Comment débuter les manga ?

Souvenez-vous : il n’y a pas si longtemps, j’essayais de vous proposer une liste de comics idéaux pour découvrir cet univers. Comme il s’agit à l’origine d’un blog consacré aux manga, il est grand temps de prendre mon courage à deux mains, et d’écrire ce billet prévu depuis bien longtemps mais toujours repoussé, afin de donner quelques pistes pour bien commencer les manga.

Malheureusement, vous vous rendrez bien compte qu’il ne s’agira ici que de pistes, plus que de titres précis. En effet, si les incontournables du comics sont relativement facile à identifier – d’autant plus si nous nous focalisons sur les quelques albums publiés en langue française – cela présente plus de difficultés avec les manga, univers dans lequel intervient encore plus une composante fondamentale mais non moins délicate à appréhender : la sensibilité du lecteur.

J’ai tendance à penser – et à dire – que les manga peuvent parler de tout et de n’importe quoi, et compte-tenu du grand nombre de titres disponibles en France, cela n’a jamais été aussi vrai. Le point positif, c’est que chacun devrait y trouver des thèmes qui pourraient l’intéresser. Le point négatif, c’est qu’il faudrait presque conseiller les lecteurs au cas par cas : « dites-moi ce que vous aimez, je vous dirai quels manga devraient vous plaire ».

Je prends l’exemple près de moi, il n’y a pas deux personnes avec des préférences similaires.
Ma mère a lu du Osamu Tezuka, mais n’a jamais accroché en dehors de cet auteur précis ; ce qu’elle reproche à nombre de titres qu’elle a pu tester, c’est qu’elle a du mal à différencier graphiquement les personnages.
Même si elle a arrêté les manga – elle a repris les comics, j’ai donc bon espoir qu’elle se remette aussi aux manga sous peu – ma sœur possède des goûts extrêmement éclectiques, avec des titres adultes ou enfants, pour filles ou pour garçons, anciens ou récents.
Un de mes amis juge d’abord un titre par son dessin, reprochant à Naoki Urasawa un trait trop proche de la BD européenne, et ne supportant pas les manga de plus de 15 ans aussi pour des raisons graphiques, à l’exception des séries de Kaori Yuki ou des CLAMP.
Je pourrais continuer ainsi pendant des heures. Ce qu’il faut en retenir, c’est qu’il faut bien choisir les manga à faire lire à une personne, en prenant en compte son âge, son sexe, son expérience de lecteur, ses sujets de prédilection,…

Mais essayons malgré tout d’entrer dans le vif du sujet. La première question à vous poser – et qui devrait vous faciliter la vie – consiste à savoir si la personne regarde ou a regardé des animes, et si oui quels sont ses séries favorites.
Pour ma part, c’est ainsi que j’ai commencé : j’adorais Les Chevaliers du Zodiaque, mon premier manga a tout naturellement été Les Chevaliers du Zodiaque. Sachant que nombre d’animes – à plus forte raison ceux diffusés en France – sont des adaptations de manga, si quelqu’un apprécie l’anime il a de bonnes chances d’accrocher au manga, c’est assez logique. De plus, le lecteur avance sur un terrain déjà connu, ce qui encourage la lecture malgré certaines spécificités du manga : sens de lecture de droite à gauche, noir et blanc,…

En 1983, Osamu Tezuka expliquait que c’était par l’animation que les portes de l’Occident s’ouvriraient pour les manga. Et comme souvent, il avait raison.
Il convient toutefois de se méfier. Si de nombreux animes sont des adaptations de manga, il existe aussi le phénomène inverse : les manga adaptés d’animes. Des titres généralement sans âme, confiés à des auteurs incapables de réussir avec leurs propres travaux, et que les éditeurs français sortent malgré leurs piètres qualités en capitalisant sur leur nom. Cela concerne notamment Cowboy Bebop ou Mobile Suit Gundam. Mieux vaut donc se renseigner avant de se lancer dans un achat.
Une fois le premier pas franchi, il devient plus aisé de trouver des titres similaires ou des mêmes auteurs, au moins pour commencer. Et cela donne une base pour dire : « j’ai aimé tel titre, que me conseillez-vous ? »

