Pourquoi la Comic’Con Française ne fonctionne pas

Aujourd’hui, un billet pour donner mon avis sur la version française du Comic’Con.

Je lis des comics depuis la fin des années 90, mais entretemps, j’ai aussi découvert les manga, et ils ont commencé à accaparer une bonne partie de mon temps libre. Au bout de quelques temps, j’apprends l’existence d’une convention : la Japan Expo, à laquelle je commence à me rendre régulièrement. Les années passant, elle essaye de se diversifier, ajoutant des jeux vidéos et de nombreuses autres attractions qui n’ont pas grand chose à voir avec le Japon. Tant et si bien qu’un jour, ce sont les comics qui s’invitent sous la forme d’auteurs venus en dédicace. En 2010, la SEFA – les organisateurs de la Japan Expo – décide d’officialiser cet état de fait en lançant la Comic’Con France – du nom d’une célèbre convention américaine dédiée aux comics – qui se déroulera en parallèle de la Japan Expo dans un espace dédié.

Concrètement, cela a surtout été l’occasion de caser tout ce qui ne tenait pas dans Japan Expo : les concours de robots, les web-séries, les séries TV, les comics, les jeux de rôle, le cinéma, et ainsi de suite. Un joyeux bordel. Toutefois, il a été intéressant de noter la première année un véritable soucis de qualité avec des invités de prestige – Frank Quitely, Leinil Francis Yu, David Lloyd,… – des conférences, ou encore des projections dédiées. J’étais très emballé. Sur le papier, cela promettait énormément. Et c’est vrai qu’il y avait de très bonnes choses sur place. Mais il y avait aussi des ratés.

Le premier problème : l’intérêt manifesté par le public. Au début, je me suis dit que le jumelage avec la Japan Expo était le seul moyen de créer une manifestation d’envergure en France consacrée aux comics, média que j’apprécie au moins autant que les manga. Et comme la plupart des habitués de la Japan Expo que je connais, s’intéressent aussi aux comics, je pensais naïvement qu’une partie du public de la convention historique se reconnaitrait dans une section comics. Du tout !
A la conférence de David Lloyd – qui non content de ne pas être le premier venu reste aussi le dessinateur du légendaire V for Vendetta – nous étions moins d’une dizaine dans la salle. Et encore, dans le lot, la moitié n’était là que pour réserver des places bien situées pour la conférence suivante, avec l’auteur de Tara Duncan… La honte… Je me suis senti mal pour le pauvre David Lloyd ; tu ne vas pas à ce qui est en théorie une grosse convention pour parler à 5 individus, fussent-ils motivés. Cela s’est répété pour toutes les conférences auxquelles j’ai assisté, à l’exception de celle des acteurs principaux de la série Highlander, une véritable attraction.

Comic’Con n’intéresse personne ? Ou du moins les comics, ce qui est problématique pour une convention avec le mot « comic » dans le titre ? Si, il suffisait de voir les hordes de vautours pressés autour du stand des auteurs, et qui n’en bougeaient surtout pas même si l’auteur qu’ils souhaitaient rencontrer s’en allait pour une conférence. Attention, je n’ai rien contre les dédicaces, je trouve que cela laisse des souvenirs merveilleux et que cela permet de rencontrer ses auteurs favoris, mais comprenons-nous bien : j’ai observé des individus rester les 4 jours plantés devant les artistes, et qui passaient de l’un à l’autre pour accumuler les dessins. Sont-ils réellement fans de tous ? J’en doute fort. Pour ma part, il n’y en avait qu’un seul qui m’intéressait réellement – David Lloyd, mais il y avait apparemment peu de gens dont ce fût la priorité – j’ai fait mon possible pour obtenir un joli dessin de sa part (coup de pot il se souvenait que j’étais un des rares présents à sa conférence), et puis basta, je suis passé à autre chose. Tandis que d’autres campaient toute la journée devant eux…

Le second problème : l’intérêt manifesté par les organisateurs. C’était très net en 2010, ça l’était aussi en 2011, j’ignore ce qu’il en sera en 2012 mais ce sera de toute façon sans moi. Autant du côté Japan Expo, les auteurs sont encadrés, presque choyés, et il est difficile de les approcher, autant les auteurs de comics, vus de loin, ressemblent à des responsables de stand amateur. C’est presque effrayant de les voir là, alignés sur une table à l’écart (au moins cela laisse de l’espace devant eux), avec vaguement un planning dessiné à la va-vite pour indiquer les horaires de présence de chacun, puisque certains ne font apparemment que ça toute la journée. J’ai beau savoir que la majorité des visiteurs ne viennent pas pour eux, je trouve que cela dénote d’un manque de respect flagrant.

