Autopsie d’un Cinéphage

Après avoir écrit sur mon parcours dans l’animation puis dans les jeux-vidéos, il m’a paru presque logique de revenir sur une autre de mes grandes passions : le cinéma.

Le cinéma m’a toujours plus ou moins accompagné dans la vie. Il faut dire que c’est un peu comme l’animation japonaise à la fin des années 80 : impossible de passer à côté. D’autant plus qu’il s’agit d’un loisir autrement plus répandu. J’ai rapidement été accro aux long-métrages, même s’il m’aura fallu du temps pour vraiment m’en rendre compte.
Mon plus vieux souvenir de cinéma, c’est une image marquante du début de On ne Vit que Deux Fois, devenu depuis mon James Bond préféré. Dans ce passage, nous voyons une fusée spatiale s’ouvrir pour capturer un engin similaire de petite taille. La scène m’a beaucoup impressionné. Comme un signe, mon enfance a été abreuvée par les films de James Bond, au point de les avoir tous vu avant que n’arrive la génération « Pierce Brosnan », avec Goldeneye ; la personne qui me gardait les avaient tous enregistrés en VHS, et j’en ai largement profité. Je garde une préférence pour les épisodes avec Sean Connery, cela va sans dire.
Mon plus vieux souvenir au cinéma, j’avais 4 ans. Non pas que je me souvienne de mon âge à l’époque, mais je me souviens parfaitement du film en question : La Petite Sirène. Il m’a suffi de vérifier la date de sortie en salle. Avec les James Bond, les long-métrages des studios Walt Disney ont largement contribué à m’occuper durant toute mon enfance, en particulier Aladdin et Le Roi Lion, dont j’ai usé les VHS jusqu’à la corde.

J’ai eu la chance d’avoir accès à ma propre télévision très tôt ; d’abord dans la chambre de mes parents, puis mon propre appareil dans ma chambre. Un petit poste qui fonctionne encore parfaitement, que je transporte à chacun de mes déménagements et que j’utilise pour le retrogaming ou quand ma télévision HD est en réparation. J’avais aussi un magnétoscope. Cela aide énormément à se constituer une culture cinéma, même si au début je regardais surtout des films d’animation. Le magnétoscope me permettait de voir et revoir mes long-métrages favoris quand je le souhaitais.
Surtout, quand j’étais gamin, La Cinq existait encore. Cette chaine avait un je-ne-sais-quoi de magique, et je garde encore une tendresse particulière pour Silvio Berlusconi grâce à elle. Il faut imaginer que chaque Mardi soir, elle diffusait un Walt Disney ; aussi bien un Grand Classique d’animation que des productions familiales, comme la série des Coccinelle ou Condorman. Je n’ai jamais oublié le générique du film du Mardi soir, avec sa musique et ses images combinées de Alice au Pays des Merveilles, Peter Pan, Chéri j’ai rétréci les Gosses, Peter & Elliot, Dumbo, 20.000 Lieues sous les Mers, Mary Poppins, Merlin l’Enchanteur,… Cela s’appelait fort justement « Disney : une Soirée au Cinéma », et c’était fabuleux.

C’est assez difficile de faire le point sur un sujet aussi vaste et omniprésent que le cinéma, mais je crois le premier déclic, ce fût Jurassic Park. Un film de Steven Spielberg, qui m’avait préalablement traumatisé grâce à E.T. Il faut se remettre un peu dans le contexte déjà pour expliquer le succès du film. Au début des années 90, la mode est aux dinosaures, notamment via une série de fascicules. Et en bon « geek en devenir », les dinosaures m’intéressaient. De plus, Jurassic Park appuyait une partie de sa publicité sur ses effets spéciaux novateurs. Je n’ai pas pu aller le voir au cinéma, mais cela a généré chez moi une attente. Un Noël et une VHS plus tard, je pouvais enfin découvrir ce long-métrage tant espéré. Et ce fût un choc. A cause de son scénario, à cause de ses dinosaures, mais aussi à cause de sa violence – j’avais 8 ans – et de ces saloperies de Vélociraptors. Voilà, si vous cherchez le film qui a marqué mon enfance, c’est vraiment Jurassic Park, et je considère que ma carrière de cinéphile commence véritablement là.

