Galaxian Wars & Black Saints : y a-t-il un scénariste pour sauver Saint Seiya ?

La mode est à Saint Seiya, et vous n’y couperez pas. Avec la diffusion japonaise de Saint Seiya Omega et la sortie simultanément d’une édition luxueuse du manga par Kana, nous n’avions pas autant parlé de la licence depuis le temps où Shigeyasu Yamauchi travaillait encore sur sa version animée.

Justement, si vous cherchez un bon gros fan de Saint Seiya, je suis l’homme de la situation. Bon, ne comptez pas sur moi pour vous donner la liste des animateurs ayant travaillé sur chaque épisode – cela n’a jamais été ma spécialité – mais en contrepartie, je peux vous donner le signe astrologique de Shun, le lieu d’entraînement de Misty, la signification du nom de Saga, ou le nom de l’attaque de Yvan.
Saint Seiya reste la série qui m’a le plus marqué et le plus influencé. Ma passion pour l’animation, ma passion pour les manga, ma passion pour la mythologie grecque, mon intérêt pour l’astronomie et pour la Grèce, mon pseudonyme, tout cela vient d’une façon ou d’une autre de Saint Seiya.

J’ai mentionné tantôt la réédition de Saint Seiya chez Kana, et mon amour pour ce titre est tellement fort que j’ai décidé d’investir dans cette version alors qu’il est bien entendu que je possède déjà l’édition simple. Après, c’est sûr que mes tomes commencent sérieusement à souffrir du temps qui passe.
Et en relisant les deux premiers arcs de Saint Seiya, il m’est venu l’envie de revenir dessus, et de vous prouver qu’adorer un titre n’empêche pas de maintenir un certain regard critique.

Tout le monde connait Saint Seiya, l’histoire de Chevaliers destinés à protéger la déesse Athéna et à l’aider dans son combat contre les forces qui voudraient s’en prendre à l’humanité. Sauf que ça, finalement, c’est une version du scénario qui fait son apparition tardivement dans la série, même si nous pouvons estimer qu’il s’agit bel et bien de l’idée qu’en avait Masami Kurumada dès le départ (je lui laisse le bénéfice du doute). Concrètement, le rôle des Chevaliers est mentionné dès le premier chapitre, mais il faudra du temps pour le trouver véritablement exploité.

L’histoire telle que perçue par le lecteur et les principaux protagonistes sur environ les 5 ou 6 premiers tomes de l’édition simple (que je n’ai pas sous la main), la voici.
Dans la mythologie Grecque, de jeunes garçons protégeaient Athéna. Appelés les Chevaliers Sacrés d’Athéna, on dit que de leurs mains ils pourfendaient le ciel et de leurs pieds ils entrouvraient la terre…
Lors d’un voyage en Grèce, le milliardaire Mitsumasa Kido apprend l’existence des Chevaliers Sacrés et des armures recouvrant leur corps. Il va jusqu’à mettre la main sur la plus puissante de toute : l’Armure d’Or du Sagittaire. Passionné par les arts-martiaux et les combats, il décide d’envoyer 100 jeunes garçons aux quatre coins du monde pour qu’ils reçoivent une formation de Chevalier. A leur retour, ils s’affronteront dans une grande compétition, les Galaxian Wars, dont le vainqueur emportera le privilège de porter l’Armure d’Or. Sur ces 100 enfants, 10 seulement reviendront avec le titre de Chevalier.
Mitsumasa Kido n’étant plus, c’est sa petite-fille Saori, avec le support de la Fondation Graad, qui prend en main l’organisation du tournoi.

Le début de Saint Seiya, c’est un peu comme le début de Negima : dans les deux cas, l’auteur vient de connaitre le succès grâce à une autre série, et dans les deux cas, il semble se sentir obligé d’en reprendre certains éléments – ceux qui ont fait son succès – dans son nouveau manga. Il lui faudra un peu de temps pour prendre ses marques et s’émanciper en proposant un contenu différent, plus affirmé.
En l’occurrence, Masami Kurumada sort à peine de Ring ni Kakero, gros carton au Japon, dans lequel des « boxeurs » – je le mets entre guillemets parce qu’il faut les voir à l’œuvre – participent à des tournois nationaux et internationaux (et vont casser du ninja entre deux matchs). Donc le père Masami, il nous trouve l’idée des Chevaliers Sacrés – ce qui au passage lui sert à donner un semblant de justification à certains excès – en crée une dizaine, les fout sur un ring, et promet une Armure d’Or au vainqueur.