Et si nous avons affaire à quelqu’un qui n’a jamais regardé un anime de sa vie ? Car, il ne faut pas se voiler la face : les jeunes générations ont moins l’occasion d’en voir à la télévision de nos jours – ce malgré les efforts louables de Direct Star et France 5 – et les plus anciennes ne seront pas forcément intéressées par ce média.
Pour ces-derniers, tous ne seront pas attirés par les manga, quel que soit le titre proposé. Par contre, ceux disposant déjà d’une sensibilité pour la BD ont toutes leurs chances d’apprécier, du moment qu’ils sont mis en contact, dans un premier temps, avec des séries adéquates. Dans cette optique, il est recommandé de se tourner vers les albums sélectionnés au FIBD d’Angoulême, qui depuis maintenant une dizaine d’années a commencé à reconnaitre les manga comme forme d’expression à part entière, avec son histoire et ses classiques. C’est particulièrement vrai pour les titres présents dans leur sélection « Patrimoine », dont certains ont montré réaliser de meilleures ventes auprès du public issu de la BD européenne qu’auprès des lecteurs habituels de manga.

L’auteur parfait pour une première approche, pour ce public en particulier, c’est certainement Osamu Tezuka, à commencer par ses œuvres adultes écrites à partir de la fin des années 60. Pour débuter, privilégier des titres courts et aux qualités reconnues, comme Demain les Oiseaux (1 tome), La Femme Insecte (1 tome), Ikki Mandara (1 tome), Sous notre Atmosphère (1 tome), Avaler la Terre (2 tomes), et surtout L’Histoire des 3 Adolf (4 tomes).
Toujours sélectionnés au FIBD, vous pouvez recommander des auteurs et des manga en un tome comme Shotaro Ishinomori (Miyamoto Musashi) et Hiroshi Hirata (L’Âme du Kyudo). Plus long – 8 tomes – vous avez l’adaptation en manga d’un classique de la littérature chinoise : Au Bord de l’Eau, par Mitsuteru Yokoyama.
Une exception toutefois à cette règle : malgré leurs grandes qualités, les œuvres de Shigeru Mizuki peuvent déplaire aux néophytes en raison de leur trait atypique.

Dans la production plus récente, plusieurs titres et auteurs ont été salués par un large public – pas uniquement les lecteurs de manga – ces dernières années. A commencer par Naoki Urasawa, dont le Monster (18 tomes) raconte une histoire policière dans les anciens pays du bloc soviétique.
Toujours en cours de publication, il convient de noter Bride Stories de Kaoru Mori, une plongée dans les tribus du Moyen-Orient au début du XXème Siècle, et Vinland Saga de Makoto Yukimura, qui nous fait vivre l’invasion de l’Angleterre par les Vikings. Deux titres plébiscités pour la qualité de leur reconstitution, leur dessin, et leur histoire passionnante.

Difficile d’aller vraiment plus loin sans connaitre les goûts des personnes concernées, mais aussi leur curiosité car il y aura toujours des titres vers lesquels nous n’allons pas nous diriger de prime abord, mais qui ont le potentiel pour nous plaire. Une solution toute simple, si vous en avez la possibilité, consiste à demander à un libraire s’y connaissant un minimum en manga. Après tout, ils sont là pour ça, et c’est le service qu’ils offrent qui les différencie des sites d’achat sur internet. Et en parlant d’internet, il regorge de sites de critiques et de conseils, consacrés aux manga ou plus généralistes, sur lesquels vous pouvez faire un tour pour trouver de quoi vous contenter ; mais cela suggère un investissement en temps. Enfin, si vous avez dans votre entourage quelqu’un qui s’y connait bien en manga, vous pouvez aussi lui demander conseil ; pour ma part, je sais que je suis toujours prêt à aider. Mais il ne faut jamais oublier qu’il s’agit d’un univers trop vaste, avec des publications parfois trop spécialisées (voire segmentées), pour que les mêmes conseils restent applicables quelle que soit la personne.