Après les Walt Disney, les James Bond, et Steven Spielberg, je pense que la révolution suivante fût Canal+. Nous avons peut-être tendance à l’oublier aujourd’hui, mais dans les années 90, pour les abonnés chanceux, c’était le paradis. Elle proposait plus de films qu’aucune autre, et des films récents de surcroit. A partir du moment où mes parents ont souscrit un abonnement, j’ai commencé à guetter chaque mois le guide des programmes de la chaine, et à noter consciencieusement à l’attention de mon père les titres que je souhaitais qu’il m’enregistre, puisque seule sa télévision était équipée d’un décodeur. C’est comme cela que j’ai découvert mes premiers Jean-Claude Van Damme, mes premiers Jackie Chan, l’existence de Hayao Miyazaki – et des années plus tard celle de Satoshi Kon – et de nombreux titres mémorables, comme Stargate – et quand tu aimes à la fois la SF et l’Egypte, oui, tu trouves ce film génial – ou Batman et le Fantôme Masqué. Si je ne devais retenir qu’un titre de cette période, ce serait probablement Usual Suspects. Même quand tu as 11 ans et que tu n’as pas forcément le recul pour analyser froidement un film, il en existe certains, quand tu les regardes, tu comprends que tu te trouves face à une œuvre d’exception. Sur le moment, je l’ai adoré, et c’est en le revoyant au fil des années que j’ai compris pourquoi je l’avais tant aimé ; pour ses personnages, pour sa mise en scène, et surtout pour son scénario. A partir de Usual Suspects, j’étais définitivement foutu.

J’apprécie le cinéma, je regarde autant de films que possible, mais en parallèle, je subis d’autres changements. A la fin des années 90, l’animation japonaise entre dans mon quotidien ; le Club Dorothée avait contribué à préparer le terrain. L’année 2001 va m’apporter deux long-métrages qui vont renforcer à la fois mon intérêt pour le cinéma et pour l’animation, en me prouvant que les dessin-animés ne sont décidément pas réservés aux enfants, et peuvent tout aussi bien aborder des thèmes et des styles très adultes. Un choc pour qui a été élevé aux Walt Disney, bien qu’ils possèdent leur part de noirceur. Première étape : 11 Mars 2001, seconde partie de soirée sur M6. Diffusion de Ghost in the Shell. Seconde étape : 7 Juin 2001, sur Canal +, lors d’une soirée consacrée aux animes et présentée par Jean-Pierre Dionnet. Diffusion de Perfect Blue. Des titres qui vont non seulement me marquer, mais aussi me montrer toute une étendue de possibilité que je n’imaginais pas. Akira suivra quelques temps plus tard.

Dernière révolution : internet. Il ne faut pas se voiler la face. Parce qu’il s’agit d’un soutien majeur, à tous les niveaux. Déjà, tenter vaille que vaille de se constituer sa petite culture de cinéphile dans son coin, c’est bien, mais quand il n’y a pas de cinéma de quartier à proximité, pas de cinéphile dans son entourage (de la même façon qu’il n’y avait personne pour me faire découvrir Moebius ou Tolkien), et des chaines de télévision toutes puissantes dans le choix de leur programmation, très vite, nous nous retrouvons limités. Internet a cassé toutes ces barrières : il a permis à des passionnés de se rencontrer, à des films introuvables dans le commerce de revenir sur le devant de la scène, et à des spectateurs de découvrir des films vers lesquels ils ne seraient pas forcément allé spontanément, ou dans lesquels ils n’auraient pas voulu investir. Aujourd’hui, je possède dans ma vidéothèque énormément de titres que je n’aurais jamais acheté si je ne les avais pas d’abord vu par le biais d’internet, c’est une certitude.
Grâce à cet outil formidable, j’ai pu me lancer avec passion dans le cinéma asiatique, dans la série B, dans les westerns italiens, dans les productions presque confidentielles de pays qui ne sont pas forcément connus pour leur industrie du film, dans le Giallo, dans le nanar – parce que j’adore le nanar – et dans les grands classiques hollywoodiens. Autant de domaines que j’aurais pu ignorer pendant bien longtemps, faute de circonstances favorables.
Et depuis, je vais de surprise en surprise. Franchement, je me fais plaisir.

Je vous ferai grâce d’un résumé de tous les réalisateurs que j’apprécie et de mes films fétiches – je me contrefiche des acteurs et actrices, à quelques très rares exceptions près – parce que c’est long et sans grand intérêt. Et je vous ferai aussi grâce de mon opinion sur le cinéma français, car – là encore, à quelques exceptions près – je risquerai de proférer des mots que la morale réprouve.
Mais comme je suis sympa, je vais quand même vous donner quelques Top 11 cinéma, en espérant que cela vous donnera envie de voir ou revoir ces films. Bonne lecture à tous !

