Shônen, Shôjo, Seinen, Jôsei… ou autre ?

J’ouvre une série de billets que nous pourrions intituler « le manga pour les nuls« . La logique aurait voulu que je ne commence pas par ce thème en particulier, mais dans la mesure où c’est ce sujet qui m’a donné envie de me lancer dans cette série, pourquoi pas ?

Les fameuses catégories attribuées aux différents manga, parfois reprises par les éditeurs français. Ces termes correspondent aux cibles commerciales auxquelles s’adresse chaque manga : shônen pour un lectorat de jeunes garçons, shôjo pour les jeunes filles, seinen pour les hommes adultes, et jôsei pour les femmes adultes. Il est parfois aussi évoqué la catégorie young, pour un public intermédiaire entre shônen et seinen.

Il ne s’agit en aucun cas de genres comme pourraient l’être le policier, la SF, ou même le Boys Love.
Avant d’être commercialisés sous la forme de volumes reliés tels que nous pouvons les trouver en France, les manga sont généralement pré-publiés – en raison d’un chapitre par numéro – dans un magazine dédié aux manga : un mangashi. Chaque éditeur dispose de plusieurs mangashi dans son catalogue, destinés chacun à un lectorat précis – shônen, shôjo, seinen, ou jôsei, plus quelques magazines « atypiques » – parfois consacrés à des genres en particulier ; par exemple, un mangashi shôjo spécialisé dans la science-fiction. Chaque mangashi publie plusieurs manga simultanément, lesquels se voient alors attribué la catégorie d’appartenance de leur mangashi ; un manga publié dans le Shônen Jump sera un shônen, un manga publié dans Margaret sera un shôjo, et ainsi de suite.

Évidemment, le choix des manga à proposer dans chaque magazine ne se fait pas au hasard. Les mangaka sont généralement sous contrat avec un éditeur ; en fonction du type de manga que chaque auteur souhaite écrire, de son style, de ses thèmes de prédilection, son éditeur va l’associer à un mangashi en particulier. Ensuite, un mangaka peut avoir à répondre à un cahier des charges précis selon son mangashi, pour garder à l’esprit le lectorat pour lequel il écrit. La cohérence de son travail est vérifiée par un tantô, un responsable éditorial habilité à le modifier voire à le refuser.

Bien entendu, il peut arriver à un mangaka de changer de mangashi au cours de sa carrière, ou de travailler pour plusieurs simultanément. Ainsi, si ces mangashi visent des publics différents, leurs manga appartiendront à des catégories différentes. Les CLAMP ou Mitsuru Adachi sont des auteurs qui ont écrit à la fois des shônen et des shôjo, de la même façon que Tsukasa Hojo a publié des shônen et des seinen.

Il n’existe aucune définition absolue du contenu d’un shôjo ou d’un shônen, tout simplement car ces termes ne désignent pas un genre mais une catégorie cible de lecteurs. Une accumulation d’éléments destinés à plaire à ces lecteurs, l’intégration du cahier des charges lié au mangashi, et enfin le jugement critique du tantô en accord avec la politique du mangashi : voilà ce qui va permettre d’obtenir des shôjo, des shônen, et cætera… Nous pourrions aisément citer des éléments stéréotypés censés représenter chacune de ces catégories, mais il y a fort à parier que nous pourrions toujours trouver des exceptions, des titres qui ne répondent pas à ces stéréotypes.
Prenons par exemple le sexe du personnage principal : doit-il être en accord avec celui du lecteur cible ? La réponse est non. Otomen, Banana Fish, Angel Sanctuary, ou X sont des shôjo avec un garçon dans le rôle titre. De la même façon, Angelic Layer est un shônen mais disposant d’une héroïne. Ces particularités ont d’ailleurs poussé de nombreux lecteurs à se méprendre sur leur catégorie d’appartenance, lorsque celle-ci n’est pas clairement indiquée par l’éditeur.