Le troisième problème : le système de dédicaces. Et les auteurs eux-mêmes. Le système américain de dédicace, c’est celui de la commission : un artiste affiche ses tarifs – généralement différents pour le buste simple ou pour le corps en entier – la personne intéressée paye et demande le personnage qu’il souhaite. Un principe qui permet de rémunérer des auteurs qui ne roulent pas nécessairement sur l’or.
Seulement, depuis 2010, la SEFA a interdit de commissionner les auteurs. Raison officielle : les Français ne sont pas prêts (alors que cela fonctionne au Lille Comics Festival). J’y vois plutôt une volonté des organisateurs de garder le plus de contrôle possible sur les sommes échangées. Surtout, comme ces dédicaces fonctionnent au « premier arrivé, premier servi », cela justifie le prix des billets spéciaux qui permettent d’entrer dans la convention avant l’ouverture et le gros des visiteurs (même s’il existe des astuces pour passer outre). J’ai pu constater que nombre des vautours évoqués plus haut utilisaient justement de tels billets, et certains, de par leur comportement, ne cachaient pas qu’ils n’avaient acheté un billet hors-de-prix que pour arriver les premiers devant le stand des auteurs.
Évidemment, avec le système de commission, impossible de justifier l’existence de ces billets spéciaux (mis en vente avant que la liste des invités ne soit dévoilée) ; je n’imagine pas de tels personnages accepter de payer à la fois un billet à un tarif élevé et une dédicace.
Malheureusement, l’aspect gratuit pousse certains visiteurs à accumuler les dédicaces, là où la commission n’aurait laissé que les fans prêts à débourser spécifiquement pour un ou deux auteurs ciblés.

Chacun comprendra que, à dédicace gratuite – il est d’ailleurs affiché en gros derrière les artistes qu’ils n’ont pas le droit de monnayer leurs dédicaces – il ne faut pas attendre un dessin extrêmement soigné, ou du moins aussi soigné que peut l’être un dessin commissionné. Mais c’est de bonne guerre. C’est normal, il n’y a pas à s’en plaindre. Et c’est valable pour les deux parties : les auteurs ont accepté ce principe lorsqu’ils ont accepté de venir (et je suppose qu’ils ne viennent pas sans compensation).
Seulement, certains ont trouvé le moyen de passer outre : vendre des planches déjà dessinées. L’année dernière, un artiste en particulier proposait des reproductions de ses dessins, à des prix somme toute supérieurs à ceux de n’importe quelle commission. Des impressions à prix prohibitifs, voilà qui semble un peu exagéré. Il faisait tout de même des dédicaces, mais ne jouait clairement pas le jeu : un vague griffonnage, signé mais non personnalisé, accompagné seulement de gestes et d’une attitude qui ne montraient que trop bien que l’exercice ne l’intéressait absolument pas, voire qu’il se foutait royalement du lecteur en face de lui. Alors peut-être pensait-il que tous ceux qui n’achetaient pas ses planches étaient de ceux prêts à revendre les dédicaces sur internet, toujours est-il que ma rencontre avec cet auteur que pourtant j’appréciais m’a laissé une très mauvaise impression ; si je n’avais pas été abasourdi par ce que je venais de voir, je crois que j’aurais laissé là son dessin.
Si c’est pour que ces rencontres me laissent un tel mauvais goût dans la bouche, je préfère de loin ne plus aller voir de dessinateurs de comics s’ils n’ont pas le droit d’être commissionnés. Comme il s’agit du système auquel ils sont habitués, je pense que c’est plus sain.

Alors, n’oublions pas que la Comic’Con ne se limite pas aux comics et à leurs auteurs. Mais dans la mesure où elle s’appelle Comic’Con, nous pourrions penser qu’il s’agit d’un aspect important, ce qui ne semble pourtant pas être le cas ; il y a des auteurs parfois prestigieux, mais il ne faut pas oublier que beaucoup vivent de l’autre côté de la Manche, cela facilite probablement leur venue (par opposition aux mangaka). Mais dans les faits, Comic’Con reste surtout un immense bazar, et je ne suis pas sûr qu’elle attirerait beaucoup de monde si séparée de la Japan Expo, alors que d’un autre côté, cela serait salutaire. Pour l’instant, ce n’est pas encore la grande convention comics française que nous attendions, malgré ses moyens financiers.

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