Top 11 des Meilleurs Films
1/ Metropolis de Fritz Lang (1927)
2/ Bronenosets Potyomkin de Sergei M. Eisenstein (1925)
3/ Casablanca de Michael Curtiz (1942)
4/ Ying Xiong de Yimou Zhang (2002)
5/ C’era una volta il West de Sergio Leone (1968)
6/ Alice in Wonderland de Clyde Geronimi (1951)
7/ 12 Angry Men de Sidney Lumet (1957)
8/ Pulp Fiction de Quentin Tarantino (1994)
9/ Kaze no Tani no Nausicaä de Hayao Miyazaki (1982)
10/ Jurassic Park de Steven Spielberg (1993)
11/ Usual Suspects de Bryan Singer (1995)

***

Top 11 des Meilleurs Films Français
1/ Les Tontons Flingueurs de Georges Lautner (1963)
2/ Le Grand Bleu de Luc Besson (1988)
3/ Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet (2001)
4/ Le Cercle Rouge de Jean-Pierre Melville (1970)
5/ Un Long Dimanche de Fiançailles de Jean-Pierre Jeunet (2004)
6/ Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy (1967)
7/ Marquis de Henri Xhonneux (1989)
8/ Léon de Luc Besson (1994)
9/ 36 Quai des Orfèvres de Olivier Marchal (2004)
10/ L’Armée des Ombres de Jean-Pierre Melville (1969)
11/ Le Vieux Fusil de Robert Enrico (1975)

***

Top 11 des Meilleurs Films d’Animation Japonais
1/ Kaze no Tani no Nausicaä de Hayao Miyazaki (1982)
2/ Evangelion 2.22: You Can (Not) Advance de Hideaki Anno (2009)
3/ Evangelion 1.11 : You Are (Not) Alone de Hideaki Anno (2007)
4/ Sennen Joo de Masayuki Akehi (1982)
5/ Ghost in the Shell de Mamoru Oshii (1995)
6/ Cagliostro no Shiro de Hayao Miyazaki (1979)
7/ Mononoke Hime de Hayao Miyazaki (1997)
8/ Kurenai no Buta de Hayao Miyazaki (1992)
9/ Redline de Takeshi Koike (2009)
10/ Cleopatra de Eiichi Yamamoto (1970)
11/ Sayonara Ginga Tetsudo 999 de Rintaro (1981)

***

Top 11 des Meilleurs Films que j’ai regardé depuis le début de l’année
1/ Sunset Boulevard de Billy Wilder (1950)
2/ Singin’ in the Rain de Gene Kelly (1952)
3/ Aguirre, der Zorn Gottes de Werner Herzog (1972)
4/ High Noon de Fred Zinnemann (1952)
5/ The American Way de Maurice Phillips (1987)
6/ Il Grande Silenzio de Sergio Corbucci (1968)
7/ She Wore a Yellow Ribbon de John Ford (1949)
8/ Mothra de Ishirô Honda (1961)
9/ Kind Hearts and Coronets de Robert Hamer (1949)
10/ The Searchers de John Ford (1956)
11/ Les Maîtres du Temps de René Laloux (1982)

***

Top 11 des Meilleurs Westerns Italiens
1/ C’era una volta il West de Sergio Leone (1968)
2/ Per qualche Dollaro in più de Sergio Leone (1965)
3/ Il Grande Silenzio de Sergio Corbucci (1968)
4/ Il Mercenario de Sergio Corbucci (1968)
5/ Vamos a matar, Compañeros de Sergio Corbucci (1970)
6/ I Giorni dell’Ira de Tonino Valerii (1967)
7/ Da Uomo a Uomo de Giulio Petroni (1967)
8/ Per un pugno di Dollari de Sergio Leone (1964)
9/ Il mio nome è Nessuno de Tonino Valerii (1973)
10/ Il Buono, il Brutto, il Cattivo de Sergio Leone (1966)
11/ El Chuncho, quien sabe? de Damiano Damiani (1966)

***

Top 11 des Meilleurs Films d’Animation hors-Japon et hors-Disney
1/ Persepolis de Marjane Strapi & Vincent Paronnaud (2007)
2/ Tous à l’Ouest de Olivier Jean Marie (2007)
3/ Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault (1980)
4/ Batman : Mask of the Phantasm de Bruce Timm (1993)
5/ Les Maitres du Temps de René Laloux (1982)
6/ The Secret of NIMH de Don Bluth (1982)
7/ The Adventures of Tintin de Steven Spielberg (2011)
8/ Aachi & Ssipak de Jo Beom-jin (2006)
9/ How to Train Your Dragon de Dean DeBlois & Chris Sanders (2010)
10/ Monsters vs Aliens de Rob Letterman & Conrad Vernon (2009)
11/ Corpse Bride de Tim Burton (2005)

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2 commentaires pour Autopsie d’un Cinéphage

  1. Aer dit :

    Quand je te lis, j’ai l’impression que tu es né dans les années 50.

    Mais le mauvais qui fout même pas Le nom de la rose dans son top Fr, va te pendre :(.

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    • Gemini dit :

      Le Nom de la Rose n’est pas très loin dans mon classement, je l’apprécie grandement ; d’ailleurs, j’ai le DVD. Mais certains jours, j’avoue oublier que son réalisateur est français (ce qui est bon signe pour lui).

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