Comment débuter les comics (2)

Deuxième et dernière étape de notre voyage initiatique dans le monde merveilleux des comics. L’occasion de rappeler que les comics ne parlent pas que de super-héros.

S’il est certain que le mot comics se trouve généralement associé à la notion de super-héros, c’est extrêmement réducteur pour le reste de la production anglo-saxonne, bien loin de se limiter à ce seul genre (même s’il connait des variantes).
De la même façon, les producteurs ne se limitent pas aux amateurs de capes et de slips portés par-dessus le pantalon lorsqu’il s’agit de puiser dans cette mine de bonnes idées que représente le comics, et de nombreux spectateurs européens n’en ont probablement même pas conscience. Des films comme Men in Black, The Mask, Barb Wire, Timecop, Clones, Wanted, ou Red sont des adaptations de comics.

A la différence des histoires de super-héros publiées depuis les années 60, les comics présentés dans cette page sont des titres « récents » – moins de 30 ans – et dont la publication est terminée. Ainsi, il n’est pas nécessaire de posséder une culture particulière ou de se préparer pour les découvrir, ils sont abordables pour n’importe quel lecteur. Je ne les présenterai ici qu’à titre d’information, pour guider les nouveaux lecteurs et les curieux qui pourraient être rebutés par le grand nombre de titres disponibles et la difficulté de s’y retrouver. Bien entendu, je me baserai ici sur mes propres lectures.

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Dark Horse Comics est aujourd’hui le 3ème éditeur de comics aux USA. Créé en 1986 par le propriétaire d’une boutique spécialisée, il propose aussi bien des œuvres inédites que des adaptations de licences à succès – Star Wars, Buffy contre les Vampires, Aliens VS Predator, Terminator,… – mais aussi des manga, puisque nous lui devons les publications outre-atlantique de Akira ou de Ghost in the Shell. Concernant les titres inédits, l’éditeur peut ou a pu compter sur quelques grands noms avec des artistes comme Mike Mignolia, John Byrne, ou encore Frank Miller. Parmi leurs publications, je recommande dans un premier temps Hellboy et Sin City.

Hellboy est un comics de Mike Mignolia publié en France par Delcourt, il a été adapté en deux films par Guillermo del Toro. Hellboy est un détective du paranormal, mais aussi un démon ; lors de son travail, il sera confronté à des créatures mystérieuses, à des scientifiques nazis, ainsi qu’aux mystères de ses propres origines. Rien de bien fabuleux en apparence, c’est surtout un titre bien écrit et efficace pour amateurs de paranormal.

Sin City est un comics de Frank Miller publié en France par Rakham, il a été adapté au cinéma par Robert Rodriguez, Quentin Tarantino, et Frank Miller lui-même. Toute l’histoire se déroule dans la ville de Basin City, fort justement surnommée Sin City par les locaux, un endroit où fleurissent le crime et la débauche. Dans cet univers sombre et violent, nous allons suivre les péripéties de plusieurs personnages qui ont encore de vagues notions de justice. Sin City compte parmi mes comics favoris, un titre impressionnant par la maitrise graphique dont fait preuve l’auteur, noir, sombre, et passionnant, rempli de figures fortes et charismatiques.

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Image Comics est né au début des années 90 d’une brouille entre Marvel Comics et huit de ses auteurs phares, lesquels réclamaient à l’éditeur des dividendes plus conséquentes, en particulier concernant l’exploitation à outrance de personnages qu’ils avaient eux-mêmes créés (mais dont les droits appartenaient contractuellement à Marvel Comics). Ne pouvant parvenir à un accord, ils ont fondé plusieurs studios indépendants – dont Top Cow et WildStorm – réunis sous le label Image Comics, qui laisse plus de liberté à ses auteurs notamment concernant les droits d’auteur. L’éditeur possède plusieurs licences cultes – Spawn, Invincible, Witchblade, Walking Dead,… – mais je vous avoue le connaitre assez mal.

Le seul que je connaisse vraiment est le Wanted de Mark Millar et J. G. Jones, un court titre adapté en un film qui ne possède, sincèrement, que peu de points communs avec l’original. Ce comics part de deux concepts : les super-vilains ont gagné et dirigent la Terre en secret, et un minable employé de bureau apprend du jour au lendemain être le fils d’un de ces criminels, et devoir hériter du titre de son père. Un concept intéressant et surtout bien géré par ses auteurs ; sans être exceptionnel, c’est bourrin et efficace, avec un bon nombre de personnages mémorables. Rien de tel pour passer un bon moment de lecture.

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WildStorm représente une sorte de cas de conscience dans cette liste. Créé par Jim Lee au début des années 90 suite à son départ de Marvel Comics, un temps sous le giron de Image Comics puis racheté par DC Comics en 1999, l’éditeur a gardé une certaine indépendance pendant plus de 10 ans avant que son univers ne soit remis à zéro et incorporé à celui de DC Comics lors du crossover Flashpoint. J’ai malgré tout décidé d’en parler de manière indépendante.
Wildstorm est surtout connu pour les séries de Jim Lee : WildC.A.T.s, Gen¹³, et StormWatch, mais il a aussi reçu le renfort d’auteurs comme Warren Ellis, à qui nous devons The Authority. Mais cela reste du super-héros, et c’est d’un autre titre dont j’ai très envie de parler.

