Une petite Blanc-Sec pour la route

Pour répondre à l’ami Jevanni – comme ça, c’est fait – à titre personnel, tenir mon blog me permet d’extérioriser. De déblatérer. D’exprimer ma pensée. Vous saisissez le concept. Après, tout dépend si j’ai matière à extérioriser / déblatérer / exprimer ma pensée / vous saisissez le concept. Heureusement, bien qu’étant labellisé « japoniaiserie », j’ai appris à sortir régulièrement de ce carcan étroit pour parler de ce dont j’ai envie de parler ; et heureusement, parce que niveau anime dernièrement j’ai quand même bien ralenti ma consommation, et ce n’est pas grâce à ça que je vais remplir ce blog.
Nous disons donc : Léon, sers-moi un ballon de blanc-sec.

Je vous jure, j’arrête les jeux de mot œnologique pour la suite de cet article, et j’entre dans le vif du sujet.
Par le passé, je suis déjà revenu sur mon parcours merveilleux dans le monde de la BD. Pour résumer, j’ai commencé très tôt – une sorte de tradition familiale – mais dépendant des lectures de mes propres parents, je me suis longtemps cantonné à certains classiques franco-belges type Peyo, Hergé, Morris, Goscinny, Macherot, Greg, Dupa, Tibet, Roba, Franquin,… La base, quoi. Autant dire que pendant longtemps, les deux Gotlib dans ma bibliothèque ont presque fait tâche. Arrivé à l’adolescence, en tout logique, j’aurais dû m’émanciper, voler de mes propres ailes, briser le carcan familial et découvrir par moi-même tout un pan de littérature qui m’était alors inconnu, celui de Métal Hurlant, de Manara, de Hugo Pratt, de Thorgall, et autres merveilles. Sauf que cela ne s’est pas fait. Ou du moins, si, j’ai effectué mes propres découvertes, mais en dehors de la BD européenne. En effet, à cette époque, j’ai commencé à plonger dans les univers respectifs des comics et des manga, et ils ont alors accaparé la majorité de mon temps et le restant de mes finances.
Tant et si bien qu’en BD européenne, je me suis aperçu il y a à peine quelques années que j’avais mine de rien d’énormes lacunes. Tenez, pour vous donner un exemple, j’ai lu mon premier Blueberry cette semaine.
Dans un sens, c’est une excellente chose ; cela signifie qu’il me reste des montagnes de bonnes BD à lire pour la première fois. Seulement, se pose la question fondamentale : par où commencer ?

Il y a quelques temps, j’ignore si c’était à cause de la sortie prochaine du film ou pour une toute autre raison – et j’espère que fût pour une toute autre raison – j’ai commencé à m’intéresser à Adèle Blanc-Sec, l’héroïne de Tardi. Enfin, j’exagère un peu. Disons que j’ai acheté le premier volume, que je l’ai apprécié, que je me suis dit : « il faudra que je lise la suite », et que j’ai laissé cette série de côté pendant quelques temps. Heureusement, alors que je trainais chez mon libraire pour parler Moebius, j’ai décidé – un peu sur un coup de tête, mais cela s’est révélé ensuite un coup de génie – d’acquérir le second tome de ses aventures. Le lendemain, j’aurais bien voulu faire de même avec le troisième tome, mais mon libraire ne l’avait plus en stock. J’aurais pu l’acheter ailleurs, mais je l’aime bien mon libraire (quand il ne s’agit pas de manga) alors j’attendrai qu’il le reçoive.
Vous l’aurez compris à la lecture de ces précédents paragraphes – mais que ce fût long pour arriver à ce résultat – j’ai adoré, et j’ai maintenant besoin d’extérioriser. Évidemment, ce que je dirai – enfin écrirai – ci-dessous ne concerne que les deux premiers tomes. Je ne m’engage pas quant à la qualité de la suite, même si j’imagine mal un désastre.

Pour ceux qui n’auraient pas vu le film – et ceux qui l’auraient vu aussi, puisque les deux n’ont finalement qu’un nombre ténu de points communs – quelques explications.
Adèle Blanc-Sec est le nom d’un personnage créé par le scénariste et dessinateur Tardi en 1976, et l’héroïne de la série de BD éponyme. Dans le premier tome, nous en apprendrons très peu sur elle, mais je me risquerai tout de même à vous révéler qu’elle est romancière et journaliste. Adèle vit en région parisienne, et nous commençons à suivre ses aventures en Novembre 1911. Il s’agit d’une femme forte, volontaire, prête à tout pour atteindre ses objectifs, même si cela doit lui attirer des ennuis (ce qui ne manque jamais) ; c’est un personnage au premier contact froid, assez cynique, intelligent, et qui – à raison – se méfie de tout et de tout le monde. Une héroïne comme je les aime, car elle ne se laisse pas marcher pieds. Elle évolue dans un monde fait de sociétés secrètes, de progrès naissant, de fantastique, et de grande criminalité, le tout dans le Paris du début du XXème siècle.