En l’état, cette partie n’est ni incohérente, ni absurde. Elle est juste très limitée : quel intérêt de concevoir une telle base scénaristique pour se contenter d’un petit tournoi diffusé en mondovision ?
C’est après que cela va se gâter, mais pour comprendre pourquoi, il faut se pencher un peu plus longtemps sur cette partie. Sur les 10 participants, nous en avons 9 présents et qui jouent le jeu, et un absent. Sur ces 9 Chevaliers, nous en avons 5 qui semblent réellement intéressés par le prix – même si un cherche apparemment plus à impressionner Saori – mais dont nous ne connaitrons jamais les motivations puisqu’ils se font éjecter très vite, et 4 qui n’en ont clairement rien à faire, je veux bien entendu parler de nos 4 héros.

Comprenons-nous bien : orphelins, ils ont été adoptés par Mitsumasa Kido, qui s’est servi d’eux pour créer son tournoi. Non seulement ils nourrissent un ressentiment légitime envers l’homme et sa fondation, mais surtout, l’Armure d’Or ne les intéresse pas du tout. Seiya participe car Saori lui a promis de tout mettre en œuvre pour retrouver sa sœur disparue. Même combat pour Shun, qui pense qu’il pourra revoir son frère Ikki, dont il a été séparé lorsque chacun est parti suivre sa formation de Chevalier. Hyoga a reçu l’ordre de s’immiscer dans le tournoi par le Sanctuaire – qui représente l’autorité suprême de la Chevalerie – et d’éliminer les concurrents, considérés comme traitres car ils font étalage de leurs pouvoirs à des fins égoïstes. Quant à Shyriu, ses motifs sont plus flous, mais sa personnalité laisse supposer qu’il cherche avant tout à rendre hommage à son maître, et à montrer le résultat de son entrainement.
L’admiration pour la figure du maitre, c’est probablement la raison profonde qui les a poussé à devenir Chevaliers alors qu’ils n’en avaient clairement rien à faire. Ça et l’idée qu’au bout du chemin, ils pourront retrouver leurs proches (même si Shiryu se démarque encore et semble avoir trouvé dans les arts-martiaux et les codes de la Chevalerie une hygiène de vie qui lui convient). Ils ne cherchent ni à obéir à la Fondation ni à protéger un concept aussi abstrait qu’Athéna ; l’Armure du Sagittaire ne représente aucun intérêt.

Vous gardez bien cela en tête, car c’est là que cela commence à se gâter.
Les Galaxian Wars s’achèvent brusquement, lorsque le dernier participant – Ikki du Phénix – débarque en fanfare avec ses Black Saints, qui emportent avec eux les 9 pièces de l’Armure d’Or. Là, les 4 Bronze Saints encore valides leur courent après, réussissant à récupérer chacun une pièce ; un acte irréfléchi qui peut s’expliquer dans le feu de l’action. C’est ensuite que cela bascule.
La Fondation Graad intime l’ordre aux Bronze de récupérer les éléments manquants – et Tatsumi de préciser qu’il importe peu qu’ils perdent la vie du moment qu’ils ramènent l’armure complète – tandis que les Black Saints leur lancent un défi. Question : pourquoi ces 4 abrutis acceptent-ils ?

Aucun d’eux ne s’intéresse à l’armure elle-même, ils ont largement assez de force pour envoyer paitre n’importe quel membre de la Fondation – seul Seiya pourrait se montrer réticent, vu que Saori le tient par le scrotum – et ils détestent Tatsumi, qui avant de devenir un gentil bouffon campait le rôle du garde du corps sadique de Mitsumada Kido puis de Saori, et qui leur en a fait baver dans leur enfance. Pire, s’ils ont suivi correctement les enseignements de leurs maitres, ils savent qu’une armure se mérite, qu’elles peuvent reconnaitre la valeur de leur porteur, donc qu’il n’y a aucune chance que Ikki puisse la revêtir pour « tenter de conquérir le monde ».