Planetary de Warren Ellis – un de mes auteurs fétiches – et John Cassaday se déroule dans l’univers WildStorm, mais nous pouvons difficilement parler d’histoires de super-héros, bien que plusieurs personnages manifestent des capacités hors-du-commun. Le but de l’organisation Planetary est d’écrire l’histoire secrète du XXème Siècle, une histoire faite de complots, d’êtres tout-puissants, de voyages dans l’espace, et d’expériences interdites. Concrètement, cette série emprunte énormément à la pop culture, aux films d’horreur américains de l’époque de la Chasse aux Sorcières, aux Kaiju Eiga, aux pulps, aux auteurs de comics anglais des années 80, et ainsi de suite. Pas la peine de saisir les références pour apprécier ce monde jouissif qui aurait provoqué des crises de plaisir à Fox Mulder, un monde où les légendes urbaines possèdent des liens profonds avec le réel. Un incontournable dont je suis absolument fan.

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Vertigo est un label de DC Comics créé en 1993, pensé à l’origine pour accueillir des talents de la nouvelle vague anglaise – Grant Morrison, Neil Gaiman, Garth Ennis,… – mais regroupant aussi des œuvres publiées avant la création de ce label comme V for Vendetta ou Watchmen. Ses publications se caractérisent par des contenus plus adultes, et beaucoup ne parlent pas de super-héros.
Si vous me demandez quelle est la grande différence entre DC Comics et Marvel Comics, pour moi, il s’agit de l’existence de Vertigo. Même si Marvel Comics, contrairement à ce que nous pourrions penser, ne fait pas que dans le super-héros, DC Comics possède un label extrêmement riche grâce à Vertigo.
Petite sélection toute personnelle de titres, outre ceux déjà évoqués dans l’article précédent.

Hellblazer est une sérié dédiée à John Constantine, un personnage créé par Alan Moore dans son Swamp Thing. Constantine est un détective privé anglais qui se la joue Bogart, spécialisé dans les affaires impliquant la magie. De nombreux auteurs se sont succédé sur ce titre, mais je recommande chaudement les histoires écrites par Garth Ennis, qui a parfaitement su saisir la nature égoïste, radicale, et cynique de son anti-héros. En résulte des récits sombres, un peu glauques, mais absolument passionnants.

The Invisibles est en quelque sorte le chef d’œuvre de Grant Morrison, scénariste taré qui pour ne rien arranger se projetait dans son personnage principal, au point de tenter les mêmes expériences que lui ; autant dire qu’à l’époque, l’auteur carburait aux acides. Il nous offre ici une histoire surréaliste faite de magie et de complots transdimensionnels, complètement dingue mais indéniablement originale et bourrée d’idées aussi géniales que saugrenues. Une expérience hors-du-commun, c’est le moins que nous puissions dire.

De nouveau signé Garth Ennis, Vertigo publia sa première série originale au pays de l’Oncle Sam : Preacher. Une œuvre qui nous parle de Dieu, de bouseux, d’Amérique, de pratiques sexuelles étranges, de fous dangereux, de l’esprit de John Wayne, et d’innombrables autres joyeusetés dans la même veine. Le tout sous le regard consterné d’un prêcheur cynique et ordurier, d’une tueuse à gages, et d’un vampire irlandais. Que demande le peuple ?

Attention chef d’œuvre absolu. Mon comics favori. Le fabuleux Transmetropolitan de Warren Ellis et Darick Robertson. Un hommage au journalisme total dans une Amérique futuriste où vos pires cauchemars ont pris vie, avec un écrivain complétement siphonné nommé Spider Jerusalmen, et des dialogues aux petits oignons. Entre l’élection présidentielle et le grand salon des religions, Spider va avoir du pain sur la planche, mais jamais il n’oubliera son style cynique, sadique, bref délicieusement transgressif. Ce machin m’a violé le cerveau !

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Nous allons finir tranquillement avec des titres indispensables publiés chez des éditeurs moins connus de notre côté de l’Atlantique, mais dont l’omission aurait pu être fatale. Puis je vais m’arrêter là, cela suffira amplement pour commencer. Si vous avez des question, n’hésitez pas à les poser dans la partie commentaire prévue à cet effet.

Calvin & Hobbes de Bill Watterson est un des plus grands succès de la BD américaine. L’histoire en apparence simple de Calvin, un jeune garçon qui passe son temps à jouer avec Hobbes, son tigre en peluche, lequel prend vie grâce à l’imagination débordante de Calvin. Un titre drôle, rafraichissant, et souvent touchant. Il suffit d’en lire quelques pages pour comprendre d’où vient sa popularité, c’est vraiment bien écrit.

Moins joyeux, mais non moins marquant, Maus de Art Spiegelman est une biographie du père de l’artiste, dans laquelle celui-ci raconte sa vie de Juif polonais pendant la Seconde Guerre Mondiale, avec les ghettos et les camps de concentration. Une œuvre frappante malgré un dessin simplifié, où les Juifs sont incarnés par des souris et les Nazis par des chats (et les Français par des grenouilles car les clichés ont la vie dure). La première BD à avoir reçu le Pulitzer Prize.

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3 commentaires pour Comment débuter les comics (2)

  1. YllwNgg dit :

    Lost Girls en illus’ d’intro, c’est un troll, non ? Parce qu’en terme d’accessibilité, c’est pas le truc le plus évident qui soit.

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    • Gemini dit :

      Disons que cela illustre bien que les comics ne se limitent pas aux super-slips. Cela se voit rien qu’à l’image. D’ailleurs, tu noteras que je n’ai pas donné le titre. Et puis je la trouve jolie cette image.

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