Le premier tome, Adèle et la Bête, sert d’introduction, même si le lecteur mettra du temps à découvrir l’identité et le but d’Adèle. En cela, cet album possède une construction bien particulière, d’autant plus qu’elle sert avant tout de spectateur. Plus exactement, elle agit en parallèle d’une autre affaire que la sienne, et les deux se trouveront liés.
Un scientifique lyonnais nommé Boutardieu, affublé de dons psychiques étonnants, a réussi à canaliser son potentiel pour faire éclore un œuf de ptérodactyle conservé au Jardin des Plantes, et à prendre possession du corps de l’animal. Mais dès qu’il relâche son attention, il perd le contrôle et la bête s’en retourne à ses bas-instincts. Dans la capitale, sa présence fait grand bruit ; même si la police préfère mettre à sa poursuite l’inspecteur Caponi, loin d’être une lumière mais le bouc émissaire idéal au cas où l’enquête ne mènerait à rien.
Que vient faire Adèle dans cette histoire ? Qui sont Albert et Jospeh, les deux sinistres individus qui l’accompagnent ? Je préfère laisser planer un voile de mystère sur toute cette histoire.

Le second tome s’intitule Le Démon de la Tour Eiffel, et de mon point vue, c’est là que les aventures d’Adèle Blanc-Sec commencent réellement (même si le premier volume était nécessaire et de toute façon bien écrit). C’est une lecture que j’ai grandement apprécié, par ses thèmes – là encore, je garderai le silence – son environnement sommairement détaillé plus haut, et bien entendu son personnage principal. Par rapport à son prédécesseur, ce tome s’appuie un peu plus sur une trame policière, mais avec des idées à mi-chemin entre le fantastique et le romanesque. Sans parler d’un dénouement qui ne manque pas de piquant.
Le Démon de la Tour Eiffel peut se voir comme la suite de Adèle et la Bête. Pour être tout-à-fait précis, d’après ce que j’ai pu lire jusque-là – pas grand chose en vérité – chaque album semble se suffire à lui-même, mais contient des éléments qui auront une influence par la suite ou qui reviendront d’une façon ou d’une autre. Hors de question, dans ces conditions, de lire ses aventures dans le désordre.
Dans cette histoire, Adèle cherche à la fois à retrouver un objet disparu et à régler ses comptes après « l’histoire du ptérodactyle ». Et ce qu’elle découvrira risque fort de la surprendre, vous pouvez me croire.

Je sais, au final, je ne dis pas grand chose sur la série. Mais c’est pour mieux vous laisser la surprise, et savourer ces deux albums comme j’ai pu les savourer moi-même. J’ai commencé ce titre en raison de sa réputation, sans savoir vraiment de quoi il retournait, sinon l’époque du récit.
Outre le trait particulier de Tardi – je vous laisse vous référer aux images de cet article – ces deux albums se distinguent par l’époque de leur récit, pas si fréquent que cela dans le culture populaire, par leur mélange de suspens, de mystère, avec une pointe de fantastique, et par le ton plutôt adulte – de nombreux protagonistes connaitront des sorts tragiques – même si non dénué d’une certaine fantaisie bienvenue.
Verdict : une excellente découverte que ces aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec (même si comme nom ça doit être dur à porter). Maintenant, il faut que je lise la suite, et je vous invite chaudement à faire de même.

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3 commentaires pour Une petite Blanc-Sec pour la route

  1. mackie dit :

    Aah, Adèle…
    Adèle Blanc-Sec, c’est une oeuvre, une vraie, à la fois profondément originale et extrêmement référencée, où se croisent plusieurs des obsessions de l’auteur : la boucherie de la guerre de 14, les romans de Jules Verne (éditions Jules Hetzel), le fantastique à la Harry Dickson (les romans de Jean Ray, pas les bandes dessinées), le grand-guignol, les faits divers, etc… Même si je pense que les derniers volumes ont tendance à s’auto-parodier (à partir de « Tous des monstres »), il y a un véritable univers, bordélique, foisonnant, joussif, parfois portnawak (après x relectures, je me mélange toujours les pinceaux entre les flopées de personnages secondaires de savants fous, de flics et de tueurs à gages) mais ô combien vivant…
    un conseil, pour bien saisir certaines allusions (et certains personnages secondaires) de la série, jette un oeil à « Adieu Brindavoine » et au « Démon des Glaces », c’est du Tardi mineur mais excellent.
    Et puis bien sûr, il y a Adèle, râleuse, anarchiste, caractère de cochon, pas sa langue dans sa poche, un personnage beaucoup trop amoindri par le film. De toutes façons, elle est pas jolie : elle est pire.

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  2. Gemini dit :

    Je prends note pour ces deux titres. Mais trop de bouquins à lire, trop de titres à rattraper (je n’en suis qu’à 3 Blueberry). Pour l’instant, j’accroche vraiment à cet univers, même si je ne connais pas forcément toutes les références ; cela viendra avec l’âge.

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