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7 commentaires pour Comment débuter les manga ?

  1. Sirius dit :

    L’auteur que je conseillerai le plus pour débuter, c’est Jiro Taniguchi qui ne cache pas son inspiration de la BD belge. En tout cas, c’est grâce à Quartier Lointain et au Journal de mon Père que je suis parvenu à initier petit à petit ma famille à l’univers des cases noires et blanches. Il a aussi été primé à Angoulême.

    Par contre je suis surpris que tu mettes autant l’emphase sur Tezuka dans ce billet. Il a beau être le Dieu du manga au Japon, son œuvre me semble difficile d’accès à celui qui débute dans l’univers du manga. A cause d’un style un peu vieillot aussi.

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    • Gemini dit :

      « Un peu vieillot » peut-être, mais par rapport à quoi ? Au manga actuel oui, mais nous parlons d’un public qui ne connait justement pas le manga actuel.
      Effectivement, Jiro Taniguchi est une option.

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  2. Sirius dit :

    Reconnais quand-même qu’il sort de la lecture de Tezuka des senteurs d’un temps passé que ce soit dans les thèmes, l’univers où les personnages décrits. Je suis persuadé que Tezuka est guère représentatif de ce qu’est devenu le manga actuel et que débuter par lui est le plus sûr moyen d’être déçu par la suite, de tuer dans l’œuf sa passion pour le manga. D’où l’exemple de ta maman!

    Après c’est un choix qui se défend, ça dépend du public, de ses goûts et de ses expériences. Je doute qu’il existe une « bonne » façon de débuter le manga. La preuve : le premier manga que j’ai lu est Naruto.

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  3. Jonas dit :

    En tant que fanboy je conseillerai Inoue Takehiko.
    J’ai rencontré pas mal de fans de slam dunk et j’ai initié des gens grâce à vagabond.

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  4. inico dit :

    J’ai appris à aimer les mangas en lisant Monster (merci à la médiathèque) que je viens d’ailleurs de relire et qui m’a ébloui comme la première fois. Mais à cause de son long format je ne crois pas que je le conseillerai forcément à quelqu’un qui me dirait vouloir débuter le manga.
    Jiro Taniguchi ? C’est vrai que je crois qu’il serait une transition intéressante. Mais bien plus que Tezuka, je ne suis pas certain que c’est à l’univers des mangas que s’ouvrirait le lecteur. Le style, aussi bien visuel que du récit étant trop typé BD.
    Mon père avait bien apprécié les premiers tomes des Gouttes de Dieu que je lui avait prêté (après qu’il ait lu un article à son sujet dans la revue Telerama). Quand à ma mère, elle me réclame les derniers volumes de Princess Jellyfish quand ils paraissent (elle à d’ailleurs une théorie intéressante sur la mangaka cloîtrée).
    Comme tu le dis, suivant les sensibilités des gens, le choix sera totalement différent. J’adore Vinland Saga, mais je ne le conseillerai qu’à quelqu’un de totalement habitué aux fresques et autres épopées du monde BD.

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    • Gemini dit :

      Pour la mangaka cachée, je crains que nous n’ayons la même idée.

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      • inico dit :

        Pas moyen de mettre de balise spoiler ?
        Donc, je précise : RISQUE DE SPOIL
        La mangaka cloitrée au couvent serait la maman de Kuranosuke.
        Ma mère m’a fait la remarque après avoir lu le premier tome. A vrai dire, je suis parfois tellement neuneu que je ne m’étais même pas posé la question de son identité. Mais c’est vrai que ça parait plausible. Même gros comme une maison en fait ^^.

        Pour revenir au sujet de ton article :
        une initiation intéressante aux mangas pour les gens nés dans les années 70 qui ont connu à l’époque les série TV mais pas les manga (au hasard: moi) : simplement lire la version papier d’une de celles-ci.
        Dans une jolie édition si possible.
        Comme ce Wingman qui me fait de l’œil d’ailleurs ^^.

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