Néanmoins, il convient de ne pas tomber dans l’extrême inverse : même si un nombre conséquent de titres cassent les préjugés que nous pouvons avoir sur chaque catégorie, nombre de manga sacrifient à des codes qui leur sont propres. Ainsi, la majorité des shôjo proposent à leurs lecteurs une histoire d’amour ; elle peut être au second-plan, bizarre et perverse, entre deux personnes du même sexe, ou avec un être aimé décédé, mais l’histoire d’amour reste un élément traditionnel de cette catégorie. De la même façon, nous avons plus de chance de trouver un voyage initiatique ou une augmentation graduelle de la puissance du héros dans un shônen.
Certains titres ont connu un succès tel qu’ils ont profondément marqué leurs lecteurs. Leurs éléments les plus emblématiques seront alors repris par d’autres auteurs, influencés par les titres en question ; ainsi réutilisés, ils deviendront des poncifs. Pour prendre le cas des shônen, nous pouvons facilement trouver dans de nombreuses séries des traces de Ashita no Joe ou de Dragon Ball, ce qui témoigne de leur fort impact sur le lectorat.

Ceci étant dit, reste la grande question : est-il possible de lire des manga destinés à d’autres catégories de lecteurs que celle à laquelle nous appartenons ? Bien sûr ! A part si, se faisant, vous avez peur de remettre en cause votre sexualité et/ou votre maturité. Ou si vous craignez le regard des autres, ce qui revient souvent au même.
Des filles lisant des shônen, c’est un phénomène extrêmement commun. La relation inverse semble apparemment plus délicate – du moins à assumer – en France comme au Japon ; même les statistiques publiées par la Shueisha indiquent que 0% des lecteurs de son magazine Ribbon sont des hommes… Pourtant, l’histoire du manga regorge d’exemples de shôjo connus justement pour avoir plu aussi bien aux hommes qu’aux femmes, à commencer par le célèbre La Rose de Versailles, ou encore Banana Fish.
Inutile de se prendre trop la tête avec les histoires de catégorie ; je connais de nombreux lecteurs s’intéressant à toutes sans distinction, car ils trouvent dans chacune des œuvres pour leur plaire ; au-delà du lecteur-type pour lesquelles elles ont initialement été destinées. Ces catégories n’indiquent qu’une idée générale sur un titre, et non son contenu réel ; et il n’est pas rare d’être surpris par un contenu qui ne semble pas en accord avec la catégorie en question. La solution, c’est encore de tester par soi-même.

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8 commentaires pour Shônen, Shôjo, Seinen, Jôsei… ou autre ?

  1. Faust dit :

    « Il n’existe aucune définition absolue du contenu d’un shôjo ou un shônen, tout simplement car ces termes ne désignent pas un genre mais une catégorie cible de lecteurs. »
    -> si j’avais reçu 1€ à chaque fois que j’ai entendu dire que Love Hina était un shôjo, j’aurais pu m’acheter l’intégrale d’Hajime no Ippo -_-

    Perso, je ne lis actuellement que 5 mangas, mais on trouve du shônen (Shonan 14 days), du shôjo (Fight Girl) et du seinen (Gunnm Last Order, Afterschool Charisma et Front Mission). Le bonheur et dans la diversité !

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  2. Ialda dit :

    Comment t’arrives à placer Hana Yori Dango à chaque coup, du grand art ^^;

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  3. NdJ dit :

    Après tout, shônen, shôjô et seinen ne sont que des dénominations éditoriales destinées à « simplifier » le classement pour les libraires. Autant dire qu’Adachi a provoqué plus d’une crise de nerf chez les responsables des rayons manga de la FNAC.

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    • Gemini dit :

      Le problème va au-delà des soucis de rangement. Désormais, chaque catégorie est accompagnée d’un bon nombre de préjugés, et les titres qui ne rentrent pas dans les cases ont du mal à s’imposer, y compris auprès des éditeurs. Nous obtenons des bizarreries comme un Ashita no Joe classé seinen par les Japan Expo Awards alors qu’il s’agit d’un shônen emblématique, ou Kana qui refuse de mettre Trinity Blood parmi sa collection shôjo car, selon eux, les Japonais ont commis une erreur en le présentant comme tel. D’ailleurs, tout shôjo qui n’est pas une comédie romantique lycéenne n’est pas considéré comme un shôjo… Quitte à toujours vouloir employer ces termes, il faudrait assumer.

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  4. Carolus dit :

    Bravo pour cet excellent article qui met les choses au clair. Qu’est ce que ça m’agace quand les gens me soutiennent qu’un manga n’est pas un shôjo, sous prétexte qu’il n’y a pas d’histoire d’amour.

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