le savoir, ils venaient de créer un monstre. Dans l’immédiat, il apparait donc que Earth-II est en réalité la Terre sur laquelle vivent les anciens héros du Golden Age, y compris Batman, Superman, et Wonder Woman, dont les aventures ne s’étaient pourtant pas interrompu avec la fin du Golden Age, mais présentés désormais comme des personnages indépendants.
Depuis les années 40, ces héros ont vieilli, et de nouveaux protagonistes sont apparus, à commencer par Huntress – la fille de Batman et Catwoman – ainsi que Power Girl, une version adulte de la Supergirl de Earth-I. L’histoire suit son chemin de son côté, et il n’est dès lors pas rare que les personnages de chaque univers se croisent. Ainsi, lorsque Alan Scott – le premier Green Lantern – découvre que son anneau peut désormais agir sur le bois (sa seule faiblesse), il décide d’aller trouver son aler-ego Hal Jordan, pour lui demander si lui-même a réussi à surmonter la faiblesse de son anneau : la couleur jaune.

Quand un concept fonctionne, autant en profiter. Pourquoi se limiter à un seul monde parallèle lorsqu’il serait possible d’en imaginer une infinité offrant à chaque fois de nouvelles possibilités ? En 1964, Gardner Fox nous gratifie de Earth-III, un monde miroir où les membres de la Justice League of America sont des criminels réunis sous la bannière du Crime Syndicate of America, et où Alexander « Lex » Luthor fait figure de seul héros de la planète. A partir de cet instant, les mondes parallèles vont se multiplier chez DC Comics.
Ce principe va même se révéler très pratique pour la société. Au fil des années, elle a réussi à racheter plusieurs de ces concurrents, tels que Fawcett Comics, Charlton Comics, ou Quality Comics. Chaque éditeur possédait ses propres séries et ses propres héros, le principe des univers parallèles va dès lors permettre de justifier l’existence de ces nouveaux personnages ; ainsi, Earth-S est la Terre des héros de Fawcett Comics, ceux de Quality Comics vivent pour la plupart sur Earth-X, et ainsi de suite.
Toutefois, DC Comics décide en 1985 de faire le ménage dans cet immense bordel que sont devenues les terres parallèles, en réunissant tous les personnages dans un seul univers et une seule continuité. Cela se déroule lors du mythique Crisis on Infinite Earths. Depuis, ces mondes alternatifs ont de nouveau été d’actualité.

Jusqu’à présent, je vous ai parlé des conséquences de Flash of Two Worlds chez son éditeur, mais si son influence s’était arrêté là, cela aurait été trop simple.
Par deux fois, DC Comics avait lancé la mode des super-héros. Par deux fois, l’entreprise se fera emboiter le pas par Marvel Comics, qui ne s’appelait pas ainsi à l’origine. La seconde tentative sera d’ailleurs la bonne, Marvel Comics apportant de véritables innovations et devenant un sérieux concurrent.
Le système du monde parallèle, c’est une bonne idée. Et une bonne idée, il ne faut pas la gâcher. Marvel Comics va donc reprendre ce système pour son compte.

Concrètement, la majorité des aventures des héros Marvel Comics se déroulent sur Earth-616, dénomination issue des pérégrinations extra-dimensionnelles de Captain Britain, alors que celui-ci dépend du bon vouloir d’un scénariste farfelu nommé Alan Moore.
Encore plus que son concurrent, l’éditeur va multiplier les univers, les dimensions, mais aussi des concepts plus abstraits comme le Microverse. Le plus connu reste probablement le Mojoverse, monde où le spectacle est roi et dirigé par un tyran nommé Mojo ; les X-Men en particulier auront régulièrement affaire à lui. Une équipe comme Excalibur a ainsi multiplié les voyages dans des dimensions toutes plus farfelues les unes que les autres. Mais le concept atteint son apogée avec The Exiles, comics où des versions alternatives de différents personnages passent sans cesse d’une Terre à l’autre, à la manière de la série Sliders.
Les séries de la gamme « Ultimate » de Marvel Comics (des reprises des titres classiques comme s’ils étaient apparus au début des années 2000) possèdent elles-aussi leur propre Terre : Earth-1610.

DC Comics a eu la bonne idée de faire le ménage dans ses univers il y a bientôt 30 ans, mais chez Marvel Comics, cela reste un bordel monstre. Heureusement, ces histoires de mondes parallèles sont un peu passées de mode. Il n’y a pas si longtemps, ils étaient très employés : une nouvelle série à imaginer, une petite histoire à écrire, hop, on balance un univers alternatif avec des variations autour des figures bien connues, et le tour est joué, on passe à autre chose. Ce n’est pas plus compliqué que ça. Marvel Comics nous a même un temps gratifié d’un titre consacré à Havok, le frère de Cyclops, dans lequel il essayait de survivre sur une Terre où Madelyne Pryor avait pris le contrôle.
Flash of Two Worlds est devenu une aventure légendaire pour son postulat de départ absolument génial, mais elle a accouché d’un monstre incontrôlable. Parfois fantastique dans les mains d’auteurs inspirés – Alan Moore, Chris Claremont,… – mais trop de scénaristes préfèrent céder à la facilité.

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Un commentaire pour Flash of Two Worlds

  1. Eowyn dit :

    « Heu, Green Lantern, ça ferait pas un peu nom de bistrot ?? »
    Hero Corp

    ————> []

    J'aime

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