Seul Shiryu daigne donner un début de réponse : il fait ça par amitié, pour soutenir ses compagnons d’arme. Est-ce que cela signifie qu’ils sont tous cons au point de croire que les autres veulent récupérer l’armure, et qu’ils doivent donc s’entraider ? En tout cas, le résultat est là.
S’apercevant qu’il a omis de proposer des enjeux un minimum crédible, Masami Kurumada introduit les Gold Saints puis les Silver Saints. Dans cet ordre. Là, la donne change : les Bronze Saints passent en mode auto-défense, et n’ont pas leur mot à dire dans leur duel contre les Silver Saints. Ces-derniers veulent les tuer, et eux ne se laissent pas faire.
Évidemment, les incohérences de Saint Seiya ne s’arrêtent pas là.

Il serait aisé et un peu sadique de passer des heures à énumérer chaque détail absurde et incohérent de ce manga, dont certains ont d’ailleurs été corrigés pour la version animée. Mais comme je suis sur ma lancée, je vous propose un petit problème de mathématiques.
Sachant que Mitsumada Kido envoie 100 jeunes garçons à travers le monde pour qu’ils deviennent Chevaliers, et qu’il s’agit de ses propres enfants, combien a-t-il d’enfants au total ? Réponse : au minimum 101, et probablement beaucoup plus.

Si vous avez bien lu, vous savez 1) que les 100 enfants envoyés aux quatre coins du monde étaient des garçons et 2) que Seiya a une sœur, qui de facto ne rentre pas dans le compte des 100. Cela fait 101. Mais attention : sachant qu’il y a en moyenne 96 filles pour 100 garçons à la naissance, nous obtenons 196 enfants.
Mais cela ne s’arrête pas là ! Tous les garçons étaient orphelins, ce qui suppose – dans la mesure où Mitsumada Kido a caché son lien de parenté à ses enfants – que la mère de chacun d’entre eux soit morte. Combien a-t-il d’enfants ayant encore leur mère ? Au passage, nous noterons que cet individu est un salaud : il fait des gosses puis disparait, et alors qu’il est plein aux as, n’apporte aucun soutien moral ou financier ; et il a réussi à faire deux gosses à au moins deux femmes – les mères respectives de Shun, Ikki, Seiya, et Seika – ce qui en dit long sur la bêtise de ces dernières.

Pour finir en beauté, tous les enfants récupérés pour devenir Chevaliers appartiennent à la même tranche d’âge : entre 13 et 15 ans lors de la série, soit l’âge des collégiens selon le système scolaire japonais. Pensez-vous qu’il soit possible que Mitsumasa Kido ait été pris d’une hyper-activité sexuelle (non protégée) pendant 3 ans, et n’ait jamais fait d’enfants en dehors de cette période ? Peu probable.
Pour résumer : si ces fameux 100 enfants étaient tous des garçons orphelins âgés aujourd’hui entre 13 et 15 ans, combien a-t-il d’enfants au total ? Bonne chance pour trouver une réponse.

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5 commentaires pour Galaxian Wars & Black Saints : y a-t-il un scénariste pour sauver Saint Seiya ?

  1. neokenji dit :

    Dans un autre genre : qui est le plus fort parmi les chevaliers d’or vu qu’ils le clament tous haut et fort ?

    Après, pour le « lien de parenté » entre Mitsumasa Kidô et les enfants, ben on cherche encore….

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  2. Ialda dit :

    J’avoue que j’en étais resté à l’interprétation « sacrifice d’Abraham puissance 100 » de Naoki (même si c’était sacrément fumé, même pour du Saint Seiya).

    Pour Omega, je suis surtout curieux de savoir de qui on va nous sortir que Koga est la réincarnation~

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  3. Tomfincher dit :

    Il me semblait qu’il était expliqué (au moins de manière implicite) dans le manga que Mitsumasa Kido était en fait l’incarnation humaine de Zeus, d’où le côté queutard et compagnie.

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